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depuis plus de 80 ans.
Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner à nouveau les baladeurs
pour cette 6e saison.
Les baladeurs.
Récite aventure et de mes aventures en pleine nature.
Un podcast du média Leosers.
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La carte méthode recto-verso pour organiser vos aventures en France
et tous nos autres formats.
Une fois par an, dans les montagnes sauvages du Ténécy,
se joue un rituel des plus étranges.
Un homme, avec une longue barbe grise,
du nom de Lazarus Lake tire une cigarette de sa poche de chemise.
Lorsqu'il l'allume,
40 coureurs et coureuses de renom
franchissent une barrière jaune et noire
avant de s'enfoncer dans la forêt embrumée.
Ils viennent de prendre le départ de la course d'Ultra Trail
la plus difficile du monde.
La barre clé.
Cinq tours, 160 km,
18 000 mètres de dénivelé positif,
le tout hors-centier,
dans un froid glacial de jour comme de nuit
et en auto-suffisance.
Les preuves mènent davantage à l'échec qu'à l'exploit.
Blésures, abandon,
hallucinations à cause du manque de sommeil.
Nombreux s'y sont cassés les dents
et les finisseurs sont rares.
Seuls 1% des participants seraient capables d'en venir à bout.
En 2017,
l'Ultra Trailer amateur Aurélien Sanchez
s'est promis qu'il prendrait part à cette épreuve
à la limite des capacités humaines.
Et pourquoi pas, un jour,
franchir sa ligne d'arrivée.
La première fois que j'ai entendu parler de la barre clé,
c'était en 2012, c'était lors d'un reportage
sur Stade 2.
Ils montraient cet événement comme que de la douleur
et de l'échec.
Ils expliquaient que les coureurs allaient faire cette course
tout en sachant qu'ils allaient échouer
et tout en sachant qu'ils allaient souffrir
comme jamais sur d'autres courses, ils ont déjà souffert.
Donc je trouvais ça assez particulier
et je ne comprenais pas pourquoi ces coureurs voulaient faire ça.
J'ai déménagé aux États-Unis, pas Phoenix,
de 2016 à 2019.
Quand j'ai déménagé aux États-Unis,
je me suis mis beaucoup à la randonnée
pour visiter l'Arizona
avant de rentrer en France.
Je savais que je n'allais pas passer ma vie là-bas,
donc je voulais profiter au maximum.
Et à force de faire beaucoup de ballades,
je me suis rendu compte que je pouvais faire des longues randonnées.
Et à ma randonnée, je me suis dit que ça serait intéressant
de découvrir un peu tes limites et ce dont tu es capable de faire,
te donner des longues ballades à faire
et te donner un projet particulier.
C'est là où j'ai démarré un peu l'ultra-trail indirectement.
En fait, j'ai un souvenir, une randonnée qui s'appelle Nanko-Whip.
C'est au Grand Canyon,
où là j'avais proposé sur Facebook
qu'il m'a insulté, entre guillemets,
où on me disait que c'est inconscient de proposer de faire ça
à un jour.
Il faut 4 jours, il faut mettre de l'eau sur le parcours,
parce qu'il n'y aura pas d'eau.
Le seul point d'eau, c'est le Colorado, mais c'est tout en bas.
Là, on m'a dit que tu vas trop loin.
Du coup, je pensais ne pas la faire.
Mais c'est une randonnée vraiment magnifique, majestueuse.
C'est hors des sentiers battus, on est seuls,
les paysages sont incroyables.
On voit des ruines indiennes en bas, c'est assez particulier.
Je voulais à tout prix la faire.
Je l'ai faite avec beaucoup d'anxiété.
Il s'est trouvé que j'ai réussi à la faire en 13 heures,
en une journée.
J'étais complètement claqué à la fin de la journée.
Mais je me suis dit, ça y est, c'est de l'unitra.
Sans connaître le mot,
j'ai vu et vécu des choses incroyables.
C'était vraiment une transition pour moi importante.
Là, à partir de là, je me suis dit
que j'aimerais faire des randonnées extrêmes
et découvrir des paysages tout aussi incroyables,
et découvrir aussi mes limites,
parce que j'ai l'impression qu'on est limité au quotidien
et qu'on se bride, qu'on s'empêche de faire des choses.
Et là, c'était un déclic pour moi
et j'ai commencé vraiment à faire des recherches
pour savoir qu'est-ce que j'allais faire d'autre par là-dessus.
J'ai trouvé la barre clé directement suite à cette randonnée.
J'ai vu ça, ça fait un déclic,
et j'ai vu sur Internet tous les rapports de course,
tout ce que les gens ont vécu à travers cette course,
de la souffrance, de l'humilité,
aussi du succès aussi,
parce qu'il y a des gens qui ont réussi à finir cette course.
J'ai vu qu'il y avait énormément d'émotions,
énormément d'anecdotes et d'histoires
qui font que je voulais faire partie de l'aventure,
vivre mon échec à moi,
qu'elle allait être la variable qui allait faire que j'allais échouer,
ou alors, pourquoi pas arriver d'un succès.
Et à partir de là, j'ai commencé directement
à me renseigner comment y participer
et comment me faire en sorte de faire partie
des 40 heureux élus sur cette course chaque année.
La Barclay, c'est une course qui a été créée en 1986.
C'est une dizaine d'années après l'évasion de James Earl Ray.
Il s'appelle, je crois, l'assassin de Martin Luther King,
et il s'était évadé de la prison de Brushy Mountains,
qui est au coeur du frozen head state park.
Et il s'est trouvé qu'il a été retrouvé par les policiers
trois jours après son évasion à 12 km de la prison.
L'Azahrus Lake, le créateur de la Barclay,
c'était son jardin et il s'est dit,
mais moi je peux faire 160 km en trois jours.
Et du coup en 1986, il a commencé à créer cette course.
C'était pas 160 km au départ, c'était 100 km, je crois.
Mais déjà, ça suffisait parce que personne n'avait fini la première édition.
Il y avait peu de personnes.
Et au fur et à mesure, voilà, il y avait une dizaine,
15 ans de personnes, toujours les mêmes à peu près,
jusqu'à ce qu'il y ait un premier finisher du 100 km,
ce qu'on appelle la fun run à la Barclay,
qui s'appelle frozen head sur ton.
Donc voilà, ça c'était les débuts de la Barclay.
Et ensuite en 1995, c'est là où il y a la vraie Barclay,
entre guillemets, qui a démarré.
C'est lorsque Marc Williams, un anglais qui venait de nulle part,
a vraiment fait les cinq boucles.
Le format qui, pendant 10 ans, personne ne croyait à ce format,
personne ne s'y était tenté, personne n'avait essayé.
Et il est arrivé, il s'est dit,
mais moi je peux faire cinq boucles,
je peux faire 160 km et pas 100 km.
Et il est devenu le premier finisher de la Barclay.
Et du coup à partir de 1995,
ça a continué à attirer l'œil de plusieurs randonneurs extrêmes,
entre guillemets, et d'ultra-trailer des États-Unis,
pour devenir la course qu'on connaît maintenant.
La Barclay du coup, le format actuel, c'est cinq boucles.
Chaque boucle qui correspond à 40 km et 4000 m de dénivelé positif et négatif.
Donc voilà, c'est du parcours hors-saintien.
Les trois quarts sont hors-saintien, qui est normalisé.
Chaque coureur doit s'orienter avec une boussole et une carte,
tous les matériels électroniques sont interdits.
Et pour s'assurer qu'on suit le parcours,
Lazarus Lake, le créateur, a mis des bouquins sur le parcours, des livres,
où en fait à chaque fois, à l'occurrence cette année,
il y avait 13 livres, on doit arracher une page de ce livre,
qui correspond à son numéro de dossard.
