"Victoria, la femme qui n'aimait pas les enfants"

Durée: 9m52s

Date de sortie: 05/02/2021

durée : 00:09:52 - Une histoire et... Oli - Qui a décrété que toutes les femmes devaient aimer les enfants ? La question reste posée. En tous les cas, pour OLI, l'auteure, Anne Berest a imaginé l'histoire de Victoria avec beaucoup d'humour et de finesse.

Prends un père.
C'est Oli.
O-L-U-O-C.
La bibli des petits.
Je suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Anne Béreste et je vais vous raconter l'histoire de Victoria, la
femme qui n'aimait pas les enfants.
Victoria n'aimait pas les enfants.
Elle le répétait à qui voulait l'entendre, à tous ses amis ainsi qu'à tous les voisins
du quartier.
Moi, vous comprenez, je n'aime pas les enfants.
Et quand on lui demandait pourquoi, elle répondait, parce qu'il vienne tout le monde
affreusement lait.
Il n'y a rien de plus moche qu'un bébé.
Ce l'assemble à un vieux crâpon mal laîché.
Victoria vivait avec sa soeur jumelle.
Ensemble, elle pouvait parler pendant des heures, des livres qu'elles avaient lu,
des recettes de cuisine qu'elles aimaient, des prochaines élections.
Bref, elle s'adorait.
Mais un jour, la soeur de Victoria rencontra une amoureuse.
Ensemble, elle décidère d'avoir des enfants.
Victoria en fut bouleversée.
Quel erreur ! Les enfants sont inutiles.
Ils ne savent rien faire que gindre et poser des questions idiotes, sans compter qu'ils
ont très mauvais goût.
L'idéal serait que les enfants naissent déjà adultes.
Malgré cette mise en garde, sa soeur mit au monde trois enfants.
Vicky, puis Alice et enfin Alfred.
À chaque fois que Victoria recevait des photos d'eux, elle répondait « Quel
horreur ! »
« Tes enfants ont l'air bêtes à manger du foin, et puis tu verras qu'à cause
d'eux, nous ne nous verrons plus.
Tu passeras tout ton temps avec ces lardons et tu oubliras même de me souhaiter mon anniversaire.
»
Victoria avait raison sur ce dernier point.
Sa soeur était si occupée avec ses trois enfants que Victoria souffla toute seule ses
bougies le jour de ses 40 ans.
Elle en fut si triste qu'elle m'y a pas nous sur sa maison avec gravée en lettres
d'or, entrée interdite aux enfants.
Quelques jours plus tard, l'amoureuse de sa soeur téléphona à Victoria.
« Victoria lui dit-elle, ta soeur est gravement malade, je dois m'occuper d'elle, peux-tu
garder les enfants chez toi ? »
Quel catastrophe pour Victoria ? Mais elle ne pouvait pas refuser une telle demande.
Et quel catastrophe pour Vicky, Alice et Alfred, qui n'avait jamais rencontré leur tante ?
Quand ils virent le panneau, entrée interdite aux enfants, cela leur fit très peur.
Puis la porte s'ouvrit en grand.
« Écoutez les enfants, dit Victoria, que les choses soient claires.
Chez moi, vous vous couchez à l'heure que vous voulez.
Vous n'êtes pas obligé de vous laver les dents, ni de prendre votre douche, ni d'éteindre
la lumière, et vous pouvez vous servir directement dans le frigo.
» Vicky, Alice et Alfred étaient à Uri.
Eux qui pensaient passer la pire semaine de leur vie.
« Vous faites tout ce que vous voulez, ajoutez à Victoria, mais une seule condition.
Vous ne m'adressez pas la parole, c'est compris ?
On va essayer de s'éviter.
Pas la peine de me poser des questions idiotes, pourquoi si, ni pourquoi ça, ni de m'interrompre
quand je parle au téléphone, ni de me demander de jouer avec vous, alors que je suis occupée
à autre chose.
Surtout, ne me réveillez pas au milieu de la nuit pour dire pipi, ni verre d'eau,
et encore moins un câlin.
C'est compris ?
Oui, oui, oui, c'est compris tante Victoria, répondir Vicky, Alice et Alfred.
Je viens de vous dire de ne pas me parler, et je vous en conjure, ne m'appelez pas tante
Victoria, et pourquoi pas Tata tant que vous y êtes ? Demanda Victoria avant d'ajouter,
les enfants sont vraiment ploucs.
Pour Vicky, Alice et Alfred, les choses se passaient bien mieux que prévues.
Surtout quand arriva le dîner du soir.
Ils découvrirent dans la cuisine 3 assiettes remplies de frites avec un bol de bonbon
en dessert.
Les enfants étaient décidément au paradis.
Mais à ce moment-là, ils entendirent leur tante qui discutait au téléphone avec une
amie.
Les enfants sont nuls, disait-elle, ils n'aiment pas les bonnes choses de la vie.
Ils se contentent de place industrielle.
Ils ne comprennent pas la beauté d'un camembert qui s'en mauvais.
