Bonjour à tous et à toutes, aujourd'hui vous allez écouter l'épisode 3 de Mara des bois,
la mousse des champs. Nous vous souhaitons une belle écoute avec Yacin, Mara, Amboise, Lucette et
tous les autres. Bonne écoute !
Trois brins de lavande couchés sur une pierre, au loin doucement chantonne la rivière.
Clémentine a semé à travers la campagne une poignée de recette. Dans le creux d'une citrouille,
sur la branche du fenouil, les secrets de la reine des prêts sont au bout de ta fourchette.
Ah ! Tu revoilà pour m'aider en cuisine ! Alors, est-ce que tu as trouvé l'ingrédient mystère de
la tarte de soleil de ma grand-mère Clémentine ? De mon côté, je pense que c'est le pissenlit.
Et ça tombe bien, il y en a plein qui bordent le hameau de la reine des prêts.
Allez, suie-moi, on va en ramasser.
Mara a presque fini sa tarte. Elle a suivi la recette de Clémentine à la lettre pour
faire la pâte à la farine de Sarazin. Elle a aussi battu trois oeufs avec un peu de crème de
soja, une pincée de sel et quelques tours de moulin à poivre. Mara relit la recette.
Alors l'ingrédient mystère, ce serait le pissenlit ?
C'étonne-t-elle en haussant les sourcils et en se tournant vers son grand-père embroise,
qui fume tranquillement sa pipe près du grand fourneau.
Ça ne m'étonne pas de ta grand-mère. Elle était toujours en train de ramasser des plantes sur
le bord des chemins. C'est ce qui donnait autant sa veur à ses plats. Aujourd'hui,
rares sont les gens qui cuisinent le pissenlit. Non, d'un salcifi.
Yacin se redresse du canapé intrigué.
Ah bon ? On peut manger les pissenlits ?
Bien, il y a différentes variétés. Elles sont toutes cométibles, mais la meilleure,
c'est le pissenlit dans de lion. On le surnomme comme ça car le bord de ses feuilles fait comme de
grandes dents rassérées. Sans attendre, Mara saisit un petit couteau suisse,
un panier et sort de la maison.
Attends, je viens avec toi !
Cri Yacin. Il a un peu mal au ventre et sa curiosité est plus forte.
Le soleil éclate ses rayons partout autour d'eux, sur la margèle du puits,
sur le toit du petit poulailler, sur les feuilles des platanes.
Mara et Yacin avancent sur le petit chemin qui passe d'ailleurs le restaurant,
les yeux rivés sur le sol. Il ne tarde pas à trouver de beaux pieds de pissenlit aux feuilles
d'entrée. Mara coupe les feuilles en prenant bien garde de ne pas arracher le plan et Yacin
tramasse quelques fleurs pour décorer la tarte. Une fois leur panier rempli, il rentre à la maison
et lave soigneusement les feuilles et les fleurs de pissenlit.
Quelques minutes plus tard, la tarte est au four.
Bon, en attendant qu'elle cuise, allons voir Lucette, suggère Mara. Elle saisit une vieille feuille
jaunie qui est restée sur la table. C'est la recette de la tarte de soleil de sa grand-mère
que Yacin t'a trouvé dans le grenier. Mara espère que la vieille Lucette, qui était la
meilleure amie de Clémentine, pourra lui en dire un peu plus sur les recettes de sa grand-mère.
Et qui sait, peut-être même l'aider à retrouver le carnet de recettes de Clémentine.
Mara saute sur son vélo et Yacin te grimpe sur le porte-bagage. Ils avancent de long du sentier.
En quelques coups de pédale, ils sont arrivés. Lucette habite la dernière maison du hameau
de la reine des Prés. C'est une vieille bicoque toute cabossée à la cheminée noire
de Suits. Dans le jardin de Lucette, des herbes folles poussent partout et les légumes
du potager se pressent les uns contre les autres. C'est comme si on les avait laissés
décider de là où ils voulaient pousser. Le basilic chuchote à l'oreille des tomates,
les haricots grimpe sur le maïs et les poireaux embrassent les fraises. Lucette est justement
dans son potager. Assise sur un petit allu, elle m'achouille une fleur de trèfle et
écoute le bal des insectes autour d'elle. Lucette peut rester assise des journées entières
dans son potager. Elle ne s'ennuie jamais. « Lucette ! »
Cri Yacin te rend apercevant la vieille dame. « Qui est là ? » répond Lucette de sa
voix chevrotante en tournant le visage dans leur direction. Mais ses yeux ne s'accrochent
à rien. Lucette est aveugle. Elle a perdu la vue il y a des années à cause d'un accident.
Mais ses mains, ses oreilles et son nez ont remplacé ses yeux.
