Chien fou, texte de Marie Colmont.
Le jour de ses 13 ans, Sikfrid est devenu commis chez l'épicier du bout de la rue.
Quand je l'ai vu là, tout serré dans un tablier bleu à poche,
qui lui battait sur l'étibia, j'ai fait « oh ! »
Sikfrid, que j'ai toujours connu musant sur les trottois,
fouillant les ruisseaux du bout de sa gauda-satrou,
ou rodaillant dans les buts de pelée qui dévalent sur vanves,
passés le boulevard le fèvre,
Sikfrid et ses culottes rattachées par des ficelles,
et sa mèche en plein dans l'œil,
mal lavée, mal mouchée, mal fringée.
Aujourd'hui, la mèche a été coupée court.
C'est tout juste si elle rebique un peu vers la temp'
Le petit museau a été astiqué.
Et les culottes, voyons tes culottes.
N'ont une pipe.
Sikfrid a des pantalons longs.
Il apprendra vite, dit l'épicière maternelle.
Voyez-le.
Il apprend vite, oui.
Il trie avec soin tes vieilles carottes.
Il pèse à une lentille près, les lentilles.
Il transvase les bidons de lait sérieux comme un nano-marché.
J'essaie de le détourner de ses devoirs
en lui montrant les petites pommes de terre nouvelle.
On dirait des billes, hein ?
Les billes, c'était les amours de Sikfrid le vagabond.
Mais Sikfrid, l'employé de commerce, ne bronche pas.
Et avec ça, madame, demande-t-il gravement.
Quand je suis partie de la boutique ce soir-là,
j'avais oublié d'acheter la moitié de mon dîner.
Il était devenu trop sage tout d'un coup, ce gosse.
Ça me fendait le cœur.
Je n'étais pas la seule à penser ainsi.
Les six compagnons de jeu de Sikfrid étaient bien de mon avis.
Wistitty ne passait plus devant la boutique sans renifler
et même crachait un bon coup loin devant lui, signe de mépris.
Les deux filles, la bleue et la rose,
complotaient dans les coins en haussant les épaules.
On s'amuse plus, puis qu'il ne joue plus avec nous.
Génial la bleue, prête à pleurer.
Ils ne pensent plus qu'à ces sous, ricanait la rose,
en envoyant par reprisailles
d'un grand coup de galoge dans la devanture de la banque.
Les autres trainaient leur semelle sur le trottoir
ou sautaient à cloche-pied le long du ruisseau.
Chacun tout seul, sans parler à personne.
La désolation gagnait toute la rue.
Je me mets souvent à ma fenêtre la nuit et je vois des choses.
La lune, par exemple.
Je suis sûre qu'elle a fait une grimace
en regardant la boutique de l'épicier.
Et le vent, un soir il a chuchoté,
« Quel dommage ! »
Et le moineau du sixième.
J'aime mieux ne pas dire ce qu'il a fait,
tout le long de la devanture.
Et puis il a déchiré de son bec
un gros morceau du stork rayé.
Ça se voyait bien qu'il était furieux.
Mais où j'ai compris que ça n'allait pas du tout,
c'est le jour où chien fou est passé devant la boutique.
Il a trotté tout droit le regard fixe,
comme s'il était vraiment très pressé.
Siegfried, qui attendait des clients sur le pas de la porte,
a eu beau l'appeler d'un petit claquement de langue,
comme autrefois, chien fou a filé sans vouloir le reconnaître.
Il faut dire que Siegfried et Siegfried étaient une paire d'amis.
Un jour j'avais demandé,
« Il est à toi ce chien ? »
« Il n'a pas besoin d'être à personne ? »
m'avait répondu Siegfried, de son ton rogue.
Puis il a ajouté, « On est seulement copains. »
Maigre, lait, sale et rigolaire,
une oreille en l'air, l'autre en bas,
une queue enroulée comme un corps de chasse,
sans maître, sans niche, sans pâté,
un frère odeur de la zone,
ainsi que Siegfried chien.
