"La crique bleue"

Durée: 10m48s

Date de sortie: 28/06/2023

durée : 00:10:48 - Une histoire et... Oli - Oli est de retour pour les vacances, et vos enfants vont adorer l'histoire qu'a imaginé Claire Castillon. Une aventure qui sent bon le sable chaud, et la crème solaire. Des vacances à la plage pas comme les autres. - invités : Claire CASTILLON - Claire Castillon : Romancière

Bonjour, je suis Claire Castillon et je vais vous raconter l'histoire de la cric bleue.
J'aime plusieurs choses dans la vie, les vacances, l'été, le sable et les glaces.
J'allais oublier la mer, il y a des mers où il fait gris, froid,
mais mes parents choisissent toujours l'autre, la bleue avec transat pliant et bouée gonflable.
Chaque été nous allons dans notre crique pour nos vacances selon notre rituel,
c'est-à-dire à nos oreilles. 2 sessions, 7h30 et 20h21h30, parfois 22h.
Vous voyez ce que je veux dire ? Je veux dire que je ne vois pas le bleu,
parce qu'au moment où on arrive il n'est pas levé et au moment où on revient, il est couché.
Nous nous baignons donc dans une eau marron, encore habitée par la nuit à l'auble
et désertée par 3 milliards de baigneurs le soir.
Alors l'eau marron est trouble, graissée d'huile solaire et de reste de sandwich.
Quand un tu es pénible, se plaint ma mère, quand elle m'extirpe de mon lit le matin sur les coups de 6h,
en me demandant si je suis heureux de partir faire ma petite promenade dans l'eau
et que je lui réponds non.
Entre nous, quel enfant aimerait se lever encore plus tôt que pour aller à l'école
et revenir à la maison pile à l'heure où il commence à espérer la récré.
Pour mes parents, la plage d'enfance de papa est un paradis, mais le paradis doit être vide.
Moi, quand je pense au paradis, j'envisage d'y avoir des amis, un groupe d'amis, une foule d'amis
avec lesquels je jouerai beaucoup, exclusivement dans l'eau et surtout en plein soleil.
Bon, je suis roue, d'accord, ma peau est fragile, mais je suis une personne.
Et on ne peut pas me tremper ainsi dans l'eau de mes vacances à l'heure où personne ne joue avec moi.
Cette année, alors que nous roulons encore pour quelques centaines de kilomètres vers notre paradis
et que je dois deviner le paysage à travers le torchon qu'on a fait pendre à ma vitre
pour ne pas que le soleil m'effleure, j'élabore des plans.
Je peux mentir. Papa, maman, vous savez quoi ? Une loi est tombée.
J'ai entendu que la plage ouvre à 10 heures cette année.
Comme elle ferme à 18, on pourra y aller deux jours pour une fois.
Sinon, je peux pleurer.
Papa, maman, j'en peux plus. Je ne veux pas me baigner la nuit.
Je veux me baigner quand il fait beau et chaud, quand le soleil brille.
Promis, je mettrai un bob de l'écran et une combi anti-UV.
Je peux implorer encore, mais j'ai déjà essayé.
Papa, maman, je vous en supplie de grâce. Essayons de nous baigner à l'heure où le glacier est ouvert.
Mais ma mère qui m'entend régulièrement me plaindre, même dans ma tête,
même assise à l'avant alors qu'il y a la radio, répond aussitôt à la moindre de mes pensées.
Moi, je veux diffuser des glaces à l'eau dans ma bouée géante avec mes copains.
Je ne veux pas des bacs de glace aux congélateurs qu'on sort pour le goûter en s'extasiant de notre chance.
Prenons des forces dans quatre heures, on part se baigner.
À travers le torchon de ma vitre, je vois des voisins d'emboutéage.
Ils ont, comme moi, une grosse bouée déjà gonflée dans le coffre.
Certains portent leurs maillots.
On arrive dans trois heures, lâche papa, heureux.
Et maman lui répond chouette, on a super bien roulé, on pourra se baigner dès ce soir.
La question qui vous démange, c'est mais qu'est-ce qu'il fait de ces journées
quand un en vacances entre 8h30, heure de retour de la première baignade,
et 20h départ pour la deuxième ?
Eh bien je peins, je joue au circuit de voiture, je lis des piles de BD
et je convoque plusieurs amis imaginaires du village d'Entraves-les-Flo.
Je retrouve Max qui villa toute l'année parce que ça m'arrange,
et Chloé, sa soeur, qui marche à cloche-pied.
Peut-être voudrait-elle un jour me raconter ce qui lui est arrivé, mais elle est très pudique.
Tous les trois ont fil à la cave.
Dans ma maison d'été, il y a une trappe.
Quand on la soulève, on tombe dans l'eau.
Une eau noire au début, mais dès qu'on franchit quelques mètres
et qu'on sort de sous la maison, elle devient turquoise.
Avec des poissons rouges.
Mais pas des poissons rouges comme ceux des beaux-cours, enfin des aquariums.
Non, des poissons rouges corailes, verminions, carmain et bleu, magenta et vert.
Des poissons trop picots en fait.
Celui qui nous le dit, c'est Ernesto, le plagiste.
Car après quelques brasses, mes amis et moi rejoignons notre plage imaginaire.
C'est exactement la crie de mes parents, mais avec plein de lumière,
un glacier ouvert et du monde.
On arrive, chante mes parents, leur visager, clattant de joie,
chaque fois qu'ils retrouvent notre bicoque d'été.
Ils ouvrent les volets, montent les valises et mordonnent de me mettre à l'ombre.
Je prends mon temps pour marcher jusqu'à la maison,
parce que j'aime sentir la chaleur sur mes épaules.
Maman y jette un paréau.
Allez, rentre vite, cante, tu vas cramer.
On fait une scie, on va faire une scie.