Ni la joie que procure une huître, encore frétillante.
Vicky, Alice et Alfred furent très vexés en entendant ces paroles.
On ne va pas se laisser faire, dit Alfred.
On va lui montrer que les enfants aiment aussi la bonne cuisine, ajouta Alice.
On va lui faire ravaler tous ses préjugés, conclut Vicky.
Alors les enfants laissent serrer frites et les bonbons pour se servir eux-mêmes dans le frigo.
Quand Victoria se rendit compte que sa poêle et des pinares frais au beurre d'algues
avaient disparu dans le ventre des enfants et qu'ils avaient mangé son sévichet de poisson cru,
elle fut très surprise.
Tiens donc, se dit Victoria, ses enfants seraient-ils plus fins gourmets que je ne le pensais ?
En allant se coucher dans leur chambre, les enfants constatèrent que Victoria leur avait installé une télévision toute neuve,
ainsi que des DVD de dessins animés.
C'est génial, pensèrent les enfants, nous allons tous les regarder.
Mais à ce moment-là, ils entendirent Victoria qui parlait très fort avec la voisine.
Le problème avec les enfants, disait-elle, c'est qu'ils n'aiment pas lire.
Ce sont des ignards. Ils peuvent passer leurs journées plantées devant leurs écrans
et pour les enfants à regarder des histoires idiotes de princesse et de princes charmants,
les enfants sont tellement ringards.
Vicky, Alice et Alfred n'étaient pas contents du tout que leur tentes les prennent pour les abrutis.
On ne va pas se laisser faire, dit Alfred.
On va lui montrer que les enfants ne sont pas des crétins.
Ajouta Alice. On va lui faire ravaler tous ses préjugés.
Conclus Vicky.
Quelques minutes plus tard, tandis que Victoria passait dans le couloir,
elle aperçut Alfred, qui lisait le petit prince de Saint-Exupéry.
Alice récité un poème de Jacques Prévert et Vicky la fable de la cigale et la fourmi.
Tiens donc, se dit Victoria, ses enfants seraient-ils moins incultes que je ne le pensais ?
Le lendemain matin, quand Victoria descendit dans la cuisine pour prendre son petit déjeuner,
elle vit Alfred en train de lire le journal.
Alice, en train d'écouter les informations à la radio, et Vicky écrivait une lettre
au ministre de l'Education nationale pour demander que les cantines scolaires soient de meilleure qualité.
Tiens donc, se dit Victoria, peut-être que je devrais m'intéresser davantage à ces petits mioches.
Et si nous allions nous promener leur propos à tel ?
Très surpris, Vicky, Alice et Alfred allèrent tout de suite chercher leur manteau.
Avant de sortir de la maison, Victoria les mit en garde.
Surtout, vous marchez trois mètres derrière moi.
Je ne voudrais pas avoir la honte de me promener avec des enfants,
j'ai une réputation à tenir dans mon quartier.
Ils allèrent jusqu'au jardin, où Victoria les observa, en train de jouer.
Alfred a le même rire que ma sœur, se dit-t-elle.
Et Alice court plus vite que les autres enfants, comme moi, quand j'étais petite.
Quand à Vicky, elle me fait penser à notre mère.
Soudain, Victoria fut envahie d'une émotion qu'elle n'avait jamais ressenti de sa vie,
et qui lui donnait envie de sourire sans raison.
Comme c'est bizarre, se dit-t-elle, j'ai l'impression que ce serait possible, que je les aime.
En rentrant chez elle, Victoria proposa à Vicky, Alice et Alfred.
Écoutez les enfants, peut-être que vous pourriez rester quelques jours de plus chez moi, qu'est-ce que vous en pensez ?
Mais à une condition, dit Alfred, nous aimerions de temps en temps regarder un dessin animé à la télévision,
et aussi demander un verre d'eau.
De temps en temps manger une barquette de frites et des bonbons, ajouta Alice, et aussi avoir des câlins.
Que nous profitions d'être des enfants, conclut Vicky, avant d'être des adultes jusqu'à la fin de notre vie.
Tante Victoria eut un grand sourire.
Elle regarde Asseignez, c'est son neveu, et leur dit, je suis d'accord.
Mais à une condition, ne répétez jamais à personne que finalement j'aime trois enfants.
Et voilà, l'histoire est finie, et maintenant, Oli !
Non, une autre.
Oli.
Oli, c'est aussi une collection de livres illustrés, à retrouver en librairie.

Les infos glanées

Je suis une fonctionnalité encore en dévelopement

Signaler une erreur

Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title

Lien du podcast

[{'term': 'Kids & Family', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]

Go somewhere