Les Biss Repétita, pendant cinq boucles,
la barrière horaire de chaque boucle est de 12 heures,
ce qui fait qu'au total on doit finir la course en 60 heures.
Et c'est là tout le challenge, c'est d'être dans les barrières horaires,
parce qu'au final on n'a pas beaucoup de répit,
et aussi l'auto-suffisance, on n'a droit à aucune assistance sur le parcours,
aucun ravitaillement, sauf deux point d'eau, où on peut se ravitaillant, non.
Mais c'est tout, donc c'est vraiment l'association de toutes ces variables,
l'orientation, l'auto-suffisance, les barrières horaires,
qui font qu'il y a un taux de finisseurs de 1%,
ce qui caractérise la course, elle est connue justement,
pour son taux de finisseurs qui est historique depuis 37 ans d'existence, maintenant de 1%.
L'Az, du coup, Lazarus Lake, c'est une personne très inspirante,
il se crée un peu un personnage autour d'Alabarclay,
un personnage un peu satanique, un peu qui aime bien se faire souffrir ses coureurs.
C'est une personne qui est passionnée d'ultra-trail depuis son plus jeune âgeant,
il fait partie des pionniers aux États-Unis, c'est un peu le gourou,
c'est lui, il fasse au coureur, il ne veut pas qu'il y ait 100% de finit chez Alabarclay,
il veut garder ce 1%, en disant, voilà, vous allez souffrir,
elle n'est pas faite pour vous cette course,
du coup, il n'est pas non plus super populaire sur les personnes qui sont sensibles,
il est très taquin, mais c'est pour aussi nous sortir de notre zone de confort,
et nous dire, allez, on va faire au mieux et la finalité est un pique.
Frozen Head State Park, c'est au coeur du Ténécy, au coeur des États-Unis,
c'est très forestier, c'est de la base montagne, le pique le plus haut,
qui lumine à 1000 mètres d'altitude, et le parc, il est très forestier,
il y a beaucoup d'arbres, beaucoup de racines, de feuilles mortes,
lorsqu'on fait l'Abalclay, il est très verdoyant l'été pour les familles,
c'est vraiment un lieu de recueillement exceptionnel,
où vraiment, on est au coeur de la nature, et l'hiver, par contre, il est beaucoup plus sombre,
les arbres sont morts, il y a beaucoup d'arbres, donc c'est très clair semest,
et le paysage est assez atypique, c'est pas là où on irait en vacances forcément,
quand on pense à une destination de rêve, c'est pas là le Frozen Head State Park l'hiver.
Pour participer à l'Abalclay, voilà, le processus, il est secret,
donc c'est là la magie, en fait, la magie, c'est de ne pas savoir,
et de se renseigner soi-même, et de faire ses recherches,
si on trouve pas comment postuler à l'Abalclay, c'est que cette course-là n'est pas faite pour soi,
donc voilà, c'est déjà là que ça commence, c'est le mystère,
c'est l'apprentissage, c'est comment on fait,
et le fin mot, c'est une lettre de motivation, entre guillemets,
il faut dire à l'Az, pourquoi on doit être sélectionné,
ensuite c'est l'Az qui fait sa sélection avec ses propres critères,
et c'est ça la magie, on sait pas trop quel sont ses critères,
donc voilà, il faut jeter une bouteille à la mer, et attendre qu'elle revienne ou qu'elle revienne pas,
et ça, on a aucune idée de comment elle va revenir,
ou de comment elle va pas revenir, c'est juste l'Az qui décide.
Du coup, la première fois où j'ai jeté cette bouteille à la mer,
je l'ai jeté assez violemment pour pas qu'elle revienne, c'était en 2017,
où là, j'y ai dit, j'y ai expliqué qu'en fait je mériterai pas ma place à l'Abalclay en 2018,
parce que je n'avais pas réussi à atteindre mes objectifs,
qui était en l'occurrence le John Muir Trail, c'est un sentier de 360 km en Californie,
j'avais essayé d'améliorer le record, le record qui était à l'époque détenu par Brett Maoni,
qui était deux fois finisher de l'Abalclay, et il avait été pris à l'Abalclay grâce au John Muir Trail.
Donc je m'étais dit qu'en faisant ce projet, j'allais m'ont aussi être sélectionné à l'Abalclay,
du coup je m'étais lancé dans ça, mais j'avais vécu un échec la première année,
et ensuite j'ai jeté vraiment une vraie bouteille à la mer en 2018,
où là j'avais réussi à faire le John Muir Trail, à améliorer la marque de Brett Maoni,
et je me suis dit, enfin j'ai réussi mon projet qui était super compliqué,
j'avais jamais autant de souffert dans ma vie, j'avais vécu des choses incroyables,
et là en 2018 je lui ai dit, je lui ai dit, là cette année je pense mériter ma place,
j'ai transpiré pour et j'ai réussi ce que Brett avait réussi aussi dans le passé,
donc voilà, c'est l'heure pour moi.
Début 2019 du coup j'attends que la bouteille revient,
tous les jours je regarde si j'ai reçu la confirmation de l'AS pour m'avoir venu à l'Abalclay,
donc tous les jours je regarde sans cesse, et en fait je vois que la bouteille ne revient pas,
qu'il n'y a aucune nouvelle, il n'y a rien, et jusqu'à ce que la barclé se passe 5 mois en 2019,
du coup bon là je savais déjà quelques semaines avant que je n'allais pas en faire partie,
mais une grosse frustration, une grosse remise en question, pourquoi j'ai pas été pris,
enfin je mérite, j'ai fait le John Muir Trail, à ce moment là je me dis mais pourquoi ?
Tous les jours c'était la barclé pour moi, je vivais que pour ça, entre guillemets,
et de pas recevoir de réponse et de pas savoir pourquoi, c'était très frustrant.
J'ai toujours continué à envoyer ma bouteille entre guillemets, et jusqu'à un moment en 2020,
j'ai changé d'objectif, je me suis dit, je me suis convaincu que je partis plus jamais à l'Abalclay,
qu'il avait des raisons qui me dépassaient, je savais pas ces raisons, peut-être que j'étais placlister,
parce que j'ai mal communiqué mon envie de participer, ou trop impatient,
j'ai décidé de changer d'objectif et de me consacrer entièrement à la Charteresse Terminorum,
qui est un format barclé à nouveau, mais en France, qui je pensais aller me challenger tout autant,
moi et médiatiser, mais c'est pas ça que je recherchais, je recherchais vraiment le challenge,
et du coup je me suis vraiment focalisé sur ça,
même si au fond je continuais à envoyer ma bouteille à la mer, mais j'ai envoyé avec moins d'énergie,
et je me suis dit, voilà, c'est un projet de fil rouge depuis le début,
tu continues à postuler, mais c'était plus la flamme qui était à moi,
c'était vraiment la Charteresse Terminorum qui avait remplacé ce projet-là à partir de 2020.
En 2022, c'était l'an dernier, j'ai fait la Charteresse Terminorum,
ça s'était plus ou moins bien passé, j'avais été en tête pendant la course,
j'avais fait deux boucles assez rapidement, et j'étais fier de moi pour une première participation,
et j'ai envoyé ma candidature pour la barclé en 2022 pour 2023, vraiment sans aucune attente.
J'ai expliqué que mon objectif, c'était la Terminorum,
que je pensais pouvoir, si tout s'aligner, faire partie des finishers,
et que, par contre, voilà, ce qui m'a fait naître en tant que ultra trailer,
c'était la barclé, qu'un jour je rêverais de participer à la barclé,
en disant, chacun son tour, moi j'attends mon tour depuis des années,
un jour mon tour viendra, si c'est pas l'an prochain, ça sera l'année d'après.
Dix jours après, j'ai reçu un email de la part de là, c'est une lettre de condoléance,
en l'occurrence, parce qu'il aime bien faire des choses un peu atypiques,
et la lettre de condoléance, c'est...
