
"Le secret des parents"
Durée: 12m14s
Date de sortie: 18/02/2020
durée : 00:12:14 - Une histoire et... Oli - Pourquoi les grandes personnes sont-elles si méchantes avec les enfants ? Le petit Kleber ne cesse de s’interroger. Jusqu’à ce qu’un jour, sa grand-mère lui révèle un secret : si les adultes sont si grognons, c’est parce qu’eux-mêmes ont oublié qu’ils étaient autrefois des enfants.
Ravimpère
C'est Oli, O-L-I-R-C
La bibli des petits
Je suis pas petit
Je crois
Bonjour, je suis Nicolas Mathieu, je vais vous raconter l'histoire de Clébert et le secret des parents
Clébert et Oli
Il existe un secret qu'aucun enfant n'a jamais entendu
C'est le secret le plus secret, le mieux gardé, le pire de tous
Pourtant, il suffirait d'être attentif pour découvrir le poteau rose
Par exemple, n'avez-vous jamais remarqué les regards complices que s'échangent les parents lorsqu'ils se croisent le matin devant la porte de l'école ?
Ne vous est-il jamais arrivé que les adultes s'arrêtent de parler d'un seul coup ?
Quand vous entrez dans une pièce, comme s'ils avaient peur d'être découverts,
ces bouches ouvertes, ces grands yeux ronds qui vous fixent,
ne vous ont-ils jamais semblé... bizarres ?
Si les choses se passent ainsi, c'est que les adultes détestent les enfants
Oui, tous les adultes, ils les détestent, tous les enfants
Et ce, pour une bonne raison, ils n'ont plus le moindre souvenir d'avoir été des enfants eux-mêmes
Voilà pourquoi ils ne comprennent pas ce besoin qu'ont les enfants de courir dans tous les sens en braillant,
de poser sans cesse des questions, de jeter leurs habits dans les coins,
de demander des histoires, alors que c'est le début du film à la télé,
de vouloir des cadeaux et des câlins alors qu'ils seraient si simples de trouver un emploi
et de faire des achats sur internet comme font les personnes civilisées
Et si les grandes personnes n'abandonnent pas leurs enfants sur le bord de la route,
comme de vulgaire canette vide, c'est que des lois très strictes les en empêchent
Il existe même un ministère spécial, oh le ministre qui en a la charge
n'aime pas plus les enfants que qui conquent, mais il les protège malgré tout
car il sait qu'il n'y a qu'un seul moyen pour venir à bout d'un enfant
C'est de l'envoyer à l'école et de l'y laisser jusqu'à ce qu'ils deviennent
développeurs web, présidente directrice générale, agent de catégorie B
ou gardienne de zoo, jusqu'à ce qu'ils deviennent adulte en somme
Ce secret qu'aucun enfant n'a jamais entendu, Claix Baer, lui, l'avait découvert tout seul
Personne à part lui n'en avait connaissance
Il n'était pourtant pas plus malin qu'un autre, pas plus fort, ni plus grand
Avec ses petits yeux cernés, ses cheveux réètes et doux, ses bras comme des bouts de bois
et ses genoux toujours écorchés, il ressemblait à n'importe quel petit garçon
de 6 ans 3 quarts, sauf que Claix Baer avait un truc
Il était très très très attentif
Il savait regarder les choses
Grâce à ce pouvoir, il avait très tôt remarqué
qu'il existe une énorme différence entre ce que racontent les adultes et la réalité
Par exemple, sa mère disait, finitez les gumes, il reste trois fois rien
Et Claix Baer voyait bien que son assiette était encore à moitié pleine de haricots verts
Son père lui commandait, range donc ta chambre, tu en as pour deux minutes
Alors qu'en réalité, il faudrait des jours et des jours pour venir à bout de ce chantier
C'est comme ça qu'il avait deviné ce qui se cachait derrière leurs bisous et leurs jetem
Les adultes détestaient les enfants, évidemment
Toutefois, il restait une grande personne dont il ne savait pas quoi penser
Sa mami tartine
On lui avait attribué ce sobriquet parce qu'à chaque fois qu'un problème se présentait à elle
elle répondait toujours par cette même phrase
On ne va pas en faire toute une tartine
Elle était toujours guée, rigolote, et toujours partante pour jouer à la bataille navale
Mais ce que le petit garçon préférait chez elle, c'était encore sa tarte au Mirabelle
Elle était si chaude, croquante et sucrée, moelleuse et juteuse
Un adulte qui faisait de si bonnes tartes ne pouvait pas totalement détester les enfants
Alors, un jour qu'il passait justement des vacances chez mami tartine
Clébert osa poser cette question
Mami, pourquoi les adultes détestent les enfants ?
Qu'est-ce qui te fait dire ça, s'étonna la vieille dame ?
