Les petites histoires de Tellming
Aujourd'hui, Karine Arnaud vont vous raconter le trésor du premier salgosse,
une histoire imaginée par Thomas Le Petit-Corre.
Ah, ça fait longtemps que je me suis pas sentie aussi bien.
Il fait beau, les oiseaux chantent, les salgosses braillent,
et Samel et moi, on rigole sur les gradins.
Depuis qu'on s'est réconcigué, on est devenus inséparables.
C'est vrai que j'aurais dû lui dire que j'étais la fille du nouveau directeur du collège.
Mais bon, je crois qu'elle m'en veut plus.
Et Bernard non plus d'ailleurs.
Mais Bernard, le connaissant, je sais qu'il m'en a jamais voulu.
À ce propos, en parlant de Bernard, je le vois au milieu de la cour
en train de s'acharner à gratter le bitume.
Euh, Samel, tu peux m'expliquer ce qu'il fait là ?
Là, je crois qu'il se prend pour une tractopèle en train de démolir un immeuble.
Ah, d'accord.
On va décidément, son envie de devenir attracteur, ça m'étonnera toujours.
Et encore, t'as pas vu la fois où il a arraché tous les pieds d'un champ de maïs
parce qu'il se prenait pour une moissonneuse bateuse ?
Un sourire au lèvre, je regarde Bernard qui doit piler,
car un salgosse traverse juste devant lui.
Un salgosse aux allures de sorciers qui déambulent les yeux vitreux.
D'un coup, le garçon s'agenouille et se met à hurler.
Le salgosse originelle, il nous appelle
la légende continue, le trésor disparu, le roi Toto, il nous fait ce cadeau.
Toute la cour le fixe médusé.
Puis, comme si de rien n'était, il se relève et poursuit sa promenade.
Quand il passe près de nous, je l'entends murmurer.
Oh là, j'ai encore fait une crise d'hypocrisémie, moi.
Bernard nous rejoint de la terre dans les cheveux et des gravillons plein les poches.
Stupé faite parce que je viens de voir, je dévisage mes deux amis.
C'était quoi ça ? T'inquiètes, Lila, on va tout expliquer.
Bernard, tu commences ?
Oh, oh, oh ! Ici, dans l'usine à salgosse, il y a une légende qui court depuis des années.
Une légende qui raconte que Toto...
Le tout premier salgosse ?
... aurait caché un trésor quelque part.
Certains pensent que c'est une mâle pleine de jouets.
D'autres disent que c'est un livre contenant tous les secrets honteux de nos profs.
Et d'autres encore affirment qu'il s'agit d'une technique de triche imparable.
Et laissez-moi deviner, personne ne l'a jamais trouvé ce trésor.
Non, personne.
Ha, tu m'étonnes. Je pense surtout que c'est un tas de mensonges que les vieux racontent au plus jeune.
Si vous voulez mon avis, le trésor de Toto n'a jamais existé.
Mais chut, c'est une histoire importante ici. Tu peux pas dire ça.
Ok, ok, ok, ok.
De toute façon, je dois aller voir mon père pour qu'il me prête ses clés de la maison.
J'ai oublié les miennes ce matin. Allez, à tout à l'heure.
Je descend les gradins, traverse la cour, longe un couloir et arrive devant le bureau de papa.
Derrière moi, j'entends un élève de quatrième lancé.
Hé, regardez, c'est la fifi du directeur qui retrouve son papounet.
Mais maintenant, fille du principal ou pas, je suis une salgosse.
Donc je me retourne et je lui fais ma meilleure grimace, celle où je mets ma langue dans mon nez.
Le garçon détourne le regard écuret. Fien de ma bêtise, j'entre dans le bureau.
J'entends papa dans la pièce voisine.
Il parle de tout un tas de choses ennuyeantes avec ses collègues.
Pour patienter, je m'installe dans son fauteuil et commence à limiter.
Germain, pour la troisième fois cette semaine, vous avez bouché les toilettes avec vos cours de maths.
Oh, c'est excellent, bonhomme. Continuez comme ça.
Et vous, Justine, je comprends tout à fait que vous préfériez prendre de la place de madame Fuzin,
mais s'il vous plaît, laissez-la au moins assister à vos cours.
Après tout, c'est-elle l'enseignante ?
Ah, en fait, c'est pas si dur d'être directeur. Il suffit de laisser les enfants faire ce qu'ils veulent.
Je m'enfonce dans le gros siège et je fixe le plafond en baillant.
C'est là que je la vois.
Accroché juste au-dessus de la porte d'entrée, une carte est encadrée dans un tableau au bordure doré.
Le verre est couvert de poussière, mais ce qu'elle représente me dit un truc.
Je me mets debout sur le fauteuil, je grimpe sur le bureau, je saute sur la commode à côté,
j'escalade l'étagère et je tend la main.
Oh, je suis presque.
Oh, je sens que je perds l'équilibre. Je tente le tout pour le tout et je plonge dans le vide.
