#74 — L’appel des Appalaches, avec Cécilia Bernabé

Durée: 60m4s

Date de sortie: 27/03/2024

Le territoire américain est traversé par trois sentiers mythiques : Le Pacific Crest Trail, L'Appalachian Trail et le Continental Divide Trail. Chaque année, des millions de randonneurs et randonneuses s’y engagent, mais seulement une poignée d’entre-eux atteignent la ligne d’arrivée.

À 27 ans, sans grande expérience de marche, Cécilia Bernabé s’élance sur les 3500 kilomètres du sentier des Appalaches. Elle part avec deux certitudes : celle d’avoir un sac à dos trop lourd, et de vouloir marcher au moins deux semaines sur ce chemin où il pleut un jour sur deux et qui, selon la légende, change la vie.


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🎙 Un épisode réalisé par Thomas Firh, assisté par Nicolas Alberty. Le récit a été présenté par Clémence Hacquart, la musique est composée par Nicolas de Ferran. Chloé Wibaux s'est assurée du montage et Antoine Martin du studio Krispy Records du mixage.

🤝 La saison 7 des Baladeurs est soutenue par Columbia.

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Plus d'infos sur l'épisode :

L’immense territoire américain est traversé du nord au sud par trois sentiers mythiques : Le Pacific Crest Trail, L'Appalachian Trail et le Continental Divide Trail. Sur des milliers de kilomètres, ils serpentent des déserts arides aux sommets enneigés en passant par de profondes forêts qui flamboient à l’automne.

Chaque année, des millions de randonneurs et randonneuses s’y engagent, mais seulement une poignée d’entre-eux atteignent la ligne d’arrivée, au prix de longs mois d’efforts. On les appelle les “thru-hikers”, ou littéralement “les randonneurs qui traversent”. Un titre honorifique qui désigne les vrais, les véritables, les puristes.

À 27 ans, quelques temps seulement après avoir découvert l’ivresse de la marche, Cécilia Bernabé a foulé le mont Springer dans l’état de Géorgie, point de départ officiel du sentier des Appalaches. Devant elle, 3500 kilomètres de nature sauvage, de vallées fleuries et de lacs paisibles où s’abreuvent les cerfs.

Bien loin de la recherche de performance, Cécilia n’a que deux certitudes : celle d’avoir un sac à dos trop lourd, et de vouloir marcher au moins deux semaines sur ce chemin qui dépouille, où il pleut un jour sur deux et qui, selon la légende, change la vie.

À propos de Cécilia Bernabé :
À 27 ans, quelques mois seulement après avoir découvert la randonnée, Cécilia Bernabé s’est engagée sur l’Appalachian Trail, un des trois sentiers mythiques des États-Unis. Ce périple de 4 mois et 3600 km a changé sa vie et sa manière de voir le monde, au point de la pousser à repartir l’année suivante sur le Pacific Crest Trail qui traverse le continent du Nord au Sud. Depuis, elle cherche l’équilibre entre l’appel des sentiers et sa vie citadine.