Voilà, j'ai le regret de vous informer que vous avez été sélectionnés à la barclé
pour l'an prochain, par contre, vous avez l'occasion de ne pas l'affaire,
de vous désister, si jamais vous réfléchissez bien encore à ça, une ou deux fois,
parce que voilà, il joue sur ça, sur la souffrance, sur l'échec.
J'étais sous le choc, à bas surdit, j'ai appelé ma chérie en pleurs,
en lui expliquant que je pensais que j'étais pris, sans le savoir,
sans être convaincu, parce que je comprenais pas vraiment ce qui se passait.
En lisant entre les lignes, j'étais pas certain de comprendre que j'étais vraiment pris.
Donc voilà, j'ai appelé plein de copains, pendant deux heures, j'étais vraiment sous un état de choc,
entre guillemets, où là, déjà pour moi, mon rêve était déjà en train de se réaliser.
Participer à la barclé, c'était déjà une finalité à un soi pour moi.
Ça fait six ans que personne a fini la course.
Depuis 2017, le dernier finisher, c'était John Kelly.
Donc cette année, il y en a plein et moins l'occurrence,
qui rêve de devenir ce prochain finisher.
Tous les ans, on l'attend avec impatience et il y a chaque fois des choses qui font
qu'en six ans, il n'y a eu aucun finisher.
Donc j'y vais avec un état d'esprit de voilà, est-ce qu'on va avoir ce nouveau finisher,
le finisher numéro 16, où un second finit de John, de Jared.
Pour moi, depuis que je fais de l'Ultra Trail, c'est vraiment vivre des montagnes russes, émotionnelles.
J'ai jamais vécu de hauts, de transcendance, d'émotion, comme je l'ai vécu en Pozzane de l'Ultra.
Et je pense que ça passe par des montagnes russes.
Plus on va bas, puiser dans ces ressources, plus on peut monter haut,
dans cette sensation de frisson qui nous traverse le corps, de transcendance,
d'exploration, de se dire qu'on est en train de faire quelque chose que personne n'a fait dans le passé
et de vivre ces émotions particulières en fait comme un explorateur.
Comme si on découvrait un autre continent, mais là on découvre qu'on peut faire ce genre de choses
dans ce laps de temps précis.
En fait, j'ai vécu c'est haut et c'est bas. C'est très bas du coup, de souffrances, de douleurs
qui m'ont permis aussi de vivre des très hauts, d'accomplissement, d'émotion
qui font que je trouve ça superbe dans le sport, mais que forcément ça peut passer
que par des moments où on doit sortir de sa zone de confort, on doit se donner et c'est le jeu.
J'ai eu quelques mois, trois mois de préparation du coup pour l'abarclé qui se passe au mois de mars
et pour moi, en l'occurrence, la préparation c'est pas compliqué, ça se base sur deux choses,
c'est le volume, beaucoup de dénivelé, beaucoup de kilomètres.
Par semaine, à moyenne, c'était entre 20 et 30 heures d'effort,
et entre 150 et 200 kilomètres, et surtout sur le dénivelé je comptais,
c'était entre 8000 et 10000 pour les semaines les plus chargées,
et la pente, je fais beaucoup d'entraînement sur du pantou sur du 30-40%
pour imiter les pantes que je vais avoir en course,
je travaille aussi sur du hors-centier, dans les pyrénées, faire des boucles un peu originales
pour me mettre en condition parfaite pour l'abarclé et travailler sur des choses très similaires.
On a passé une semaine dans le parc avec Guillaume avant de la course,
Guillaume Calmet, qui a fait la course avec moi cette année,
pour se baigner de l'atmosphère du parc, pour s'entraîner sur les sentiers,
où s'est autorisé, etc. Donc quand la course est arrivée, j'étais assez à l'aise,
j'avais pas trop d'anxiété par rapport à ça, j'étais baigné déjà dans le parc depuis une dizaine de jours.
La veille de la course, il se trouve que la météo qui est prévue pour la course,
elle est censée être parfaite, il est censé faire soleil, ne pas négé, ne pas pouvoir, ok,
ils annoncent un froid glacial de moins dix degrés en ressenti, mais ça c'est pas grave, on pourra faire avec.
Il se trouve que là, il commence à pleuvoir, il commence même à neger ou à grêler,
enfin c'est un mélange de tout ça, pas beaucoup, mais on se dit voilà,
là en ce moment, ça y est, c'est l'abarclé qui est en train de nous jouer un tour,
donc on se dit bien, rien n'est gagné, les prévisions, on va les oublier,
on va juste se lancer dans la course et faire au mieux.
Et puis là, dans le camp, tous les gens commencent à arriver au fur et à mesure,
on commence tout ça à se saluer, on commence à voir les têtes qui étaient annoncées,
qu'on n'était pas sûrs, mais c'était des bruits de fonds de couloir, entre guillemets,
mais oui, Jarred, il est là. Jarred Campbell, c'est un court-radultra-trail qui vit à Salt Lake City,
et c'est là référence de l'abarclé, il a fini trois fois l'abarclé.
Il y a Carrel aussi qui revient, Carrel Sabé, du coup, il est connu pour ses efforts de long-grande donnaire,
il était détenteur du recordement du Pacific Rest Trail aux États-Unis, un centier de quatre milliers kilomètres,
il est aussi le désanteur du record de la Palache en Trail, qui est aussi un centier très long aux États-Unis,
et là, cette année, il vient à l'abarclé pour sa troisième participation, il a échoué deux fois dans les années précédentes.
Il y a John Kelly, c'est l'enfant du pays, il vit à quelques kilomètres du parc, c'est son terrain de jeu,
il a commencé l'ultra, je crois, par l'abarclé avant de finir pour sa première fois en 2017 après ses deux échecs.
Il y a tous ces gens-là, ils commencent à arriver les uns après les autres, et voilà, donc on se prépare,
les tentes se mettent en place, on va donner nos plaques d'immatriculation pour les nouveaux à LAS,
parce que c'est l'offrande de qu'on doit faire, c'est LAS qui avait décidé historiquement d'amener une plaque de là où on vient,
donc on reçoit la carte du parcours. La carte de l'abarclé, du coup, c'est pas une carte d'orientation,
c'est juste une carte du parc qu'on achète quand on arrive au parc, et c'est une carte très minimaliste,
il y a juste les lignes topographiques du parc, on voit les sommets, on voit les rivières, on voit les vallées,
on voit le relief forcément, mais voilà, on voit pas grand chose de base sur cette carte comparée à des cartes d'orientation pure,
où là il y a vraiment tout de détaillée, là ça reste assez minimaliste avec les sentiers du parc, les sentiers officiels qu'on peut suivre,
et le hors-sentier qui n'est pas représenté forcément, qui est interdit hors-cours,
et quand on voit la carte de la course, la master map, on l'appelle, c'est juste un tracé qui assure cette carte officielle du parc,
un tracé en rouge qui suit des lignes de crête, des rivières, des sentiers aussi des fois,
et on se doit de recouper cette trace sur notre carte à nous, et sur cette trace, il y a des croix qui représentent au livre
qu'on doit aller chercher, les 13 livres qui sont dissimulés sur la course, pas plus compliqués que ça,
donc c'est très minimaliste et il faut faire un sorte de faire avec ça, c'est le seul outil qu'on a pour s'orienter.
Moi je vais me recentrer au camion là pour la recopier proprement sur ma carte, la plastifier, etc.
