L'infiltration spectaculaire que le Kremlin n'a pas vu venir — Micode

Durée: 35m10s

Date de sortie: 25/09/2025

Le 1er juin 2025, l’Ukraine lance l’opération « Toile d’araignée », une frappe coordonnée par drones visant cinq bases aériennes russes de l’Arctique à la Sibérie. Nous revenons sur la préparation de cette mission clandestine, l’infiltration en profondeur des appareils et les failles qui ont pris de court les défenses et services russes. Vous comprendrez comment une attaque à très longue distance a redéfini les règles de la guerre moderne et le rôle d’un renseignement longtemps sous-estimé.


En plateau

  • Michaël de Marliave — animateur

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H-O-T-E.
Merci Airbnb et bon épisode.
Alors, vos présidents ukrainiens, Zerensky, bien d'appeler Aled, ce matin.
Le 1er juin 2025, alors que la guerre en Ukraine fait rage depuis plus de 3 ans,
des vidéos pour le moins spectaculaires inont soudainement toutes les boucles télégrapes.
5 bases aériennes russes sont attaquées en même temps.
Personne ne comprend.
Oh, госпode, encore une fois, les filles, encore une fois.
Delénia, dans l'article à Ukrainka en Sibérie Oriental,
les cibles sont distantes de plusieurs milliers de kilomètres.
La plus proche et à 700 km de la frontière ukrainienne, la plus lointaine, à plus de 6000.
Ce que les témoins filment ce jour-là ressemble à une scène de science-fiction.
L'opération était baptisée Toil d'araignée.
Le nom de code de cette opération coordonnée est préparé depuis un an et demi, Toil d'araignée,
un nom étrange pour l'une des opérations clandestines les plus folles du XXIe siècle.
Comment cette renante-il était infiltrée si profondément en Russie ?
Qui a réussi à tromper les défenses des services secrets russes ?
Et pourquoi personne ne les a veut venir ?
Voici l'histoire d'un petit service de renseignement que personne ne prenait au sérieux
et qui, en une seule nuit, a humilié une superpuissance.
Voici l'opération Toil d'araignée.
...
Depuis trois ans que la guerre a commencé,
l'aviation russe fait vivre un enfer permanent aux Ukrainiens.
Certaines villes sont pilonnées quotidiennement pendant des mois
et les gens se couchent tous les soirs avec la hantise d'un nouveau bombardement.
Les populations sont à bout.
...
Déjà, il y a les drones qui arrivent parfois par Santel.
Ces drones sont interceptés au 3 quarts par la défense antiairienne.
Ce qui est bien plus destructeur,
ce sont les missiles de croisière tirés par les bombardiers.
Il y en a rarement plus d'une centaine,
mais un seul d'entre eux peut tuer des dizaines de civils.
Or, ces missiles arrivent à des vitesses qui approchent les 1000 kmh
et sont particulièrement difficiles à intercepter par les Ukrainiens.
Alors, quelle option leur reste-t-il pour éviter la destruction de leur ville ?
En fait, il n'y en a qu'un seul, c'est d'atteindre directement les bombardiers.

Détruire un seul de ces avions reviendrait à détruire 15 missiles,
mais c'est même pas le plus intéressant.
La plupart de ces bombardiers russes datent de la guerre froide
et donc ne sont plus en production depuis 25 ans.
Les programmes de construction de nouveaux modèles s'éternisent
et la nouvelle génération n'est pas prévue avant 2030.
Mais alors pourquoi les Ukrainiens ne le font pas ?
En fait, détruire un bombardier, c'est loin d'être simple.
On n'est plus à l'époque où les avions larguaient leurs bombes à la verticale.
En général, ils tirent leurs missiles depuis l'espace aérien russe, au Bielorus,
parfois à plus de 1000 km de leur cible, donc hors de portée de la DCA.
Les Ukrainiens ne peuvent pas non plus compter sur leur aviation.