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Pour les passionnés d'aventure du monde entier.
Colombia est fière d'accompagner le podcast Les Balladeurs.
L'immense territoire américain est traversé du nord au sud par 3 centimètres.
Le Pacifique Crest Trail, la Palachiane Trail et le Continental Divide Trail.
Sur des milliers de kilomètres, ils serpentent des déserts arides au sommet enneigés,
en passant par de profondes forêts qui flomboient à l'automne.
Chaque année, des millions de randonneurs et randonneuses s'y engagent,
mais seulement une poignée d'entre eux atteigne la ligne d'arrivée, au prix de longs mois d'efforts.
On les appelle les Through Hikers, ou littéralement les randonneurs qui traversent.
Un titre honorifique qui désigne les vrais, les véritables, les puristes.
A 27 ans, quelque temps seulement après avoir découvert l'ivresse de la marche,
Cecilia Bernabé a foulé le Monspringer dans l'état de Géorgie,
point de départ officiel du Sentier des Apalaches.
Devant elle, 3 500 kilomètres de nature sauvage, de valets fleuris et de lacs paisibles où s'abreuvent les serres.
Bien loin de la recherche de performance, Cecilia n'a que deux certitudes.
Celle d'avoir un sac à dos trop lourd et de vouloir marcher au moins deux semaines sur ce chemin qui dépouille,
où il pleut un jour sur deux et qui, selon la légende, change la vie.
J'ai découvert l'aventure en m'ennuyant.
Ça n'avait pas trop quoi faire.
J'étais une période de ma vie où j'étais au chômage et je revenais d'un voyage où j'avais fait du backpacking de Ville en ville.
Et ça me convenait pas du tout.
Je suis rentrée en France.
Je m'ennuiais et j'ai vécu dans une coloc.
Un des gars m'a dit, pourquoi tu parles pas là maintenant ?
C'était mi-décembre.
Je ne sais pas, ça a fait t-il dans ma tête.
Comme si ça faisait un peu une épiphanie.
J'ai regardé les destinations les moins chères.
Et non, je suis allée à Malte.
En me disant, je vais faire le tour de l'île.
J'avais deux semaines.
Sauf qu'à l'époque, je ne savais pas y'a une carte, pas y'a une boussole.
Et nous, on me suis retrouvée là-bas toute seule à me perdre.
J'avais très peur le soir quand j'allais camper.
J'ai pris un orage.
J'ai cru que j'allais mourir dans ma tente, ma tente à prix l'eau.
Et en rentrant en France, je me suis dit, c'était vraiment chouette.
Et malgré tout ce qui m'est arrivé, j'ai eu de l'air de retourner.
Et là, c'était parti.
Et donc l'aventure a commencé tout doucement.
Et de plus en plus régulièrement, je suis allée en forêt pour camper.
Je suis passée de la ronde courte à la ronde longue, parce que je n'en avais pas assez.
Parce que quand je rentrais, j'étais frustrée de me dire
il m'a fallu une semaine pour me déconnecter un peu de ma vie, de ma vie du quotidien.
Et une semaine pour vraiment en profiter.
Et puis déjà, il faut rentrer.
Ce n'est pas juste, en fait.
Ce n'est pas ce que je veux.
Moi, je veux partir longtemps et je veux vraiment être immergée.
C'était ça, on va chercher une immersion.
Et donc je me suis dit, je vais partir faire un grand ordonnée.
Et je pense qu'à l'époque, il y a dû avoir Wild qui est sorti.
C'est un livre de Cheryl Strayed, qui est une femme qui s'est lancée,
qui avait pas mal de problèmes familiaux et de droits, de problèmes personnels,
qui s'est lancée sur l'Opicity, le Pacifique Crest Trail, le Sentier des Crètes du Pacifique.
C'est un grand Sentier de Randonnée qui situe à l'ouest des États-Unis,
qui va, en fait, y relient la frontière mexicaine et la frontière canadienne.
Et donc ce livre a été adapté au cinéma et j'ai adoré parce qu'on voyait une femme
en train de se préparer pour l'aventure alors qu'elle y connaît rien et que, à la trente ans,
en tout cas, moi, ça m'a ouvert à quelque chose que je connaissais pas.
Et donc j'ai commencé à regarder de ce côté-là et à chercher le plus grand Sentier qui existe au monde.
T'as trois grandes randonnées aux États-Unis qui traversent, en fait, le pays.
Donc t'as l'Opicity à l'ouest, t'as les Apalaches à l'Est
et au milieu t'as le Sidity, le Continental Divide Trail,
qui est beaucoup plus difficile parce qu'il n'est pas complètement marqué.
Et c'est marrant parce qu'à l'époque l'Opicity me semblait trop compliqué
parce que tu commences par le désert.
Et du coup les Apalaches, c'était la forêt.
Et la forêt, je connais.
Et du coup, il est très très connu.
Je dirais qu'il a la notoriété d'un sajaque de Compostel.
Donc je savais aussi qu'il y aurait du monde,
ce qui m'aura surait beaucoup
pour une première expérience de partir loin, longtemps, en pleine nature.
Le Sentier des Apalaches,
donc c'est un Sentier qui part du nord d'Atlanta, donc en Géorgie,
plutôt au sud des États-Unis.
Et tu suis la chaîne de montagne des Apalaches
qui s'arrête au Mont-Catadine,
qui est proche de la frontière canadienne.
Et donc tu as ce Sentier qui suit toute cette chaîne,
qui passe par plein d'états
et aussi du coup des saisonnités un peu différentes
puisque le sud des États-Unis est plus chaud
que quand tu te rapproches du Canada.
Et c'est principalement forestier.
Le point culminant est à 1600 mètres d'altitude,
ce qui n'est pas énorme,
mais c'est un point particulier
parce que tu as une espèce de force des vents à cet endroit-là
qui font que t'as parmi les vents les plus puissants
des États-Unis sur ce petit point culminant.
Les Apalaches sont extrêmement anciennes,
plus anciennes que les océans et les continents,
beaucoup plus anciennes que la plupart des chaînes de montagne.
Quand les premières plantes ont colonisé la Terre
et que les premières créatures ont rampé hors de la mer
en clignant des yeux, les Apalaches étaient déjà là.
Elles incarnent en fait un des plus vieux types de paysages terrestres.
Bill Bryson, promenons-nous dans les bois.
Et je ressens quelque chose à l'intérieur de moi
qui veut que j'aille de là-bas,
qui fait que quand on parle de ça,
ça me fait vibrer toutes les cellules de mon corps.
Et ça, c'est rare et je pense que quand on a quelque chose qui nous fait vibrer,
il faut le tenter, il faut tout faire pour le tenter en tout cas.
On est mi-mars et j'arrive à l'aéroport de New York
avec mes bagages, pas grand chose du coup.
Et je dois faire un changement pour aller jusqu'à Atlanta.
Et donc j'arrive à Atlanta, il y a ce type qui vient me chercher
et il m'amène faire mon ravitaillement.
On va à l'auberge de Genèse.
Là, je récupère du matériel que je m'étais envoyé,
que j'avais commandé aux États-Unis et pas envoyé en France à cause des taxes.
Donc je découvre un peu ce avec quoi je vais partir.
Et donc je fais mon sac.
Et il y a du monde qui est avec moi parce que cette navette-là,
en fait, cette auberge, amène plusieurs personnes au départ le lendemain matin.
Et donc on se regarde tous un peu, on regarde tous ce qu'on met dans nos sacs,
on se baisse, on se dit là, on est trop chargés.
Donc il y a quand même une petite ambiance rigolote et en même temps étrange
parce que tout le monde se compare.
Bon.
Et moi, je suis complètement jet laguée, je crois que je me couche à 18h.
En me disant, bon, ben demain, demain on y va
et j'espère que ça va aller.
Donc le gars me dépose et je sors
et là, t'as une espèce de grand tableau d'affichage
comme on a ici parfois avec la carte.
On est en pleine forêt, tout est marrant.
Il n'y a pas de fleurs, il n'y a pas de feuilles aux arsons.
Il faut savoir que la balise des appallages, c'est juste une marque blanche
à la verticale.
Et donc je suis là et je la cherche
parce que c'est ce que je vais devoir suivre pendant quatre mois.
Et donc je commence à prendre le sentier qui va vers mon springer.
Et c'est beau, il fait beau et je suis hyper excitée,
mon sac est trop lourd, mais c'est pas grave.
