Juste avant de démarrer l'épisode, un petit mot pour ceux qui ont déjà pensé à mettre leur logement sur Airbnb,
le partenaire de cet épisode, mais qui se disent que ça fait un peu trop de travail.
Eh ben, Airbnb propose un truc plutôt malin.
Le réseau de CoAute.
J'ai des potes qui font ça parfois le week-end à Paris et c'est très pratique.
Imaginez, pendant que vous êtes absent, un CoAute expérimenté s'occupe de presque tout.
La remise des clés, le ménage, les échanges avec les voyageurs,
même la gestion du calendrier ou des photos si besoin.
Ça vous permet de générer un petit peu d'argent pour vous faire plaisir sans avoir à vous en occuper.
Alors, trouvez un CoAute sur rbnb.fr slash haute.
H-O-T-E.
Merci Airbnb et bon épisode.
Aujourd'hui, on a la chance de recevoir une détective privée.
Elle fait des filatures, mène des enquêtes sous des fausses identités
et résout des affaires que la police ne peut pas toujours traiter.
Mais surtout, elle a une spécialité très originale,
c'est qu'elle traque les œuvres d'art volées.
Elle va nous raconter comment elle a résolu l'affaire d'une mère
dont la propre fille lui avait volé ses tableaux.
Mais surtout, elle va lever le voile sur le marché noir de l'art.
Comment des tableaux servent à blanchir des millions ?
Pourquoi des œuvres pillées par Daesh finissent au Louvre ?
Et où se cachent les chèdœuvres volées depuis 30 ans ?
C'est le troisième trafic mondial derrière la drogue et les armes.
Et elle en connaît tous les secrets.
Ce que je te propose, c'est de partir de la base.
On va rentrer dans le trafic d'art,
mais tu es aussi la première détective qu'on reçoit.
Est-ce que tu peux nous expliquer déjà ce qu'est un détective privé ?
Est-ce que c'est un truc qui est encadré ?
Quelles sont les trucs que tu n'as pas le droit de faire ?
C'est quoi les limites de l'exercice ?
Effectivement, c'est un métier qui est soumis à une réglementation,
qui est rechis par le code de la sécurité intérieure.
Ce n'est pas rien non plus.
C'est un métier qui est soumis à une formation.
C'est un vrai cursus.
On ne peut pas se dire demain,
« Tiens, je deviens détective, je fais une plaque que je colle et je suis un quitterre, ça ne marche pas ».
Parce qu'évidemment, on est une profession qui érégie,
mais c'est surtout qu'on a un cadre légal à respecter,
parce qu'on ne peut pas faire n'importe quoi.
Donc on est soumis au droit commun.
Donc on a plein de choses qu'on n'a pas le droit de faire.
Et donc ça, il faut le savoir, il faut être au courant,
parce que si on fait des enquêtes et qu'on va chercher des preuves,
alors qu'on n'est pas censés être capables d'aller les trouver,
ça va être retoqué en justice ou ça ne va pas être recevable,
et donc malheureusement, on aura travaillé pour rien.
Voir même, on peut carrément mettre soit notre client en danger, soit nous au niveau judiciaire.
– Typiquement, tu as le droit de faire quoi ?
Genre, par exemple, l'affilature ?
Tu as le droit de suivre des gens dans la rue ?
– Voilà.
Mais par contre, donc on a le droit de recueillir des informations sur des personnes dans la rue,
mais ça doit être un lieu public.
Parce que si on est dans un lieu privé,
le principe du lieu privé, c'est que c'est privé.
Donc voilà.
Après, on va dire qu'il y a un entre-deux,
c'est-à-dire qu'il peut y avoir des lieux privés,
mais qui sont à destination du public aussi.
– Par exemple, une boutique.
Quelqu'un qui, que tu sais, hop, qui rentre dans une boutique de fringue.
– Bah, on a le droit, et tu as donné que c'est accessible au public.
Après, voilà, il faut voir, ça peut être aussi accessible au public,
mais reste train que à certaines personnes,
et si moi je ne suis pas censée y être, je ne vais pas pouvoir y aller.
– Et est-ce que tu peux genre placer une caméra qui filme vert chez quelqu'un ?
