
"La petite fille qui avait peur des chiens et du vent dans les arbres"
Durée: 8m26s
Date de sortie: 14/10/2019
durée : 00:08:26 - Une histoire et... Oli - Les petits (les grands aussi …) adorent qu’on leur raconte des histoires, et même si on aime leur lire des livres, on ne peut pas non plus le faire toute la journée, alors n’hésitez pas Oli vous donne l’occasion de découvrir la jolie histoire d’Anabella par Véronique Ovaldé.
Prends-moi un père.
C'est Oli. O-L-U-R-I.
La Bible des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Veronica Valdez
et je vais vous raconter l'histoire d'Anabella,
la petite fille qui avait peur des chiens
et du vent dans les arbres.
Il était une fois une petite fille
qui s'appelait Annabella.
Elle vivait avec son père,
sa mère et leurs deux chiens,
Rufus et Brutus.
Rufus et Brutus n'étaient pas des chiens
très sympathiques.
Sans doute parce que le père d'Annabella
n'aimait pas que les chiens soient sympathiques.
Aucun des deux chiens ne jouait avec la petite fille.
Ils étaient seulement là
pour garder la maison.
Ils étaient attachés dans la maison
dans la cour et ils aboyaient très fort
et ils tiraient sur leur chaîne
dès qu'un cycliste passait.
Je sais pas pourquoi,
mais ils détestaient les cyclistes.
Peut-être que le père d'Annabella
les avait dressés pour qu'il garde la maison
contre des cambrioleurs cyclistes
ou des terroristes cyclistes
ou des étrangers cyclistes.
Parce que le père d'Annabella
n'aimait pas beaucoup les étrangers non plus.
Pourtant lui aussi, il avait été plus ou moins étranger.
Ses propres parents,
les grands-parents d'Annabella,
étaient tous les données en Italie.
Et ses cinq frères et sœurs,
les oncles et les tentes d'Annabella,
étaient eux aussi tous nés en Italie.
Seule, le père d'Annabella
était né en France.
Il était le dernier.
Il était né après que toute la famille
s'était installée dans cette petite ville
de banlieue parisienne.
Le père d'Annabella avait l'air de considérer
qu'il y avait plusieurs sortes d'étrangers.
Ce n'était pas clair pour la petite fille,
mais elle avait appris à ne pas poser trop de questions.
Parce qu'en plus de sa haine
des cyclistes étrangers,
le père d'Annabella n'aimait pas que les petites filles
posent trop de questions.
Ce n'était pas très drôle,
me dirais-vous, comme genre de vie pour une petite fille.
Et vous avez raison.
Mais me demanderez-vous,
que faisait donc la maman d'Annabella
pendant ce temps ?
Eh bien elle préparait de la jetée de grozelles,
de la confiture de prunes et des conserves de haricots.
Et quand ce n'était plus la saison
des grozelles, des prunes et des haricots,
elle tricotait.
Entre parenthèses, elle tricotait des pulls assez moches
qu'Annabella devait porter pour aller à l'école.
Et franchement, ça non plus,
c'était pas drôle.
Les mains de la mère d'Annabella
jamais n'arrêtaient de travailler.
Prunes, haricots, grozelles, tricots.
Prunes, haricots, grozelles, tricots.
Groselles, tricots, grozelles, tricots.
Annabella n'avait pas vraiment envie
de devenir une dame qui s'occupe de sa maison,
de ses tricots, et qui ne dit jamais
rien à son mari, qui puisse l'énerver
parce qu'il est du genre à s'énerver très vite.
Ce qu'Annabella voulait faire dans la vie,
c'était être journaliste
ou agente secrète.
Elle y pensait souvent.
Elle se voyait parcourir le monde
et être une femme merveilleusement flamboyante.
En attendant, quand elle n'était pas à l'école,
Annabella s'ennuie gentiment
dans sa chambre. Elle ne voulait pas sortir.
À cause des deux chiens, bien sûr.
Mais aussi parce qu'elle trouvait que rester
dans sa chambre à observer par la fenêtre
Rufus et Brutus était
une activité sans le moindre risque.
Et puis, elle n'était pas très à l'aise
avec les autres enfants.
Elle préférait rester toute seule, bien tranquille
à révassez.
Les deux chiens étaient grands, noirs, costauds,
tout en muscles et en crots.
Ils étaient terrifiants,
même quand ils dormaient.
Et ils dormaient une grande partie du temps.
Ils secouaient leurs pattes dans leurs sommeils
parce qu'ils devaient rêver qu'ils
pourchassaient des lièvres, se disait Annabella.
Ils étaient là,
allongés sur le sol de la courrette,
à côté du portail du jardin.
Ils galopaient dans leur rêve.
Et Annabella foillait même parfois leurs yeux
rouler sous leurs paupières pas tout à fait fermés.