Les 3 quarts de leurs avions de chasse ont été détruits dès le début de la guerre
et leurs pilotes ne sont pas encore assez formés sur les F-16 fournis par les alliés.
Il ne reste en fait qu'un seul moyen de toucher ces bombardiers,
c'est d'utiliser leur talon d'achile.
Ce talon d'achile, c'est leur temps passé au sol, dans les bases aériennes.
C'est un problème qu'ont tous les avions, mais pour les bombardiers, c'est encore plus problématique.
Pour ces avions, il existe des accords de surveillance entre les Russes et les Américains.
Cet accord contraint ces signataires à garder à découvert,
leurs avions capables de porter des charges nucléaires,
afin qu'ils soient visibles par satellite.
Et qui dit visibles par satellite dit aussi particulièrement vulnérables d'un attaque aérienne.
Ce sont ces mêmes bombardiers qui pilonnent l'Ukraine depuis le début de la guerre.
C'est donc une cible idéale pour les stratéges ukrainiens.
Mais leur problème, c'est que les bases aériennes sont dans les terres.
Et pas n'importe quelle terre.
Les terres brusses, le plus grand pays du monde.
Les Ukrainiens n'ont jamais développé d'armes capables d'assurer les distances requises
pour frapper sur une telle profondeur.
Ce qu'il leur faudrait, c'est les missiles à longue portée que possèdent leurs alliés occidentaux.
Mais au début de la guerre, les Occidentaux sont formels, ils n'en donneront pas.
Ils craignent trop l'escalade avec la Russie.
Alors comment faire ?
Une idée, c'est d'utiliser des drones.
Depuis quelques années, les drones suicides sont devenus l'alternative low-cost au missile.
C'est moins puissant et ça va moins vite, mais ça a d'autres avantages,
comme la précision et la possibilité de choisir sa cible jusqu'au dernier moment.
Le problème, c'est que trouver des drones en Ukraine au début de la guerre, ça n'est pas si simple.
Les Ukrainiens n'ont pas une industrie de drones militaires suffisamment développées.
Ils ont un bon savoir-faire, mais ils ont tellement de problèmes de bureaucratie et de corruption
que les programmes de développement ont une inertie monstrueuse,
au point qu'ils ne produisent pas assez de drones pour alimenter leurs pilotes sur le front.
C'est dans ce contexte compliqué que va émerger une solution inattendue.
A l'été 2022, il y a trois dronistes amateurs qui ouvrent un nouveau canal Telegram.
Dessus, il publie une preuve de concept de la fabrication de drones suicides,
pas des gros drones militaires classiques faits pour porter des armes ou des caméras de surveillance,
mais des tout petits engin avec explosifs les moins chers possibles dont l'unique objectif est d'aller s'auto-détruire sur leur cible.
Mais nos trois dronistes ne s'arrêtent pas.
Ils joignent à leur publication la liste complète des pièces détachées achetées sur AliExpress
et un tuto pour expliquer les étapes.
Ce simple tuto va créer un engouement qui dépasse tout ce qu'ils avaient imaginé.
Partout en Ukraine, fleuristes, baristas, collégiens, blessés de guerre,
des milliers d'Ukrainiens s'y mettent.
Dans leur salon, dans leur cuisine, ils achètent et montent eux-mêmes des drones pour les envoyer sur le front.
Ils vont tester les pilotes et si tout est bien, ils vont envoyer à la frontière.
Le succès est-elle que d'autres initiatives comme ça vont être partout dans le pays ?
Au bout de trois ans de guerre, les Ukrainiens ont multiplié par dix leurs productions
et atteignent le chiffre complètement fou de 200 000 drones produits par mois.
Ils sont devenus le plus gros producteur de drones au monde.
Alors est-ce que ces drones pourraient être envoyés sur les bombardiers russes ?
À première vue, ça paraît quand même très compliqué.
