
"L'Eden des doudous", par Nicolas Fargues
Durée: 8m24s
Date de sortie: 17/11/2025
durée : 00:08:24 - Une histoire et... Oli - Nicolas Fargues est écrivain, auteur de romans. Dans son histoire de Boudi est un petit garçon partage tout avec son Doudou, ils ont vécu nombre d'aventures ensemble. Tellement que le doudou est tout abimé, râpé de toute part, il sent même la soupe aux choux. Bref, un vieux doudou, peut-être trop.
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Bonjour, je suis Nicolas Fargues et je vais vous raconter l'histoire de l'Éden des Doudou.
Le Doudou de Bouddhi sentait la soupe de poireau refroidi et lui manquait un œil,
la langue et la queue. Quant à sa belle couleur bleue d'origine, elle avait désormais viré au gris
rat. Son pelage, il était si rapé qu'on aurait pu se moucher dedans. Ce n'est pas tout. Depuis
quelques temps, le fil de sa hanche s'était décousu si bien que la mousse jaune qu'il y avait sous
le tissu débordait comme la chair d'une patate à la peau trop fine qu'on a fait bouillir trop
longtemps. Ce qui obligait Bouddhi à remettre sans arrêt du doigt la mousse à l'intérieur de Doudou,
car sans mousse, Doudou serait plat comme un gant de toilette. Voilà pourquoi on ne pouvait pas
envoyer Doudou à la machine à laver. Avec les tours du tambour, la mousse partirait d'un coup et à
Dieu Doudou. Bref, ce Doudou n'avait plus rien pour plaire à personne. Mais c'était depuis
toujours le Doudou de Bouddhi et Bouddhi l'aimait plus que tout son Doudou, pas plus que ses parents,
mais presque. D'ailleurs, lorsqu'ils se faisaient gronder par eux pour avoir, par exemple, versé
du sirop de grenadine dans ses pattes à la tomate ou pour avoir tenté de nettoyer les croûts du chat
avec sa propre brossadean, ils disaient toujours de toute façon, il n'y a que Doudou qui me comprend.
À quoi ses parents répondaient en général en riant « oh là là, tout de suite les grands mots ».
Et Bouddhi, quand ses parents lui disaient cela, ne savait pas s'il devait rire lui aussi ou s'empêcher
de rire pour leur montrer que vraiment, lui, il ne rigolait pas. Un soir, le papa et la maman
de Bouddhi se sont présentés ensemble au bord de son lit. Bouddhi, ça ne peut plus continuer
ainsi, tu vas finir par attraper des microbes et des poux avec ta peluche. Il faut l'emmener à
l'Eden des Doudous. L'Eden des Doudous, a grimacé Bouddhi, le paradis des Doudous,
si tu préfères, a précisé maman. Le paradis, ça veut dire qu'on dort tout le temps ? C'est
inquiété Bouddhi qui ne trouvait pas très clair cette histoire des Den. « Ah mais pas du tout,
dit papa. » Les Den est un lieu de délice, c'est même écrit dans le dictionnaire. Et les délices,
il n'y a pas mieux, puisque c'est délicieux. Maman a posé sa main sur la tête de Bouddhi avec des
yeux un peu trop gentils, exactement comme elle l'avait fait l'année de ses six ans chez le
docteur, juste avant qu'il ne lui fasse une piquure de rappel contre la coqueluche. Bouddhi s'en
souvenait très bien parce que dans coqueluche, il y a les mots « coque et peluche mélangés » et
ça, ça ne s'oublie pas. « Demain, après l'école, a dit maman, nous irons tous les trois faire une
promenade au square avec Doudou. Ensuite, tu lui feras un bisou, en fermer quand même bien la
bouche pour que les microbes n'y entre pas. Et puis tu le donneras à papa qui emmènera Doudou
à l'aéroport pour le mettre dans un avion à destination de l'Eden des Doudous. Mais moi aussi,
je veux prendre l'avion avec Doudou à protester Bouddhi. Impossible, a dit maman,
c'est un avion spécial pour les Doudous. Il est si léger que si tu montais dedans,
il ne pourrait pas décoller. Bouddhi était certain qu'il pourrait se faire tout petit
et monter dans l'avion lui aussi. Mais il a préféré ce terre parce que des fois,
les parents, ça ne veut rien comprendre. Il n'y avait que Doudou qui le comprenait.
Mais il savait déjà ce que ses parents pensaient à ce sujet. »
En ouvrant les paupières le lendemain matin, Bouddhi a cherché à tâton son Doudou qui n'était
jamais bien loin. En retrouvant le contact de son poil de mule au malade et son odeur de vieille
ratatouille, Bouddhi s'est aussi tout rappelé que ce soir après l'école, son papa emmenerait Doudou à
l'aéroport. Bouddhi s'est demandé si tout au fond de son lit, il n'existait pas une grotte secrète
où il pourrait cacher Doudou pour toujours. Mais le fond de son lit était comme tous les fonds
blis du monde, pas de grotte secrète, juste un drap replié sous un matelas.
