
OLI en concert : "Secret des parents" de Nicolas Mathieu
Durée: 17m14s
Date de sortie: 22/12/2021
durée : 00:17:14 - Une histoire et... Oli - Oli en concert, ce sont des histoires mises en musique et interprétées par les musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Radio France et c’est Thomas Enhco, compositeur et improvisateur de génie qui signe ce 1er opus.
C'est Oli, en concert.
O, L, I.
Avec des vrais musiciens.
Oli.
La Bibli des Petits.
Je suis pas venu.
Bonjour, je suis Nicolas Mathieu.
Je vais vous raconter l'histoire de Clébert ou le secret des parents.
Oli.
Il existe un secret qu'aucun enfant n'a jamais entendu.
C'est le secret le plus secret, le mieux gardé.
Le pire de touche.
Le poteau rose.
Pourtant, il suffirait d'être attentif pour découvrir le poteau rose.
Par exemple, n'avez-vous jamais remarqué les regards complices que s'échangent les parents lorsqu'ils se croisent le matin devant la porte de l'école ?
Ne vous est-il jamais arrivé que les adultes s'arrêtent de parler d'un seul coup ?
Quand vous entrez dans une pièce, comme s'ils avaient peur d'être découés ?
Ces bouches ouvertes, ces grands urons qui vous fixent, ne vous ont-ils jamais semblé...
bizarre ?
Si les choses se passent ainsi, c'est que les adultes détestent les enfants.
Oui, tous les adultes.
Ils les détestent.
Tous les enfants.
Et ce, pour une bonne raison, ils n'ont plus le moindre souvenir d'avoir été des enfants en vie.
Ils ont le souvenir de leur enfant, eux-mêmes.
Voilà pourquoi ils ne comprennent pas ce besoin qu'on les enfante courir dans tous les sens, en braillant,
de poser sans cesse des questions, de jeter leurs habits dans tous les coins,
de demander les histoires, alors que c'est le début du film à la télé,
de vouloir des cadeaux et des câlins, alors qu'il serait si simple de se trouver un emploi
et de faire des achats sur Internet, comme font les personnes civilisées.
Et si les grandes personnes n'abandonnent pas leurs enfants sur le bord de la route, comme de vulgaire canette vide,
c'est que des lois très strictes les en empêchent.
Il existe même un ministère spécial.
Oh, le ministre qui en a la charge n'aime pas plus les enfants que qui conquent.
Mais il les protège mangré tout, car il sait qu'il n'y a qu'un seul moyen pour en venir à bout,
les envoyer à l'école.
Les envoyer à l'école et les y laisser jusqu'à ce qu'ils deviennent développeurs web,
présidente, directrice générale, agent de catégorie B ou gardienne de zoo.
Jusqu'à ce qu'ils deviennent des adultes ensemble.
Ce secret qu'aucun enfant n'a jamais entendu,
Clébert, lui, l'avait découvert tout seul.
Personne à part lui n'en avait connaissance.
Il n'était pourtant pas plus mal un qu'un autre, pas plus fort, ni plus grand.
Avec ses petits yeux sernés, ses cheveux rèdes et doux, ses bras comme des bout de bois
et ses genoux toujours écorchés,
il ressemblait à n'importe quel petit garçon de 6 en 3 quarts.
Sauf que Clébert avait un truc.
Il était très, très, très attentif.
Il savait regarder les choses.
Grâce à ce pouvoir, il avait très tôt remarqué qu'il existe une énorme différence
entre ce que racontent les adultes et la réalité.
Par exemple, sa mère disait, finissez l'aigume, il reste trois fois rien.
Et Clébert voyait bien son assiette était encore un moitié pleine de haricots verts.
Son père lui commandait, range donc ta chambre, qu'il y en a pour deux minutes.
Alors qu'en réalité, il faudrait des jours et des jours pour venir à bout de ce chantier.
C'est comme ça qu'il avait deviné ce qui se cachait derrière leurs bisous et leurs jetel.
Les adultes détestaient les enfants.
Évidemment.
Toutefois, il restait une grande personne dont il ne savait pas quoi penser.
Sa mamie tartine.