Et de voir tous ces gens heureux, ça fait plaisir en fait.
Et voilà, j'arrive et en fait le départ,
il y a une espèce de gros cailloux avec une plaque.
Et donc il faut faire sa photo, c'est sa photo de départ quand même et tout.
Et un peu comme en fille au GR10 quand elle va mieux, c'est un panneau.
Et donc on est tous un peu timides et donc tu demande aux gens
« Est-ce que tu pourrais me prendre ma photo ? »
Et c'est là le vrai départ officiellement.
Et voilà, je me mets en route.
Et je trouve que tout est trop beau.
Alors que pour rappel, tout est marron.
S'il y a un truc qui me frappe, il y a beaucoup de rodotindros qui sont persistents.
Donc les feuilles sont énormes.
Et donc tu as ces grosses touffes de verte qui ressortent du paysage.
Et ça c'est beau et ça fait du bien.
Et donc je rencontre des gens, notamment des jumeaux.
Tout le monde est très sympa, tout le monde discute.
En fait, j'ai l'impression que dès le départ tu essaies de te faire des amis.
Et donc je marche et puis vers, je sais pas, 14h.
Je suis rincée.
Je me dis fou.
Je suis en train de faire un bon boule.
En même temps, je n'ai pas envie de me faire mal.
On répète beaucoup au début de temps de faire peu les premiers jours.
Le temps que ton corps s'habitue à l'effort parce que sinon tu vas te blesser et au bout de 3 jours, tu es finie.
En gros, tu te prépares pour un marathon.
Et donc je m'arrête, je plante ma petite tente.
Au départ, des appallages comme il y a beaucoup de monde.
Il y a des espèces de campements qui ont été déjà faites.
Et où on te dit de te mettre là pour éviter que les gens s'apparaissent trop partout.
Et donc je crois qu'on est une trentaine.
Une trentaine d'emplacements.
C'est énorme.
C'est un peu la colonie de vacances.
Donc je plante ma tente.
Je fais une sieste.
Et le soir, je vois qu'il y a un feu.
Il y a des gens qui ont fait un feu.
Donc je m'approche.
Donc il n'y a que des Américains.
Et donc ça me facilite mon intégration.
Il trouve ça trop mignon d'entendre quelqu'un parler avec un accent.
En randonnée, la vie revêt une simplicité bien ordonnée.
Le temps cesse d'avoir une signification.
Vous vous couchez quand il fait sombre et vous vous levez quand la lumière revient.
Tout ce qui passe dans l'intervalle n'est qu'un entre deux.
C'est assez merveilleux en vérité.
Le premier habitat est en fait à trois jours de marche.
Donc je continue à marcher.
Premier jour, deuxième jour.
Et ce troisième jour, j'arrive à cet endroit pour me ravitailler.
Donc tu as une espèce de restaurant boutique.
Et donc tu as des caisses devant la boutique qui s'appellent les Hiker Box.
Ou les randonneurs laissent les affaires qu'ils ne veulent plus garder.
Ce qui fait que les suivants qui arrivent peuvent récupérer des trucs.
Je crois que j'ai laissé un short.
J'ai laissé une paire de chaussettes.
J'ai laissé de la nourriture.
Je crois que j'avais pris un kilo de flocon d'Avone.
En fait, tu laisses tout ce que tu as pris en trop au chaos.
Tu laisses les au chaos parce que tu te rends compte que ça ne servira sans doute à rien.
Et donc il y a beaucoup de gens qui, en arrivant là au bout des trois jours, s'arrêtent.
Ceux qui se sont blessés.
Il y a beaucoup de gens qui découvent la randonnée en fait aussi.
Donc c'est leur première expérience.
Et donc c'est la première route où tu peux t'enfuir.
Donc tu as un arbre immense avec des chaussures de randonneurs accrochées dedans.
Et au moins je suis encore hyper contente.
Il y a les jumeaux qui sont là aussi, donc on discutait un peu.
Et ils m'annoncent qu'il y a une tempête de neige qui arrive.
Et donc ils annoncent ça sur plusieurs jours.
Donc t'as pas mal de gens qui décident de ne pas se lancer et d'aller prendre une auberge.
Et moi je vous continue, je sais pas, il y a un truc dans ma tête qui me dit non mais vas-y.
Et le lendemain, tempête de neige.
Donc on se réveille, il y a de la neige partout.
Moi je suis... j'ai froid, mais je suis hyper contente.
Je suis là, oh la la, mais c'est trop beau et tout, c'est l'aventure.
Et donc je marche toute la journée dans le froid.
Et en fait, j'avais jamais expérimenté ça, mais tu peux pas vraiment t'arrêter
de faire ça parce que tu perds trop vite en chaleur corporelle.
Sauf que pour rappel, on est le troisième jour.
Je pense pas que je puisse faire plus de 12 kilomètres.
Et je me dis oh la la, comment je vais faire.
Et donc je continue à marcher.
Il fait de plus en plus froid, c'est horrible.
Tous les 8 ou 10 miles, donc ça fait 14, 16 kilomètres.
Il y a des refuges, refuges avec des guillemets, c'est-à-dire que c'est des 3 murs et un toit incliné.
Donc tu as une grande face ouverte.
Et donc je pense vers 15 heures, j'arrive dans une de ces cabanes.
Et c'est plein d'aides-monde.
C'est-à-dire que t'as, en général, je crois que c'est pour aussi ça 8 personnes.
Et là, le sol, il y a une dizaine de personnes paquées.
Donc tu as toutes tes petites duvées alignées les uns aux autres.
Et juste devant moi, il y a un gars qui arrive et qui demande à venir se coucher avec les soucisons qui sont déjà là.
Et il lui dit non.
Et moi je me dis, oh, mais c'est hors de question que je tente dans ma tente.
Je ne peux plus bouger mes doigts, il fait trop froid.
J'ai besoin de me coller à des gens, en fait.
Et donc j'arrive que des mecs.
Et je leur dis, je peux venir.
Il n'y a pas trop de place.
Je leur dis non mais en fait, je ne vous pose pas vraiment la question.
Là, je viens dormir avec vous, en fait.
Je m'en fous, vous me faites une place.
Et donc je me mets à côté d'un gars, je crois, son surnom, c'était le général ou capitaine.
Un vétéran, il a 60 ans, mais tout se m'accueille hyper bien.
Et donc je me calme là-dedans dans ce petit interstice humain,
où ça sent les pieds.
Et on se dit, waouh, on va passer une sale nuit.
J'ai le matelas de sol tout fin,
que tu trouves comme les matelas de yoga réfléchissant,
qui n'isolent pas du tout du sol.
Et je me couche et mon duvet, c'est un duvet qui est ouvert à l'arrière.
Et donc si tu n'as pas d'isolation au sol, tu perds toute ta chaleur.
Donc toute la nuit, je sens la chaleur de mon corps sortir comme ça, par dessous moi.
Je me dis, je vais mourir.
Et le lendemain, un matin, je me lève.
C'est super beau, il y a de la brume partout.
Tout est gelé, mais c'est quand même beau comme endroit.
Et moi, j'aime bien les ambiances un peu spouquilles, un peu étranges.
Et ça, ça me plaît et ça change, en fait.
Parce que...
Jamais tu ferais le choix de te retrouver dans cette situation-là.
C'est parce que ça t'arrive, en fait.
Et donc c'est beau, c'est calme.
Tu as le bruit des premiers réchots.
Sauf qu'on est dizaines, donc tu as dix petits réchots qui font...
Et en fait, c'est des bruits que tu apprends à reconnaître très vite.
Et qui sont assez rassurants.
Donc tu as le bruit des réchots, le bruit de ceux qui font leur sac,
des matelas qui se dégonflent,
qui, je pensais, le son le plus marquant de toute mon aventure.
Et ce matin-là, c'était vraiment très calme, comme...
Comme en forêt, après la neige, où tous les sons sont un peu étouffés.
Je fais mes affaires et puis je pars.
Et j'apprends qu'il a fait plus de moins dix, je crois.
C'est des cent de moins dix.
Et je me suis rendu compte que mon matériel était pas adapté.
Et qu'il fallait changer, parce que j'allais pas tenir l'aventure comme ça.
Je suis bien, j'ai le corps qui s'habitue à l'effort.
Du coup, je souffre moins.
Que tu commences à prendre des habitudes.
Donc je vois comment je m'organise le matin.
C'est plus facile de ranger mes affaires dans mon sac.
J'ai l'impression de perdre moins de temps.
Et je commence à m'habituer aux vocabulaire, que les gens utilisent.

