Bonjour à tous et à toutes, aujourd'hui vous allez écouter l'épisode 1 de Marat des bois,
les cucurbitassées. Nous vous souhaitons à tous et à toutes une belle découverte.
Trois brins de lavande couchés sur une pierre, au loin doucement chantonne la rivière.
Clémentine a semé à travers la campagne une poignée de recettes. Dans le creux d'une citrouille,
sur la branche du fenouil, les secrets de la reine des prêts sont au bout de ta fourchette.
Marat s'étire de tout son nom sous la couette. La pointe de ses orteils effleure le bout de son lit.
Il y a bien longtemps que ce lit est trop petit pour elle, mais elle s'y sent bien.
D'un geste vif, elle râpa les couvertures. Un miolement de mécontentement se fait entendre du bout du lit.
Un gros chagri, à moitié enfoui sous un coussin, se lèche la moustache d'un air désapprobateur.
« Ah, pardon, Bergamotte ! » sourit Marat en gratouillant l'oreille de son chat.
Elle sort de son lit et tire les rideaux. Un beau soleil de printemps glisse sur les collines.
Quelques nuages tourront promènent leur blancheur de coton dans le bleu du ciel.
Des poules picorent tranquillement dans le fond du jardin.
Marat descend dans la cuisine en faisant grasser les marges du vieil escalier en chaîne.
Son père Jasmin est assis à la grande table en bois clair.
De ses doigts fins et longs, il replie une pâte à croissant.
« Voilà mes petits croissinés, un peu le beurre sur dessus et vous allez faire bronzette dans le four. »
Marat jette un coudeuil au croissant.
Ils sont encore un peu plats et un peu palaux, mais elle sait qu'une fois au four, ils deviendront rond et dorés.
Avec ce crousse t'ayant dans Jasmin à le secret.
« Oh, comment tu vas, ma fille ? Tu es prête pour le grand jour ? »
Lui demande Jasmin en essuyant ses mains pleines de farine sur le bord de son tablier.
Marat osse les épaules d'un air dégagé.
Mais au fond de sa gorge, une petite boule grossit tout doucement depuis qu'elle s'est réveillée.
Comme un petit glaçon qui ne voudrait pas fondre.
Jasmin le sent.
Il s'assoit à côté d'elle.
« Oh, je me rappelle comme si c'était hier, du jour où j'ai passé mon diplôme de cuisinier.
On nous avait demandé de faire un soufflet au petit rond et un mule feuille à la framboise.
Et comme j'étais un peu dans la lune, eh ben, j'ai fait un soufflet à la framboise.
Et un mule feuille au petit rond.
Mais c'était quand même très bon à l'arrêt. J'ai eu mon diplôme. »
Marat sourit. Elle a déjà entendu cette histoire des dizaines de fois.
Mais elle a fait toujours sourire d'imaginer son père débarquer en retard à l'examen,
se tromper de recettes et servir un mule feuille au petit rond comme si c'était la chose la plus normale du monde.
« Ça va aller. J'ai relu toutes les fiches de recettes que vous avez faites avec maman.
Et puis, ça fait des mois que je m'entraîne. Je suis prête. »
Ça voit trembler un peu.
« Bien sûr que tu es prête. Tu es une débois. Tu as la cuisine dans le sang, ma fille. »
Sa mère marjolaine se tient dans l'embrasseur de la porte.
Ses cheveux roux et bouclés dessinent comme un coucher de soleil flamboyant autour de son visage.
Marat hoche la tête.
Aujourd'hui, elle passe son examen pour être chef cuisinière, et elle sait que ses parents comptent sur elle.
Voilà des générations que la famille débois habite le hameau de la reine des prix, au creux des collines.
Tous ses ancêtres ont fait la cuisine dans un petit restaurant à l'entrée du hameau,
à la devanture bleue un peu des fréchis qui s'appelle l'auberge des prix.
C'est sa grand-mère Clémentine qui a servi le premier plat du restaurant.
Une tarte toute simple mais délicieuse.
Depuis, les gens viennent de partout pour goûter la cuisine de la famille des bois.
Marat a grandi dans l'odeur du thym et du romarin au milieu des sacs de farine.
À l'âge de quatre ans, elle savait préparer un clafoutis aux cerises,
et à l'âge de dix ans, une blanquette aux olives.
Elle aime faire la cuisine, et surtout, elle aime le regard émerveillé des gens qui goûtent ses plats.
Elle s'imagine depuis qu'elle est toute petite chef de l'auberge des prix,
concoctant de délicieuses recettes dans la cuisine où elle a grandi.
Mais la grande horloge du couloir qui sonne neuf heures la ramène à la réalité.
Sa mère s'en va écailler des huîtres pour le déjeuner,
et son père se lance dans la préparation d'un baba au rom.
Marat glisse dans son sac à dos quelques accessoires indispensables pour l'examen.
Une louche, un fouet, des spatules en tout genre,
et sa précieuse mallette à couteau qui appartenait à sa grand-mère
et qu'elle a reçu en cadeau pour ses 18 ans.
Tout à coup, elle sent qu'on la regarde.
Son grand-père, en boise, l'observe.
Appuyez sur sa canne, il se gratte la barbe d'un air attendri.
Ah, Marat, je revois ta grand-mère.
Oh, c'était il y a bien 60 ans.
Elle allait passer son examen de cuisine, comme toi aujourd'hui.
Oh, secrétant qui file, nom d'un persil.
