Tigre en bois, texte de Marie Colmond.
Le Tigre dont je vais parler ne rodait pas dans la jungle,
et il ne rugissait jamais pour annoncer qu'il avait faim,
parce qu'il était en bois.
C'était un petit morceau de chaîne découpée,
long comme une main de jeune fille,
du poignet jusqu'aux ongles.
Quatre pas de basse,
une que trenante,
un fin corps plat,
une grosse tête ronde,
des oreilles couchées en arrière,
qui donnent l'air très méchant.
Tout ça était en bois,
peint au vernis jaune et au vernis noir,
avec un petit coup de riz polin blanc sous le ventre.
Pour qu'il tienne debout,
on avait cloué le Tigre sur une planchette verte
qui figurait une prairie.
Un Tigre en bois,
dans une prairie en bois,
sur le coin d'une table en bois.
Quelle tristesse.
Il s'embêtait ce Tigre s'efforcer.
On le soulevait de temps en temps par le milieu du ventre
pour lui mettre des papiers sous sa prairie.
Et je pensais à dire que c'était un presse-papier,
mais à part ça,
personne ne lui parlait,
personne ne s'occupait de lui.
Et comme son cœur était tendre,
le soir, souvent,
il lui arrivait de ne pas pouvoir s'endormir,
tant il avait de chagrin.
En face de lui,
de l'autre côté de la table,
était assis les trois quarts de la journée,
un monsieur avec une barbe.
C'est ce monsieur
qui lui faisait faire la sentinelle en équilibre sur des papiers,
après que lui-même
avait griffonné dessus des quantités de mots,
avec des ratures et des tâches.
Et quand je vous aurais dit que le monsieur
à barbe était un écrivain
qui écrivait des histoires
et que c'était son petit garçon
qui lui avait donné ce Tigre
en revenant d'une ville égiature en Suisse,
je crois que vous en saurez autant que moi.
Pas tout à fait pourtant,
car j'oublie ceci.
Où le petit garçon avait-il trouvé le Tigre en Suisse ?
Il l'avait acheté dans une ferme,
un autre petit garçon,
un peu plus grand que lui,
qui gardait les troupeaux dans les pâturages et qui,
pour se distraire un jour,
avait fabriqué le Tigre
dans un morceau de bois avec son petit coutillot.
Eh bien voilà,
maintenant on peut tout dire,
le Tigre s'ennuyait de son berger.
Il s'ennuyait si fort,
si fort,
qu'un soir,
le bouquet de poids de senteurs
qui était à l'autre coin de la table
se mit en colère.
Ah c'est à la fin,
tu nous casses la tête avec ton désespoir,
car à craque, bré des dex,
file et qu'on te revoit plus.
Comment cela se passait-il ?
Je ne me charge pas de l'expliquer.
Est-ce que les poids de senteurs étaient faits ?
Est-ce la lune qui fondit le ripot l'invers ?
Toujours est-il
que les pattes du Tigre se lever de la planchette,
une après l'autre,
et qu'il se mit à marcher sur la table.
Et plus il marchait,
plus il grandissait.
Quand il sauta sur le fauteuil,
il était déjà gros comme un petit chat.
Quand il arriva sur le plancher,
il était gros comme un gros veau.
Et quand il passa par la fenêtre,
en fracassant trois peaux de Géranium,
il était gros comme un vrai Tigre.
Et la nuit se referma sur lui.
Où il allait le Tigre ?
Voyons, il allait retrouver son berger.
Ce fut un voyage mémorable, vous savez.
C'est très loin la Suisse.
Le Tigre marchait la nuit
et se cachait le jour
pour ne pas faire peur aux personnes sur les routes.
Comme il ne savait pas lire,
les potos des carrefour ne lui servaient à rien.
Il relevait seulement son gros muffle,
comme ça, dans le sens du vent.
Et il trouvait la bonne direction.
Sans doute se rappelait-il qu'en Suisse,
ça sent le fromage de chèvre et la gentiane.
Peut-être aussi qu'en Suisse,
qu'avec ses fines oreilles,
il entendait teinter les cloches au cou des vaches.
Bref, un beau soir, il arriva.
Il arriva sur la montagne,
là où il n'y avait pas de cailloux,
ni de neige, ni de glace,
mais simplement de la prairie,
plus verte que la planchette,
avec dedans des fleurs
qui sentent bon et des abeilles.
Le petit berger était là, soufflant dans une flûte.
Il ne dit trop rien en voyant arriver le tigre.
Parce qu'à ces hauteurs-là,
on a l'habitude de ne pas s'étonner beaucoup.
Et aussi parce qu'il avait le cœur simple.
Il caressa beaucoup le tigre,
qui se coucha à ses pieds.
Et une vie très heureuse commença.
Et la nuit se referme à sur eux.
Et là,
il se passe.
Ça ne durera pas longtemps.
Devoir circuler autour de lui
toute cette viande qui était des vaches,
des veaux, des chèvres, des moutons.
Le tigre se rappela qu'il était tigre
et élu envie de la manger.
Naturellement, il n'en fit rien.
Il savait bien que cela aurait ennuillé
terriblement son ami le berger.
Mais il en avait tout le jour le malheureux.
Et la nuit, il en avait des cauchemars.
Un de ses jours, il se gêterait
sur une bête innocente
et la mangerait toute crue, c'était sûr.
Il préfère à partir.
Il s'en revint donc,
comme il s'en était allé,
sans s'arrêter au poteau des carrefours.
Et le vent seulement son muffle,
comme ça,
pour chercher dans le vent
l'odeur de sa maison.
Pip et Géranium.
Et naturellement,
se fut par un soir de lune,
de pleine lune,
qu'il retrouva sa fenêtre.
Quand il sauta sur le parquet,
il était encore gros comme un gros veau.
Sur le fauteuil,
ce n'était déjà plus qu'un petit chat.
Et quand il apparut sur la table,
il était redevenu
un petit tigre en bois posé sur des papiers.
Alors, l'histoire triste va recommencer
et le pauvre tigre va s'ennuyer encore,
tout seul,
sans personne pour l'aimer.
Mais non.
L'écrivain maintenant est devenu très gentil.
Le soir où le tigre est revenu,
il a reniflé d'abord dans sa barbe,
puis il a regardé la lune d'un drôle d'air
et aussi un nouveau bouquet de poids de senteurs
qui étaient là depuis le matin.
On aurait dit qu'il comprenait toute l'histoire.
Après, il a posé sa grosse main sur le tigre
et il l'a dit tout simplement,
« Te voilà donc de retour, mon petit compagnon.
»
Ça faisait chaud au cœur de l'entendre.
Tous les soirs maintenant, c'est pareil.
Deux petits mots,
une caresse,
tout le monde va se coucher content.
Il faut si peu de choses
pour rendre-le un pauvre tigre en bois.
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