Parce que les défenses des bas-aériennes russes,
ce n'est pas seulement des barbelés et des soldats qui patrouillent.
C'est aussi des radars qui vont repérer dans un rayon de 25 km
tout ce qui fait plus de 50 cm de large.
Des systèmes qui détectent les signaux de commande et les signatures de radiofréquences des drones
et puis en offensif, des missiles air-sol, des canons anti-airiens et des mitrailleuses.
Bref, ce sont des forteresses.
Le seul moyen de percer ces défenses, ce serait d'avoir des drones plus rapides et plus puissants.
Les Ukrainiens regardent ce qu'ils ont en stock et tombent sur de vieux drones de reconnaissance soviétique,
les TU-141 Striges.
Le Striges, il mesure 15 mètres de long.
C'est suffisant pour accueillir à les quelques centaines de kilos d'explosifs nécessaires pour détruire un avion.
Alors, la mission est lancée.
Deux vieux Striges sont modifiés et armés.
Leurs cibles, la base d'Engels, à 600 km de leur point de départ.
Objectif, détruire des bombardiers russes.
Les drones ont réussi à endommager 2 TU-95,
ceux-là même qui ont l'habitude de bombarder kiefs.
Les drones sont évidemment perdus, mais ils ont désormais la preuve que l'idée est bonne.
A ce moment-là, les officiers espèrent qu'ils ont trouvé la faille dans le système de défense russe.

Mais en fait, ils n'auront pas le temps de réessayer.
Parce que, en 2023, l'armée russe décide de mobiliser dans le conflit toutes ces divisions de guerre électronique,
qui installent le long de la ligne de front leur système de brouillage.
Ces systèmes de brouillage, utilisés en Syrie, sont les plus performants au monde.
Ils coupent sur des dizaines de milliers de km2,
tout contact entre les drones et les signaux GPS.
C'est un véritable mur électromagnétique qui sépare les deux armées.
Et les drones ukrainiens se font maintenant intercepter avant même d'avoir atteint la frontière russe.
C'est là qu'intervient un acteur improbable, le SBU, le service secret ukrainien.
Au début de la guerre, personne ne s'attendait à voir des solutions venir du SBU.
Le service n'était pas pris au sérieux et s'était souvent rendu ridicule par son manque de professionnalisme.
Quand graîné par la corruption, il n'avait jamais complètement réussi à rompre avec le FSB russe.
Et il était dirigé par un ami d'enfance de Zelensky, un ancien avocat qui ne connaissait rien au renseignement.
Sauf que la guerre va changer la donne.
Au bout de quelques mois, le directeur du SBU est démit de ses fonctions, à cause de son incompétence.
Et il est remplacé par un jeune général de 40 ans qui a passé toute sa carrière dans le renseignement, le général Maluk.
Et ce général Maluk, il a bien l'intention d'être pris au sérieux.
Par une série de purges, il nettoie le service des agents russes infiltrés.
Puis, avec l'aide de la CIA et de la NSA américaine, il essaie de mettre ses équipes à niveau.
Son but, s'entorer d'agents fiables et compétents.
Et ça finit par payer. Avec ses équipes, il connaît plusieurs succès tactiques, notamment dans des attaques coordonnées de drones.
Le service gagne en crédibilité.
Cette progression remarquable va un peu monter à la tête des agents du SBU, au point que ça va faire germer chez eux une idée folle.
Celle de tenter ce que l'armée n'arrive pas à faire depuis des mois.
Détruire des bombardiers russes sur leur propre sol.
Et de fait, il y a bien une dernière stratégie que personne n'avait vraiment osé envisager jusqu'à présent.
C'est de faire décoller des drones directement sur le territoire russe, au plus près des bases aériennes.
Personne n'avait osé, parce que, qui dit s'infiltrer en Russie, dit parvenir à Dupé, l'un des plus puissants services de sécurité intérieure du monde.
Le FSB.
Le FSB, c'est un héritage de l'URSS, un des pays qui surveillait le plus sa population.