Donc je me pose seul dans mon camion pour prendre vraiment le temps de faire deux cartes,
une carte principale et une carte de secours, et voilà, une fois que c'est fait, je vais rejoindre les autres au barbecue,
on discute tous autour du poulet qui cuit tranquillement, on commence à faire nuit bientôt,
et là les coureurs, on voit que la plupart commencent à aller se coucher, parce qu'on ne sait pas quand c'est que le départ va être donné,
est-ce qu'il va être donné à minuit, ou à midi, ou à 5h, donc on commence à aller tout solide autour de 20h,
on continue à discuter autour du camp, à faire des scénarios, à faire des petits paris sur comment ça va se passer,
qui c'est qui va finir, etc. Et moi déjà là je me rends compte que je ne suis pas trop à ma place,
parce que dans les discussions, mon nom il n'apparaît nulle part et c'est normal, je suis inconnue,
on parle toujours de John, de Carrel, de Jared, et dans ma tête je me dis mais ils ont raison,
pourquoi je me donne l'objectif de 5 boucles, c'est décontenant, je me dis est-ce que j'ai vraiment ma place là,
je vais dans le camion, je commence à m'endormir en me disant tu vas vivre ton rêve, ne pense qu'à ça,
fais les choses au mieux pour ne pas avoir de regrets et c'est tout.
J'essaie de dormir tant bien que mal, on attendait toute la nuit que la conque qui donne le départ dans une heure,
ce qui s'est passé en l'occurrence, vers 8h du matin la conque a été sonnée par l'Az,
et du coup on a démarré la course à 9h du matin.
Le départ du coup on s'agglutine tout autour de la barrière jaune, il y a l'Az qui est de l'autre côté,
qui sonne la conque une dernière fois, il fait hommage aux anciens vétérans qui sont décédés depuis aussi,
un hommage chaleureux à toutes ces personnes qui ont fait partie de la course historiquement,
on l'écoute solonnellement jusqu'à ce que le vrai départ soit donné, c'est-à-dire l'Az qui allume sa cigarette,
il aime bien dire l'Az pourquoi pas s'amuser en faisant cela, donc voilà, c'était son petit clin d'œil historiquement,
il allume sa clope et c'est à ce moment-là que dès qu'on voit la flamme qui touche la cigarette, nous on se lance,
on traverse la barrière jaune, je suis vraiment en train de vivre mon rêve, je suis en train de traverser cette barrière jaune,
que je m'empêche de toucher, il faut avoir tout pris que je ne la touche pas sauf quand je finis une boucle,
donc voilà je me décale de mettre de cette barrière, j'essaie de suivre les coureurs qui sont devant moi,
tout en m'écoutant aussi, c'est assez calme, pas de panique, chacun se ressentre déjà sur soi,
tout en regardant autour de moi, ou aiguille homme, parce que je sais que je vais faire la boucle avec lui,
donc voilà, je vois qu'il n'est pas loin, c'est comme ça que je démarre et le prochain objectif c'est juste de trouver le premier livre maintenant.
J'essaie de suivre le groupe de tête, on est une dizaine de personnes, mais je veux aussi m'écouter et faire un sort de pamecramé,
je suis tant que je peux, au fur et à mesure il se trouve qu'on avance bien tous ensemble jusqu'au premier livre,
qui est pas si loin, il y a une longue montée jusqu'au premier livre, donc voilà on est un gros groupe,
au premier livre c'est un peu le chaos, parce que tout le monde veut sa page, donc on est une quinzaine agglutinée sur le bouquin,
et on attend chacun son tour pour avoir la page, en l'occurrence j'arrête, qui est triple finisher,
il donne un peu de sa personne, il arrache un peu toutes les pages, il demande les numéros, c'est quoi ton numéro,
il a le bouquin entre les mains et il fait la distribution, donc c'est assez rigolant.
Donc voilà, jusqu'au deuxième bouquin on est une dizaine de personnes,
à avoir une allure assez soutenue mais correcte, je peux gérer, jusqu'à ce qu'à partir du deuxième livre,
après la première des centaines, là on commence à voir des petits écarts qui se forment,
des allures qui sont moins confortables, des groupes qui se créent, moi je crée mon groupe avec Guillaume et Lucas,
très bien dans mon allure, on discute avec Guillaume, on exécute le plan,
et voilà on partage beaucoup sur le prochain livre, sur ce qu'on doit faire et on continue comme ça.
Le parcours du coup c'est que des montées des centaines en fourrées, pour principalement en hors-centiens,
à un moment donné on passe par la prison, Brouchier-Montaines, qui est en bas d'une des centaines,
et ensuite on la quitte pour faire une longue montée qui nous amène vers la tour,
qui est le point culminant du parc, voilà il y a la prison qui est en bas sous laquelle on passe,
on passe sous la prison dans un conduit qui évacue l'eau en fait, une sorte de rivière,
c'est une prison qui est désaffectée, qui a été fermée en 2009 je crois,
mais c'est particulier parce que quand on lève la tête et qu'on s'imagine tous les prisonniers qui étaient au-dessus,
on s'imagine qu'il y avait des, voilà c'était une atmosphère particulière avec des histoires particulières,
donc voilà cet endroit il est très marquant.
Ça correspond principalement à du hors-centier, la course on est en fourrées,
avec beaucoup de feuilles mortes, de branches, de troncs d'arbres, de racines, c'est mort, on est en mars,
donc c'est que de la végétation morte, il y a des obstacles tout le temps,
il y a quelques ronces qui sont sur le chemin, qui font qu'elles nous la servent un peu de temps en temps,
donc voilà c'est un mélange de toute cette végétation qui fait qu'on doit rester concentré à 100%.
La première boucle se passe parfaitement, on la finit très bien avec Guillaume,
on fait aucune erreur d'orientation, on est avec Lucas aussi qui nous suit,
on a perdu 0 minutes, on est en train de finir cette boucle à 8h45, alors qu'on s'était dit qu'on allait la finir de base à 9h30,
donc ça nous donne confiance, on est à fond, on est refait là,
voilà ce qui nous attaie juste maintenant, c'est juste d'enchaîner la deuxième boucle,
qui elle va être de nuit, maintenant le soleil est en train de se coucher,
on est super satisfait de ce qu'on vient de faire,
et là on a la transition qui arrive du coup, c'est à peu près 19h,
donc on s'alimente rapidement, il n'y a pas grand chose à faire, la transition est assez rapide,
je passe moins de 10 minutes au camp, on fait nos affaires, on se réapprovisionne,
on refait le plein et on est reparti dans la nuit.
Il n'y a aucun matériel obligatoire à la Barclay, c'est vraiment chacun qui fait sa sauce,
chacun utilise ce qu'il veut, par contre il y a du matériel interdit,
tout outil électronique est interdit, pas de GPS, pas de montre, pas de téléphone, pas d'écouteurs, rien,
c'est vraiment nature-painting, on est vraiment face à soi-même.
Par contre, on fait son sac, moi en l'occurrence je suis assez minimaliste,
je prends pas grand chose au niveau vêtement, j'ai un kawai avec moi et un T-shirt manchelon en plus,
et une paire de gants, si j'ai des bœufs aussi, c'est vrai pour le tour du coup,
parce que c'est vrai qu'il va faire froid, j'ai une paire de bâton forcément,
j'ai une batterie de frontale à nextra, j'ai la frontale,
j'ai un kilo de nourriture environ pour la boucle, pour 10-12 heures d'auto-suffisance,
j'ai un litre d'eau, j'ai deux flasques de 500 millilitres,
il y a de l'eau un peu partout sur la barclée, donc ça c'est pas un souci, on peut partir assez léger.
La deuxième boucle, en l'occurrence, cette année, il a changé les choses,
là un peu, il a inversé le sens du parcours, on est parti en 100e verse cette fois-ci,
donc là, dans la deuxième boucle, je repars du coup, à l'inverse, je traverse pas la barrière,
je repars de là où je viens, Guillaume me rejoint,
et là du coup, on va chercher le livre 13 plutôt que le livre 1.
