
"Babouchka Babachka"
Durée: 8m8s
Date de sortie: 14/10/2019
durée : 00:08:08 - Une histoire et... Oli - Ils travaillent ensemble depuis 10 ans. Guillaume Gallienne et Estelle Gapp ont eu envie de nous raconter une histoire, celle qu'ils aimeraient raconter à leurs enfants, alors pour la nouvelle série audio de France Inter OLI, voici "Babouchka Babachka".
Prends-moi un paire.
C'est O-L-I-O-L-U-S.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je m'appelle Guillaume Galiène.
Bonjour, je m'appelle Estelle Gap.
Nous allons vous raconter l'histoire de Babushka Babachka, la grand-mère papillon.
Je m'appelle Sacha, j'ai 7 ans.
Ma mère m'appelle souvent Sones, petit soleil, à cause de mes cheveux qui ne tiennent jamais
en place et s'agit autour de mon visage.
Maman m'a dit que c'est l'électricité statique.
Moi, je ne comprends pas comment je peux avoir l'électricité sur la tête.
Tout ce que je sais, c'est que j'ai toujours l'air d'un petit lion et bourrifé et j'aime
ça.
Mais aujourd'hui, maman m'a parlé d'une voix différente.
Elle m'a appelée Alexandre et là, c'est très mauvais signe.
Alexandre, c'est le nom de Quand je fais des bêtises et je n'aime pas du tout ça.
Maman arrive en courant, elle me sert dans ses bras.
D'habitude, on se fait des bisous papillons, maman et moi.
C'est notre invention, rien que pour nous deux, notre secret.
Maman approche son visage de ma joue et me caresse la peau du bout de ses cils en papillonant
de l'œil.
C'est doux.
Et en même temps, ça me fait des chatouilles.
J'ai parfois un peu peur de son gros œil qui me regarde de si près.
Mais je suis Sacha le lion et un lion n'a jamais peur.
Ce matin, maman, elle joue rouge et les cheveux un peu ébourrifés.
Elle s'agenouille en face de moi.
Elle me prend les mains dans les siennes.
Sacha, sonne ça, mon petit soleil.
J'ai une chose très grave à te dire.
C'est Babou, Baboujka, ta grand-mère.
Je ne sais pas ce que ça veut dire grave.
Je pense à Garde, Garde, Gardé.
Est-ce que maman aurait un nouveau secret à me dire ?
Je regarde maman, je vois ses lèvres bouger, une larme coulée sur sa joue.
Je voudrais lui faire un bisous papillon pour les suyer.
Mais je n'ose pas bouger.
J'ai peur de l'électricité dans l'air.
Baboujka Babachka, elle s'est envolée comme un papillon ?
Oui, Sacha, sonne ça. On peut dire ça.
Mais avec toute l'électricité qu'il y a dans l'air, elle va se faire mal ?
Non, Sacha, ne t'inquiète pas.
Babou n'a rien senti.
Tu sais, elle était très fatiguée.
Elle a décidé d'abandonner son vieux corps qui lui pesait comme une coquille.
Elle va rejoindre au ciel toute sa famille qu'elle aimait et qu'elle a dû abandonner
quand elle était petite fille, quand elle avait ton âge, sept ans.
Tu te souviens des histoires qu'elle racontait ?
Soudain, j'ai plus envie d'écouter maman.
Je sens une énorme chaleur envahie en mon corps qui m'empêche de respirer.
J'ai l'impression d'être aspirée par un tourbillon, de tomber dans un gouffre sans fond.
À sept ans, je découvre la sensation du vide.
De l'absence, de la mort.
Alors je crie très fort.
Babou shkababachka, où es-tu ?
Et puis je me mets à courir très vite, jusqu'au front du jardin.
Je ne veux pas que maman me voie pleurer.
C'est mon premier chagrin de grand garçon, comme des vagues qui grondent au fond de la gorge et qui grossissent.
À chaque sanglot, les larmes me brûlent les yeux.
Je me réfugie dans ma cachette, au milieu des bambous, là où les adultes n'arrivent pas à se fofiler.
J'y retrouve mes trésors, les billes chinoises que j'ai gagnées à la récré contre ce tricheur de Yannick,
mes coquillages ramassés sur toutes les plages de vacances et surtout ma boîte à images.
Mes papillons de toutes les couleurs de tous les pays, c'est Babou qui me les a offertes.
Ma grand-mère Papillon.