Et filant ainsi, la que droite,
devant son ancien camarade,
il avait l'air de dire,
« Toi et moi, on n'a plus rien en commun. »
Siegfried, pendant ce temps-là,
en plissait sa tir lire.
On lui payait ses gages,
on lui donnait des pourboires.
Bientôt, il eut un livret de caisses d'épargne.
On le voyait venir sur le pas de la porte
aux heures creuses et regarder le ciel.
Psst !
Faisait le moineau du sixième entre deux cabrioles.
Mais Siegfried comptait et rêvait.
40, 50, 60, bientôt 80, bientôt 100, 100 francs.
J'achèterais un billet de la loterie.
Je gagnerais peut-être.
Quand je serais grand, je m'établirais épicier.
Je deviendrais très riche.
S'il survenait un gosse des ruelles,
je suis chaudant.
« Hé ! dis, t'as pas une vieille banane pour moi ? »
Lui qui avait eu faim si souvent l'un dernier
faisait un grand geste de son bras.
« Va-t'en ! »
Une vieille banane ?
Non mais pensez-vous.
Ça se vend si sous, ça ne se donne pas.
Et c'est ainsi qu'un petit cœur,
tout doucement, se desséchait.
Travailler, c'est très bien,
c'est honorable et digne,
mais tout oublier pour l'amour des sous.
« J'en ai assez ! »
Crie tout à coup le moineau.
« Ça ne peut plus durer, c'est trop triste.
C'est par une belle nuit de printemps,
toute tiède.
Et tout à coup, l'espoir revient dans nos cœurs.
S'il frite, descend la rue à cloche pied,
replie par ses habitudes vagabondes.
« Ce coup-ci, il faut faire quelque chose ! »
Murmure le moineau.
Et la lune, en clignant de l'œil,
lui montre une grande cage d'oiseaux
oubliée sur un balcon.
« De-dans ? »
Il y a un merle.
La tête sous ses plumes, tout est buriffé.
« Crc, crc ! »
Le moineau pique avec son bec
le brin d'osier qui retient la porte.
Levant la pouce.
« Éveille l'oiseau !
« Sauf-toi ! »
Le merle s'envole.
« Hélas, il est tout engourdi,
il tombe !
Il tombe juste au pied de Sikfrid,
qui n'a qu'à étendre la main.
Voilà l'oiseau-prisonniers.
Comme nos cœurs battent,
qu'est-ce que Sikfrid va faire maintenant ?
Il s'est assis sur le trottoir,
les pieds dans le ruisseau.
La lune l'éclaire de toute sa force.
Est-ce pour cela que je lis en lui comme dans un livre ?
Il regarde le merle dans sa main
et il pense.
« Demain, je le rendrai à la dame.
Elle me donnera bien d'y franc.
Ça me fera combien en tout ?
Hum, voyons !
Oh là là !
Est-ce qu'il va vraiment remettre le merle en prison pour d'y franc ?
C'est à ce moment-là que chiens-fous arrivent.
Ils trottinent, tout guillerait.
Ils fouinent dans les boîtes à ordures,
ils reniflent dans tous les coins.
Ils poursuit un radégout.
Ils lappent l'eau du ruisseau.
Ils s'assiaient sur le trottoir pour écouter.
La tête penchée.
Son collègue de l'usine a la tâche
qui s'étrangle d'aboyer.
Puis ils s'enfuient en gambadant.
Je vois bien que Sikfrid le regarde
et commence à comprendre.
Libre.
Il est libre ce chiens-fous,
ce chien sans pâté et sans niche.
Et toi, pauvre Sikfrid,
où est ta liberté
écrasée sous ta tierlure ?
Sikfrid a ouvert la main.
Le merle s'est envolé.
Pour d'y franc,
il n'y aura pas un prisonnier de plus sur la terre.
Le lendemain,
on n'a plus revu Sikfrid chez l'épicier.
Ni le jour d'après,
ni jamais.
On me dit qu'il est parti berger
dans le pays de sa grand-mère.
Quelque part sur une montagne
où le travail est libre.
Et que chiens-fous la suivit.
Sikfrid
Sikfrid
T'as vu ? Il nous dit même plus bonjour.
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