"Le dernier poisson"

Durée: 13m37s

Date de sortie: 05/02/2021

durée : 00:13:37 - Une histoire et... Oli - L'auteur et dessinateur, Pef ressemble à celui qu'on imagine, c'est-à-dire, un grand sourire et une longue barbe blanche, une vraie. Pour OLI, il a pris son stylo de militant pour parler de l'environnement à travers une très jolie histoire.

Prends-moi un père.
C'est Oli. O-L-I-O-S.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Péf.
Et je vais vous raconter l'histoire du dernier poisson.
C'est un grand poisson.

Je crois.

Chers téléspectateurs,
notre invité de ce soir est Richard Desécailles,
président de l'Office National des Pêches,
à qui je passe la parole
pour une importante déclaration.
C'est vous, monsieur le président.
Madame, monsieur, bonsoir.
Ne soyez pas surpris
si vous apercevez à m'écouter
un bocal contenant de l'eau
salé, bien sûr,
et un poisson dont la valeur est inestimable
puisqu'il s'agit du dernier poisson marin
de notre planète.
Il a été péché, tout à fait par hasard,
dans les côtes d'armes or près de Pimpol.
Je comprends la stupéfaction
qui va s'emparer des réseaux sociaux,
mais le constat est là.
Des nécessités économiques.
Nous avons depuis longtemps conduit
à considérer mers et océans
comme un outil de libre circulation des biens.
Zely, une adolescente de 16 ans,
éteignait la télé
et regarda par la fenêtre
les vagues déferlées
sur la plage toute proche.
Elle prenait cette déclaration
pour un hypocrite et loge funèbre
bien tardif, mais est-ce qu'il a
un léger sourire navré ?
Les regrets du beau-parleur
ne la touchaient pas.
Que pouvait valoir ses mots ?
Quelles auraient pu imaginer,
écrits sur du sable,
au bord du nôtre qui les effacerait
en une seconde ?
Zely n'avait rien d'une sirène,
championne régionale d'apnée.
Elle voyait surtout dans la mer
un élément qu'elle partageait
en parse égale avec l'air et la terre.
Les poissons, elles les côtoyaient
chaque fois qu'elles plongaient.
Ils étaient ses voisins muets,
du moins c'est ce qu'on croyait.
En réalité, Zely avait un pouvoir particulier.
Elle savait lire dans les bulles
qu'ils aimaitaient de temps à autre.
Des bulles, elles en aimaitaient aussi
et c'était vite aperçu
qu'entre elles et les poissons
s'engagait des bribes de conversations.
Un peu comme celle qu'on échange
avec des personnes qu'on connaît
en soit peu croisées ici et là.
Bonjour, ça va ?
Et vous ? Ça va ?
Simple petit signal au carrefour des existences.
Ses essences à combinaison de plongée
elles murmura.
Plus de poissons.
Et ben c'est ce qu'on va voir.
Équipées en amphibiennes,
lunettées, caoutchouffées et palmées
elles gagnent à leur rivage.
Et crawla entre des hauts fonds
qui prenaient l'air le temps d'un estran.
Ces messages bullés s'éparpillèrent autour d'elles.
Oui, oui mes amis.
Où êtes-vous ?
Donnez-moi de vos nouvelles.
Je suis un peu inquiète.
J'ai entendu dire...
Longtemps radio bulles n'est mis aucune réponse.
Zely Frisona.
Et si ce bougre de désécailles
n'avait pas fait que son intéressant, et si...
Elle connaissait le sort qu'on réservait Jadis
aux porteurs de mauvaises nouvelles.
On les éliminait.
Elle se calma.
Resta un instant immobile entre deux eaux
semblable à quelques bois flottés.
Puis monta-verrel une bulle minuscule
dans laquelle elle déchiffra
comme un ordre bref de l'accompagner.
Zely était une bonne nageuse.
S'éloigner de la côte ne l'impressionnait pas.
Toujours précédée par la bulle messagère,
elle gagna l'île au pilot, dit la savate,
en raison de sa forme de pantoufle flottante.
Elle viva nir à elle une autre bulle contenant
un seul mot, ici.
Zely était stupéfète.
Sous elle, des millions de poissons blancs,
rouge, bleu, jaune, à poids,
ou à rayures,
l'attendait bien vivant.
Mais immobile.
Une conversation s'engagea par bulle interposée.
La jeune fille constata qu'elle n'avait pas disparu.
Il s'était simplement regroupé, caché,
le temps de se faire oublier.