Ces chiens-là rêvaient beaucoup.
Il faut dire qu'être attaché à une chaîne
toute la journée en espérant qu'un cycliste passe
pour lui aboyer dessus, ce n'est pas non plus
une vie passionnante.
Annabella, depuis la fenêtre de sa chambre,
leur jetait des petits cailloux sur le nez.
Elle ne visait pas toujours très bien,
mais elle s'améliorait.
Au début, les deux chiens devaient imaginer
que c'était un gros insecte qui les importunaient.
Ils tressaillaient dans leurs sommeils,
bougaient leurs oreilles pointues,
puis ils finissaient par s'agacer.
Ils sautaient sur leurs pattes, ils aboyaient,
ils tiraient sur leur chaîne, en cherchant
qui les importunaient.
Je ne sais pas bien pourquoi Annabella faisait ça.
Elle s'ennuiait beaucoup.
Elle n'aimait pas sortir,
et elle n'aimait pas les chiens de son père.
Et puis un jour,
un mercredi de juin,
sa maman l'a appelée.
Annabella, Annabella !
Créait sa mère depuis la cuisine où toujours
elle restait.
Annabella est descendue voir de quoi il retournait.
Prends ce grand bol
et va me cueillir des framboises au fond du jardin.
Je n'ai plus ni haricots, ni grosets,
ni prunes, ni tricots pour m'occuper les mains.
Annabella était
une petite fille obéissante.
Mais vraiment, elle est au fond du jardin,
ce n'était pas tantant.
Il fallait passer par le portail qui était à côté
de la niche de Rufus et Brutus.
Elle est sortie prudemment
dans la courette.
L'air était frais.
Annabella ne sortait pas souvent, comme je vous le disais tout à l'heure.
Quand elle allait à l'école,
son père l'emmenait en voiture et il venait la rechercher
en voiture.
Il ne voulait pas qu'elle traîne dans la rue.
C'est comme ça qu'il disait.
Et puis à l'école, elle n'allait pas
dans la cour de récréation.
Elle trouvait les enfants bruyants.
Et la cour était un endroit plein de courants d'air.
Elle préférait rester dans la classe,
arranger les livres de la bibliothèque
par format et par couleur.
Quand elle s'est approchée
des deux chiens allongés,
ils ont levé la tête.
Ils ont grondé.
Mais pourquoi donc grondait-il ?
Peut-être parce qu'ils ne la connaissaient pas bien,
vu que jamais elle n'allait dans le jardin.
Elle s'est dit qu'il devait sentir l'odeur de sa peur.
Alors pour cesser d'avoir peur,
ou pour l'oublier,
ou pour ne pas leur montrer,
elle leur a parlé.
Elle a dit qu'elle était désolée de leur lancer
de petits cailloux sur la truffe,
que leur vie ne devait pas être folichonne
à tirer sur leur chaîne.
Elle a dit qu'elle aussi s'ennuiait beaucoup
et que le temps était long avant de devenir journaliste
ou agente secrète.
Les chiens se sont levés.
Ils avaient un air bizarre,
soupçonneux je dirais,
et ils se sont approchés de la petite fille.
Elle a continué de parler,
immobile,
elle ne pouvait pas faire un pas.
Le portail du jardin était encore si loin.
Elle leur a dit qu'ils étaient beaux.
Qu'elle n'avait jamais remarqué
combien ils étaient beaux.
Trop occupé qu'elle était à avoir peur d'eux.
Et c'était vrai.
Ce n'était pas un compliment en l'air.
Ils étaient très beaux,
avec de grands yeux tristes.
Ils sont arrivés tout près d'elles,
mais la chaîne les empêchait de l'approcher plus.
Alors Annabella a fait un pas vers eux.
Et ils l'ont touché
du bout de leur truffe.
Et elle les a caressés.
Elle s'est accroupie et elle les a caressés.
Ce fut magique.
Après cela, elle est allée au fond du jardin
et elle n'a pas trouvé les framboisiers.
Elle est revenue sur ses pas.
Les chiens ont gémi doucement
quand elle est passée près d'eux.
Et ils ont remu la queue.
Elle est rentrée dans la maison
et elle a dit à sa mère qu'il n'y avait pas de framboisiers.
Et sa mère a répondu,
je sais.
Et elle lui a souri,
avec un sourire malicieux,
comme Annabella ne lui avait jamais vu.
Un sourire qui disait,
« N'ai plus peur ma princesse,
n'ai plus peur des chiens,
des cyclistes, des enfants
et du vent dans les arbres.
Et c'est ainsi,
qu'Annabella a pris d'un coup
que les choses, les personnes et les mamans
étaient rarement ce qu'elles avaient l'air d'être.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant,
Oli.
Non, il n'y a autre.
Oli.
Episode suivant:
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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