On lui avait attribué ce sobriquet parce qu'à chaque fois qu'un problème se présentait à elle,
elle répondait toujours par cette même phrase,
« On ne va pas en faire toute une tartine ».
Elle était toujours guée, rigolote et toujours partante pour jouer à la bataille navale.
Mais ce que le petit garçon préférait chez elle, c'était encore sa tarte en mirabelle.
Elle était si chaude, croquante et sucrée, moelleuse et juteuse.
Un adulte qui faisait de si bonnes tartes ne pouvait pas totalement détester les enfants.
Alors un jour qu'il passait justement des vacances chez mamie tartine,
Clébert osa poser cette question.
Mamie, pourquoi les adultes détestent-ils les enfants ?
Qu'est-ce qui te fait dire ça, cette onalaviaï dame ?
Ils disent qu'ils nous aiment, mais ils passent leur temps à nous disputer
et à tout faire pour que nous arrêtions d'être des enfants.
La vieille dame sourit avant de répondre.
C'est vrai, tu as raison ?
On partit du moins.
Mais pourquoi ?
Demanda Clébert.
Parce qu'ils ont oublié, ils ne se souviennent plus des enfants qu'ils étaient.
Sur le coup, Clébert ne fut pas sûr d'avoir très bien compris.
Mais l'idée fit son chemin et ce soir-là, dans son lit,
le petit garçon se fit une promesse.
Lui n'oublierait pas.
Ainsi, il ne deviendrait jamais l'un de ses adultes qui déteste les enfants.
Dès le lendemain, il chercha le moyen de tenir parole.
Pour se souvenir, il fit un noeud à son mouchoir,
mais son mouchoir était en papier et une fois jeté, il ne restait plus de noeud.
Il voulait répéter 10 000 fois, je suis un enfant, je suis un enfant, je suis un enfant.
Les yeux fermés, comme pour apprendre une leçon.
Mais Clébert ne savait pas compter jusqu'à 10 000 et il faisait trop beau dehors
pour garder les yeux fermés si longtemps.
Il se fit un pense bête sur la main, au feutre rouge,
mais après son bain, il n'en restait plus la moindre trace.
Les vacances s'achever, sans que Clébert ait trouvé une solution à son problème.
Il ne renonça pas pour autant.
Chez lui, il se mit à dessiner des petits signes un peu partout,
derrière les meubles, sous les tables, dans les moindres recoins
et jusque dans les cols de chemise de son père.
Ainsi, une fois devenu grand, il espérait que ses aides mémoires
lui rappelleraient qu'il avait été un enfant.
...
...
...
De même, pour bien se rappeler, il décida de mieux écouter les leçons de français à l'école,
car il s'était rendu compte que l'écriture était bien pratique pour garder des souvenirs.
Il demanda d'ailleurs à sa maman de lui acheter un carnet aspiral
et celle-ci qui, ne se doutait de rien, optompera volontiers.
Les adultes étaient très étranges quand même.
Certes, ils vous détestaient, mais ils passaient aussi pas mal de temps à vous faire plaisir.
Ils vous donnaient du chocolat, vous offraient des jouets, vous payaient des tours de manège.
Sans parler de l'histoire du soir juste avant de dormir.
Rien à dire, ça veillait faire.
En tout cas, une fois son carnet en main, Cléberra la s'asseoir à son bureau,
prie gravement son style au noir et entrepris d'écrire une première phrase.
...
Après quelques instants de réflexion, il nota,
je me souviendrai toujours.
...
Mais le carnet fut perdu et part en découvrir les petits signes que Cléberra avait dessiné un peu partout
et l'affaire globalement tourna fort mal pour lui.
Découragé, le petit garçon décide à une nouvelle fois de consulter sa grand-mère.
Mamy, comment faire pour ne pas oublier quand je serais grand que j'étais un enfant ?
Et cette phrase était si sincère, si lourde dans son cœur,
que les yeux de Cléberra s'ambuèrent aussitôt.
Sa grand-mère répondit avec calme.
C'est simple, il suffit de te concentrer.
Me concentrer ? Oui, comme ça.
Ferme bien les yeux et répète après moi.
N'oublie jamais, jamais, jamais.
...