À prendre le rythme, en fait, de tout ce qui se passe.
Il fait meilleur.
Et je commence à me faire des bottes, surtout.
Donc j'ai un copain Webster, son trail name.
Et donc je suis hyper contente.
Je suis hyper contente d'être avec des gens, de discuter, de faire des blagues.
Et oui, en fait, tu te commences à t'habituer à la mécanique du lieu.
Des lieux et à ce qui t'attend de lendemain.
À mieux t'organiser, à mieux choisir la bouffe que tu prends aussi.
Ne pas en prendre trop.
Comme quand t'emménages quelque part.
Et au bout d'une dizaine de jours, ça tout devient plus naturel.
Alors que là, on est quand même tout le temps en mouvement.
Et oui, je suis vraiment bien au bout de deux semaines.
Et je suis hyper heureuse d'être là.
En fait, je m'étais dit deux semaines.
Je tombe deux semaines et on voit après.
Et en fait, je vois que deux semaines, pour moi, là, ça part.
C'est bon.
Je pense qu'en partant, la marche était...
Je me posais pas de questions, je crois.
Je marchais parce que j'aimais bien ça.
Même en ville, j'avais plutôt autant s'approvégé la marche.
Et là, en fait, je me suis rendue compte
que c'est un moyen de locomotion.
C'est pas juste une aptitude que tu as.
C'est plus que ça.
C'est impressionnant, en fait, tout ce que tu peux faire en marchant.
Où est-ce que tu peux aller, comment, à quelle vitesse.
En fait, la marche, ça va vite.
C'est fou de dire ça, mais ça va vraiment vite.
Et c'est peut-être la...
Pour moi, c'est la lure parfaite
pour que t'essences puissent capter les choses.
Il y a moins de monde aussi sur le sentier, à ce moment-là.
Disons que tu te...
Il y a des groupes qui marchent à des rythmes semblables.
Et donc, je commence à avoir un groupe,
à voir ces gens que je vois et que je revois régulièrement,
dont les Jumeaux, toujours là, Webster avec qui on fait toutes les journées.
Et il y a un autre groupe aussi que j'avais rencontré le premier jour,
puis Perdue de Vue,
pendant la tempête de neige.
Et en fait, eux marchaient plus vite,
comme ils se sont arrêtés pendant la tempête de neige et que moi, j'ai continué, on se retrouve.
Donc, c'est vraiment ce truc d'un peu des rythmes différents,
qui se recroise et qui se recoupe.
Et donc, le dixième jour, on est...
On arrive dans une ville,
et donc on camp un peu en dehors.
Et je crois qu'on se retrouve à une vingtaine de personnes.
Et il y a un gars super chaud qui est parti en ville,
il s'est fait genre deux bornes.
Ça semble rien, deux bornes, mais en fait, c'est...
Après une grosse journée, tu le laisses en passer, parce qu'il faut faire un airto.
Et il va chercher des bières pour tout le monde.
Et on est là, au bord de la rivière,
et c'est fun, et on boit tous des bières.
Et on sait tout ce qu'on va passer une bonne journée le lendemain,
parce qu'on va être en ville et qu'on va pouvoir se reposer, se réavitailler.
Et je me dis, je suis au bon endroit.
Je me dis, j'ai bien fait de venir, j'ai bien fait de m'accrocher ces deux premières semaines.
Je suis bien ici, je suis...
Je suis moi.
Les peurs que j'avais peut-être au début de me dire si...
Est-ce que je vais tenir longtemps ? Est-ce que je vais y arriver ?
Est-ce que c'est pas trop dur pour moi ?
Eh ben, elles sont en volée.
À ce moment-là, il n'y a plus de peur, tu as eu le moment, le moment présent.
Et... Avec les gens qui sont là.
Ça t'as pas cette truc à te dire,
ah purée, j'ai mes potes qui sont en train de faire quelque-telle truc ailleurs,
et je suis pas, et c'est dommage.
Non, en fait, on s'est peut-être très égoïste.
Mais à ce moment-là, je me dis que je vis la plus belle vie du monde,
et que je vis les émotions les plus folles du monde, et que...
être ailleurs me semble...
impossible.
Je découvre plein de nouvelles choses.
J'ai envie de tout découvrir.
J'ai envie de tout toucher, j'ai envie de tout sentir.
Ouais, j'ai l'impression de découvrir le monde, quoi, vraiment.
Et donc, je suis hyper heureuse,
et puis, il y a plein de nouvelles personnes qui sont en dans ta vie, donc...
il y a une espèce de...
ou, je trouve que c'est toujours...
très dynamique.
Et donc, il y a ça qui se rajoute à l'environnement et...
et la joie partagée par tout le monde.
On te parle de l'ours, donc tu diras, peut-être que je vais rencontrer un autre.
Non, en fait, c'est hyper exotique.
Le premier mois, pour moi, c'est exotique.
Les forêts ne sont pas un espace comme les autres.
Pour commencer, elles sont cubiques.
Leurs arbres vous entourent, vous surplombent,
vous presse de toutes parts.
Ils obstruent la vue, vous désorientent,
vous plonge dans la confusion.
Dans les bois, vous êtes petits, perdus, vulnérables,
comme un jeune enfant noyé dans une foule de jambes étrangères.
Si vous vous postez dans le désert,
ou dans une prairie,
vous savez que vous êtes au cœur d'une vaste étendue.
Parmi les arbres, vous ne faites que la percevoir.
La forêt est un immense et morne nulle part,
et elle est vivante.
J'adore la forêt parce que c'est le bordel.
La forêt, ça vit.
La forêt, il y a plein de choses.
Il y a du bruit tout le temps.
Si tu marches en forêt, tu n'appartens que des arbres,
mais si tu t'arrêtes et que tu regardes certains arbres,
tu vas avoir plein de détails, plein de coins, plein de recoins.
Je me rappelle sur le sentier jouer avec les chipmunks,
ce sont ces petits écurailes qui sont des animaux très curieux.
En fait, eux, ils tournent autour des arbres.
Ils te voient, ils s'arrêtent,
puis ils te regardent et ils ont des petits yeux malicieux.
Et tu t'approches, ils courent, ils vont de l'autre côté
pour te regarder d'un autre angle.
Et puis il suffit que tu joues comme avec des enfants.
Donc il y a ça et puis il y a tout ce qui grouille quand tu plantes ta tante,
tout ce qui grouille sur ton matelas,
et que tu entends et que tu ne sais pas ce que c'est.
Mais il y a la vie.
C'est un endroit qui peut faire peur justement
parce qu'il y a plein de choses, plein de recoins, plein de cachets.
Ça peut être angoissant.
Et en même temps, moi j'aime cette profusion de tout, non-stop.
Tu peux vite te perdre si tu ne suis pas l'ébalise,
si tu te perds et tu ne te repères pas en fait,
parce que tu tout se ressembles.
Si tu ne portes pas l'attention au détail, il tout se ressemble.
Et ça, ça fait très peur.
Parce qu'il y a plusieurs personnes qui sont mortes sur le sentier des appalaches
parce qu'elles se sont éloignées de 200 mètres.
Et qu'elles ne le retrouvaient pas, le sentier, 200 mètres.
Parce que tout se ressemble.
Et en même temps, rien ne se ressemble.
Tous les jours, tu vois quelque chose de différent aussi.
Mais c'est dans l'attention au détail que ça change.
Plus en fois, j'ai reçu la réflexion
de gens qui venaient rendez-vous pour la journée