Le soleil se couche dans la montée de ce livre 13 et on se lance dans la nuit 100e verse,
ce qui est un challenge déjà, parce qu'on perd nos repères,
donc là, à tout moment, il va falloir être vigilant, parce que tout le hors-saintier qu'on va faire,
ça en risque de faire une erreur qui peut nous coûter très cher.
C'est le deuxième livre, dans ce sens-là, qui est le livre numéro 12,
on fait une erreur de orientation qui nous coûte 15 minutes,
parce qu'en fait, on est hors-saintier et on n'arrive pas pile-poil sur le bouquin,
on arrive sur la rivière, mais est-ce qu'on est trop haut, est-ce qu'on est trop bas au niveau de la rivière ?
On ne sait pas, donc en fait, on jardine, on va un peu plus bas,
non, ce n'est pas là, en fait, c'est si faux, on était trop bas déjà, donc il faut remonter.
C'est beaucoup d'observation, d'essayer, d'analyse, de carte, de se dire, voilà,
est-ce qu'on n'a pas tourné trop à gauche ? Le seul moyen, c'est la boussole.
En fait, si il faut, à la fin, on est à 30 mètres du livre, mais on ne le voit pas.
Et tout se ressemble dans la nuit, donc l'orientation, c'est assez compliqué,
il faut avoir vraiment des repères un peu partout.
La première nuit, c'est la nuit la plus froide de la course,
c'est là où les températures vont être le plus bas, ils annoncent moins de 10,
donc je commence à me couvrir, je mets un beuve, je mets des gambes plus chauds,
je mets une couche supplémentaire, quand je respire, c'est du mal à respirer,
il fait vraiment très froid et je pense que les prévisions ont été assez justes.
Je pense qu'en ressentie, c'est entre du moins 5 et du moins 10 qu'on a.
Et d'ailleurs, quand on va avoir un vitail mando, les bidons d'eau sont gelés.
Avec Guillaume, on continue ce deuxième tour, l'ami par cours,
on fait encore une erreur qui nous coûte 15-20 minutes.
À cause de moi, je me précipite trop dans la pente à gauche, je n'aurais pas dû monter si tôt.
Là, on se perd, on est dans la broussaille, il fait nuit, on commence un peu à flipper.
Guillaume me dit que ce n'est pas bon, quand on ne s'est pas woné,
il faut qu'on refasse demi-tour et qu'on aille à un point où on sait où on est.
Et moi, j'y dis, oui, mais ça va nous coûter cher, ça va nous coûter 40-45 minutes.
Est-ce que tu ne penses pas que ça va être le coup d'essayer d'aller tout droit
et de récupérer le chantier la J-pro de là qui est en face ?
Donc, on fait le choix de continuer à retrouver le parcours.
Et on trouve le parcours, on est rassuré, ça y est, là on est bon, donc on continue comme ça.
Voilà, c'est la moitié de la deuxième boucle.
Là, je vois que Guillaume est sur des allures un peu différentes, on ralentit tous les deux
et on commence à se rendre compte qu'on n'est plus vraiment dans les objectifs finissions,
on voulait finir en 21h à peu près, la deuxième boucle,
enfin, au total, incumuler avec la première.
Et là, je me rends compte que ce sera plutôt 22h, 22h30, ce qui m'inquiète beaucoup.
Je me dis ça y est, on commence à avoir l'aventure qui s'échappe entre nos doigts.
Donc, je suis dans un dilemme, à ce moment-là, un dilemme terrible.
C'était est-ce que je suis mon allure, est-ce que je me lance dans mon aventure
et je laisse Guillaume sur son allure et je pars, entre guillemets, égoïstemment
pour vivre ma course à moi ?
Ou alors, est-ce que je privilégie le binôme, l'aventure, le partage,
ce que j'aurais rêvé depuis le début, c'est-à-dire finir la course avec Guillaume,
en tout cas faire les quatre premières boucles ensemble jusqu'à la cinquième.
Et déjà, je mettais une croix sur ça, à ce moment-là, et c'était terrible,
parce que du coup, je voulais pas.
Pour moi, là, c'est un tournant dans la course où je décide de partir devant.
Guillaume me le répète à nouveau une fois, il me dit,
« Auré, par devant, fais ta course, sinon, c'est un objectif de deux ans.
Ce ne sera pas cette année que tu vas la finir ».
Il me dit, « Ti, il me challenge ».
Il me dit, « Vas-y, pars, fais ton truc ».
Parce qu'il voit que je commence à m'inquiéter, et j'hésite, j'hésite.
Et là, je lui dis, j'ai dit, bon, désolé, je vais essayer de rattraper un peu le retard,
je pars devant et à tout à l'heure, à plus tard, sans savoir le plus tard
ce qu'il allait donner. Je sais pas comment ça va évoluer.
Donc là, c'est compliqué, et je me ressentre sur moi.
Et là, pour le coup, je me lance dans le bin.
Là, il fait nuit total, je suis en 100ème verse, je suis seul maintenant.
Donc je dois vraiment compter sur moi et faire en sorte que les erreurs de rentation
soient minimes et vraiment faire en sorte que mon expérience de la première boucle
soit utile pour faire aucune erreur.
J'entends rien, un bruit de fond, le vent qui caresse les feuilles des arbres,
qui caresse les feuilles qui sont au sol, voilà, le bruit du vent et des arbres.
En fait, comme si ça devenait une mélodie, une voix de fond,
comme si la nature avait cette voix-là.
Et c'est assez particulier parce que c'est le seul truc qu'on entend en continu.
Lorsqu'on est avec personne, et même lorsqu'on est avec quelqu'un,
on entend le bruit des pas, un pas après l'autre, avec le bruit de fond.
J'arrive à la fin de la deuxième boucle, un peu plus de 21h, 21h10 je crois.
Je suis super content par rapport à ça, je suis encore dans les délais
de ce que je devais faire, de ce qu'on s'était dit de faire.
J'ai fait quelques erreurs d'orientation encore à la fin de la deuxième boucle,
mais elles m'ont pas coûté beaucoup.
Donc là je suis dans un état d'esprit positif,
où en plus je vois Jared à la barrière, John, qui repart dans le même sens.
Le sens de la troisième boucle sera dans le même sens que la boucle numéro 2.
Et donc là je me dis, c'est incroyable, Jared est juste là,
alors que je pensais qu'il était vraiment beaucoup plus loin.
Donc là, à 21h12, je fais une transition rapide,
je me dis, j'ai pas envie de risquer de me reprendre
comme on s'est perdu au livre numéro 2 avec Guillaume.
J'ai vraiment envie de bénéficier de l'expérience de Jared et de Carel,
qui est juste devant aussi, pour juste être dans la roue entre guillemets.
Les suivrons, apprendre encore une nouvelle fois de leur expérience,
de savoir où c'est qui passe exactement, me faire un check point,
me mettre un marqueur sur le parcours.
Donc là mon objectif, c'est de faire une transition rapide maintenant.
Je mange, je reprends mon second sac et je repars,
un chasse pour me greffer dans le groupe de Carel et Jared,
qui se trouve aussi avec Christophe dans la première montée.
Donc je les rejoigne et là on est en train de constituer un groupe de 4,
pour ce départ de la troisième boucle.
Le jour se lève pendant qu'on démarre la boucle.
Donc ça sera une boucle entièrement de jour, je pense,
si on la fait à une douzaine d'heures.
Donc il faut que je l'utilise pour encore prendre de la confiance sur la course.
Il y a plein de livres que j'ai galéré à trouver sur la boucle précédente.
Donc j'essaie de rester avec Carel, Jared et Christophe le maximum de temps possible
pour pouvoir accumuler encore plus d'expériences.
Ça se passe plus ou moins bien.
J'arrive à les suivre sur les bouquins critiques du début,
où je voulais à tout prix en apprendre plus, on fait aucune erreur.
