"L’enfant aux yeux de mer"

Durée: 12m17s

Date de sortie: 28/06/2023

durée : 00:12:17 - Une histoire et... Oli - Quoi de mieux qu'une jolie histoire, celle d'Oli, pour occuper vos enfants pendant les vacances, tout en les éloignant des écrans ? Et c'est grâce à Gwenaelle Aubry qui les emmène dans son imaginaire. Le sien est arc-en-ciel. - invités : Gwenaëlle Aubry - Gwenaëlle Aubry : romancière, philosophe, chercheuse au CNRS

Bonjour, je suis Guénel Aubry et je vais vous raconter l'histoire de l'enfant aux yeux de mère.
Quand Dima est née, ses yeux étaient grand ouverts, ses yeux étaient immenses et pas du tout comme ceux des autres bébés.
As-tu déjà vu les yeux d'un nouveau nez ? Ils sont toujours bleu gris ou gris bleu si tu préfères, un peu comme le ciel avant l'orage.
Et bien ceux de Dima n'étaient pas du tout comme ça.
Quand sa mère l'a prise dans ses bras pour la première fois, elle s'était criée.
Oh, regardez, elle a les yeux verts, verts comme une prairie.
Son père s'est penché sur elle et a dit, mais non, ses yeux sont noirs comme la nuit.
Son frère s'est approché et a protesté. Je ne suis pas du tout d'accord, ses yeux sont couleur d'or.
À force de regarder Dima, ils ont compris que ses yeux changeaient tout le temps.
En un instant, il passait du vert au violet, du violet au noir, du noir à l'or.
Quand elle se mettait en colère, il devenait gris français et gonflait comme des vagues.
Quand elle pleurait, des gouttelettes d'écumes scintillés sur ses longs cils et ses larmes laissaient sur ses joues des traces salées.
Quand elle souriait, on voyait dans ses pupilles des petits poissons d'argent.
Alors son frère a dit, je sais, c'est comme cette grande chose étrange que j'ai vu dans mon livre et qu'on appelle la mère.
Dima a des yeux de mère.
Dima a grandi. C'était un bébé très calme, qui faisait très peu de colère.
Seulement, Dima ne dormait jamais. En tout cas, elle ne fermait jamais les paupières.
Quand on l'a couché dans son berceau, ses yeux devenaient bleus, d'un bleu si pur, si limpide qu'on avait envie de s'y baigner.
Ils ne changeaient plus de couleur, mais ils restaient grand ouverts.
Ces parents et son frère s'y sont habitués. Ils n'avaient jamais quitté leur village, jamais franchi les montagnes qui l'entouraient.
Ils n'avaient jamais vu la mer.
Quand ils regardaient Dima, ils avaient l'impression de partir en voyage.
Ils imaginait des pays chauds, des eaux turquoises bordées de sable fin ou des océans froids où soufflent les tempêtes.
Ils avaient l'impression de voguer dans les yeux de la petite fille.
Le jour est venu où Dima est entré à l'école. En classe, tout allait bien.
Dima avait très envie d'apprendre à lire comme son grand frère.
Quand elle se concentrait sur la leçon de la maîtresse, la mer dans ses yeux devenait vert foncé, aussi calme qu'un lac de montagne.
Mais à la récréation, ça n'allait pas du tout. Personne ne voulait jouer avec elle.
Les autres enfants la trouvaient bizarre. Ils se moquaient d'elle. Ils l'appelaient Camélion et d'autres noms que je ne peux pas répéter.
Je crois qu'en fait, ils avaient peur d'elle. Certains disaient même que Dima était une sorcière.
Quand elle rentrait de l'école, ses yeux étaient toujours grippales et ses joues avaient un goût salé.
Qui a-t-il ma doucette, demandait sa mère, tu as pleuré ?
Non, non, réponda Dima. C'est juste que j'ai mal à la tête.
La nuit, Dima faisait des cauchemars. Son frère l'entendait crier.
Quand il allumait la lumière et se penchait par-dessus son lit superposé pour la rassurer, il apercevait.
Dans ses yeux grands tout verts et très bleus, des méduses, des requins, des monstres marins.
Un après-midi, peu avant les grandes vacances, la directrice de l'école a appelé les parents de Dima.
Leurs filles avaient fait une grosse bêtise.
Elle n'était pas retournée en classe après la récré de la cantine.
On l'avait cherché partout, dans les couloirs, dans les toilettes et même dans les placards à ballet.
Et puis, une dame de la cantine avait vu une flac sous la porte de la cuisine.
Dima était là. Elle avait ouvert tous les robinets.
Les éviers débordaient. La cuisine ressemblait à une piscine.
Il y avait de l'eau partout et Dima, pieds nus, était en train d'y verser tous les paquets de procès qu'elle avait trouvé.
Vous comprenez bien ? disait la voix sévère de la directrice au téléphone,
que dans ses conditions je préférerais que votre fille ne revienne pas à l'école avant la prochaine rentrée.
Les parents de Dima n'étaient pas contents du tout.
