
"Toutoune et Constantin"
Durée: 8m11s
Date de sortie: 07/07/2021
durée : 00:08:11 - Une histoire et... Oli - Pour OLI, l'amoureuse des mots, du verbe, Ariane Ascaride a choisi de raconter à sa façon, la passionnante histoire d'une rencontre pas comme les autres.
Prends-vous un père.
C'est Oli.
O.L.I.O.C.
La bibliothèque des petits.
Je ne suis pas petit.
Je crois.
Bonjour, je suis Ariane Ascaride
et je vais vous raconter l'histoire de Toutoun et Constantin.
C'était une petite fille que tout le quartier appelait Toutoun
parce qu'elle était toute petite de taille.
Un visage tourron
et des yeux comme des grains de café, souvent ryeurs,
mais qui parfois se perdaient dans l'admiration de gros nuages roses
qui flottaient au-dessus de la grande mer bleue
qui venait léchée les rochers
sur laquelle la grosse ville dans laquelle elle habitait
était construite de briques et de proches.
On pouvait croire que Toutoun était un petit garçon.
Ses cheveux étaient tout courts et elles couraient tout le temps et partout
pour aller à l'école, en revenir, faire les courses pour sa maman.
Quand vous la croisiez,
tous vos cheveux se retrouvaient en l'air et vos vêtements étaient tout voiciés.
Rien ni personne ne pouvait l'arrêter.
Elle adorait courir.
Elle se sentait légère et forte en même temps, invincible,
dans son petit pantalon corsaire.
À cette époque, les enfants avaient le droit de jouer sur l'étrotoire de la grosse ville.
Les petites huies dessinaient des marailles par terre avec la crée de leurs ardoises
et quand elles faisaient un parcours apécable, elles arrivaient au paradé.
Toutoun, elle, sautait toutes les cases en courant,
faisait une pirouette au paradis et repartait immédiatement en lançant ses petites jambes musclées au devant elle.
Toutoun le quartier disait.
Mais qu'est-ce qui fait courir Toutoun ?
C'est un vrai courant d'air.
Quand elle passe quelque part, elle est portée des fêtêtres claques.
Oui.
Qu'est-ce qui faisait tant courir Toutoun ?
Elle-même ne le savait pas très bien.
Juste, elle sentait qu'elle ne pouvait pas rester assis sagement sur une chaise
dans une jolie robe avolant bien repassée.
Et c'est ce qu'on demandait beaucoup aux petites filles à cette époque.
Être sage, parler doucement, jouer à la poupée, jouer à être une petite maman.
On disait aux petites filles que le bonheur d'être une grande fille
était d'avoir une maison bien propre, portée un joli tablier brodé
et avoir de jolis enfants.
Toutoun ne comprenait pas.
Et même elle avait peur de ça.
Elle rêvait de tout autre chose.
Faire de l'escalade, construire des ponts, crier en haut d'une montagne,
regarder le soleil tomber dans la mer
et gagner l'épreuve de course à pied au Jeux Olympique.
Alors ?
Volontairement, elle avait accepté dans sa tête de ne pas ressembler aux autres.
Et de garder ses cheveux très courts, de passer souvent pour un petit garçon.
Ce qui, d'une certaine manière, lui donnait plus de liberté.
Mais avait aussi pour conséquence d'être considérée par beaucoup de mamans
comme une petite fille pas très fréquentable qu'on invitait jamais aux anniversaires.
Même si parfois Toutoun était un peu triste de tout cela,
elle continuait à courir dans le vent au bord de l'eau,
en écoutant parfois le bruit des vagues de la grosse mer.
Un jour, alors qu'elle courait la tête levée au ciel pour voir les nuages,
elle se tamponna avec un garçon pas plus grand qu'elle qui courait en sens inverse.
Il tombait tous les deux parties
et le garçon commençait à lui chercher querelle et à se battre,
prenant Toutoun pour un garçon.
La petite fille se défendait appremment sans amour,
mais à un moment le garçon lui mordit la cuisse et Toutoun poussait un cri.
Aigu ! Un cri de fille !
Son adversaire s'immobilisa immédiatement et lui dit
« T'es une fille ? Je me bats pas avec une fille ! La honte ! »
« Quoi ? » dit Toutoun.
« Quelle honte ? Tu vas voir, je vais te faire manger la poussière ! »
Et elle lui sautait dessus.
Mais le garçon ne se défendait plus.
Il laissait Toutoun se bagarrer toute seule.
Au bout d'un moment, la petite fille est puisée,
« C'est pas parce que je suis une fille qu'on peut pas se battre, ça m'énerve !
Je suis pas un sucre, je suis forte moi aussi ! »
Le garçon répondit
« Mon père dit qu'il ne faut pas frapper les filles, elles sont trop faibles,
il faut les protéger et leur ouvrir la portière de la voiture.
« Et ben mon père ? » dit Toutoun.
« Il a pas de voiture et ma mère, elle a un travail.
Et après, quand elle rentre à la maison, elle fait le ménage
et elle n'est pas fatiguée, c'est la plus forte de la terre.
Et comme je suis sa fille, je suis la petite fille la plus forte de la terre,
je parie même que je cours plus vite que toi ! »
Le garçon se mit à rire, tellement qu'il se tenait le ventre en se roulant par terre.
Les bras croisés et rouges de colère, Toutoun le regardait se trémousser en le trouvant ridicule.
« Faisons la course ! Et tu verras bien ! »
Le garçon riait de plus en plus, il a pleuré.
Toutoun se mit à hurler, « Faisons la course, je te dis ! »
Le garçon, qui s'appelait Constantin,
un nom d'empereur et qui se prenait un peu pour un empereur,
se releva et dit d'un air très sûr de lui.
« Je suis le meilleur de mon école en course, je vais te laisser sur place.
Toutoun continuait à hurler, « Faisons la course, je te dis ! »
Elle était écarlate de colère.
Alors, Constantin, tel un grand seigneur,
car on est ainsi quand on est empereur, accepta l'épreuve.
Ainsi, on vit deux enfants sur la corniche de la grosse ville en position de départ de course.
Il n'avait pas fini de compter jusqu'à trois,
car il avait tenu en spécialiste à donner le départ.
Que la fusée Toutoun avait déjà démarré le laissant quasi sur place et berluée.
Reprenant ses esprits, il se lançait à sa poursuite, il était très fort en sprint,
mais il n'arrivait pas à remonter à la hauteur de cette petite fille,
qui avait des jambes qui moulenaient comme les hélices d'un avion.
Quand il arriva à la statue du bonhomme Toutoun,
Toutoun avait eu le temps de grimper dessus,
ce qui était un des jeux préférés des enfants de la grosse ville.
Constantin, un bon petit empereur,
reconnu sa défaite face à cette drôle de fille,
qui au fond lui plaisait beaucoup.
Les filles n'ont pas toujours besoin d'avoir des tresses et des robes, se disait-il.
Et puis, on pourrait s'entraîner ensemble,
car lui aussi rêvait de gagner les Jeux Olympiques.
Depuis, souvent les gens en promenade sur la corniche,
sont obligés de faire une pirouette sur eux-mêmes,
quand ils sont croisés par deux petits bolides,
qui font croire aux mamans des maisons en bord de mer,
que le mistral s'est levé,
et qu'il fait claquer les portes, les fenêtres et les volets.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au lit.
On y note.
Episode suivant:
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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"Au pays des Tout-oui"