Et Zely devait être leur témoin,
leur porte bulle,
puisqu'il n'était pas question, ici,
de porte-paroles.
Bûle par bulle,
la jeune fille enregistra leur déclaration,
leurs états d'âme au fil de ses états généraux
de la poissonnerie.
Zely fut vite débordée
par une cascade de revendications
protestataires.
L'eau est porteuse de vie.
La mer est une mer, pas une poubelle.
La mer est sans aucun doute une sans papier,
mais être réduite à des cartes marines,
où postal n'est pas un état civil.
Elle voyage en tous sens,
de sa surface au ciel,
où elle s'adoucit en nuage et en source,
en rivière, en fleuve,
nourrie par ses cycles.
Depuis toujours,
et pour l'éternité,
elle ne se satisfait pas d'être un décor.
Elle est actrice,
se donne en spectacle,
qu'elle agisse en tragédienne
pour nos frages ou de tsunamis,
ou en comédienne
pour bambins des plages.
Les poissons, eux,
ne sont pas des figurants mais des acteurs,
des danseurs,
tout un corps de balais,
sans autre musique que celle de la vie.
Zélie nota tout cela,
se promettant de n'en pas perdre
la moindre miette de Bulle.
Sa Bulle à elle ne posait qu'une question.
Que faire ?
Revente sa mémoire.
Le récent épisode des gilets jaunes,
qui avait eu l'honneur
tout provisoire des médias.
L'important n'était pas la couleur des gilets,
mais l'honneur de ceux
qui les portaient en masse.
Zélie se devait de reprendre
cette forme de lutte, mais comment ?
D'abord, est-ce qu'il m'a-t-elle,
prouver au monde entier
que les poissons étaient toujours là,
qu'il leur fallait se montrer ?
Ce qui se passa ensuite,
la débordat,
la bousculat,
le peuple des poissons
se rapprocha des côtes,
envahit les ports
et bloqua tout ce qui était amarré.
Au large,
il immobilisa les navires de croisière,
les chalutiers,
les portes-containères,
les pétroliers et les navires
des pesseurs de baleines.
Sans oublier,
quelques pédalots de Dourever d'Odyssée.
Zélie se souvint que,
dans le passé,
des pêcheurs avaient vu
leur voilier stopper
par l'abondance des morues
au large du labragore
et interpréta tout ça
comme une leçon.
Mais, en se défendant ainsi,
les poissons volaient au secours
de leurs éléments,
la mer.
Zélie l'aimait beaucoup,
s'y baignait comme elle respirait,
mais force lui était de constater
que la santé de son élément favori
n'était pas bonne.
Par milliard,
les particules de plastique
et les traînées de gasoiles
métastasaient ces invisibles poumons.
Le fameux des écailles
n'avait évoqué que le sommet
de l'isberga propos des poissons disparus.
Le mal était plus profond.
Ce qui devait arriver sur vin très vite,
la mer était une personne,
et bien des gens,
quand ils subissent une forte contrarieté,
s'expriment ainsi.
Puisque c'est comme ça,
je m'en vais.
Alors,
la mer,
océan compris,
se retira
de partout.
Zélie ne fut pas la seule
à assister à ce mouvement
qui n'avait rien à voir
avec une marée de forte amplitude.
Il s'agissait d'un départ.
Où s'en alla-t-elle,
laissant des gants
des côtes boursouflées
et une cartographie obsolète ?
C'était-elle rabougrie
pour se glisser
dans des faux, se lointaines,
ou tout simplement,
évaporer ?
Zélie ne crue pas à cette disparition.
Maude trop souvent prononcée
pour évoquer la mort
d'un être cher.
Elle avait raison.
Un jour,
la mer reviendrait
avec ses poissons pour tout bagage,
ses colères ou son calme
pour tout visage.
Quand la mer fut de nouveau là,
chacun compris enfin
que le moment était venu pour elle
de reprendre son souffle,
de recoudre à nouveau
l'écume au crainte
des vagues.
Le premier soir
où tout rentra dans l'ordre,
Zélie fut
longue à s'endormir.
Pour y parvenir,
elle compta les poissons dans sa tête.
Se demandant si ceci
pour aider la venue
de leur propre sommeil
comptait les moutons.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant,
au lit !
Oui, non.
Oui.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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