Ensuite ils commencent à aller un peu plus vite.
À la prison, moi j'enlève mes chaussures pour ne pas me mouiller les pieds.
On doit traverser une rivière à Mandonnet.
Et eux je les vois, ils partent devant, ils enlèvent pas les chaussures, ils tracent.
Peu importe pour eux, c'est des guerriers, c'est bon, on met les pieds dans la flotte,
ça y a pas de souci.
Moi non, j'avais vraiment envie d'éviter de garder les pieds au sec,
donc là ils se détachent.
Je me retrouve seul à nouveau.
Je me retrouve seul, ça veut dire que voilà, à nouveau l'orientation c'est compliqué.
Et en l'occurrence je fais une nouvelle erreur dans une descente, je pique trop au sud.
Et là ça me marque, parce que du coup je dois rejoindre un livre.
Et je m'attends à avoir une rivière qui coule de gauche à droite.
Je sors la carte, j'analyse et en fait oui je vois que je suis à une autre rivière qui est un peu plus loin
et qui en fait fait une confluence avec la vraie rivière que je dois rejoindre.
Donc voilà je vais à la confluence, je rebourse le chemin sur la vraie rivière, je trouve le bouquet mais voilà j'ai perdu 15 minutes je pense.
Quand je fais des erreurs d'orientation je l'ai anticipé dans la préparation
et je me dis voilà ça va être de la panique, tu vas pas savoir router,
tu vas te dire que tu es en train de perdre la course et ces moments là qu'il faut anticiper
où je me suis dit voilà quand ça va arriver il faut se calmer, il faut se dire t'es dans la merde
un truc qui met, t'es dans une situation compliquée, tu te poses, t'analyse,
tu reviens à la limite à un endroit où tu étais et si c'est trop tard passe du temps et analyse à ce que tu dois faire.
Donc à chaque fois que j'ai eu des erreurs d'orientation je me suis dit ça y est, là t'es dans la barquée, t'es dans la course.
C'est maintenant qu'on va voir ce dont t'es capable. Est-ce que tu vas paniquer, tourner dans tous les sens et perdre la course
ou est-ce que tu vas te poser, faire preuve de patience, d'analyse et trouver la solution
qui fera que tu perdras le moins de temps possible.
Donc je continue mon bout de chemin et il se trouve qu'au final à quelques livres plus tard
je rejoins un nouveau Karel et Jared un peu plus loin avec qui je vais finir la boucle.
C'est appréciable, finir trois boucles c'est pas donné à tout le monde.
Donc il y a un moment de partage très particulier et je suis en train de vivre un rêve.
Je me rappelle être devant l'ordi quand je regarde la barquée et suivre la course de loin.
Là je suis dedans avec Jared donc c'est des émotions déjà, c'est un sentiment de privilège incroyable.
Je finis la boucle seul, j'arrête un peu ralenti, je crois à ce moment là qu'il commence à vraiment le genou.
Mais voilà je finis seul, le soleil commence à se coucher à ce moment là
et je finis cette troisième boucle en un peu plus de 33 heures
et là la transition avant la quatrième boucle va démarrer.
Je suis pas trop dans la douleur là à la fin de la troisième, je suis pas en souffrance, je vis encore ma course, je profite, je gère.
Donc voilà je suis confiant juste d'avancer, je suis encore large, j'ai encore 3 heures de répit, 3 heures de marge sur la barrière horaire.
Je me dis voilà il faut exécuter la transition, il faut que je me repose, là la quatrième boucle ça va se faire de nuit.
Ça sera la dernière nuit de la course, je commence à avoir le sommeil qui arrive.
Donc je me dis il faut que je me ressente sur moi à faire une sieste de 15-20 minutes pour pouvoir repartir en moins de 30 minutes.
C'est ce que je m'efforce de faire et je pense pas plus loin que ça, je veux vraiment me ressentrer sur la prochaine action à court terme.
Depuis le début de la course, même avant, pendant et jusqu'à la fin, je veux vraiment me ressentrer sur ce que je dois faire à l'instantané.
Donner 200% de son énergie à faire la tâche qu'on doit faire maintenant, c'est-à-dire sidrater, se nourrir, s'orienter pour trouver le prochain livre,
se couvrir s'il fait froid, parce qu'il fait froid donc il faut pouvoir se couvrir aussi et pas faire une hippo.
Donc voilà, depuis le début je me ressentre sur ça, je ne regarde pas les autres, je ne regarde pas leurs allurents, je ne regarde pas ce qu'ils font,
je regarde ce que je fais, ce que je dois faire et c'est ça que je m'efforce de faire jusqu'à ce que je sois éliminé par les barrières horaires ou quoi que ce soit, se passe.
Et voilà, je fais ça plutôt bien depuis le début parce que je vois que ça me demande pas d'énergie et que ça ne me fait pas douter à ce niveau-là.
La fin de la 3ème, c'est la fin de la journée, c'est le début de la nuit, la nuit s'annonce moins froid que la précédente,
je crois qu'il y a que 4 personnes devant moi mais je ne suis pas sûr en fait, je ne me pose même pas la question,
je sais surtout que Carrel vient de partir, je sais qu'il n'est pas loin, il se trouve que je vais le retrouver au premier livre
et là il me propose de faire un duo, de travailler ensemble la nuit parce que la nuit on peut vite perdre le fil seul avec le sommeil qui commence à s'accentuer.
On est à 36h de course, on n'a pas trop dormi, donc voilà on commence à faire un duo avec Carrel,
mais les choses se passent moins bien que qu'à espérer, moi je suis un virgine, on appelle ça, c'est ma première barclé,
Carrel c'est un vétéran, c'est sa 3ème barclé, je me sens plus frais que lui à ce moment-là, je pense,
je vois qu'il commence un peu à piocher dans ses réserves, voilà il commence à avoir son meille, donc je vois que je l'aide mentalement.
Mais le problème c'est que moi je suis devant, je me précipite dans les pantes, c'est moi qui fais l'orientation entre guillemets seul,
mais je me concentre moins parce que Carrel est là, c'est un vétéran et si jamais je fais des erreurs, c'est pas grave.
Et le problème c'est que je fais des erreurs, des erreurs que je ne devrais pas faire, Carrel me corrige trop tard à chaque fois parce qu'il me suit
et en fait du coup je vois que la collaboration elle n'est pas top, ça dure jusqu'à la moitié de la boucle,
où on perd à peu près 30-40 minutes, je pense, sur deux-trois erreurs qu'on n'aurait jamais dû faire.
Et là à la moitié j'ai vraiment le sommeil qui commence à me rattraper au bout de 39 heures de course à peu près.
Je commence à voir tout flou, je titube sur le chantier, je vois le chantier flou, comme si on est bourré, comme si on rend une soirée à rosé
à 3h du matin, j'ai du mal à marcher droit, on ne va pas très vite pourtant, on marche là, mais j'ai des hallucinations,
des voix indiscernables, comme si c'était quelqu'un à 200 mètres qui essaie de nous appeler mais on n'entend pas ce qu'il dit,
on ne sait même pas si il nous appelle et d'ailleurs j'ai l'impression que c'est Guillaume qui est au coin, qui m'appelle, qui est au prochain virage, qui m'attends,
où je me dis voilà j'ai besoin de me prendre un petit complément en caféine, que je fais, voilà,
j'avais pris des compléments avec moi de caféine qui pouvaient m'aider dans ce genre de situation.
Ce que je fais, je m'y drattends, je mange, je suis patient et là au bout de 20 minutes ça disparait, je vois le chantier qui revient clair, qui revient clair.
On continue encore à faire des erreurs d'orientation, une encore de plus qui m'a agacée parce qu'on n'aurait jamais dû la faire et je m'en veux parce qu'on perd encore 10 minutes de plus.