Ton vrai nom, c'est Sonia, ou Sophie.
Mais pour moi, c'est Babou shkababachka, grand-mère Papillon en russe.
Babou disait que son prénom, Sonia, et le mien, Sacha, c'était les mêmes rayons du soleil,
qui venaient d'un pays lointain, la Russie.
Moi, je n'ai jamais vu la Russie, mais il paraît que c'est loin et si grand qu'on peut toucher le bout du monde.
Babou me parlait de Moscou, la ville où elle était née, il y a tellement longtemps que c'était un autre siècle.
Elle disait que Moscou n'a pas toujours été la capitale de la Russie
et que le mot « capitale » en russe signifie « la ville » au sang visage.
Elle disait aussi qu'il fallait se méfier des méchants qui avaient mis le visage.
Elle était née avant la guerre.
Et puis, quand elle a eu 7 ans, les amis de son pays étaient devenus des ennemis et l'avaient attaqué.
Dans une autre ville, ses cousins étaient morts de faim et de froid,
alors ses parents l'ont confié à des amis qui partaient pour la France.
Elle avait eu peur longtemps que les soldats allemands qui avaient envahi son pays vienne la chercher jusqu'à Paris.
Elle avait appris le français, elle avait changé de prénom.
À l'école, on l'appelait Sophie.
Elle a connu la drôle de guerre.
Moi, je ne comprends pas comment on peut dire que la guerre est drôle.
En plus, pendant la guerre, il devait y avoir encore plus d'électricité dans l'air.
Ça me fait très peur.
Babou avait eu peur des bombardements.
Elle m'a raconté les alertes et les heures passées à se cacher dans la cave à attendre dans le noir.
Autour d'elles, souvent, des grandes personnes pleuraient.
On se disputait pour de la nourriture.
Elle avait mangé de drôle de pommes de terre qui n'avaient pas le même goût qu'en réussit.
Des petits tambours, ça s'appelait.
À l'école, les autres enfants se moquaient d'elles de son accent russe, de ses parents qui n'étaient pas ses vrais parents.
Alors, elle faisait comme moi.
Elle courait se réfugier au pied de son arbre préféré au fond de la cour.
Un jour, pendant une promenade, elle m'a montré son école.
Le préau avec de grandes vitres en demi-cercle et les arbres dans la cour.
Je regarde ses énormes platanes au tronc puissant, plus âgé que ma grand-mère.
Babou semble si fluette à côté avec son corps de papillon.
Babou n'est jamais retourné en Russie, sur la terre de ses ancêtres, là où ses parents sont morts.
Elle a été russe puis française.
Elle s'est mariée.
Elle a eu six enfants.
Elle a été ouvrière, secrétaire, puis infirmière.
Elle aussi a connu une vie au mille visages.
Quand je suis né, elle a demandé qu'on l'appelle Babou, pour regarder une trace de sa langue maternelle.
Babou comme Babouche, grand-mère.
Et Babachek comme papillon.
Elle m'a appris plein de mots russes en cachette.
C'était notre secret.
Démographes, je crois.
Révoluzia, bolshevik, russes blancs, armées rouges.
Les russes ont-ils autant de couleurs que les papillons ?
Demain, on va aller la voir à l'église pour lui dire au revoir.
Maman m'a dit qu'elle serait comme dans son lit, avec un drap sur ses jambes,
les yeux fermés, comme si elle dormait.
Autour d'elle, il y aura plein de bougies pour l'éclairer dans l'autre monde.
Quand personne ne regardera, je me pencherai sur son visage et je lui ferai un bisou papillon.
Mais elle s'est décidée, je n'irai pas au cimetière.
Je resterai à l'entrée sous le petit bosquet.
Demain, c'est là que j'attendrai assis sous les arbres.
Il y aura du vent qui viendrait ébouriffer mes cheveux.
Il y aura de l'électricité dans l'air.
Mais je n'aurais plus peur.
Je suis un grand maintenant.
Je suis Sasha, le lion russe, le petit fils de Sonyetshka.
Et je devrais passer Babushka Babachka.
Tes ailes multicolores resplendiront dans le soleil de printemps
et je crierai Babushka Babachka.
Je t'aimerais toujours, ma grand-mère Papillon.
Et c'est ainsi que Sasha a continué à grandir
avec un petit Papillon qui voltait toujours autour de lui.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au lit.
Bonne nuit les petits et les grands.
Non, il n'y a autre.
Au lit.
Episode suivant:
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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