Mais depuis la rue ?
– Eh ben, étant donné que tu vas filmer l'intérieur d'une propriété privée, non ?
Ah, c'est ça qui est difficile avec ce métier, mais qui est très intéressant.
C'est que, effectivement, c'est du cas par cas,
et il faut toujours juger si là, la preuve, elle sera recevable ou pas.
Donc, ça peut changer si c'est juste que le voir sortir,
et on ne voit pas du tout, et que c'est juste, on voit le trottoir, c'est public.
Ben oui, c'est public, ok, c'est public.
Par exemple, une personne qui est sur son balcon.
Je peux se dire, la personne est sur le balcon, on voit depuis la rue.
Non, son balcon, c'est un endroit qui est privé,
même si tout le monde voit son balcon, c'est privé.
Donc, on ne va pas avoir la capacité de récupérer ces images-là.
Donc, voilà, il y a toujours un peu de...
Voilà, et pour l'interdue d'une voiture.
Pareil. Après, il y a des jurisprudences.
C'est-à-dire qu'il y a des jurisprudences, petit à petit, qui évoluent en disant,
est-ce que là, à ce moment-là, un détective,
il avait le droit de récupérer la preuve ou pas en fonction...
Il y a le droit commun de base, et après, la jurisprudence,
qui vient appuyer un peu plus sur certaines problématiques.
Mais voilà, il faut toujours se renseigner justement sur l'évolution des lois,
parce que ça bouge beaucoup.
Moi, j'ai entendu que les missions des détectives,
c'était vraiment énormément des histoires de tromperies ou de couples, etc.
Est-ce que c'est vrai ?
Alors, énormément, je ne sais pas à quel point...
Enfin, oui, ça fait partie du métier, activement.
Ça reste... L'adultère reste un secteur des enquêteurs privés.
C'est un marché.
C'est un marché, tout simplement, parce que ça fait...
C'est dans le Code civil, en fait.
Et le Code civil, il prévoit qu'on a un devoir de fidélité envers son mari,
ou sa femme, et que, malheureusement,
si on ne respecte pas ça,
ça veut dire qu'on ne respecte pas quelque chose qui tient du Code civil.
Donc la preuve est utile au tribunal, en fait ?
C'est ça, et c'est surtout potentiellement ça peut amener,
vu qu'on ne respecte pas ce devoir-là,
ça peut amener à un divorce pour faute.
Donc, dans un cadre de divorce,
potentiellement, c'est intéressant pour un des deux époux d'avoir cet élément-là.
Donc, oui, des fois, effectivement,
il faut qu'on démonte ça pour que le divorce pour faute soit prononcé.
Y a quoi d'autre comme type de client de mission ?
On a énormément aussi tout ce qui touche aux entreprises.
C'est-à-dire qu'une entreprise, par exemple,
qui se retrouve avec un salarié qui est en arrêt maladie abusif.
Oula !
Voilà.
Mais comment tu profites que c'est faux ?
Par exemple, je ne sais pas s'il est censé être en arrêt maladie,
parce qu'il ne peut plus travailler ou il a eu un accident du travail,
et qu'il est en vacances ou je ne sais pas ce qu'il fait.
Nous, on peut montrer une régularité en disant,
tous les jours, il sort, il fait ça, il va faire du vélo, il va faire du footing.
Il n'est pas censé pouvoir porter des choses lourdes,
et en fait, il porte toujours des choses lourdes.
Donc ça, ça peut être intéressant pour une entreprise.
Ça se recoupe un petit peu avec la fraude à l'assurance,
justement, parce que, par exemple,
on a des assurances qui font appel à des enquêteurs privés.
Pour dire, d'ailleurs, on a même une certification particulière qui s'appelle Alpha.
Donc, c'est agent de lutte contre la fraude à l'assurance.
Énorme.
Voilà.
Je découvre un monde.
Et donc, c'est les assurances qui font appel aux enquêteurs
pour démontrer si on a une personne qui est en pareil,
qui touche une indemnisation suite à un arrêt de travail,
un accident corporel et tout ça.