En fait je pense que si t'es seul tu vas vraiment regarder à deux fois, à deux reprises là où tu vas et ça peut être bénéfique.
Et en plus c'était une section que j'avais bien mémorisé sur les boucles de la ronde.
Donc je pars seul, je pars vraiment rapide, bien, je suis en forme, je suis déterminé, on a déjà passé la moitié de la boucle.
Donc là je me sens vraiment dans un très haut où je me dis presque rien ne peut m'arriver.
Et il se trouve que rapidement je rejoins le groupe de Tetein, il y a Albert qui est allongé là avec Damian, il fait nuit, il fait froid, c'est chaotique, Albert essaie de dormir mais il n'y arrive pas.
Donc voilà moi je prends la page du livre, je continue mon chemin, Damian se met avec moi, donc on fait un petit duo sur deux livres et ensuite on se perd de vue rapidement après le livre et Damian, donc je continue tout seul.
Je vois une frontale au loin, le jour comment ça se lever.
Je sais que c'est John, il n'y a plus que John devant moi et là je me dis c'est incroyable, il n'est pas loin, il est juste là.
En fait j'ai remonté sans les chasser naturellement la tête de course.
Donc là j'ai une sensation incroyable de frisson à nouveau, je me dis mais t'es en train de faire quelque chose d'unique parce que tu te ressens sur toi.
Et en fait c'est dans les objectifs de ces gens là qui sont tes idols, t'es juste derrière John.
Et au fur et à mesure je pense à la suite, je pense à cette fameuse cinquième boucle qui va se faire seul.
La cinquième boucle à la barclée, en l'occurrence il y a une règle qui fait qu'on ne peut pas faire de duo, c'est un sens alterné.
Et le premier qui part sur la cinquième boucle choisit son sens.
Donc si jamais le premier décide de partir en sens horaire, le second partira dans le sens inverse, sens anti-horaire, etc.
Pour être sûr qu'en fait il n'y ait pas de binôme qui se crée pour rajouter une complexité supplémentaire.
Et moi je voulais à tout prix éviter le sens anti-horaire qui est le plus compliqué pour la navigation me concernant en tout cas.
Je pense à tout ça dans ma tête, je rejoins le camp et John je ne l'ai pas croisé.
Quand j'arrive au camp, John qui est toujours là, qui fait sa transition.
Et la première chose que je fais en arrivant au camp c'est de demander à John dans quel sens tu veux partir.
C'était ma seule préoccupation.
Et John me répond qu'il veut partir dans le sens horaire, dans le sens où je voulais partir.
Donc là je baisse vraiment les bras, je suis dégoûté, j'ai des larmes qui commencent à couler.
Je m'empêche que ça coule pour me recentrer sur moi mais c'est très compliqué.
C'est un moment de faiblesse et de douleurs mentales.
Et je me dis, je me remobilise et je me dis, allez, le défi il est là, tu dois partir en sens anti-horaire.
Ben vas-y, fais-le, tant pis.
Physiquement je suis dans un état extraordinaire.
Je me rappelle sur les rapports de courses, sur les vidéos, tout ce que je voyais.
Ben les coureurs à chaque fois ils rampaient pas mais ça t'itubait, ça allait pas vite, on voyait de la souffrance, on voyait que c'était pas facile.
Et là en fait je me sens ben oui fatigué, c'est normal, quand même épuisé.
Mais j'ai pas de douleurs particulières ou en tout cas j'arrive à bien courir et marcher comme il faut.
Je vois John partir sur la cinquième et il t'itube, il marche pas très bien.
Et moi je vois qu'en fait je suis dans un état pour quatre boucles de fête qui est vraiment exceptionnel.
Je pensais pas être dans cet état là à ce moment là.
Mental très positif aussi, j'ai vraiment envie de continuer, de me battre, de finir, de vivre cette cinquième boucle qui n'est pas donnée à beaucoup de personnes,
un seul état d'esprit très positif avec une grosse inquiétude et une grosse contrariété sur le sens de la boucle.
Je savais que j'allais faire des erreurs d'orientation, je savais pas combien de temps elles allaient me coûter.
Et je voulais faire un sorte qu'elles allaient pas me coûter une heure ou deux, que ça allait pas être des erreurs critiques.
Donc beaucoup de contrariété mais un sens, voilà, une envie particulière de bien faire et une motivation énorme.
Donc la cinquième boucle je pars en courant, déterminé.
Je cours même le faux plat montant, je fais la première ascension en temps record pour moi au niveau de la course, entre guillemets.
J'ai jamais été aussi rapide sur cette ascension, je lave à la, je suis déterminé et j'ai un très haut qui arrive.
Là j'ai envie de me finir et de me donner le maximum de chance possible pour finir.
Je suis sur Saintier pour le départ, donc je fais tous les kilomètres à fond.
Tout ce que je connais, je vais au plus vite.
La prochaine descente elle est hors Saintier, je la fais très rapidement aussi, je me suis mis des repères sur la boucle 2 et la boucle 3.
J'ai confiance, je me laisse dans la pente, j'exécute, je vais vite.
Et là en fait au fur et à mesure les erreurs d'orientation commencent à arriver.
Je me précipite un peu trop, je fais des nouvelles erreurs que j'avais jamais faites auparavant.
Donc j'arrive du mauvais endroit, je jardine, je suis dans la broussaille, je n'ai jamais été là, je ne sais pas où je suis.
Heureusement il fait jour, mais voilà je perds du temps déjà.
Je continue, je monte une des plus grosses montées de la boucle, ça se passe bien.
Je vois Guillaume Ango qui est là avec Alex, avec Paulina.
Donc ils sont là, ils voulaient voir combien de temps j'allais être là, ça correspond à à peu près un tiers du parcours.
La prochaine descente, en quittant la tour, je fais encore une erreur d'orientation, je les enchaîne un peu.
Je perds à chaque fois 10 minutes, je pense que je fais encore deux erreurs.
Là les douleurs précises pointues commencent à apparaître.
Je commence à sentir comme un petit coup de poignard au niveau du genou, au niveau de l'essuie glace.
Là je me dis, c'est compliqué, si j'ai une tandisnit qui sort maintenant, des fois ça nous met à l'arrêt complet.
Donc je fais avec, je continue à avancer.
Un livre après l'autre, je commence à voir Carrel, on se croise, parce que du coup en ce moment,
il y a John et Carrel qui sont dans le 100° inverse.
On croise Carrel, on se congruite, on s'encourage, on se fait une tape sur les pôles, on se dit, allez vas-y, tu vas le faire.
Il reste encore la moitié du parcours à ce moment-là.
Et il se trouve que le reste du parcours se passe très bien.
On est à 56 heures de course à ce moment-là, je sais que je vais finir la course normalement, si je suis encore concentré.
Donc je m'imagine finir.
Je suis dans cet état d'esprit un peu en train de vivre des émotions incroyables,
de me dire que je suis en train de finir l'infinissable.
Voilà, j'y suis là.
Je vais sur le prochain livre, qui est le dernier livre.
Le soleil commence à se coucher à ce moment-là.
J'essaie de profiter de ce moment-là.
J'essaie de me dire, Tia, tu es sur ta dernière descente, concentre-toi, ne te trompe pas.
Un mauvais virage peut faire un sorte que la course se termine de la mauvaise façon.
Donc je reste concentré, mais je profite.
Je profite de vivre ces émotions-là uniques, de privilèges.
Je rejoins le chantier.
C'est 58 heures, 15 minutes.
Je suis à 10 minutes de rejoindre le camp.
Je sais que je vais être finisseur.
Il n'y a plus qu'à suivre le chantier jusqu'au camp.
C'est un sanglot au fond de moi, je sanglote.
J'ai des émotions de joie immenses.
Je rejoins le camp.
Là, il fait nuit.
Le soleil s'est couché depuis 30 minutes.