Ils ont 300 000 agents déployés sur tout le territoire.
Et rien que pour la défense des frontières, leur budget est trois fois supérieur au budget total du SBU.
En fait, n'importe quel service de renseignement sérieux fuirait devant la perspective d'une telle opération.
Mais pour des raisons qui nous échappent, l'idée va être prise très au sérieux par le général Malouc.
Et il se montre si convaincant que l'opération est validée en haut lieu par le président lui-même.
L'opération Toil d'Areny est lancée.
Avec cette opération, Malouc sait qu'il risque gros.
Si il réussit, il montrera à la terre entière que le SBU est devenu un service secret de premier plan.
Si ces agents sont démasqués, la propagande russe sautera sur cette occasion de les humilier.
Ils doivent donc préparer chaque détail à la perfection.
Pour commencer, Malouc identifie cinq bases aériennes à cibler.
Deux près de Moscou, une dans le Grand Nord, et puis deux au fin fond de la Sibérie.
C'est ambitieux, mais quitte à infiltrer les drones en Russie, autant faire le maximum de dégâts.
Puis, il demande à ses équipes de plancher sur la première question concrète.
Quels drones peuvent-ils espérer infiltrer en Russie ?
Bien sûr, les premiers drones auxquels il pourrait penser, ce sont les Striges, ceux qui ont bombardé Engels.
Sauf que c'est impossible d'espérer infiltrer discrètement des drones de 15 mètres de long, et de les faire décoller sur le territoire russe.
Et puis même leur expérience récente a montré qu'ils se faisaient facilement interceptés.
Et si, à l'inverse, les Ukrainiens décidaient d'envoyer un drone insignifiant ?
Dans les catalogues de l'armée, il y a notamment un quadricoptère FPV qui coûte quelques centaines d'euros.
L'Osa, autrement appelé la GEP.
C'est un drone qui pourrait typiquement avoir un usage civil.
Non seulement, il pourra peut-être être introduit en Russie, mais encore mieux, il pourrait passer sous les radars des bases aériennes.
L'Osa est un très bon drone, mais qui pose un défi de taille.
Ce minuscule appareil n'a pas du tout été conçu pour s'attaquer à un bombardier qui fait 100 fois sa taille.
Il a 25 km de portée, 15 minutes d'autonomie et une charge utile limitée à 3,3 kg.
Alors comment espérer détruire un avion qui nécessite habituellement plusieurs centaines de kilos d'explosif ?
Si vous connaissez le jeu vidéo GTA, vous aurez peut-être une proposition qui a l'air stupide,
à savoir viser le réservoir d'Escence, ce qu'on fait dans le jeu pour exploser une voiture avec un sniper.
Eh ben je vais peut-être vous surprendre, mais autant dans le jeu c'est complètement irréaliste, autant là, c'est pas bête du tout.
Ce qui est irréaliste dans GTA, c'est que l'Escence, tout comme le kerosene, a besoin d'une quantité d'air suffisante pour brûler ou exploser.
Contrairement à ce qu'on pourrait croire, le kerosene, ça s'enflamme difficilement dans un réservoir fermé.
Il faut suffisamment d'oxygène pour brûler.
L'idée des agents du SBU, c'est donc de munir les drones non pas d'une, mais de deux charges explosives.
La première pour percer le blindage du réservoir et la seconde pour exploser à l'intérieur.
Si le drone vise juste, tout l'avion devrait prendre feu. Et c'est justement là le second défi.
Déjà, pour espérer viser juste, il faut pouvoir piloter correctement le drone à distance. Et rien que ça, c'est pas gagné.
En fait, les Ukrainiens ont l'habitude de piloter leurs drones à l'aide du réseau Starlink.
Parce que depuis le début de la guerre, la plupart des infrastructures ont été démolies par les bombardements russes.
Donc les Ukrainiens avaient presque plus de réseaux internet.