et qui nous disaient, ah mais vous, les thru-hiker,
vous arrêtez même pas pour sentir les fleurs.
Et c'est vrai que les gens qui venaient la journée, ils s'arrêtaient,
ils prenaient beaucoup de photos sur les petites fleurs qui closaient au printemps et tout ça.
C'est vrai que nous, on ne le faisait pas.
Mais pourquoi on ne le faisait pas ?
Parce qu'en fait, on le vivait.
On le vivait au quotidien.
C'est-à-dire que ça faisait des semaines qu'on voyait ces petites fleurs,
qu'on les a vues éclorent et qu'on va les voir fanées.
Eux, ils viennent qu'une fois à une journée, donc il faut qu'ils le captent tout de suite pour ne pas le perdre.
Alors que nous, c'est une perception du temps qui est différente, c'est beaucoup plus long.
Là, à ce moment-là, je suis avec Webster, qui est toujours là,
que j'ai rencontré au bout d'une semaine.
Il est drôle.
Il est plus jeune que moi. Il a 23 ans.
Et je crois qu'il fait ça un peu,
parce qu'il vient de finir seule l'école.
Il ne sait pas trop ce qu'il va faire.
C'est un peu une année de saisure, en fait, pour lui.
Il est très patient.
Du coup, il prend beaucoup de temps pour m'expliquer les choses.
C'est un intellectuel.
Pour moi, ça m'intéresse parce qu'il a un rapport à sa propre culture un peu différente.
Il a une réflexion là-dessus que je trouve intéressante.
C'est marrant, il a un sac avec une armature extérieure,
comme dans les années 80.
Je pense que c'est le sac de son père.
Et donc je suis avec lui et il me fait mourir de rire.
Il y a Bluegrass, que lui, j'ai rencontré le premier soir au feu de camp,
qui s'appelle Bluegrass parce qu'il a une voix de chanteur de Bluegrass, ce qu'il est d'ailleurs.
Il est plus jeune aussi.
Et il est d'une générosité incroyable, d'une douceur, d'une générosité.
Il y a Eleven, qui est une meuf montée sur pile.
Elle ne s'arrête jamais.
Elle tombe beaucoup, elle ne s'arrête jamais.
Et voilà, t'as Biver aussi qui est là depuis la Jour 10.
Et voilà, en fait, à ce moment-là, je suis dans un groupe, on est 11 personnes, à peu près.
Et on dort au même endroit le soir, mais on ne se voit pas forcément dans la journée.
Donc, moi, par exemple, je suis la plus lente, donc je suis la première à partir le matin et la dernière à arriver le soir.
Et on se croise en journée, ce qui est toujours un moment chouette et en général, à l'heure des repas.
Parce que t'en as un qui s'arrête et donc si j'en vois un qui arrêtait sur le bord du sentier, je m'arrête pour manger avec eux et après, on redémarre.
Et donc, à ce moment-là, on est une dizaine de personnes.
Et on adore les pancakes.
Et donc, on se surnomme les pancakes pals.
Donc, à chaque fois qu'on va dans une ville, il y a les pancakes pals qui arrivent et qui mangent beaucoup et qui boivent beaucoup et qui font beaucoup de bruit.
Donc, on devient un peu connue dans la sphère en gros de les gens qui sont deux jours avant et deux jours plus tard.
Sur le sentier, donc dans ces cabanes-là, dedans, t'as des caillers, comme on se trouve ici en refuge.
Et où les gens me notent quand est-ce qu'ils sont passés ou des petites choses à dire.
Et en fait, ça devient un sacré des relations épistolaires.
Tu vas laisser un mot et tu sais que les gens derrière vont le lire.
Donc, tu peux laisser des blagues.
À un moment donné, il y avait deux groupes.
Il y avait nous et il y avait la Horde.
C'est épique.
Et donc, il y avait un énorme groupe qui était devant nous qui s'appelait la Horde et je crois qu'ils étaient pas loin de vain, ce qui est énorme.
Et ils étaient très bruyants. Ils buvaient beaucoup, beaucoup d'alcool.
Et ils marchaient très vite.
C'est-à-dire qu'ils se mettaient des bitures mais de l'espace.
Et le lendemain, ils étaient capables de te faire 40 bornes.
Nous, on comprenait pas.
Et ils restaient groupés aussi parce qu'il faut faire tenir tout un groupe.
Et un jour, il y a un gars qui nous passe tout seul et on voit qu'il va vite, plus vite que nous.
Et la Horde était au courant qu'on existait.
Nous, on était au courant que la Horde existait et on se dit qu'il faut qu'on se rencontre.
Sauf que comment faire pour se rencontrer quand tu peux pas t'appeler les numéros de téléphone ?
On ne les connaît pas.
On ne sait pas quoi ressemble.
A part qu'il y avait une meuf qui avait un trombone en plastique.
Et donc on attrape ce gars, on le surnomme le Messager et on lui donne un mot dans un tube de MNM.
Et on lui dit, ton but, c'est d'aller rencontrer la Horde et de lui donner ce message.
Et le mec a fait la mission.
Donc il y est allé.
Et il a donné le message à la Horde qui du coup nous a laissé des messages dans les livres.
Pour lui dire, rattrapez-nous, on sera à tel endroit.
C'était la chasse à l'homme en fait.
Et l'idée était qu'on allait tous dans un bar boire des verres.
Je crois que c'est ce qui est le plus kiffant sur ce sentier.
C'est que tu réinventes une sociabilité et des jeux que tu n'as pas forcément quand c'est au quotidien.
Au bout d'un mois et demi, notre groupe commence à s'éclater.
Parce qu'il y en a qui abandonnent.
Il y a des chutes graves qui font qu'on sort.
On n'est plus que 7, 6 ou 7.
Un petit noyau.
Et donc tu passes la Caroline.
C'est long.
C'est pas très beau.
Bon, c'est pas le meilleur moment.
Et je pense qu'au bout d'un mois et demi, je commence à me lasser aussi.
De voir toujours la même chose.
On quitte les États confédérés pour aller plus vers le Nord.
T'as la peine sylvanie qu'on appelle aussi la roque sylvanie.
Parce que le sentier ne c'est que des pierres.
C'est que des rochers pointus.
Qui te défoncent les pieds.
Et ça, c'était pas agréable.
C'est vraiment pas un moment chouette.
Mais après ça, pour moi, ça va mieux.
Et je dirais, à partir d'un mois et demi, pendant 3 semaines,
je vis pas les meilleurs moments de ma vie.
Mais t'es dedans, en fait.
C'est devenu ta routine.
Tu t'y fais.
Tu prends plus de repos aussi.
Au début, je voulais pas m'arrêter.
C'était très difficile pour moi de m'arrêter.
J'avais peur de perdre mon groupe.
Et non, je prenais pas de repos.
Sauf que, en fait, c'est obligatoire.
C'est ta survie.
Au bout d'un mois et demi, je me sens pas bien.
Je me sens très fatiguée.
Et parce que ton corps fatigue,
parce que marcher 25 km par jour, c'est épuisant, en fait.
Et de suivre le rythme de ton groupe.
Parce qu'en soi, on va pas au même rythme.
Mais moi, je veux m'accrocher avec eux.
Donc, je fais des journées plus grosses que si j'étais toute seule.
Je me dis, vas-y, je vais jamais tenir, en fait.
Et parce qu'un mois et demi, t'es même pas encore à la moitié.
Donc, il faut s'accrocher.
Et en fait, je me rends compte, je regarde les billets d'avion.
J'en suis là dans mon process.