J'ai allumé la frontale.
Je vois toutes les lumières au camp.
Je commence à entendre les gens crier.
Ils ne savaient pas que j'étais.
Ils n'avaient aucune idée de où j'étais.
On n'a pas de suivi GPS.
Le fait de voir ma frontale, c'est incroyable.
Parce que quand on est dans le parc, il y a un silence majestueux.
Il n'y a pas un bruit.
Il y a le bruit du vent, des feuilles,
quelques bruits d'animaux qui sont très rares.
Quand je commence à m'approcher du camp,
les premières personnes commencent à voir ma frontale.
Les gens me voient arriver.
Ils savent que je vais devenir finisseur.
Ils savent que je suis le premier finisseur depuis 2017.
Depuis 6 ans.
J'entends des cris.
De un silence majestueux,
il y a tout un brouhaha qui commence à se lancer.
Je commence à pleurer,
à vivre toutes ces émotions-là.
Et le fini est extraordinaire.
Je fais des accolades avec l'Asie,
avec Guillaume, avec tous les gens qui sont là.
J'ai une petite pointe
où je pense à tous mes proches qui m'ont suivi tant bien que mal.
Je sais aussi qu'ils vont être soulagés de voir que ça s'est bien passé.
Je pense à Lucille,
qui n'a pas dormi pendant 58 heures.
Ma chérie, à mes parents, à ma soeur.
A tous ceux-là qui ne sont pas au caron aussi.
Au fond de moi, c'est difficile.
Je vis beaucoup d'émotions, mais j'ai du mal à réaliser.
J'ai longtemps imaginé mon image de moi virtuellement en train de finir cette course.
Toucher la barrière, m'effondrer un sanglot,
deux jours de nuit.
Je voyais ça deux jours dans ma tête.
Ça s'est trouvé que ça s'est fait de nuit.
Je ne me suis pas effondré à un sanglot.
Je reste un peu stoïque, un peu chaos debout.
Du mal à réaliser que j'ai vécu quelque chose d'énorme, d'un point de vue personnel.
C'est un projet qui m'a pris six ans de ma vie pour lequel je me suis donné à fond.
J'ai un peu du mal à réaliser, je pense.
Un sentiment d'accomplissement extrêmement.
Et un sentiment de partage exceptionnel au-delà de moi, au-delà de mes émotions.
C'est le partage.
Parce que quand je vois Guillaume,
l'émotion qu'il a vécu aussi au finish,
voilà, j'ai fini pour lui aussi.
Il me l'a donné ce finish.
Il m'a tout montré.
Il m'a servi de guide pendant la première boucle.
Donc les émotions collectives, c'était incroyable.
La fierté qu'il a de voir des gens se donner sur sa course.
Et finir aussi, il aime bien voir des finisseurs.
Donc ce moment de partage, il était exceptionnel.
Du coup, quand je finis ma cinquième boucle, je ne sais pas où sont les autres.
Et il se trouve en fait que les gens me disent au camp que je suis le premier à terminer.
Donc c'était pas l'objectif.
Mais forcément, je me dis que c'est incroyable.
Parce que John, il n'est pas là.
C'est mon idol, John.
Et ça veut dire que j'étais plus rapide que lui.
Mais du coup, je me dis, mais wow.
Enfin, voilà, je me dis juste wow.
C'est un truc de fou.
Et donc voilà, on ne sait pas où c'est qui sont.
Et du coup, je me pose à la barrière.
On attend.
John arrive 15, 20 minutes après, par longtemps après.
Il est le second finisseur de cette année.
Il fait son second finish.
Du coup, de un point de vue personnel, c'est énorme.
Il avait fait la course plusieurs fois.
Déjà, il avait échoué plusieurs fois suite à son premier finish.
Donc j'étais content pour lui.
On voit à nouveau les émotions, sa famille.
Tout le monde crie et pleure.
Donc c'était chouette à vivre.
Et Carrel, qui ensuite arrive, qui est le troisième finisseur,
il arrive à 7 minutes de la barrière au raire.
Dans un état très compliqué,
il courait, il se printait depuis très longtemps
pour finir dans les temps.
Et là, il s'écroule à la barrière.
Et voilà, il devient le finisseur numéro 17.
Du coup, historique de la course.
C'est le troisième de cette année.
Et voilà, donc 3 finisseurs.
C'était une édition historique.
C'est arrivé qu'une seule fois dans le passé.
Je pense que c'est important de vivre sa passion,
de s'inspirer soi-même en fonction de ses envies,
de s'inspirer des autres aussi,
pour apprendre et avancer.
Mais faire les choses qui nous plaisent.
Ça, pour moi, c'est la base.
Et ensuite, quand il y a des passionnés
qui vivent la même passion que soi,
c'est d'autant plus incroyable.
Parce que du coup, là, on peut partager avec d'autres personnes
qui sont aussi passionnées
vers le même type d'efforts et le même type d'aventures.
Oui, ce que je vais rechercher,
c'est des émotions personnelles et des accomplissements personnels.
Mais quand on est entouré de gens
et qu'on grandit tous ensemble
et qu'on peut inspirer et partager
et vivre ça et vivre des émotions partagées,
je ne sais pas comment l'expliquer,
mais si, au final, ça prend le dessus.
Quand j'ai pensé être pris à l'abarclé en 2018 et 2019,
avec le recul, je pense que je n'avais pas été pris.
Parce que je manquais peut-être d'humilité
ou de patience ou de sagesse.
Je pensais que c'était acquis que je méritais ma place.
Et je pense qu'il a bien fait de ne pas me prendre.
Il a dû se dire qu'il doit patienter
et doit faire preuve d'humilité.
Chacun son tour, chacun ses projets,
c'est pas parce que j'ai fait le John Murth trail
que je suis plus valorisé que d'autres, en fait.
Donc voilà, je pense que ce parcours,
il m'a fait apprendre,
il m'a fait prendre du recul sur moi.
J'accepte beaucoup plus qui je suis,
beaucoup plus humble face aux défis des autres,
parce qu'il y a plein de personnes qui font des choses incroyables.
Et donc, oui, je méritais ma place à l'abarclé,
mais d'autres aussi méritent de vivre leurs aventures.
C'est tout ça que ça m'a apporté ce parcours.
C'est vraiment...
Et c'est ça qui est top d'un ultra,
parce que pour moi, ce qui m'a apporté ça,
c'est les très bas que j'ai vécu, c'est les moments de douleur.
C'est l'aventure.
C'est ça qui me plaît.
En même temps, tout ça, c'est l'aventure
avec plein d'inconnus qui a autour.
Le parcours des six dernières années,
pour moi, c'est une boucle qui a vraiment démarré
à un moment précis,
et qui s'est terminé à un moment précis.
C'est une parenthèse de ma vie.
Donc c'est l'ensemble que je garde en tête.
C'est vraiment une aventure de six ans
qui était incroyable et qui s'est finie
d'une façon la plus inespérée,
de la meilleure des façons possibles.
En franchissant la ligne d'arrivée,
en 58 heures et 23 minutes,
Aurélien Sanchès est devenu le 16ème finisseur
et le premier français.
Depuis la création de la barre-clé.
Au passage, il aggrave et le drapeau tricolore
dans l'histoire de la course
et s'est fait un nom dans le monde de l'Ultra Trail.
Un immense bravo à lui pour cet exploit.
Merci à vous d'avoir écouté cet épisode.
Les Balladeurs est un podcast du Médial et Ozzers.
Cet épisode a été réalisé par Tom Affir,
assisté par Nicolas Alberti.
Cette histoire a été présentée par Clément Sacar,
la musique est composée par Nicolas de Ferrand.
Avec une musique additionnelle de Michael Bogat.
Claude Vibo s'est assuré du montage
et Antoine Martin, du mixage.