"Le procès de Chatoune"

Durée: 9m22s

Date de sortie: 30/11/2020

durée : 00:09:22 - Une histoire et... Oli - Vous allez comprendre le titre de ce nouveau conte dans Oli grâce à Titiou Lecoq qui va tout expliquer et surtout vous raconter une jolie histoire.

Raffin père.
C'est Oli. O-L-I-O-C.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Titio Lecoq
et je vais vous raconter l'histoire du procès de Chathoun.
Quand j'étais petite, je ne faisais jamais de bêtises.
J'étais même connue pour ça.
Les maîtresses et les maîtres disaient,
« Oh, elle est très mignonne, elle ne fait jamais de bêtises. »
Ma mère disait, « Oh, elle ne fait jamais de bêtises. »
Et ma grande-sœur me disait,
« Y en a marre, tu fais jamais de bêtises, c'est pas normal.
Tu es une enfant, les enfants, ça fait des bêtises. »
D'ailleurs, ma grande-sœur faisait des bêtises.
Mais pas moi.
Je ne voyais pas pourquoi j'aurais fait quelque chose d'interdit.
Si c'était interdit, c'est qu'il y avait une bonne raison.
Et puis, j'aurais eu trop peur de me faire gronder.
À mon avis, se faire gronder, c'était la pire chose du monde.
Et puis voilà, un jour est arrivé où j'ai fait une bêtise.
Une grosse bêtise.
Ma mère avait plein de bijoux, surtout des bagues.
Et parmi ces bagues, il y en avait une qui me fascinait.
Elle avait une pierre verte qui brillait de mille feux.
Souvent, ma mère me voyait en train de regarder ces bagues,
posées dans sa chambre et elle me répétait,
« Ne joue pas avec mes bagues. »
Mais un jour, j'ai voulu essayer la bague verte.
Je l'ai enfilée à mon doigt.
Bien sûr, elle était beaucoup trop grande, mais elle brillait tellement.
Je suis allée dans la salle de bain.
J'ai grimper sur mon petit marchepied devant le lavabo
et je me suis regardée dans le miroir avec la bague.
Je faisais de grands gestes pour le plaisir de l'avoir brillé à mon doigt.
Je me prenais pour une vraie dame en pleine conversation imaginaire.
Emportée par mon jeu, j'ai dû faire un très grand geste de la main
parce que la bague a glissé de mon doigt.
Je l'ai sentie partir et ensuite je l'ai vu tomber pile dans le trou du lavabo.
Normalement, sur le trou du lavabo, on pose un petit truc en métal pour le boucher,
mais là, il n'y était pas.
Je crois bien que mon cœur s'est arrêté de battre.
Je suis restée à regarder ce trou sombre,
à essayer d'apercevoir la bague dedans,
mais elle avait disparu dans les ténèbres du tuyau.
J'étais pétrifiée comme une statue.
Vous savez ce que j'aurais dû faire ?
J'aurais dû aller voir ma mère et lui dire ce qui s'était passé.
Mais je n'ai pas fait ça parce que je ne voulais pas être punie,
parce que je ne voulais pas qu'on sache que j'avais fait une bêtise,
parce que j'étais la petite fille qui ne faisait pas de bêtises.
Je ne voulais pas voir le visage de ma mère triste, déçue,
ou pire, en colère contre moi.
Et qui sait, peut-être qu'elle m'aimerait un tout petit peu moins.
Alors j'ai fait comme si rien n'était arrivé.
Je suis partie dans ma chambre et j'ai joué avec mes poupées.
Mais en vrai, je me sentais horriblement mal.
J'avais mal au ventre et à la tête.
Une heure plus tard, ce qui devait arriver arriva.
Ma mère entra dans ma chambre et demanda,
« Ah, tu n'aurais pas vu ma bague verte ?
Non, maman, tu es certaine, tu n'as pas joué avec.
Non, maman, j'étais une horrible petite menteuse,
une voleuse et une menteuse.
Mais ma mère n'a pas laissé tomber.
Elle s'est assise sur le sol de ma chambre face à moi et elle a insisté.
Ma bague a disparu, peut-être que quelqu'un a joué avec.
Et là, je ne sais pas pourquoi.
J'ai dit « Oui ». J'ai dit « C'est Chathoun ».
Chathoun, c'était notre châte.
Quand je rentrais de l'école, elle venait se frotter à mes jambes
et j'adorais mettre mon nez dans sa fourrure,
même si ses poils me chattouillaient les narines.
Mais je l'ai accusée.
J'ai dit que je l'avais vu jouer avec la bague
et qu'elle avait dû la faire tomber quelque part.
C'était complètement idiot qui a déjà vu un chat jouer avec une bague.
Mais ma mère m'a cru, j'étais soulagée.
J'ai pensé que tout était réglé.
Mais pas du tout.
Ma mère s'est relevé et elle a annoncé