Et il y a un dicton qui dit, n'abandonne pas le jour où ça va pas.
Attends trois jours au moins.
Et non, je me dis, moi, je vais au moins attendre trois jours.
Et non, j'attends.
Et en fait, ça va mieux.
Je prends une journée de repos et puis je fais mieux.
Et donc, je continue mon truc.
C'est presque les saisons qui vont faire les étapes.
Parce que t'as la chaleur qui revient au bout d'un mois et demi.
Ils commencent à faire meilleur.
Donc, c'est plus agréable, tu passes plus de temps dehors.
Les journées sont plus longues.
Donc, ça, c'est vraiment quelque chose d'important pour le moral, je crois.
La bascule se fait avec la frontière avec les états du Nord,
où le relief change.
C'est-à-dire que c'est plus minéral.
Il y a beaucoup plus de rochers.
Et donc, t'as manière de marcher et de changer aussi.
Parce que je me rends compte à ce moment-là
que j'aime marcher aussi avec les mains,
dans le sens où j'aime toucher les harroches,
j'aime me m'ouvrir avec mon corps en entier.
Plus que marcher sur un sentier.
Et donc, je découvre une nouvelle mobilité aussi.
Je crois que le déclic pour moi, c'est à partir de l'état de New York,
où tout est nouveau.
Il y a des rochers partout où c'est super beau.
La forêt est différente, c'est plus une forêt d'raise ineux aussi,
alors qu'avant, c'est plutôt du feuillet.
Et...
Oui, il y a un truc spécial.
Les odeurs changent.
C'est beau.
Moi, j'adore les raisineux et la roche, et donc, ça me convient mieux.
Et là, en fait, je me suis rendu compte
que ces aptitudes, je change,
ton corps change, se modifie,
tu perds toute ta musculature au niveau du corps.
Au début, j'avais des douleurs et je savais pas.
C'était grave ou pas.
Parce que, oui, à marcher dix heures par jour,
rester dix heures par jour debout,
avec le poids de ton corps, le poids de ton sac à jeter,
c'est très dur pour tes articulations et ta plante, la plante de tes pieds.
Et au début, je savais pas si les douleurs que j'avais aux chevilles,
aux genoux, aux tibias, c'était normal ou pas, au pied,
qu'elle aura.
Il y a des jours où je pouvais plus marcher, en fait.
Parce que quand je me levais le matin, c'était...
C'était comme si j'étais bourrée.
Parce que mes jambes ne tenaient plus.
Et donc, ça pose question quand même, de te dire,
« Ouh, peut-être que je pousse trop loin l'effort.
Mais c'est des douleurs que tu apprends à comprendre
et à savoir si c'est des bonnes douleurs ou des mauvaises douleurs.
Sauf que là, ton corps, c'est ton...
c'est ton outil, c'est ton moyen de locomotion.
C'est celui qui te fait vivre, survivre.
Donc ton rapport au corps, il change.
Tu dois en prendre soin, en fait.
Si tu n'en prends pas soin, tu n'arriveras pas au bout.
Et donc tu apprends à bouger avec un sac sur le dos.
Parce que, en fait, on va donner ton sac qui devient...
toi.
Ça fait partie de ta balance.
Tu perçois le monde différemment
et les distances différemment à travers ton corps.
Ce qu'on fait rarement.
Ouais, ça change ta perception
de ton espace et du monde.
Effectivement, le monde est immense.
Sur le Sentier, on a ce qu'on appelle les Trail Angels.
C'est des gens qui, en général, habitent proches du Sentier
et qui viennent souvent ravitailler les randonneurs.
Donc soit ils vont organiser un barbecue
ou ils vont acheter des gâteaux, des sucreries,
des sodas, des bières.
Des fois, tu trouves juste des glacières
sur le bord du lendemain d'un Sentier, avec plein de choses dedans.
Et en fait, ces gens aident les randonneurs.
Donc, dans le sud des États-Unis, c'est plutôt les églises
qui font ça.
Et parfois, qui viennent te récupérer au Sentier,
ils ont des navettes.
Ils t'amènent dans une salle communale
et ils te font le petit déj...
C'est quand même un truc assez impressionnant.
Et donc, c'est un peu des petites surprises que t'as comme ça
le long du Sentier qui te rebousse
parce que c'est des gens qui se sentent bon déjà
et qui sont hyper heureux de t'aider.
Et t'en as certains qui sont un peu mythiques.
Donc t'as un gars qui est plutôt vers la fin
qui s'appelle The Omlet Guy,
puisque comme son nom dit qu'il fait des omlettes.
Et donc, il a un bar nom, en début de forêt,
avec un... comment on appelle ça ?
Il a des mannes dessus.
Donc c'est comme une espèce de bananier géant.
Il a plein de trucs à manger, des petites tables, des chaises.
Et il te fait des omlettes, donc tu es va quand tu arrives là-bas
et tu lui dis combien d'omlettes tu veux.
Et donc, le truc, c'est combien ?
Pendant plusieurs jours avant, parce qu'il est toujours au même endroit.
Plusieurs jours avant, tu dis à combien de j'ai d'omlettes,
je lui ai demandé à Omlet Guy.
À l'époque, quand je lui suis allée, il n'était pas là.
On arrivait trop tard.
Et on s'est dit, bon, c'est pas grave, on va dormir sous son bar nom,
parce que... pour être à l'abri.
Donc on a dormi là, et le matin, il arrive,
il met la radio, il nous lance le café,
et il nous dit, bon, combien d'offres ?
Je pense que la marche, c'est le meilleur outil
pour tout, pour comprendre une culture.
Ça te force à ralentir, ça te force à aller dans des endroits
ou tu ne tirais pas forcément.
Et je pense que ces marchés, c'est le meilleur moyen
de découvrir un territoire.
Parce que tu découvres plein de choses
que tu ne découvrirais pas dans la communication
qu'on va en faire une ville
ou la communication qu'on va en faire un parc national.
On va te dire qu'est-ce qui est très beau à voir,
mais on ne va pas forcément te parler des dynamiques locales
et des enjeux économiques et politiques
qui se passent à l'échelle locale.
Mais là, le fait de marcher pendant très longtemps
et de traverser ces territoires,
ça te frappe, en fait, parce que c'est là.
C'est là, c'est au quotidien, les gens que tu rencontres en parlent.
Et comme tu rencontres peu de gens, les gens te parlent.
Donc voilà, tu appréhends les choses différemment.
Les distances changent radicalement quand vous abordez le monde à pied.
Deux kilomètres deviennent un bon bout de chemin.
Quatre, un trajet conséquent.
Quinze, énorme.
Quatre-vingt à la limite du concevable.
Vous prenez conscience de cette immense cité de la planète
que seules vous et une petite communauté de marcheurs peuvent percevoir.
Sa véritable échelle est votre secret.
La dernière semaine, on est plus que deux.
Chaque bivoueur.
On a perdu tout notre groupe.
Et donc on est plus que deux à marcher.
On fait des grosses journées.
Et donc en gros, il y a le Mont-Catadine,
qui est la dernière, le sommet, quoi.
Et juste avant, tu as le 100 mile wilderness.
Ou en gros, il n'y a rien.
Donc tu peux pas, il n'y a pas de ravitaillement.
Il n'y a pas de magasin, il n'y a pas de route.
C'est que des routes forestières qui sont privées.
