"Constance veut changer le monde"

Durée: 11m51s

Date de sortie: 17/12/2019

durée : 00:11:51 - Une histoire et... Oli - Pour les enfants, pour celles et ceux qui le sont restés, pour se divertir, comprendre ou s'endormir bercé par de belles histoires, voici la nouvelle série audio de France Inter "Oli".

Prends-en, père.
C'est Oli. O-L-I-O-C.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Je suis grand.
Bonjour, je suis Valérie Zenati
et je vais vous raconter l'histoire de Constance,
la petite fille qui voulait changer le monde.
C'est le premier qui a été réel.

C'est le premier qui a été réel.
Ceux-là faisaient presque 8 mois
que Constance était entrée au CP.
Elle savait déjà lire,
écrire et faire des additions à 2 chiffres.
Le matin, elle arrangait son lit
avant de partir à l'école
et le soir, elle prenait son bain toute seule.
Elle était capable de préparer des crêpes
et de planter des clous dans le mur.
Bon, des petits clous avec un petit marteau
et dans un mur pas trop dur
parce qu'elle n'avait tout de même que 6 ans et demi.
Mais c'était un bon début pour se lancer dans le bricolage.
Chaque mercredi, elle allait à son cours de guitare
et elle s'entraînait tous les jours.
Elle savait déjà très bien jouer un air
qui s'appelle le matin.
On pourrait croire que tout était parfait
dans la vie de Constance,
mais ce serait trop simple.
Elle avait l'impression que depuis quelque temps,
elle voyait des choses qu'elle ne voyait pas auparavant
et qui lui faisaient de la peine.
Parfois, ça l'empêchait de dormir.
Elle pensait au monsieur qui était assis par terre au marché
avec un lapin, deux chats et un chapeau posé devant lui
à côté d'une pancarte où elle avait réussi à lire
et des nous à manger.
Elle pensait aussi à son papy
qui était à l'hôpital depuis un mois
et semblait s'ennuyer beaucoup.
Elle pensait à des images de guerre
qu'elle avait vues à la télé pendant les infos.
Il y avait toute une rue avec des maisons détruites.
On aurait presque dit que ce n'était plus une rue.
Elle pensait aussi à sa copine Kianza
qui déprimait parce qu'elle était sûre
que ses parents ne l'aimaient plus
depuis qu'ils avaient tué un bébé.
Elle ne voulait même plus jouer à l'élastique.
Son cas était moins grave que le reste sans doute,
mais Kianza avait l'air vraiment malheureuse.
A force de penser, penser et penser encore,
Constance eut envie d'agir.
Ce soir-là, elle débarquait dans la cuisine
où son père préparait une soupe au set légume
tout en écoutant de la musique
et en parlant avec maman des travaux
qu'ils allaient faire dans la salle de bain.
Constance surgit donc au milieu de la cuisine
et de la conversation en annonçant
« Papa, maman, je veux changer le monde.
« Attends cinq minutes, dit papa,
en coupant une courgette en petits morceaux.
« Pas maintenant, ma chérie, »
répondit maman distraitement.
Et il se remire ta parlée
comme si Constance avait simplement dit
« J'aimerais manger une banane roti
ou j'ai besoin de mon maillot de bain,
j'ai piscine demain. »
Constance était stupéfète.
Elle venait de faire l'annonce la plus importante de sa vie
et ses parents ne réagissaient même pas.
Elle hésita à répéter sa phrase
mais comme elle était un peu vexée, elle dit plutôt
« Bon, la maîtresse m'a donné quelque chose pour Bouzis,
je vais le voir.
« D'accord, ne t'arpe pas dit papa,
on va bientôt dîner.
« Bouzis habité juste la maison d'à côté.
« Ce qui tombait bien parce qu'il était aussi
dans la classe de Constance et surtout parce que c'était
son meilleur ami.
« Bouzis était incroyablement doué en dessin.
« Il était capable de faire des portraits
de toutes les personnes qu'il rencontrait
et il dessinait si bien les animaux
qu'on pouvait croire qu'ils étaient vivants.
« Trois jours avant, Bouzis s'était cassé les deux poignets
en cours de sport.
« Les pompiers avaient débarqué dans la cour
pour l'emmener à l'hôpital.
« Ça avait beaucoup impressionné tous les élèves,
« qui avaient eu soudain l'impression que Bouzis
« était devenu un garçon à part,
« presque un héros.
« Ils avaient même été un peu jaloux.
« Constance, elle, avait été inquiète et malheureuse
« parce que la classe sans Bouzis,
« c'était nettement moins bien
« et moins drôle qu'il y avait de lui.
« Pour aller chez Bouzis,
« il suffisait de se faux filer entre le mur et la clôture
« contre laquelle poussait de très jolies fleurs mauves
« qu'on appelle les cosmos.
« Constance et Bouzis disaient que c'était leur passage secret.
« À vrai dire, leurs parents aussi connaissaient ce passage,
« mais ils n'étaient pas assez minces pour l'emprunter
« et de toute façon,
« Constance et Bouzis aimaient beaucoup le mot « secret »
qui était capable de donner une lumière mystérieuse et dorée
à n'importe quelle phrase.
Constance ne fera pas trois coups à la porte de la maison de Bouzis.
Son papa a vendu l'envers.