Ils ont donc obtenu de SpaceX d'activer Starlink sur le territoire ukrainien pour un usage civil.
Bien sûr, ce réseau va presque avoir immédiatement un usage militaire.
Les Ukrainiens l'utilisent pour leur communication sur le champ de bataille et ajoutent des terminaux Starlink à leurs drones.
Ils vont même aller plus loin et demander à SpaceX d'étendre la couverture sur les zones occupées de la Russie pour mener leurs attaques.
Sauf que cette fois, Elon Musk dit non.
Déjà, théoriquement, il n'a pas le droit.
Depuis le début de l'invasion russe, par respect des sanctions envers la Russie,
il a coupé l'usage de Starlink sur tout le territoire.
Mais surtout, il souhaite que Starlink garde un usage civil.
Le SBU doit donc trouver une autre solution.
C'est là qu'un de leurs ingénieurs arrive avec une idée.
Apparemment toute bête.
Pourquoi ne pas tout simplement utiliser le réseau 4G russe ?
L'idée a l'air toute simple comme ça, mais elle se hurte quand même à quelques problèmes.
Déjà, c'est un réseau contrôlé par les Russes.
Donc, à tout moment, il pourrait détecter un trafic anormalement intense autour des bases aériennes et tirer la sonnette d'ala.
Ensuite, avec une distance de plusieurs milliers de kilomètres entre le pilote et le drone,
le réseau 4G aura sans doute de la latence, ce qui n'est pas idéal pour contrôler une gap à 70 km.
Enfin, il est très possible que même le réseau cellulaire soit brouillé.
Peut-être pas dans toute la zone, mais au moins au sein des bases.
Autant pour le fait d'être détecté sur le réseau, c'est malheureusement un risque à prendre.
Autant pour le reste, il est hors de question de compter sur un coup de chance.
C'est là où les ingénieurs de l'opération Toldar Aynier vont avoir une idée très astuciuse.
C'est d'automatiser partiellement le vol des appareils.
L'automatisation des drones, c'est un problème que se posent toutes les armées du monde.
L'armée américaine a par exemple dépensé des dizaines de millions de dollars dans les programmes de l'entreprise SHIELD AI,
dont le but est de permettre aux drones de se piloter dans un environnement GPS dégradé.
C'est exactement ce que cherchent les ingénieurs de l'opération Toldar Aynier.
Mais c'est complètement hors budget.
Donc, il leur faut un plan B.
Il se trouve que ce plan B, il est utilisé par tous ceux qui bricolent des drones dans leur chambre,
et il s'appelle ArduPilot.
ArduPilot, c'est un logiciel open source qui s'installe directement sur le contrôleur de vol du drone
et qui est capable d'automatiser de nombreuses opérations de pilotage.
Suivite trajectoire, stabilisation, c'est clairement pas un truc fait pour l'armée,
c'est communautaire, un peu bordélique, mais l'avantage, c'est que ça ne coûte rien et qu'on peut en faire ce qu'on veut.
Seul problème, le code de conduite des développeurs ArduPilot précise qu'ils n'ont pas le droit d'utiliser leur véhicule comme des armes.
L'opération Toldar Aynier est dans une impasse.
Je rigole, bien sûr, les Ukrainiens, on n'a rien à foutre, ils utilisent déjà ArduPilot partout.
Pour gagner du temps, ils vont reprendre les schémas des drones qu'ils envoient déjà sur le front, notamment les Baba Yaga.
A la place des Terminostar Link, ils vont mettre des Modem KJ,
qu'ils connectent à un ordinateur type Raspberry Pi.
Ils y branchent une webcam et le relient à un contrôleur de vol sur lequel est installé ArduPilot.
L'autopilot leur permet déjà de stabiliser le vol des drones et de lui faire maintenir une direction même lorsqu'il perd le signal.
C'est pas mal, mais ça ne suffit pas.