C'est l'assurance qui va demander à faire une enquête,
parce qu'elle estime, ou elle pense, à la dédoute,
que l'assurer en question fait de la fraude,
c'est-à-dire qu'il bénéficie de l'indemnisation
alors qu'il n'est pas censé en bénéficier.
Donc, ça va toucher également tout ce qui est fraude
au niveau de la revente de voitures aussi.
Par exemple, si un assuré dit qu'il a eu un accident de voiture,
alors qu'on ne fait pas du tout,
c'est juste qu'il veut toucher l'admnisation pour un accident de voiture,
lui, l'assurer et sa voiture, elle va très bien.
Il va toucher une indemnisation, il va être content.
Du coup, l'assurance, ça va faire appel à un enquêteur
pour démontrer qu'il n'y a pas eu d'accident, en fait.
On a parlé de filature en vrai, etc.
Est-ce qu'il y a aussi une composante technique,
on parle souvent dans l'émission de tout ce qui est enquête d'Ozint.
Toi, est-ce que c'est un truc que tu sais faire
et que tu as eu besoin d'utiliser déjà dans les enquêtes ou pas ?
Oui, dans tous les cas,
moi, c'est devenu essentiel dans toutes les enquêtes que je faisais,
où il fallait absolument que j'ai une phase d'investigation aux Izint.
Une compagnie d'assurance nous dit qu'il a tel adresse.
Moi, je vais aller checker si effectivement je peux bien vérifier
qu'il est bien tel adresse.
Alors, ça peut être tout simplement
en allant sur des registres ou ce genre de choses,
mais c'est aussi aller voir les réseaux sociaux tout ça,
si j'arrive à avoir des infos aussi,
il reste dans cette zone-là,
parce que ça m'est déjà arrivé d'avoir des cas
où si je fais pas de préenquête ou quoi,
et qu'on me dit oui, c'est tel adresse,
moi, j'y vais et en fait, la personne n'habite plus là,
donc j'ai perdu un temps fou.
Après, il y a plein d'autres petits trucs,
ça m'est déjà arrivé de me rendre compte sur les réseaux sociaux
que la cible en question, elle avait des chiens.
Moi, quand je vais arriver,
je vais peut-être pas avoir le même comportement,
parce que si c'est une maison et qu'il y a des chiens
et que à peine je m'approche, ils aboient,
malheureusement je vais me faire cramer.
Et après, on peut trouver des éléments un peu plus intéressants
si on creuse, on se rend compte que je ne sais pas,
la personne, en fait, elle a créé une entreprise
et donc on peut voir où c'est des personnes
qui ont créé plusieurs entreprises entre eux,
et si on est dans un cadre de fraude,
on se rend compte qu'il y a peut-être des sociétés-écrans
où il y a des choses comme ça,
on est capable de remonter sur les entreprises,
les registres du commerce, etc.
On va remonter, on peut faire un panorama
de toutes les personnes un petit peu concernées là-dedans,
donc ça permet aussi de récupérer d'autres infos en amont.
Et donc moi, ça me permettait de préparer mes enquêtes terrain.
Et ce qui est particulièrement
justement intéressant avec ton profil,
c'est qu'au-delà de ces missions plutôt classiques
chez les détectives, tu t'es spécialisé,
donc quelque chose de beaucoup moins classique,
à savoir le trafic d'œuvre d'art.
Et je pense que le plus simple, c'est de partir d'exemples,
de tes missions à toi.
C'était quoi tes missions de trafic d'art typiquement ?
Moi, par exemple, je vais avoir des cas très différents,
comme tout simplement une personne qui vient me voir en me disant
que sa fille lui a volé des tableaux
et qu'elle a vendu ces tableaux sur le marché.
Du coup, j'ai réussi à avoir des informations via la fille,
qui au bout d'un moment crachait le morceau.
Mais ça typiquement, c'est intéressant comme exercice,
c'est-à-dire que toi, tu fais quoi ?
Tu joues carte sur table sur le fait que tu es en train d'essayer
de retrouver les tableaux ?
Ou est-ce que tu fais passer pour un personnage ?
Là, pour le cas, j'ai joué carte sur table
parce que je connaissais la maman, la cliente, tout ça.
Et donc au bout d'un moment,
à force d'essayer de lui tirer les vers du nez,
elle a donné les informations.