C'était un homme très bavard et très souriant
que Constance aimait beaucoup.
Il avait l'air d'avoir grandi tout en étant resté un enfant.
« À Constance, salut, c'est super gentil de venir.
« Bouzis va être content de te voir.
« Tu vois un chocolat chaud ?
« Tu préfères un jus de carotte peut-être ?
« Tu as faim ?
« Je viens de préparer un tir à misseau du tonnerre.
« Je veux bien un jus de carotte, merci, répondit Constance,
en se dirigeant vers la chambre de son amie.
« Bouzis était assis sur son lit.
« Oh, c'est toi ?
« dit-il avec le même grand sourire que son père,
auquel il ressemblait beaucoup.
« J'ai un peu menti à mes parents.
« Je leur ai dit que la maîtresse m'avait donné quelque chose pour toi,
« mais j'avais juste envie de te voir, dit Constance.
« Il s'est passé quelque chose de grave, demandait à Bouzis,
« qui était très doué aussi pour deviner
« ce qui ne se voyait pas forcément.
« Je ne sais pas si c'est grave, mais c'est très important.
« Constance hésita.
« Et si son amie ne la prenait pas au sérieux,
« comme ses parents ?
« Mais Bouzis l'a regardé si gentiment qu'elle se lança.
« Voilà, je veux changer le monde.
« Bouzis la fitça donnait attentif, puis m'humira.
« C'est une très bonne idée.
« Par quoi tu vas commencer ?
« Je voudrais que tous les enfants et des parents qui les aiment.
« T'ignets plus de guerre, que personne ne meurt de faim,
« et tout le monde est une maison.
« C'est un beau programme, dit Bouzis.
« Mais tu sais comment faire ?
« Pis, là, ce moment-là,
« le papa de Bouzis entra avec un verre rempli de jus de carottes bien frais.
« La bellissima est servi, chante Nathyl.
« Comme si Constance était une italienne très importante,
« assise dans un grand restaurant.
« Constance bute une grande gorgée de jus de carottes.
« Alors, tu as une idée pour changer le monde ?
« lui redemanda Bouzis.
« Constance soupira.
« Je crois, mais ça s'emmêle un peu dans ma tête.
« Tu veux m'aider à faire un plan ?
« Constance et Bouzis aimaient le mot « plan »
presque autant que le mot « secret ».
Dans leur réservoir des mots préférés,
il y avait aussi chocolat, surprise et sa perlipopète,
parce que c'était un mot qui avait l'air d'avoir enfilé une salopette
pour faire rire tout le monde.
Il commencèrent donc à élaborer un plan.
Il réfléchissait ensemble à voix haute,
puis Constance écrivait avec un feutre doré
sur une grande feuille noire pour que le plan ait l'air sérieux.
Elle nota ceci.
Il y a 7 milliards d'êtres humains sur Terre.
Ça fait beaucoup de parents et beaucoup d'enfants.
Il y a énormément de pays.
On ne sait pas combien exactement, mais au moins 100,
et ils n'ont pas l'air d'être tous très copains.
On ne sait pas parler les langues de tous ces pays,
mais on sait dire « yes », « no » et « 4 » en anglais,
et « si ».
« Bellissima » est tiramisou en italien.
Ça peut nous aider.
Constance s'appliquait pour bien écrire et ne pas faire de faute.
C'est pas vraiment un plan, soupirata l'au bout d'un moment.
On ne sait toujours pas par quoi commencer.
Dehors, la pluie se mit à tomber.
D'habitude, Constance aimait entendre les milliers de « plit, pluck, pluck, pluck »
sautillait dans ses oreilles.
Mais là, elle avait les larmes aux yeux.
Bouzine n'aimait pas l'avoir ainsi.
Il me murmura.
Je crois que c'est difficile de changer le monde d'un coup.
Il faut peut-être attendre d'avoir 12 ans comme ma cousine,
ou 31 ans comme mon papa.
Mais c'est pas possible que ce soit impossible,
dit Constance, toute triste.
On peut commencer par des petites choses.
Tu peux aller jouer de la guitare pour ton papy à l'hôpital, par exemple,
dit Bouzine.
Mais ça changera pas le monde, dit Constance.
Ça rendra ton papy heureux, comme si tu changais sa vie.
C'est déjà pas mal.
Et puis, tu peux venir aussi me faire des craps samedi.
C'est la seule chose que mon père rate tout le temps.
Le visage de Constance s'éclaira.
D'accord, je viendrai, dit-elle.
Elle lui fit un bisou sur la joue droite,
et elle partit bien vite,
parce qu'il pleuvait de plus en plus fort,
et tout la soupe devait être prête.
Ce soir-là, dans son lit,
Constance pensa que, plus elle grandirait,
plus elle aurait de bonnes idées pour changer le monde.
Et puis, elle n'était pas seule.
Bouzine l'aiderait sûrement.
Et à cette pensée,
une grande joie l'envahit.
Elle ferme à les yeux,
et remonta sa couette pour se tircher dessous.
Elle se sentit minuscule,
comme un grain de sable,
et aussitôt après,
immense, comme l'univers,
puis de nouveau minuscule,
comme un grain de sable.
C'était une drôle de sensation,
mystérieuse,
et pas désagréable.
Elle sourit dans le noir,
et s'endormit.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au lit.
Non, il n'autre.
Au lit.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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