Donc tu sais que pendant 100 miles,
qui sont très difficiles au niveau du dénivelé,
et qui sont plus techniques,
tu n'auras rien.
Donc il faut que tu prévois tout ça.
Et en général, ça met cinq jours à traverser.
Donc tu sais que pendant cinq jours,
tu vas devoir avoir toute ta bouffe,
que tu es en fin de randonner,
beaucoup, beaucoup de nourriture.
Et moi là, à ce moment-là, je n'en peux plus.
Je suis au bout de ma vie.
Je suis incapable de réfléchir.
Je suis tellement fatiguée
que je commence à avoir des problèmes cognitifs.
Quand on me parle, en fait, je ne comprends pas.
Comment plus, c'est pas ma langue.
En plus, on est plus tous les deux,
donc on commence à se taper un peu sur les nerfs,
mais lui, je cherche des interactions
et je suis incapable de prendre la décision.
Je pleure, mais pour rien.
Je suis un peu rachitique à ce moment-là.
Je pense que je m'approche les 50 kilos,
alors que, normalement, je fais plutôt 60.
Donc je commence à être vraiment très fatiguée.
J'ai des boules dans le dos à cause de mon sac,
des bosses, tu vois.
Mais ça a la dernière ligne droite.
Et tu ne peux pas abandonner quand tu t'engages
dans ces 100 km,
donc 100 miles, donc 160 km.
Je me lance là-dedans.
Il fait mauvais.
C'est dur, c'est vraiment dur.
On fait des gros journées et on galère vraiment.
Et puis, on rencontre les gens qui commencent du nord
et qui dessinent vers le sud.
Donc, ils sont tout frais, alors que nous,
on est au bout de notre vie.
Donc ça relance un peu quand même.
Ça te redonne une petite énergie pour la fin.
Et ça, c'est vraiment chouette.
Donc, on traverse ces miles.
Beaucoup de moustiques.
Je suis tellement un bout de nerf que je ne supporte plus
les nuées de moustiques le matin.
Et bon, le 100 mile wilderness est magnifique.
C'est des lacs, des forêts, des lacs, des forêts.
C'est très, très, très beau.
Et bref, on arrive au pied du Mont-Cathadine,
qui est donc dans un parc national.
Donc, tu dois aller auprès des rangers
pour demander la carte
qui te donne accès en fait, en haut.
Et on arrive en début d'après, je crois.
Et on a le temps de le faire le sommet dans la journée, si on veut.
Bon, je suis éclatée, ça ne va pas, moi,
je n'étais vraiment pas bien.
On nous donne notre petite carte
et je crois que je suis numéro 163.
En gros, ça veut dire que je suis la 163e randonneuse
qui a fait les appalaches, qui va faire l'ascension.
Et au départ, je crois que j'étais plus de 1200.
Je me dis, wow, putain, il n'y a pas grand monde à la fin, quoi.
On est mi-jubil.
Et en fait, il y a de l'orage qui est annoncé.
Et Cathadine, c'est un espèce d'énorme rocher.
C'est pas forcément une forêt qui monte,
c'est vraiment un gros rocher.
C'est un rocher minéral,
très sensible à l'orage.
Et en fait, quand tu montes là-haut, c'est une grande crête.
Donc, c'est extrêmement exposé.
Et il y a 50% de chance qu'il y ait l'orage.
Et Biver, il a fond.
Il veut finir.
Et moi, je me dis,
peut-être on peut attendre demain, non ?
Et j'arrive à lui faire entendre raison,
d'attendre le lendemain.
Et donc, on reste au pied.
Et on voit tous les randonneurs qui descendent.
Donc, des gens qu'on a suivis dans ces carnets dont je te parle.
Et donc, on connaît leurs noms, mais on ne connaît pas leur visage.
Et là, on les voit descendre et on peut mettre enfin un visage sur un nom.
Eux, nous ne connaissent pas parce qu'on était derrière,
mais nous, on les connaît.
Et...
Et nous confions qu'on a bien fait de pas y aller,
parce que là-haut, c'est la tempête.
Il y a un vent de fou, c'est dangereux.
Ils ont fait l'ascension, mais voilà,
c'était la vie très glée.
Donc, on fait bien d'y attendre le lendemain matin.
Et donc, on se couche.
Je dors pas, je crois.
Trop à la fois excité, parce que c'est ton dernier jour,
sur 4 mois, un peu plus de 4 mois.
Et...
Et en fait, tu sais que dans 2 heures, c'est fini, quoi.
C'est bizarre, parce qu'en moi, je savais pas ce que j'avais fait après, en fait.
Et...
Et je décide de monter sans mon sac,
ce matin-là,
de pas avoir toutes mes affaires de rondeau,
parce que je suis tellement fatiguée que j'ai envie d'y aller
et d'être tranquille, en fait.
Et donc, on part avec Biver.
Et évidemment, quand tu retires les 10 kilos de ton sac,
tu marches vachement plus vite.
Et donc, une espèce de regard d'énergie,
et j'avance, j'avance, et...
et je crois des... des randonneurs à la journée,
qui du coup n'ont pas du tout le même rythme que nous, parce que...
parce que c'est beaucoup plus difficile pour eux, ils n'ont pas le...
ce que nous, on vient de faire.
Et... il y a des gamins qui me regardent,
oh, elle va vite, elle va vite.
Et les parents qui disent, ah bah oui, bah...
je vous avais bien dit qu'il fallait prendre des bâtons de marche, ça aide.
Et en fait, je trouve ça génial, que...
les gens ne savent pas de où je viens, ils savent pas que je suis là,
ils savent pas que ça fait 4 mois que je suis en train de marcher.
Pour eux, je suis juste une fille lambda qui...
qui grimpe et qui va vite, visiblement.
Et ce matin-là, je vais vraiment vite, je suis vraiment excitée
et il y a Biver qui est derrière moi, alors que d'habitude, c'est lui qui est devant moi.
Et il a du mal à me rattraper.
Et il me hurle.
Mais on a créé un monstre, on a créé un monstre.
Et ça me fait rire qu'il dit ça, parce que...
à la fois, ça me touche.
Et...
et en même temps, je me dis, mais...
en réalité, là, comment je me sens, je me sens vraiment comme un monstre.
C'est-à-dire, j'ai l'impression d'être Frankenstein.
J'ai un bleu sur la cuisse qui doit faire la taille d'un...
d'un pamplemousse, parce que je suis tombée de joueurs avant.
J'ai des...
des bosses sur mes côtes en bas du dos.
Je suis toute maigre.
Je pense que j'ai les cheveux qui commencent à tomber.
Je ne capte plus rien de ce qui se passe dans ma tête.
Donc moi, pour moi, je suis vraiment un monstre.
Et on monte, on monte, on monte.
Et...
La montée est magnifique.
C'est une montagne honte avec les mains.
Donc tu t'accroches, il y a des petits passages,
il y a des échelles.
C'est très minéral.
C'est vraiment beau.
Et on monte, on monte et...
Si tu veux, un moment donné, ça fait comme une crête,
comme un faux plat.
Il y a du brouillard.
Donc en fait, on ne voit pas le sommet.
On est là, putain, c'est pas vrai, quoi.
Et donc sur ce faux plat,
Biver me dépasse parce que...
Son égo ne veut pas que je finisse avant lui, visiblement.
Et je le vois passer devant, il fonce.
Et en fait, au sommet, tu as une espèce de grande pancarte en bois
avec Katadine.
C'est là où tout le monde fait sa photo d'arrivée.
Et je vois Biver qui arrive
et il est tellement excité
qu'il se claque la tête dessus.
Il s'assomme à moitié, en fait.