Je métale par terre comme une vieille crée pratée.
Mais dans les bras, le tableau est là.
En bas à droite de l'illustration, une signature retient mon attention.
Un T, un O, un autre T, un autre O.
Toto ? Hey ! Mais attends ! Et si ?
Vite, j'entends mon père se rapprocher.
Je me relève d'un bon et sors du bureau en claquant la porte.
Aussi rouge qu'une tomate avec un coup de soleil, je retrouve Samuel et Bernard.
Trop essoufflé pour parler, je leur donne la carte.
C'est quoi ton machin ? On dirait un rituel pour avocer un monstre des abysses ?
Ah ouais ? Euh, à moi j'ai plutôt l'impression que c'est le schéma d'un moteur de bulldozer B412.
Ah mais non ! Prenez-le dans l'autre sens.
Ah mais t'as raison, c'est peut-être plus celui d'un épendeur d'angrais, le C618.
Bernard, tu commences à me courir sur le haricot avec tes tracteurs.
Ce que vous avez entre les mains, c'est une carte, une carte au trésor signé Toto.
Et shhh, Toto, le dis pas si fort !
Trop tard, dans la cour où il régnait jusque-là une agitation aussi habituelle que frénétique, tout le monde s'arrête.
Comme figé par un sortilège de glace, jamais autant de personnes ne m'avaient regardé en même temps.
Je vois une ombre se dessiner sur le sol devant moi. Je me retourne.
Ah c'est Big Ben. Le chef des cadors me scrute avec son sourire de prédateur.
Alors comme ça t'as un lundi pour trouver le trésor de Toto, le premier des salles gosses.
Occupe-toi de tes affaires, toi.
Oh mais j'y compte bien. Attrapez cette carte.
Je n'ai pas le temps de réagir. Deux cadors se jettent sur moi et m'arrachent la carte.
Samuel et Bernard tentent de la reprendre, mais ils se retrouvent les fesses par terre.
Je les aide à se relever tandis que Big Ben disparaît en portant lundi s'avec lui.
Pouh, quel plaît, celui-là !
Mais c'est horrible s'ils trouvent le trésor et veulent garder rien que pour lui.
Pas de panique les moustiques, j'ai un plan.
Un plan ? Tu comptes attaquer le QG des cadors pour l'igoter Big Ben ?
Hum... Ouais c'est pas mal, mais c'est trop fatiguant.
Non, mon plan c'est de mettre la main sur le trésor avant Big Ben.
Et comment tu comptes faire ça sans la carte ?
J'ai ma tête. Si je me concentre, je suis sûre que je peux m'en souvenir. Je sais.
Je me rappelle qu'il y avait de grands arbres pointus de dessinés.
De grands arbres pointus ? Ah, ça doit être les sapins cabanes ! Allons-y !
Samuel en tête. On longe l'usine à Salgoss vers l'ouest, puis on bifurque plein nord.
On arrive devant quatre sapins géants.
Entre les branches, des Salgoss dévalent des tyroliennes et marchent sur des filets
ou construisent des cabanes aussi grandes que ma chambre.
Apparemment, après avoir grimper là-haut, certains Salgoss n'ont jamais voulu redescendre.
J'aimerais bien y aller un jour. Mais là, on a un trésor à trouver.
Ah, si je me souviens bien sur la carte, y avait une sorte de route toute rouge.
Ça, c'est le chemin cramoisi.
Le chemin cramoisi ? Bon, j'ai m'entendu parler.
Tu le connais peut-être sous le nom de Piste d'athlétisme.
Ah ouais, ça me parle plus. Allez, c'est parti !
On court vers la Piste de Sport. Arrivée au bout, on se retrouve face à un escalier en bois tout déglingué qui descend vers les sous-sols du collège.
Je le reconnais, il était sur la carte de Toto.
Les marches de l'impossible.
Cet escalier est si vieux que beaucoup pensent qu'il est impossible de l'emprunter sans qui s'effondre.
Ça, c'est franchement pas une bonne nouvelle.
Oh, oh, et l'autre mauvaise nouvelle, c'est que Big Ben et sa bande nous ont suivi.
Alors on n'a pas le choix, on doit descendre.
Bon, je passe devant.
Quand je pose le pied sur la première marche, un grincement terrifiant s'élève.
Samuel sursaut.
Bernard pousse un petit cri de cochon dinde.
Je continue.
A la place de la seconde marche, il y a un trou énorme.
Je m'appuie sur la troisième.
Oh, oh, oh, tout l'escalier se met à vibrer.
Oh, oh, je poursuis ma descente.
J'arrive sur la septième marche, le sol se dérobe sous mes pieds.
Oh, de justesse, je m'accroche à la rampe pour me rattraper.
Je tiens bon.
Retrouve l'équilibre.
Eouh, j'arrive en bas.
Samuel et Bernard reproduisent mes gestes à l'identique et me rejoignent.
Big Ben et Césbire sont au sommet de l'escalier.