Mais après, potentiellement, ça m'est déjà arrivé,
je ne sais pas, je vais avoir des informations
sur une personne qui travaille dans une maison de vente.
Mais je vais arriver, je vais me faire passer pour une cliente.
Je vais dire que je suis très intéressée par tel artiste
parce que c'est tel artiste qui m'intéresse,
parce qu'il y a une problématique avec tel tableau
qui est du même artiste.
C'est vraiment un peu au feeling.
Là, typiquement, ça, c'est de l'info qui acquise de manière plutôt classique.
Mais c'est que le début parce qu'une fois qu'ils sont vendus,
elle les a plus sous la main.
Exactement. Et en fait, c'est ça qui est difficile.
C'est qu'on va se retrouver avec une première vente
où là, les tableaux sont rentrés sur le marché de là.
Donc moi, qu'est-ce que j'ai fait ?
J'avais tous les tableaux, évidemment,
parce que la cliente, la maman, elle avait des photos de ces tableaux,
elle savait lesquelles avaient été volées et tout ça.
Et donc je regarde sur Internet les ventes qu'il y a eu.
Voilà. Et chose toute simple.
C'est-à-dire, étant donné que j'ai les photos,
je fais des recherches par image inversées,
tout simplement sur les tableaux.
Et donc je retombe sur les fiches de différentes ventes,
de maisons de ventes aux enchères,
qui ont vendu ces tableaux-là en question.
Et donc, par exemple, je me suis rendue compte
qu'un des tableaux que la fille avait vendu
à une somme d'hérisoire qui était aux alentours,
je ne sais plus, des 4000 euros,
quelque chose comme ça, en cash, du coup,
a fini dans une grande maison de ventes aux enchères parisiennes,
à plus de 35 000 euros.
D'accord.
Tu te mets-tu trop content quand t'avais des résultats,
parce que toi, elle a peur,
t'as 0 résultats sur Google.
Oui, mais c'est ça qui est...
C'est ça, dans l'enquête,
on ne sait jamais ce qu'on va trouver,
il faut chercher.
Des fois, on a plein d'infos,
on arrive à trouver le bon fillon,
et on déroule la pelote, et c'est très bien.
Et malheureusement, des fois,
il n'y a rien, on ne trouve pas.
Le truc, c'est que quand tu trouves ce tableau
qui a été vendu à cette somme-là,
comment est-ce que tu vas t'adresser à la personne
qui l'a achetée pour lui dire...
Rends.
Rends, oui.
Parce que, du coup, cette personne,
elle a quand même dépensé une sacrée somme,
et finalement, j'imagine qu'elle considère
que c'est son bien.
Oui.
Quand tu avais...
En fait, là, c'est en ça que c'est pareil,
on est complémentaires avec d'autres professions,
c'est là qu'il faut faire appel à des avocats,
parce que, du coup, il faut partir en justice.
C'est-à-dire que là, ce qu'on a besoin,
c'est de faire annuler des ventes,
parce qu'à la base,
il y a un vice, il y a quelque chose qui fait
que ce tableau, il n'aurait pas dû se retrouver là,
parce qu'on a un premier client qui a acheté un tableau
alors qu'il n'a pas vérifié l'identité
et qu'il a acheté un tableau de la part d'une personne
qui n'est pas propriétaire de ce tableau.
Donc, il faut réussir à faire annuler toutes les ventes,
mais il n'y en avait pas qui aient des ventes qui se sont passées,
parce qu'un tableau, quand c'est vendu aux enchères,
comme ça, ça peut être vendu, je ne sais pas,
une fois par mois ou quoi,
ça permet de faire monter,
ça a la valeur du bien, tout ça.
Donc, il faut réussir à faire des mises en demeure
avec des avocats,
de leur dire à chaque personne, à chaque propriétaire,
mais à chaque maison de vente aux enchères aussi,
vous devez faire annuler la vente.
Mais eux, ils vont vous dire, oui, mais moi, je n'ai rien à m'approcher,
moi, je ne savais pas, moi, on m'a dit que le bien est...
– Mais c'est ça. – Ah, pas de problème.