Ce que veulent les officiers du SBU, c'est que les drones utilisent eux-mêmes la caméra pour se diriger et que grâce à cette caméra,
ils parviennent à viser les réservoirs de kerosene avec une précision millimitrique.
Et tout ça malgré la latence avec le pilot.
Là encore, les militaires du SBU ne sont pas les premiers à être confrontés à ce genre de problème.
Dès les années 60, l'armée américaine a cherché à guider ces missiles à l'aide d'une simple caméra.
Classiquement, les missiles s'appuient sur les lignes de contraste de l'image pour corriger leur trajectoire.
Ça pouvait être très efficace, mais pas à tous les coups.
Selon les changements d'angle ou de luminosité par exemple, le missile pouvait perdre sa cible.
Certes, la recherche en computer vision a fait beaucoup de progrès, notamment à l'aide de filtres Kalman ou Sobel,
pour mieux identifier les contours des cibles, mais aujourd'hui, même une petite équipe avec peu de budget peut faire beaucoup mieux en utilisant l'IA.
Et plus précisément, les réseaux de neurones à convolution.
Ce que veulent les ingénieurs, c'est un programme qui reconnaît un réservoir de kerosene.
On pourrait voir ça comme une grande fonction, à laquelle on donne les images reçues par le drone, et qui doit répondre 1,
si le drone est en train de viser le réservoir d'un bombardier, et 0, sinon.
Jusque là, dans les programmes de computer vision classiques, les ingénieurs construisaient eux-mêmes cette fonction,
à partir de motifs visuels qui leur paraissaient pertinents.
Les angles de l'aile, les couleurs, etc. C'était super laborieux et ça permettait de prendre en compte qu'un nombre de paramètres limités.
A l'inverse, le réseau de convolution détermine lui-même les correlations entre les photos qu'on lui donne.
Personne ne décrit pour lui les motifs à repérer, il apprend tout seul à les identifier.
Regardez, par exemple, ça c'est un outil qui permet d'explorer les poids d'un réseau à convolution, qui reconnaît les tasse de café.
Juste pour se faire une idée.
Eh ben, on peut voir que le réseau a compris tout seul qu'une tasse de café a une anse, une tâche marron, etc.
Ça permet d'obtenir de bien meilleurs résultats.
Mais il y a quand même une grosse contrainte, c'est que pour l'entraînement, il faut le dataset le plus complet possible.
Pour que LIA reconnaisse le réservoir de Kerosene, quel que soit le contexte.
Et les dataset avec des milliers de photos de bombardiers russes sous tous les angles, ça court pas les rues.
Alors, comment faire ?
Les deux avions que le général Maliouk a identifié sont le TU-22 Backfire et le TU-95.
Deux avions, qui, souvenez-vous, ont été développés par la Russie pendant la guerre froide, ou plutôt par l'URSS.
Et ça, ça change tout.
Parce que l'Ukraine était une république soviétique.
Et comme c'était la république la plus à l'ouest de l'URSS, elle avait une grande partie des bombardiers sur son sol.
Au point que, lorsqu'elle est devenue indépendante en 1991, l'Ukraine était carrément la troisième puissance nucléaire mondiale,
en termes de nombre d'ogives et de bombardiers.
Sauf que, à l'époque, ça faisait peur à tout le monde que le nombre de puissances nucléaires se multiplie.
Et les États-Unis et la Grande-Bretagne ont fait pression sur l'Ukraine pour qu'elle rende son arsenal nucléaire à la Russie.
Ce qu'elle a fini par faire, mais elle a quand même gardé quelques exemplaires non opérationnels de ces bombardiers.
Et certains se trouvent toujours au musée de Pôle Tavat.
Je sais pas si vous vous rendez compte de l'ironie, mais le SBU a la possibilité d'entraîner son NIA sur des modèles réels, à la maison.
Et ils vont pas se faire prier.
Les ingénieurs étudient toutes les faiblesses des bombardiers visés et répètent l'entraînement laborieusement jusqu'à ce que l'IA ait la meilleure précision possible.