À l'école, Bouddhi a fait comme d'habitude. Il a dessiné, découpé, collé, chanté. À la
récréation, il a sauté, couru et crié avec les autres. Il ne pouvait quand même pas confier à la
maîtresse que son papa emmenerait Doudou à l'aéroport après le squire. Sa maîtresse ne le connaissait pas
son Doudou. Et puis, s'il lui avait montré, elle aurait certainement dit, comme ses parents,
« Hum, il ne sent pas très bon ton Doudou, il n'a pas l'air en forme surtout ». Bouddhi aurait
déclaré qu'en tout cas, il était le seul à le comprendre. À quoi la maîtresse aurait répondu
elle aussi, « Oh là là, tout de suite, les grands mots ». Bref, encore une fois, ce terre, c'était
la meilleure chose à faire. C'est pour cela que, lorsque ses parents sont vus le chercher après
l'école avec Doudou pour une dernière promenade au squire, Bouddhi le leur a pris des mains sans
rien dire pour bien leur montrer qu'il n'était pas d'accord avec cette histoire d'aéroport. Et
une fois au squire, quand ils lui ont proposé de flanner dans la longue allée de bamboo, Bouddhi a dit,
« Avec Doudou oui, mais pas vous ». Bouddhi a bien vu que ses parents ne le quittaient pas des yeux
depuis le banc où il s'était assis. Mais il a marché seul avec Doudou le long de l'allée de
bamboo, comme s'il était un grand comme les autres. « Oh, mais le drôle de Doudou que voilà ! »
C'est exclamé un monsieur barbu de passage dans l'allée. Au lieu de se pencher vers Bouddhi,
comme le fond la plupart des grands, le monsieur s'est accroupi sur ses talons pour éviter que
Bouddhi ait à lever le menton. Elle était vraiment longue sa barbe. Et puis surtout,
il portait une boucle d'oreille en forme de clé. Bouddhi s'est demandé si elle pouvait ouvrir
une porte en vrai, même en étant aussi petite. Pour être bien sûr qu'il avait le droit de parler
avec ce monsieur bizarre ou méjantie, Bouddhi s'est retourné vers ses parents qui continuaient
à le regarder tout en restant assis. « Oui, mais mon papa va l'emmener à l'aident des
Doudous parce qu'il est trop sale et tout cassé », a dit Bouddhi tout en pointant du doigt ses
parents sur le banc. Le monsieur gentil a souri aux parents de Bouddhi en leur adressant un petit
signe de la main. Il a pris un air sérieux. « Tes parents s'en bligneraient que tous les
Doudous n'ont pas le droit d'aller à l'aident des Doudous. L'aident des Doudous, ça se mérite,
on n'y laisse pas entrer n'importe quel Doudou. C'est si agréable, si doux pour les Doudous,
ils s'y amusent tellement qu'ils veulent tous y aller. C'est pour ça que nous sommes obligés de
faire un choix. Je dis nous parce que j'y travaille moi à l'aident des Doudous, regarde. Avec son doigt,
il a désigné son oreille avec la boucle en forme de clé. Et on y entre avec ça. Impressionné par ce
monsieur, qui avait l'air de si bien connaître les dennes des Doudous avec cette petite clé à l'oreille,
Bouddhi a demandé si le sien aussi avait le droit d'y aller. Est-ce qu'il le mérite ? a demandé le
monsieur avec ses vérités. Bien sûr qu'il le mérite, c'est un dinier Bouddhi. Ce n'est pas n'importe
quel Doudou. Le monsieur a planté ses yeux droit dans le seul œil qu'il restait à Doudou.
Au bout de longues secondes de concentration, il s'est retourné vers Bouddhi en retrouvant son
sourire. Ton Doudou a beaucoup de chance. Je te confirme qu'il mérite son voyage pour les dennes
des Doudous. Comment vous le savez ? C'est étonné Bouddhi. Parce que personne ne comprend mieux
les Doudous que moi, lui a répondu le monsieur. En entendant cette phrase, Bouddhi s'est retenu de
lui répondre. Oh là là, tout de suite les grands mots. Sans savoir s'il devait s'empêcher de rire
ou bien se réjouir du grand bonheur qui attendait Doudou là-haut.
Et voilà, l'histoire est finie. Et maintenant, Oli. Non, une autre. Oli est un podcast
original de France Inter. France Music présente les Instru, un livre de Saskia de Ville.
Découvre ce que les instruments de musique ont à nous dire et comment ils fonctionnent. Les
Instru, de Saskia de Ville, un livre ludique et déjanté disponible en librairie.
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Oli
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