« Je ne vois qu'une chose à faire, nous allons juger Chathoun ».
Je l'ai regardé, stupéfait.
« La juger ? Oui, la juger ».
Ma mère m'a dit de venir dans le salon.
Elle a déplacé des chaises pour faire comme un tribunal.
Elle a même mis une espèce de manteau noir pour se déguiser en juge.
Elle est allée chercher Chathoun qu'elle a installé sur une chaise.
Chathoun était trop vieille pour réagir.
Elle nous a regardé avant de poser sa tête sur sa patte pour se rendormir.
Et moi, maman a dit que je serais le témoin.
Elle m'a fait jurer que j'allais dire toute la vérité.
J'ai juré et ensuite j'ai répété mon mensonge.
Je sais, c'était très mal.
Et puis, maman a dit
« Chathoun, tu es déclaré coupable.
Tu seras enfermée dans les toilettes pour l'après-midi ».
Cinq minutes plus tard, maman avait vraiment enfermé Chathoun dans les toilettes.
Je suis restée dans la porte des toilettes.
Au bout d'une minute, j'ai entendu Chathoun gratter derrière la porte en miollant.
J'avais donc volé la bague de ma mère, première bêtise,
perdu la bague, deuxième bêtise, menti, troisième bêtise
et accusé quelqu'un d'autre, quatrième bêtise.
Je n'étais plus la gentille petite fille de d'habitude.
J'étais devenue une petite fille diabolique.
Et ce n'était pas du tout agréable.
Chathoun continuait de mioller en grattant.
Et j'ai craqué.
Je lui ai ouvert la porte.
Ma mère est revenue à ce moment-là.
Les bras croisés, elle m'a demandé ce que je faisais.
J'ai répondu « Je la libère parce qu'elle est innocente,
je ne l'ai pas vue jouer avec la bague.
J'ai menti. »
Ma mère a souri et elle m'a dit « C'est bien de dire la vérité, ma chérie.
Maintenant, dis-moi ce que tu as fait de la bague.
Alors je l'ai regardée et j'ai répondu « Je ne sais pas,
j'ai jamais touché à ta bague. »
Et je suis retournée dans ma chambre.
Je n'ai jamais dit la vérité.
Pendant plusieurs jours, ma mère a reparlé de la disparition de la bague.
Elle en parlait avec ma sœur.
C'est étrange tout de même cette bague qui a disparu.
Elle en parlait avec des amis à elle.
Et on n'a jamais retrouvé la bague.
Et à chaque fois, je rentrais un peu ma tête dans mes épaules
et je faisais comme si je n'entendais rien.
Et puis, vous ne devinerai jamais ce qui s'est passé.
Un jour, peut-être un mois plus tard, on était à table pour le dîner.
Ma mère racontait une histoire, elle faisait de grands gestes avec ses mains.
Et brusquement, j'ai vu à son doigt la bague verte.
C'était la bague, aucun doute.
Je ne comprenais pas comment c'était possible.
C'était forcément de la magie.
Mais je n'ai rien dit,
parce que je ne voulais plus jamais qu'on parle de cette bague.
Chacune garde à tombe son secret.
Moi, le secret de ma bêtise,
et ma maman, son secret de magicienne.
Bien des années plus tard, j'étais devenue une adulte.
J'étais même devenue une maman.
J'avais deux enfants, dont un petit garçon qui ne faisait jamais de bêtises.
Et je disais à ma mère,
« Tu vois, c'est drôle, il est comme moi à son âge.
Tu te souviens, je ne faisais jamais de bêtises ? »
Ma mère a fait un sourire mystérieux.
« Tu es certaine, tu n'oublies pas l'histoire de la bague.
J'ai senti mon ventre se serrer,
mais j'ai pris mon courage à demain.
Et je lui ai enfin demandé,
« Comment tu l'as retrouvé ta bague ?
Elle m'a expliqué.
J'ai toujours su que tu l'avais fait tomber dans le siffon de Lévié, je t'avais vu.
J'ai réussi à la récupérer en dévissant le tuyau.
Mais je ne voulais pas te le dire, je voulais que tu me dises toi-même la vérité.
Quand tu as accusé Chacune, j'étais stupéfète.
J'étais certaine que tu finirais par tout avouer.
Mais non, jamais.
Même quand j'ai remis ma bague, tu as fait semblant de ne pas la voir.
Et elle a ri.
J'ai demandé.
Mais à l'époque, si je t'avais dit que j'avais perdu la bague, tu m'aurais puni, non ?
Elle m'a répondu.
Bien sûr que non.
Tu ne faisais jamais de bêtises.
Je n'allais pas te punir la seule fois où tu en faisais une.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant ?
Oli.
Non, et notre ?
Oli.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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