Ce trésor est à moi. Toi, vas-y.
Il pousse l'un de ces lieutenants vers les marches.
Nous ne restons pas regarder le pauvre garçon tétanisé et nous entrons dans les sous-sols de l'usine à Salgos.
De l'autre côté de la porte se trouve de vieux casiers rouillés.
Des casiers tout craquats, couloirs qui donnent la chair de poule.
Mais oui, c'est la prison des sixièmes.
Ah, c'est glauque comme nom.
Pourquoi t'appelles ça comme ça ?
Dans le temps, c'est là que les troisième enfermait les plus jeunes pour les effrayer.
Eh ben, super. En tout cas, ces casiers étaient sur la carte de Toto.
Aidez-moi à les bouger. Ah, je suis sûr qu'il y a une porte derrière.
On pousse de toutes nos forces et trempé de sueur, on parvient à les déplacer.
Et là, juste derrière, on voit... rien.
Ah, en flux de crotte des uites !
Oh non, Big Ben arrive.
Bernard prend peur et décide de s'enfermer lui-même dans l'un des casiers.
A peine a-t-il fermé la porte qu'il se met à hurler.
Je me précipite pour lui ouvrir et là, je découvre une rampe de pompiers qui s'enfoncent dans le sol.
On la prend avec Samuel et on retrouve Bernard, quelques mètres plus bas, devant un dédale de couloirs.
Au-dessus de nous, j'entends Big Ben, mais aussi les autres chefs de clan.
Clara Lafuté, Jimmy Rouglard, Dorian Tamalou.
Tout le monde veut mettre la main sur le trésor de Toto.
Vite, on fonce au hasard.
On tourne, on bifure, qu'on vire, on pivote.
Et alors que je commence à avoir le tournis, on se retrouve face à une porte encadrée de dorures.
Ah, c'est sûr, le trésor du premier sale gosse est derrière.
J'approche ma main de la poignée, quand... patatra ! nos poursuivants nous rentrent dedans.
La porte s'ouvre à la volée.
Pelmèles, bras et jambes mêlés, on s'étale dans la pièce du trésor.
Je me relève douloureusement et je découvre la salle où nous avons atterri.
Une pièce poussiereuse et... oh... totalement vide.
Les sales gosses avec moi sont dégoûtées.
Ah, mais c'est nul !
Ouais, quelle arnaque !
Si j'avais su, je serais resté à coller des chewing-gums sur les voitures des profs. Allez, on se tire.
À côté de moi, Samuel est déçu.
Et Bernard aussi, d'ailleurs.
A tel point qu'il pousse un long soupire qui soulève un nuage de poussière.
Big Ben est déjà en train de partir quand je comprend...
Attendez !
Quoi ?
Que tout le monde se mette à frotter.
Euh... Lila ? Qu'est-ce qu'il te prend ?
Le vrai secret de Toto, c'est cette pièce.
Cette pièce dans laquelle toutes les histoires, les blagues et les farces des anciens sales gosses sont inscrites.
Quoi ? Mais où ça ?
Sur les murs, le sol et le plafond. Regardez !
L'astique, un bout de mure.
Et je découvre un nouveau message, sculpté à même la paroi.
Bernard pousse un nouveau soupire et la suite de son récit se révèle.
Samuel frotte le sol et une blague apparaît.
Deux escargots rencontrent une limace. L'un de lui dit,
« Tiens, t'as oublié de t'habiller ce matin ! »
Les sales gosses éclatent de rire, puis nettoient la pièce de fond en comble.
Leurs yeux s'illuminent.
Des anecdotes circulent, des souvenirs surgissent, des exploits sont partagés.
Même Big Ben se passionne pour les aventures d'une sale gosse qui a hissé un drapeau pirate sur le toit du collège.
20 minutes plus tard, on se rend compte que ce sont des générations et des générations d'élèves
qui ont noté dans cette pièce tout ce qu'ils ont vécu.
Ils nous livrent leurs secrets, leurs farces et leurs conseils pour devenir de meilleurs sales gosses.
Bravo Lila, heureusement que t'étais là.
Il est trop bien, Streezor.
Ouais, et maintenant, c'est à nous décrire notre propre histoire.
Et voilà ! Une nouvelle aventure de Lila et les sales gosses s'achève.
En attendant la prochaine, Thomas et moi, on aimerait beaucoup avoir vos idées de bêtises ou d'aventures que Lila, Bernard, Samuel et tous les sales gosses pourraient vivre.
Partagez-nous vos idées en laissant un commentaire sur Apple Podcast, ou bien pour celles et ceux qui utilisent Spotify,
en cliquant sur le bouton « Répondre » situé sur la page de l'épisode.
Vous pouvez aussi demander à vos parents de m'envoyer un message vocal ou écrit sur Instagram.
Et si vous n'avez pas d'idées, dites-nous simplement ce que vous avez pensé de l'épisode.
Je vous embrasse et je vous dis à bientôt.