« C'est Maraille Yacinth ! » lui répond Yacinth. « On aimerait te poser quelques questions sur notre
grand-mère Clémentine. » Ajoute Mara en s'approchant de la vieille dame. Celle-ci se redresse avec une
vigueur étonnante pour ses 88 ans. « Ah bien sûr ! J'attendais ce moment depuis longtemps. J'étais
certaine qui vous finiriez par pointer le bout de vos petits nez de cuisiniers. Allez,
rentrons dans la maison. Je vais tâcher de répondre à vos questions. » Lucette se dirige vers la
porte de la maison en contournant sans hésiter les massives de l'avant des roses trémières
qui bordent son jardin. C'est comme si une petite voix dans sa tête s'est la guidée. Yacinth n'en
revient pas. Lucette connaît chaque centimètre de son jardin par cœur. La fraîcheur des vieilles
pierres de la maison les enveloppe. Il s'assoit à la table. Lucette saisit un bocal sur une étagère
dans lequel trempe des pétales de fleurs et des écorces de citron. « Alors, je vous écoute. »
dit-elle en versant habilement l'infusion de fleurs dans les verres. « Eh bien, Yacinth a trouvé dans
les pages d'un vieux livre une recette écrite par Clémentine. Et elle a l'air de provenir
d'incarnée parce que le bord de la feuille est tout déchiré. » Explique Mara en posant dans la main
de Lucette la recette de la tarte de soleil. Lucette la porte à son nez, puis à sa bouche,
et la froisse délicatement contre son oreille. Enfin, elle la caresse du bout des doigts. Son index
s'arrête sur le tampon en bas de la feuille. Elle sourit. « Oui, c'est bien une recette de votre grand-mère.
» « Est-ce qu'elle t'avait parlé d'incarnée ou d'un endroit où elle gardait ses recettes ? Je viens
d'avoir mon diplôme de chef cuisinière et j'aimerais tellement retrouver ses recettes. »
Ta grand-mère était très secrète, surtout quand il s'agissait de sa cuisine. « Mais j'ai eu la
chance immense qu'elle partage avec moi quelques-uns de ses secrets. D'abord, ma petite Mara,
sache que la cuisine de ta grand-mère, ce ne sont pas juste des recettes. C'est tout son coeur
qu'elle mettait dedans. Il fallait la voir réaliser ses plats. Chacun de ses gestes était
comme guidé par une énergie mystérieuse. Elle était à la fois lent, thérappide, douce et vive,
appliquée et rêveuse. Mais je comprends que tu veux y retrouver ses recettes. Si tu veux faire
revivre sa cuisine, il faut bien commencer par quelque chose. À ses mots, Lucette se lève et
se dirige à tâton vers un petit tableau accroché au mur. Elle le soulève délicatement et laisse
apparaître un petit coffre en bois creusé dans le mur. Elle sort une minuscule clé dorée de sa
poche et la glisse dans la serrure du coffre. Il s'ouvre et Lucette glisse sa main à l'intérieur.
Elle en ressort une feuille jaune, soigneusement pliée en quatre. Mara, sans son coeur qui pâle
vite. Avant de mourir, Clémentine m'a offert une de ses recettes. C'est ma préférée et je la connais
par cœur. Elle est pour toi Mara. Prends-la. Mara sert la petite feuille contre sa poitrine.
Merci Lucette ! souffle yassante. Je ne peux rien vous dire de plus, mais je pense que vous trouverez
ce fameux carnet et même peut-être plus. Le soleil glisse doucement derrière les collines.
Yassante et Mara remontent sur le lieu vélo et prennent le chemin du retour. Ils passent devant
l'auberge des prêts. Leurs pères s'activent dans les cuisines et leur mère accueille les premiers
clients pour le dîner. En entrant dans la maison, une odeur à la fois douce et assidulée,
leur château linarine. La tarte de soleil est cuite, prête à être mangée. Yassante sur les
assiettes et Mara décore la tarte chaude avec des pétales de fleurs de pissenlis. Puis elle découpe
trois parts. On boise sa proche. Ça sent drôlement bon, poêle de chardon. Tous les trois croquent
dans la tarte. Elle est fondante avec un goût étrange, un goût de campagne, de rivière qui
chanteonne et de soleil. En quelques minutes, il ne reste plus rien dans les assiettes. Yassante,
pour la première fois depuis une éternité, se sent bien après avoir mangé. Il se resserre une
deuxième part. Son ventre et sa tête sont légers et il a l'impression d'être plein d'énergie.
Il s'étire et sourit. Mara réfléchit. Tiens, on dirait que cette tarte fait du bien à Yassante.
Est-ce que les recettes de Clémentine pourraient éviter qu'il ne soit malade ?
Elle sort de sa poche la recette que Lucette lui a donnée. Elle reconnaît l'écriture
vert embrôde de sa grand-mère. Ses initiales en bas de la page et le même tampon étrange.
La page est aussi déchirée sur le bord. Elle provient sans doute du même carnet.
Pense Mara. Elle lit le titre de la recette. La mousse des champs. Ces yeux parcourent la feuille.
Quand tout à coup, quelque chose retient son attention.
Lucette m'a offert une recette écrite par Clémentine et j'ai hâte de pouvoir l'essayer.
Mais il y a une nouvelle de Vinnette dans cette recette et j'ai l'impression qu'elle concerne
l'ingrédient principal. Peut-être pourra-tu deviner de quoi il s'agit ? Il est écrit
« Le dessus de mes feuilles a l'air tellement doux, mais ne vous y fiez pas car si vous
touchez le dessous, oui oui oui du je pique-cote et je cuis, mieux vous mettre des gants pour me
cueillir sans ennuis. » Si tu trouves la solution de cette devinette, écrit la vie dans commentaire.
Je te retrouve lundi prochain pour la suite de mes aventures.
Vous venez d'écouter Mara des bois, une histoire pour découvrir de nouvelles recettes et mettre
vos papilles en éveil. Si cette histoire vous plaît, partagez-la autour de vous,
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