Ils l'ont beaucoup grondé et l'ont envoyé dans sa chambre jusqu'au dîner.
Quand ils l'ont appelé à table, elle n'a pas répondu.
Ils ont fini par aller la chercher.
La porte de la chambre était fermée à clés.
Ils ont frappé, crié, menacé, rien.
Le frère de Dima a proposé d'escalader le mur de la maison et de passer par la fenêtre.
Quand il a ouvert à ses parents quelques minutes après, il y était très pâle.
Dima avait disparu.
Tous trois sont aussitôt partis à sa recherche.
Heureusement, la nuit n'était pas encore tombée.
Une vieille dame qui promenait son chien leur a dit qu'elle avait vu passer
le camélé, oh pardon, je veux dire votre fille, sur le chemin de la rivière.
Dima était bien là.
Allongée à plavantre sur la rive, le visage juste au-dessus de l'eau, elle pleurait.
Ses parents l'entendirent supplier.
Rivière emporte mes larmes vers la mer.
Le lendemain, Dima est tombée malade.
Son front était brûlant et ses yeux amarré basses.
Deux petites flakkes troubles ou ondulées des alges.
Ses parents étaient très inquiets.
Ils ont installé un lit dans leur chambre pour la veiller.
Son frère s'est mis à faire des cauchemars-lieux aussi.
Une semaine s'écoula ainsi.
Le jour des grandes vacances, une rumeur s'est répandue dans le village.
On disait qu'une femme venait d'arriver de l'autre côté des montagnes.
Qu'elle habitait sous une tente près de la rivière.
Que sa peau n'était pas de la même couleur que celle des gens d'ici.
Qu'elle allait pieds nus et qu'elle portait des lunettes noires.
Son nom est Sol, disait les uns.
Elle s'appelle Ange, disait les autres.
Cette nuit-là,
la mère de Dima a rêvé de l'étrangère.
Debout sur la rive, à l'endroit où s'était tenu Dima,
elle chantait.
Rivière, conduit vers moi l'enfant, yeux de mère.
La mère de Dima s'est réveillée en sursaut.
Elle s'est levée pour aller voir sa fille dans son petit lit.
La fièvre était tombée.
Dima respirait mieux.
Et dans ses yeux grands tout verts, la mère était haute,
irisée de reflets bleus.
Le lendemain, dès l'aube,
les parents de Dima se sont mis en quête de l'étrangère avec leurs enfants.
La rumeur et le rêve étaient vrais.
Sol, Ange, campait là, au bord de la rivière.
Elle était très grande, très vieille et très dalle.
Elle portait une longue robe aux reflets argentés et des lunettes de soleil.
Elle leur a dit,
« Je vous attendais. Entrez ».
Ils se sont fauffillés à quatre pattes sous sa tante.
Elle les y a rejoints
et s'est assise en tailleur en face de Dima.
Elle a enlevé ses lunettes de soleil.
Ses yeux étaient immenses
et passaient en un instant du verre au violet,
du violet au noir, du noir à l'or.
Dima l'a regardé avec tant d'attention
que ses yeux à elle devenaient verts foncés.
Elles se sont souris et pfff !
On a vu passer dans leur prunel des petits poissons scintillants.
« Tu vois, ma toute belle, a dit l'étrangère,
tu n'es pas seule, je suis comme toi.
Moi aussi, j'ai des yeux de mer,
mais j'ai appris à les contrôler.
Je peux, si je veux, en fixer la couleur.
Et j'ai aussi appris à fermer les paupières.
Le veux-tu toi aussi ?
« Oui, a répondu Dima
et ses yeux étaient d'or.
Alors, partons !
Ils se sont mis en route tous les cinq,
Dima, sa mère, son père, son frère et l'étrangère.
Ils ont franchi les montagnes,
traversé des forêts, des déserts.
Parfois, sur leur chemin,
des étrangers surgissaient,
avec des lunettes noires et des gognes d'argent
qui leur refraient des fruits inconnu,
des gâteaux délicieux et des légumes exquis.
Après des semaines et des semaines de voyage,
ils sont arrivés au sommet d'une colline.
Et là, soudain, ils l'ont vu,
cette grande chose étrange, plus belle,
plus vieille encore que l'étrangère,
ils ont vu la mer.
Dima a dévalé la pente,
elle s'est assise sur la plage,
elle est restée des heures à regarder la mer.
Elle l'a vu bleu d'azur sous la lumière du matin,
dorée sous le soleil de midi,
verte quand hernouage est passé,
grise et gonflée de vagues quand le vent s'est levé,
violette quand le soleil s'est couché.
La nuit est tombée,
comme un grand drap doux effroissé.
Dima s'est allongée,
elle a posé sa tête sur les genoux de sa mère,
et pour la première fois depuis sa naissance,
elle a fermé les paupières.
Dors, Madima, a chantonné sa mère,
fait de beau rêve mon enfant aux yeux de mer,
taux d'eau mon enfant dos.
Voilà, l'histoire est finie,
et maintenant, Oli.
Non, une autre.
Oli est un podcast original de France en Terre.

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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