Marat sourit.
En boise finit toujours ses phrases par un nom de plante.
C'est une habitude qu'il a gardé du temps où il était botaniste.
Tu sais, à son époque, une femme-chef, c'était incroyable.
C'était la seule fille de son école de cuisine.
Mais elle s'en moquait.
Elle disait tout le temps,
« Fuis, garçon, une bonne blanquette, reste une bonne blanquette ».
Elle était sacrément douée.
On raconte qu'elle avait un secret, un foie de muguée.
Marat aimerait bien rester à écouter les histoires de Clémentine D'embroise,
mais elle va être en retard.
Je dois y aller. Soit de ma bonne chance, Pépin.
Bonne chance, ma petite Marat.
Clémentine est avec toi aujourd'hui.
Je le sens, poêle de chalon.
Marat met son sac sur son épaule et s'apprête à franchir la porte de la maison.
Mais quelque chose la retient.
Ah, zut, la sainte.
Je lui ai vécu promis d'aller le voir avant de partir.
Elle tourne les talons et monte les escaliers quatre à quatre.
La chambre de son petit frère Yacinth est tout au bout du couloir.
Marat y entre sur la pointe des pieds.
La pièce est plongée dans le noir.
Seul un petit rayon de soleil filtre à travers les rideaux et court sur le plancher usé.
Yacinth est couché dans son lit, tout pâle, un vieux livre entre les mains.
Yacinth ?
Ça va ?
J'suis jote Marat.
Son petit frère laisse échapper un gémissement.
Cette nuit encore, il a été malade.
Marat, tu paras ton examen de cuisine ?
Répondent-ils d'une voix faible ?
Oui, je file.
Je suis déjà en retard.
Dimara en posant sa main sur le front de Yacinth.
Bonne chance alors.
Son sourire d'opal prie dans la pénombre.
À tout à l'heure.
Repose-toi, petit frère.
Yacinth agit faiblement la main et referme les yeux.
Voilà des années qu'il se réveille chaque matin et se couche chaque soir
avec l'impression d'avoir avalé un sac de cailloux.
Il a tout le temps mal au ventre, à la tête,
et parfois des petits boutons sur tout le corps.
Il a l'impression d'être malade après chaque repas.
Les médecins ne comprennent pas ce qui lui arrive,
pourquoi il est si faible et souffrant.
Comme il ne peut rien faire d'autre,
il passe ses journées allongées dans son lit, à lire des livres.
Parfois, il descend dans la cuisine un petit moment.
Marat donnerait tout ce qu'elle a pour que son petit frère aille mieux.
Mais il est vraiment l'heure de partir à l'examen de cuisine.
Le soleil brille haut dans le ciel
et Marat pédale à toute allure en direction de la ville.
Le vent qui siffle dans ses oreilles
et les ustensiles de cuisini qui teintent dans son sac à dos la rassure.
Elle arrive pile à l'heure devant l'école de cuisine.
Une pancarte invite les candidats et candidatels examens
à se présenter devant les cuisines.
Marat grimpe des escaliers
et se retrouve dans un couloir sombre
avec trois autres apprentis cuisiniers et cuisinières.
La porte des cuisines s'ouvre.
Le soleil qui se reflète sur l'aluminium des éviers les blouis.
Le jury est composé d'un chef à la longue moustache rousse et au petit doiron,
d'une chef aux longs cheveux blondes et aux lèvres pincées
et d'un critique gastronomique
qui fronce les sourcils en dévisageant les quatre candidats.
Marat s'installe devant un plan de travail.
Devant elle sont disposés plein d'ingrédients,
des casseroles, des poils, un plat à tarte.
Elle inspire profondément.
Elle sait que c'est aujourd'hui que se joue l'avenir de l'auberge des prêts.
Bonjour ! lance la chef blonde au candidat.
Vous êtes ici pour passer l'examen de chef cuisinier et cuisinière.
Les plats que vous devrez préparer aujourd'hui sont
une salade de poule posée chalotte,
un roti de veau au cucurbitacé
et une tarte citron me ringue.
Vous avez deux heures.
Marat ferme les yeux et plonge dans sa mémoire.
Elle fait défilé devant ses yeux clos,
les fiches de recettes de ses parents.
La salade de poule, facile !
J'en ai déjà cuisiné plein de fois.
La tarte au citron me ringue,
mon père l'a fait comme personne.
Je l'ai déjà aidée et je devrais m'en sortir.
Voyons le plat maintenant.
Le roti de veau au cucurbitacé.
Marat ne peut réprimer un sourire devant ce drôle de nom.
Les cucurbitacés.
Devant elles, sur le plan de travail,
sont alignés des légumes de la famille des courges.
Un potiron, une courge butternutte,
un potimarron et un patisson.
Ce sont les cucurbitacés.
Et justement, Marat a une recette
qu'elle tient de sa grand-mère pour les cuisiner.
Je m'apprête à passer mon examen pour devenir chef cuisinière.
Et je compte bien le réussir
pour pouvoir reprendre le restaurant de ma famille.
Et toi, aimerais-tu être chef ?
Si oui, comment s'appellerais ton restaurant ?
Et y a-t-il un plat que tu aimerais cuisiner ?
Écrivez vite tes réponses en commentaire.
Je te retrouve la semaine prochaine
pour la suite de mes aventures.
Rendez-vous lundi prochain pour la suite de l'aventure.
A très vite !