Ils disent qu'ils nous aiment, mais ils passent leur temps à nous disputer
et à tout faire pour que nous arrêtions d'être des enfants
La vieille dame sourit avant de répondre
C'est vrai, tu as raison, on partit du moins
Mais pourquoi ? Parce qu'ils ont oublié
Ils ne se souviennent plus des enfants qu'ils étaient
Sur le coup, Clébert ne fait pas sûr d'avoir très bien compris
Mais, il y défie son chemin, et ce soir-là, dans son lit, le petit garçon se fit une promesse
Lui n'oublierait pas
Ainsi, il ne deviendrait jamais l'un de ces adultes qui déteste les enfants
Dès le lendemain, il chercha le moyen de tenir parole
Pour se souvenir, il fit un nœud à son mouchoir
Mais son mouchoir était en papier, et une fois jeté, il ne resta plus de nœud
Il voulait le répéter dix mille fois, je suis un enfant
Les yeux fermés, comme pour apprendre une leçon
Mais Clébert ne savait pas compter jusqu'à dix mille
Et il faisait trop beau dehors pour garder les yeux fermés si longtemps
Il se fit un pense bête sur la main, au feutre rouge
Mais après son bain, il n'en resta plus la moindre trace
Les vacances, sa chevère, sent que Clébert ait trouvé une solution à son problème
Il ne renonce à pas pour autant
Chez lui, il se mit à dessiner des petits signes un peu partout
Derrière les meubles, sous les tables, dans les moindres recoins
Et jusque dans les cols de chemise de son père
Ainsi, une fois devenu grand, il espérait que ses aides mémoires
Le rappelleraient qu'il avait été un enfant
De la même manière, il décida de mieux écouter les leçons de français à l'école
Car il s'était rendu compte que l'écriture était bien pratique pour garder des souvenirs
Il demande à d'ailleurs à sa maman te lui acheter un carnet aspiral
Et celle-ci, qui ne se doutait de rien, opte tant paire à volontiers
Les atules étaient très étranges quand même
Certes, ils vous détestaient
Mais il passait aussi pas mal de temps à vous faire plaisir
Il vous donnait du chocolat, vous offrait des jouets
Vous payait des tours de manège
Sans parler de l'histoire du soir juste avant de dormir
Rien à dire, il savait y faire
En tout cas, une fois son carnet en main
Clébert alla s'asseoir à son bureau
Prit gravement son style noir
Et entrepris d'écrire une première phrase
Après quelques instants de réflexion
Il nota, je me souviendrai toujours
Mais le carnet fut perdu
Les parents découvrir les petits signes que Clébert avait dessiné un peu partout
Et l'affaire globalement tourna fort mal pour lui
Décourager le petit garçon décida une nouvelle fois
De consulter sa grand-mère
Mamy, comment faire pour ne pas oublier quand je serais grand
Que j'étais un enfant
Et cette phrase était si sincère, si lourde dans son cœur
Que les yeux de Clébert s'ambuèrent aussi tôt
Sa grand-mère répondit avec calme
C'est simple, il suffit de te concentrer
Me concentrer, demanda Clébert
Oui, comme ça, ferme bien les yeux et répète après moi
N'oublie jamais, jamais, jamais
Clébert ferme à les yeux, les points aussi et se concentra
Oui, il fallait qu'il n'oublie jamais, jamais, jamais
Mais bientôt, quelque chose contraria cet effort de concentration sur humain
Ces narines palpitaires, sa bouche s'amplit subitement de sa livre
Et il reconnue la bonne odeur chaude, fruitée et caramélisée
De la tarte au mirabelle de grand-mère
Il ouvrit les yeux, elle était là, sur la table de la cuisine
Tout droit sorti du four, jaune et brillante
Belle comme une saison
Tu as faim, lui demanda la vieille dame qui déjà découpait de large part juteuse et brûlante
Évidemment, Clébert avait toujours faim
Une fois encore, le séjour chez Mamy Tartine prit faim
Puis l'année scolaire passa
Clébert inventait toujours de nouveaux moyens de travailler sa mémoire
Pour s'entraîner, il apprenait des poèmes
Retenaient les drapeaux du monde entier, les noms des arbres
Le nom des dinosaures et des pokémons qui sont très nombreux soit dit en passant
Pendant des années et des années, il remplit ainsi sa tête de milliers de choses
Des mots d'anglais, d'allemand, des noms d'amis, des noms de villes, le code de la route, des dates de bataille
Et peu à peu, tandis que sa mémoire gonflait
Il oublia qu'il avait été un enfant
Beaucoup de temps passant encore
Clébert devint assez vieux pour regarder les informations à la télé sans s'ennuyer
Il a pris un métier et tombe amoureux
A son tour, il fit des enfants, un garçon et une fille
Qu'il détestait bien sûr, surtout au début
Quand il leur réveillait au milieu de la nuit, faisait cacamou dans leur couche
Ou jetait leur purée sur les murs
Mais qu'il aimait aussi plus que tout
Parce que les enfants vous font dans le cœur des choses qu'on n'imagine pas
En grandissant, les enfants font encore plein d'autres choses inimaginables
Comme dessiner sur les murs et casser les fenêtres du voisin
Ou cuirner Tarte
Et un beau jour, Dino, le fils de Clébert, confectionna sa première tarte au Mirabel
Il venait d'avoir 6 ans et 3 quarts et il y avait passé toute la matinée sans se faire aider ou presque
Quand il l'a sorti du four, une odeur formidable se répandit dans la cuisine
C'était une odeur sans pareil, chaude, de fruits, de sucre
Qui remplissait la bouche et creusait l'estomac
Une odeur qui avait surtout un pouvoir incroyable
Ainsi, alors que Clébert se trouvait bien là, avec toute sa famille
Il fut transporté, grâce à l'odeur de la tarte au Mirabel
Il se retrouva très loin là-bas, dans la petite cuisine de sa grand-mère
Avec la nappe en plastique, les assiettes blanches et bleues
Et cette présence près de lui, mami
Il n'avait rien oublié, ses souvenirs s'étaient simplement cachés dans le repli d'une odeur
D'autres se trouvaient encore enfouis dans la lumière du matin passant à travers les volets clos
Dans le bruit d'un pédalier de vélo, dans le cri d'un enfant qu'on entend passant à côté d'une école
Clébert compris qu'on n'oublie jamais son enfance
Et c'était peut-être ça le vrai secret, le secret le mieux gardé, le pire de tous
Et voilà, l'histoire est finie, et maintenant, au lit
Non, il n'y a rien
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Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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