Cléberra ferma les yeux, les points aussi
et se concentra de toutes ses forces.
Oui, il fallait qu'il n'oublie jamais, jamais, jamais.
Mais bientôt quelque chose contrariait cet effort de concentration sur humain.
Cénarine palpitère, sa bouche s'amplit subitement de salive
et il reconnue la pône hauteur chaude, fruitée et caramélisée de la tarte au mirabelle de grand-mère.
Il ouvre les yeux, elle était là, sur la table de la cuisine, tout droit sorti du four, jaune et brillante, belle comme une saison.
Tu as faim, lui demanda la vieille dame, qui, déjà, découpait de larges parts juteuses et brûlantes.
Évidemment, Cléberra avait toujours faim.
Une fois encore, le séjour chez Mamie Tartine Priffin.
Puis, l'année scolaire passât, Cléberra inventait toujours de nouveaux moyens de travailler sa mémoire.
Pour s'entraîner, il apprenait des poèmes, retenait les drapeaux du monde entier, les noms des arbres,
le nom des dinosaures et des pokémons, qui sont très nombreux, soit dit en passant.
Pendant des années et des années, il remplit ainsi sa tête de milliers de choses,
des mots d'anglais, d'allemands, des noms d'amis, des noms de villes, le code de la route, des dates de bataille.
Et peu à peu, tandis que sa mémoire gonflait, il oublia qu'il avait été un enfant.
Beaucoup de temps passaient encore et Cléber devint assez vieux pour regarder les informations la télé sans s'ennuyer.
Il a pris un métier et tomba amoureux.
A son tour, il fit des enfants, un garçon et une fille, qu'il détestait bien sûr.
Surtout au début, quand il le réveillait au milieu de la nuit, faisait caca mou de leur couche et jetait leurs purées sur les murs.
Mais qu'il aimait aussi plus que tout, parce que les enfants vous font dans le cœur les choses qu'on n'imagine pas.
Et, en passant, les enfants font encore plein d'autres choses inimaginables, comme dessiner sur les murs et casser les fenêtres du voisin,
ou cuire des tartes.
Et un beau jour, Dino, le fils de Cléber, confectionna sa première tarte au Mirabelle.
Il venait d'avoir six en trois quarts et il y avait passé toute la matinée sans se faire aider ou presque.
Quand il l'a sorti du four, une odeur formidable se répandit dans la cuisine.
C'était une odeur sans pareil, chaude, de fruits, de sucre, qui vous remplissait la bouche et vous creusait l'estomac.
Une odeur qui avait surtout un pouvoir incroyable.
Ainsi, alors que Cléber se trouvait bien là, avec toute sa famille, il fut transporté.
Grâce à l'odeur de la tarte au Mirabelle, il se retrouva très loin là-bas, dans la petite cuisine de sa grand-mère,
avec la nappe en plastique, les assiettes blanches et bleues, et cette présence près de lui.
Mamy.
Cléber n'avait rien oublié.
Ses souvenirs, c'était simplement caché dans le repli d'une odeur.
D'autres se trouvaient encore enfouis dans la lumière du matin, passant à travers des volets clos,
dans le bruit d'un pédalier de vélo, dans l'écrit des enfants qu'on entend passant à côté d'une école.
Cléber comprit qu'on n'oublie jamais son enfance.
Et c'était peut-être ça, le vrai secret, le secret le mieux gardé, le pien de tous.
Cléber comprit qu'on ne peut pas le faire.
Et voilà, l'histoire est finie, et maintenant, au lit.
Non, inaudible.
Au lit, un concert.
Avec les musiciens de l'orchestre philharmonique de Radio France.
Justine, Lillian, Huck, Rono et Nicolas.
Musique originale, Thomas Encoe.
Musique originale, Médor Monde et Tienne Pipard.
Directeur du son, Pierre Montaille, sur une idée de Cécile Couffmanegre, producteur délégué, Léonard Bio.
Realisation, le lac ostentiel.
Marcel Besteder,
Episode suivant:
Les infos glanées
Oli
Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
Tags
Card title
[{'term': 'Kids & Family', 'label': None, 'scheme': 'http://www.itunes.com/'}]
Go somewhere
"Owen, le petit zombie d'appartement"