Et ça a l'air de marcher. La plupart du temps, même dans de mauvaises conditions, les drones semblent capables de toucher leur cible.
Maintenant que les drogues sont opérationnelles, il reste encore le plus important. La mission d'infiltration.
Cette partie de l'opération est cruciale, parce que non seulement les OSA ne peuvent pas voler sur plus de 25 bornes,
mais plus ils décollent près des bases, plus ils ont de chance de passer sous les radars.
Sauf que c'est pas seulement la partie la plus importante de l'opération, c'est surtout la partie la plus risquée.
Il faut infiltrer secrètement une armée de drones kamikaz à des milliers de kilomètres de Kiev,
dans le pays le plus dangereux du monde pour un agent ukrainien.
Tout en plus que la Russie a connu de nombreux attentats depuis le début de la guerre, et donc que le FSB et les polices sont particulièrement accrants.
Pour des raisons évidentes, c'est une partie de l'opération sur laquelle on n'a que peu de détails.
Mais suffisamment pour comprendre que, à ce moment, le SBU décide de tenter un énorme coup de poker.
Pour commencer, ils vont faire très attention à garder le secret, en donnant à chaque équipe uniquement les informations dont elle a besoin pour accomplir sa tâche.
Une équipe de techniciens doit construire des cabanes de jardin, des agents dormants doivent ouvrir une entreprise de transport routier, à Chellabinsk en Russie.
Seuls les têtes pensantes de l'opération savent ce qu'il va se passer.
Puis, un jour, probablement fin 2024, un douanier russe se fait approcher près de la frontière cibérienne par des camionneurs, qui transportent des cabanes de jardin.
Ils constatent alors que ces camionneurs n'ont pas les autorisations nécessaires pour importer les panneaux solaires qui sont sur les toits des cabanes.
Le douanier est censé leur refuser l'entrée en Russie.
Mais, avec un gros chèque, il se laisse convaincre qu'il n'y a pas de mal à fermer les yeux pour cette fois.
Ce qu'il ne sait pas, c'est que ces panneaux solaires sont là pour alimenter 30 drones armés qui seront cachés dans le faux plafond de ces cabanes.
On ne sait pas exactement comment le SBU a fait entrer les drones dans des coffres de voitures ou en pièces détachées.
Ce qu'on sait par contre, c'est qu'en arrivant à Chellabinsk, les camions du SBU, les drones et les charges explosives se retrouvent tous au même endroit dans un hangar.
Pour faire traverser les cargaisons sur des milliers de kilomètres jusqu'au base aérienne, en plein territoire ennemie, le SBU n'a pas tellement envie d'envoyer ses propres agents.
Ils vont s'y prendre autrement.
Une fois les faux plafonds chargés et camouflés, ils vont tout simplement appeler une société de transport.
Les chargements seront confiés à des camionneurs russes.
Les camionneurs ignorent évidemment le contenu réel de leurs chargements.
Ils ignorent aussi que la date de livraison qu'on leur a donnée le 1er juin correspond au jour où, en 1994, les Ukrainiens ont dû rendre leur bombardier à la Russie.
Mais ce qu'ils ignorent surtout, c'est que les lieux auxquels on leur a demandé d'apporter leurs chargements sont chacun à environ 8 km d'une base aérienne russe.
Au mois de mai 2025, l'excitation au SBU commence à monter.
Pour l'instant, tout s'est déroulé sans accro.
Le général Malyuk peut maintenant se concentrer sur le jour de l'attaque.
Ils recrutent les meilleurs pilotes de l'armée ukrainienne et les brifent sur leur mission.
Il y a 117 drones embarqués dans 5 camions.
Ces camions seront positionnés à 8 km d'une des 5 bases aériennes russes visées.
Olenya, Ivanovo, Diagilevo, Palaya et Ukrainka.
Les drones ont chacun une double charge explosive de quelques centaines de grammes.