Parce qu'il est trop ému d'avoir vécu ça
et puis j'arrive et on se prend dans les bras.
Et on pleure pas.
Mais il y a un truc comme si
tu te libérais de quelque chose.
Il y a cette fierté de l'accomplissement
mais que tu réalises pas encore
parce que t'as pas vraiment fini,
il faut redescendre.
Mais d'avoir vécu tout ça ensemble
parce qu'on a marché ensemble depuis le jour 10, quasiment.
Mais il y a des moments n'était pas ensemble.
Mais en gros, on a marché 4 mois ensemble.
Et c'est intense.
Et on termine là-haut
et c'est beau, on fait nos photos,
il y a du brouillard, du vent, il fait froid.
Franchement, t'as pas envie d'y rester.
Il y a des gens qui sont là
qui sont là juste pour la journée
qui comprennent pas trop pourquoi
il y a plein de gens qui pleurent
parce que tous ceux qui finissent le sentier
pleurent quasiment parce que c'est tellement fou.
Et on rencontre un vieux monsieur
et lui, en fait, il termine
et ça fait, je pense, 10 ans
qui fait des petits bouts
des appalaches chaque année par 2 semaines.
Et il y a ces deux Canadiens qui sont là
et qui sortent une petite cafetière à expresso
de leur sac.
Ils disent, vous avez un petit café ?
Je dis, oui.
Donc on est là dans le brouillard,
dans le froid, on se répèle.
On est défoncés
et on boit notre petit café
avec des parfaits inconnus.
Et c'est beau, en fait.
Tout est beau.
Tout le monde est content
et il faut redescendre.
Et voilà, on redescend,
on fait un peu de stop
et il y a des amis à Biver qui viennent leur récupérer
pour nous emmener dans un chalet
pendant plusieurs jours au bord d'un lac
pour qu'on puisse atterrir
pour pas retourner dans la ville tout de suite.
Tout ça va très vite, en fait.
Va très, très vite
et je ne réalise pas du tout.
Et je souffre beaucoup.
Et en fait, quand tu t'arrêtes de bouger,
c'est là où tu...
ton corps commence à se réparer.
Et c'est là que ton corps te fait mal.
Donc je suis partie très candide
et j'arrive à la fin.
J'ai l'impression de ne plus être moi-même,
de ne plus pouvoir me cacher,
de ne plus pouvoir prétendre,
de ne plus pouvoir...
Si quelqu'un me dit quelque chose
qui ne me plaît pas,
je ne vais pas pouvoir sourire poliment.
En fait, je ne peux plus.
Je suis à vif.
J'ai l'impression que ces quatre mois
m'ont épluché.
Donc c'est très violent.
Et en même temps, c'est...
c'est beau de se connaître un peu mieux.
De voir jusqu'à où t'es capable de pousser tes limites
et...
et jusqu'à où t'as plus envie de le pousser aussi.
C'est un sentier qui a changé ma vie.
Au début que j'ai commencé, on me disait souvent
tu verras, ça va changer ta vie,
genre ça va...
vos discours de vieux, là,
laisse-moi vivre mon truc.
Mais oui, ça change la vie.
On ne s'en rend pas compte tout de suite.
Quand je suis revenue dans la vie quotidienne,
normale,
dans une ville,
avec des interactions sociales codifiées,
tout me semblait étrange,
j'avais l'impression de ne plus avoir les codes,
plus avoir les bons codes,
ou en tout cas, je les ai beaucoup plus remis en question.
Ça me...
Par exemple, j'ai arrêté de sortir.
Avant, je...
souvent je sortais,
j'allais souvent au concert,
boire des vers,
enfin la fête.
Et là, en fait, je ne comprenais pas pourquoi on faisait ça.
Pour moi, en fait, sortir, c'est sociabilisé,
mais en fait, c'est quoi la sociabilisation que tu as en faisant ça ?
D'être avec des gens et de boire,
mais qu'est-ce que tu as à prendre ces gens-là ?
Est-ce que tu as vraiment des discussions avec ces gens-là ?
Et en fait, je me suis rendue compte
que ma sociabilité était différente avant
et que ça ne me plaisait plus
de juste aller faire la fête.
Moi, ce que j'aimais bien,
c'était être avec un ou deux potes
et qu'on échange.
Je me suis mise à marché
pour presque tout ce que je faisais dans ma vie.
Si je devais aller à un rendez-vous
et qu'il fallait aller marcher une heure,
à l'autre bout de la ville,
j'allais pas prendre le vélo et les transports en commun,
j'allais marcher pendant une heure.
J'avais plus envie de
faire une chose après l'autre,
j'avais envie de
les relier,
les choses,
en marchant.
Je ne voyais plus que par le pris,
ce que je me disais de la marche.
Du coup, de ralentir,
ça m'a beaucoup fait ralentir,
beaucoup moins consommé aussi,
parce que
tu sors d'un
mécanisme de consommation active,
tu t'es tellement dépouillé de tout
que tu te rends compte que tu as besoin
de moins de choses
pour être tout aussi bien.
En fait,
ce qui te fait survivre,
ça rentre dans un sac à dos
d'une journée.
Donc ça te fait avoir un rapport différent,
aussi, à comment tu voyages.
Ce qui faisait que j'étais vraiment en décalage pendant 6 mois,
je pense, c'était très, très dur.
Je ne comprenais plus rien.
J'avais perdu tout mes repères,
alors que c'est le milieu
dans lequel j'ai grandi pendant 25 ans.
Et c'est vrai que le sentier,
t'es tellement dépouillé de tout
que l'écosion des fleurs,
en fait, t'assiste à tout ça,
parce que t'es là longtemps,
en attendant.
Donc t'assiste à
le petit brin d'herbe qui sort,
où tu vois juste un petit brin,
et en fait, une semaine plus tard,
t'es une fleur blanche,
t'es par terre de fleur blanche.
Et donc t'as vu tout ça.
Je pense que les bonheurs modestes
sont...
là,
qui ne sont pas toujours faciles à attraper,
parce qu'on est...
on est pris dans d'autres choses.
Mais que si on arrive
à les capter,
ça rend la vie meilleure.
On a marché plusieurs milliers de kilomètres
aux États-Unis
sur le Pacifique Crest Trail.
Aujourd'hui,
elle cherche toujours l'équilibre
entre sa vie quotidienne
et ses envies de grands espaces.
Mais elle le sait,
elle a trouvé des réponses
sur les sentiers.
Des réponses, mais aussi et surtout,
l'occasion de redonner de la valeur
aux choses simples
et de retrouver son âme d'enfant.
Les Balladeurs
est un podcast du Médial et Ozzers.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fyre,
assisté par Nicolas Alberti.
Cette histoire a été présentée par Clément Sacar,
la musique est composée par Nicolas de Ferrand,
Chloe Weibo s'est assurée du montage,
le mixage, quant à lui,
a été assuré par Antoine Martin,
du studio Chris Pyrichorde.

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Récits d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Avez-vous déjà poursuivi un loup dans les étendues sauvage d'Alaska, greloté au beau milieu des icebergs ou dormi le long d’une paroi d’escalade à plusieurs centaines de mètres de hauteur ? Tous les 15 jours, découvrez des récits et témoignages d'aventures et de mésaventures en pleine nature. Un podcast du magazine Les Others (https://www.lesothers.com).  Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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