Et c'est surtout qu'il faut gérer la cliente aussi
en lui disant, on a retrouvé vos tableaux,
mais on ne peut pas où les rendre.
– Ouais, tout de suite.
– Parce qu'en fait, actuellement, là, maintenant,
ce n'est plus vos tableaux, c'est qu'il y a un propriétaire dessus.
– Donc, elle, il faut dépenser une certaine somme
pour faire appeler des avocats,
il faut toutes les procédures pour faire annuler les ventes,
il faut que les procédures fonctionnent.
– Ça marchait là ?
– Alors, ça fait déjà un certain temps,
parce qu'il y en avait beaucoup, donc c'est encore en cours.
Mais c'est très compliqué, parce que c'est pareil,
on a la problématique du vol,
donc elle, elle va porter plainte,
mais en même temps, on est dans un cadre
où on est entre fille et mère,
donc on ne peut pas déclarer un vol entre part en direct.
– Ah non ? – Je ne sais pas.
– Peu voler d'autres familles.
– On a toute la punité.
– Donc on est à cette problématique, on dit oui,
mais là, c'est difficile de faire une déclaration de vol.
Donc après, bon, il faut laisser la procédure faire et tout ça,
mais en fait, il y a plein de problématiques d'embuches,
comme ça, et donc on a une cliente qui se retrouve
avec ces tableaux qui sont continués d'être vendus derrière.
– Oui, oui, bien sûr.
– Et qui est un peu démunique.
– Il y a eu d'autres missions qui t'ont marqué
ou qui étaient particulièrement difficiles,
ou qui étaient particulièrement contents d'un arrivée-boue ?
– Après, il y avait aussi le fait de faire des recherches sur un tableau
que l'on savait qu'il avait été vendu à une certaine date aux enchères,
mais il y a 20 ans et depuis, on n'avait plus de nouvelles.
Donc s'il faut, en 20 ans, elle n'a pas été vendue
ou elle a été vendue de caragrée,
et là, c'est juste de particulier à particulier, en fait.
– Oui. – C'est pas public.
Et en fait, en remontant un peu le fil,
on s'est rendu compte qu'elle avait servi,
parce que c'est une œuvre d'un grand artiste
qui avait été vendue très cher,
plusieurs dizaines de millions d'euros.
– Wow ! – Voilà.
Et en fait, on s'est rendu compte que
ça avait servi à blanchir de l'argent pour des grands pontes, etc.
Alors, j'ai pas forcément, malheureusement,
ça a été un peu une frustration,
c'est-à-dire que je n'ai pas eu l'information
au dernier moment, enfin, au tenter où était l'œuvre.
Mais par contre, j'avais un peu plus d'infos sur
« Qu'est-ce qui s'est passé pendant 20 ans ? »
– Oui. – Comment ça peut servir à blanchir de l'argent ?
– Alors, ça sert beaucoup à blanchir de l'argent, les œuvres d'art,
parce que c'est très, très simple, en fait.
Tout simplement, on va utiliser une œuvre d'art,
c'est-à-dire qu'on va récupérer de l'argent sale,
et avec cette argent sale, on va payer une œuvre d'art.
Donc, ça veut dire que la valeur de l'argent sale est partie dans l'œuvre d'art.
Et après, on va attendre un petit temps.
Si jamais il y a, il peut y avoir des doutes ou quoi,
ça permet un peu de ne faire en sorte que ce soit plus calme et tout ça.
Et étant donné que les œuvres d'art sont très prisées sur le marché,
à un bout d'un moment, on va la ressortir,
et elle va être revendue.
Et donc revendue, ça veut dire acheter avec un autre argent,
et donc l'argent va être blanchi.
Et donc on a plein d'œuvres d'art qui servent tout simplement
juste à blanchir de l'argent,
qui ne sont pas du tout utilisés ou achetés ou vendus pour la beauté de l'objet.
C'est uniquement parce qu'elles ont une très forte valeur qui correspond à...
– Et une grande volatilité aussi.
– Exactement.
– C'est tout ce que je comprenais.