Ils ont une autonomie de 15 minutes pour une distance de 25 km.
Leurs batteries seront chargées à bloc et, au moment du départ, à 17h25, chaque pilote devra prendre en main son drone.
Il aura alors moins de 15 minutes pour voler jusqu'à la base aérienne en évitant les tirs,
s'approcher de sa cible malgré les pertes de signal et faire exploser les ojives sur le réservoir de kerosene.
Après 15 minutes, plus de batteries. Ils n'auront pas de secondes chances.
A chaque pilote, on fournit un modèle du terrain, la localisation des maisons, le trajet et comment s'y rendre.
Il subisse un entraînement intense pour être parfaitement prêt.
Si il se rate, c'est un an et demi de préparation qui part en fumée.
Fin mai, les camions quittent Chelljabinsk.
Le 28, les agents ukrainiens quittent la ville à leur tour pour le Kazakhstan.
Le 1er juin, à 5h du matin, tous les pilotes sont rassemblés dans le centre de commandement de l'opération.
Leur chef le retire leur téléphone portable pour la journée et chaque pilote s'installe à son poste.
Désormais, il n'y a plus que eux et la cible.
A 17h25, sur le toit des camions, les panneaux solaires des maisons se lèvent les uns après les autres.
L'attaque peut commencer.
Près d'Olejna et Baleia, une nuée de drones sort des toits des camions.
Sur un des camions, des citoyens russes montent pour détruire les drones à l'aide de Caillou.
Mais c'est trop tard.
Les drones volent déjà vers les bases aériennes qui ne sont plus qu'à quelques kilomètres.
Là, une mauvaise nouvelle arrive des drones de la base Dukrenka.
Le camion, qui avait atteint le fin fond de la Sibérie, a subitement explosé à cause du dispositif d'autodestruction.
Peu importe sur les autres, les drones restent concentrés sur leur mission.
Ils approchent des bases aériennes et s'apprêtent à passer les systèmes de défense rapprochés.
A la base de Diego Evo, les drones vont malheureusement être repérés et sont abattus.
Ils le restent donc plus que trois bases.
Et là, pour le coup, à Olejna et Baleia, les pilotes n'en croient pas leurs yeux.
Ils ont réussi à pénétrer l'enceinte de la base.
Devant eux, les TU-95, armés remplis de kerosene, prêts à décoller vers l'Ukraine.
En quelques heures seulement, le monde entier découvre stupéfait les images de l'attaque.
Et apprends par un communiqué du SBU que plus de 40 avions auraient été détruits.
Sur le coup, ça paraît tellement énorme que les commentateurs sont sceptiques.
Est-ce que ce ne serait pas juste un gros coup de com de la propagande ukrainienne ?
Sauf que, très vite, les preuves s'accumulent.
Sur des chaînes télégrammes russes, les témoignages se multiplient.
Des vidéos amateur montrent les drones en train de sortir des camions
et des ausinters retrouvent même le fameux hangar de Tchelyabinsk.
Et surtout, dès le lendemain, des images satellites vont confirmer la catastrophe.
Alors les 40 avions annoncées par l'Ukraine ont été surestimés,
mais il y a maintenant la preuve qu'au moins 12 avions ont été détruits.
Avec cette opération, le SBU a inscrit son nom dans l'histoire.
Plus qu'une opération réussie, c'est un message envoyé au monde entier.
Avec de l'ingéniosité et quelques milliers d'euros,
une petite équipe motivée peut faire trembler une super puissance.
Avec des drones, aucune cible n'est vraiment hors d'attente.
Pas même la Sibérie.
Suite à ce coup d'éclat, le forêt gagne l'Ukraine.
Mais en temps de guerre, le forêt élas ne dure jamais longtemps.
Malgré les pertes réelles et l'humiliation infligée à leurs ennemis,
les bombardements reprennent de plus belle.
La guerre est loin d'être terminée.
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Les infos glanées

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