On sieste, puis on file à la plage, on piqueniquera là-bas ce soir.
La sieste, donc.
Je commence mes vacances par une sieste,
puis j'irai ronger mon sandwich au bord de l'eau sombre.
Par chance, dès que Max et Chloé voient les volets de chez moi s'ouvrir, ils arrivent.
Salut, cante, enfin tu es là.
Ils ont apporté leurs masques et leurs tubas.
Tous les trois, nous partons retrouver Ernesto.
Ces cheveux ont poussé depuis l'an dernier et blanchi.
Il a un bandeau sur l'oeil, une main en crochet et un bébé singe sur l'épaule.
Avec mes amis, on construit des châteaux de sable,
on creuse des puits, des piscines, on dresse des remparts,
on trace une route jusqu'à la caute du glacier.
On aligne des bâtons d'esquimaux, en bois, par en plastique,
pour former un chemin en planche.
Et quand mes parents plantés en haut de l'escalier de la cave me crient,
cante, tu es là, qu'est-ce que tu fais ? On part à la plage.
Je me hâte de lâcher mes amis imaginaires.
Je n'aimerais pas que mes parents sachent que je viens de passer la journée au soleil.
Tubas en bouche, masques sur la tête et palme au pied, je remonte.
C'est formidable chérie, tu es prêt, c'est que stasie maman,
mais qu'est-ce que tu faisais dans la cave ?
Il est 20h30, on arrive à la cric bleue, enfin marron,
que les vacanciers ont déserté lui préférant une partie de pétanque
sur la place d'un village.
Papa a emporté les boules, mais dans le sable,
ce n'est pas pratique de les utiliser et puis on n'y voit rien.
Je cherche des yeux cloués, Max et Ernesto, mais ils ne sont pas là.
Au sol, je vois des restes de remparts, de châteaux.
Machinalement, je commence à les reconstruire.
Mais soudain, un enfant s'approche de moi.
Qu'est-ce que tu fais là, me demande-t-il ?
J'explique que mes parents ont leur idée du paradis
et que je suis roue, ils ne peuvent pas le deviner puisqu'il fait nuit.
Ces parents à lui se sont assis sur les rochers,
à l'autre extrémité de la plage,
le plus loin possible de mes parents pour être sûrs de ne pas leur parler.
Entre sauvages, ils vont bien finir par se rencontrer, me dit-il.
Ils me montrent sa soeur qui saute à cloche-pied sur la plage.
Et puis soudain, papa se lève et s'approche des rochers.
Il a un truc au bout de la main, un crochet ?
Non, une torche.
Et sur l'épaule, un singe ?
Non, une serviette.
Il crie.
Paveo ?
C'est pas vrai, c'est pas possible.
Paveo, c'est bien toi, c'est toi dans les rochers ?
Papa se met à courir.
Ernesto, c'est toi, c'est toi, Ernesto ?
Et les deux amis d'enfance courent l'un vers l'autre sur le sable
et se tombent dans les bras.
Bon, alors évidemment je suis toujours roue et il fait toujours nuit,
mais papa vient de retrouver un copain.
Assis sur la plage, on écoute leur milléen récits d'aventures estivales.
Donc vous sortiez pendant la journée quand vous étiez petits.
Dites-nous la vérité, vous alliez vous baigner
ou vous restiez cachés dans la maison leur diges ?
Ce n'était pas la même époque, ni le même soleil, répond papa.
Paveo pouf, nos mères rigolent et la nuit passe.
Alors le lendemain, quand on se donne rendez-vous
pour goûter tous ensemble et qu'on se quitte à regret,
il est 11h30 à nos montres.
Et la plage est remplie de châteaux et de piscines.
Les baigneurs se sont installés au cœur de notre monde.
Tu veux une glace, me propose maman
en quittant la cric bleue après notre nuit blanche ?
Une glace à l'eau à 11h30 du matin
en marchant vers chez nous dans notre petit bonheur grand comme l'été qui vient.
Depuis tout de suite, j'aime une chose de plus dans la vie,
que parfois son cours se modifie.
Et si on louait une barque tous ensemble,
un de ses jours dit papa, on pourrait déjeuner sur l'eau ?
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, Ouly ?
Non, une autre.
Ouly est un podcast original de France en Terre.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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