La manière dont ça va être utilisé, c'est que,
mettant que tu achètes une œuvre à 20 000 balles,
deux ans plus tard, tu la revends 150 000,
tu peux toujours prétexter que c'est le marché,
que d'un coup elle a la cote,
et en fait c'est le scénario parfait pour faire un blanchiment de 130 000 balles
sur le trajet.
Et en réalité, quand tu regardes,
c'est pas juste qu'il y a des gens qui se font un peu d'argent sur le dos d'artistes,
en fait ça va directement financer parfois des groupes terroristes.
– En fait, le trafic d'œuvre d'art, c'est hyper large,
et on ne s'en rend pas forcément compte comme ça quand on arrive dedans.
Il y a effectivement une grosse partie qui est concernée par le pillage,
donc c'est-à-dire qu'on va avoir des zones géographiques
qui ont des sites où il y a du patrimoine,
et quand on est dans une situation de guerre ou de crise géopolitique, etc.
il n'y a pas une protection qui est toujours faite sur ces sites-là.
– Par exemple, en Syrie, il y a pas mal de sites d'archéologie
qui étaient déjà des sites d'archéologie d'ailleurs depuis longtemps,
mais où les gens vont se reconvertir,
mais pour un autre client, Daesh, typiquement,
avait même des sections dédiées,
une sorte de département pour l'exploitation d'œuvre d'art,
parce que c'est un moyen de gagner de l'argent comme un autre.
– Exactement.
Et en fait, par exemple, le Voila Palmyr, c'était un exemple quand même assez parlant.
En fait, c'est toute une organisation qui est très bien faite,
c'est très bien fiscelée, tout ça,
où on va avoir le pays en crise qui va permettre d'aller piller les objets,
on va aller sortir de terre,
et en fait, on va tout de suite changer leur provenance.
Donc on va faire un faux certificat de provenance
en disant que ce bien ne provient pas du pays en question,
mais il provient du pays de la côté, par exemple.
Parce que ça peut être des biens archéologiques
qui ont une similitude au niveau artistique,
mais comme les personnes sur place savent que ce pays est en crise
et que du coup on a peut-être une petite attention déjà qui est portée
sur le fait de dire si des objets proviennent de ce pays,
il y a peut-être un doute,
du coup ils vont changer la provenance en disant qu'en fait,
ils ne proviennent pas de ce pays, mais ils proviennent du pays de la côté.
Donc déjà, on change la provenance,
et c'est ce qu'on appelle justement des biens orphelins,
parce qu'à peine sortis de terre,
ils ont tout simplement plus de leur provenance originelle,
et c'est ce qui fait que c'est très difficile de se dire
qu'on arrivera à les replacer dans leur contexte
au niveau du patrimoine plus tard,
parce que dès le début, ils ont une provenance qui est fausse.
Et ensuite, ils ont des petits contacts à l'intérieur,
ils ont des passeurs, des choses comme ça,
ils vont avoir un marchand de biens archéologiques,
un peu scrupuleux, tout ça,
qui va récupérer cette pièce et qui va dire
oui, je te la revends à un tel,
je te la fais passer dans tel pays ou quoi qui est très friand,
par exemple, on sait que malheureusement les pays un peu plus asiatiques
aiment beaucoup les pièces archéologiques qui viennent du Moyen-Orient.
Donc ça va partir dans ces genres de pays-là.
Puis eux là-bas, eux, ce qu'ils veulent, c'est réussir à vendre,
plutôt dans les grands pays d'Europe ou les États-Unis.
Et donc c'est comme ça qu'on se retrouve au bout d'un moment,
au bout de plusieurs années à avoir des biens qui finissent,
soit dans des musées, soit dans des très grandes maisons d'entrée en chair,
des galeries, tout ça.
Et c'est justement ce qui s'est passé avec le MET de New York,
où pour le coup, le point de départ est hilarant,
puisque c'est une photo de Kim Kardashian qui a démarré le truc,
ou un de ses postes Instagram.
Un enquêteur tombe dessus, on lui envoie, je sais plus, dans l'ordre,
mais constate que le sarcophage qui est derrière elle,
tu sais, elle pose comme ça, il y a un petit sarcophage derrière,
et en fait, il croit ça avec lui,
une base de données qu'il a de photos d'œuvres pillées,
et il se rend compte que c'est la même de ce que j'ai compris.
Alors c'est dit moi si je me trompe, mais c'est entre autres cette histoire
chez le MET qui a déclenché les suivantes au British Museum et au Louvre.
– Plutôt au Louvre.
Et en fait, au Louvre, ça a été la même chose.
On a eu une histoire où on s'est rendu compte que le Louvre avait,
en fait, dans ses collections, des biens qui provenaient,
enfin des antiquités égyptiennes, et qui étaient, en fait,
avec une provenance qui était falsifiée,
parce que les actes d'authenticité ou les documents qui étaient fournis
n'étaient pas des vrais documents.
Et en fait, effectivement, il y a eu des perquisitions,
l'OCBC, donc qui est l'office de lutte, enfin, l'office central de lutte
contre le trafic de bien culturel, qui a fait des perquisitions
et qui s'est rendu compte qu'on avait des personnes
qui étaient potentiellement un peu au courant,
mais qui avaient peut-être envie pas forcément donner toutes les infos,
d'autres personnes qui ont cru en les documents
qu'ils avaient entre les mains,
et en fait, qui n'ont pas fait plus de recherche que ça.
Mais ça reste une histoire qui a fait scandale,
parce que oui, on a des personnes au placé dans les structures qui se sont retrouvées.
On a eu des perquisitions, on a eu des gardes à vue, tout ça.
Donc oui, ça a fait un gros scandale.
Sur des aussi gros musées,
tu as forcément un moment des gens qui sont au courant, c'est pas possible.
Enfin, dans l'histoire du MET,
on se rend compte que un des endroits qui permettaient de crédibiliser des œuvres
et de faire en sorte qu'elle passe à la machine, c'était des maisons de vente,
assez prestigieuses en Europe.
Et la maison Pierre-Bergé, par exemple.
Et en fait, l'œuvre n'intéressait pas tout de suite dans le musée de New York.
D'abord, elle passait 10, 15 ans dans une étape intermédiaire,
et après, ça leur permettait de ressortir un peu plus clean, entre guillemets.
T'as aussi un truc qui rentre en jeu dans ce grand mécanisme, c'est les porfans.
Tu peux nous expliquer ce que c'est, c'est quoi comme étape ça ?
En fait, le porfans, c'est des espèces de gros hangars,
qui sont en général à côté des aéroports et qui permettent de faire transiter des biens.
Et en fait, ils servent beaucoup, notamment dans le marché de l'art,
parce que les œuvres d'art transitent effectivement.
Et bizarrement, ils sont pour les plus grands et les plus connus
dans des pays qui sont, d'un point de vue législatif,
où c'est un petit peu compliqué de contrôler.
Intervenir.
Intervenir, effectivement.
Donc en fait, ça va être un porfran, ça va être comme des box,
que des compagnies de transport ou tout simplement des personnes, des particuliers,
des marchands, des galeries vont louer ou acheter ou quoi,
qui sont ultra sécurisées.
C'est pas du petit hangar, c'est vraiment des boxes avec une technologie à la pointe.
Pourquoi ?
Qui est évidemment très fermée, très opaque et tout ça.
Et en fait, on va utiliser ces porfans, pour laisser à l'intérieur des œuvres d'art,
pour éviter qu'on vienne les saisir.
Parce qu'il y a une espèce de non-législation là-dessus,
un peu comme un aéroport, un aéroport.
Et bien le principe du porfran, c'est un peu la même chose.
Étant donné que c'est censé être des endroits de transit,
il n'y a pas une...
Justement à Dubaï ou des trucs comme ça, il y a des porfrans.
Effectivement, Saint-Gapour, voilà.
Et on en a, nous en Europe, ceux qui sont très connus, c'est en Suisse.
Donc on a des porfrans en Suisse qui servent à faire transiter les œuvres.
Et en plus, une des raisons aussi pour quoi on utilise un porfran,
c'est que ça permet de conserver une œuvre d'art
en ayant une garantie particulière qu'elle ne sera pas saisie
ou qu'on ne viendra pas la chercher ici,
pour faire passer par exemple des délais de prescriptions.
Donc si vous avez une œuvre d'art qui est volée en France,
en France, le vol se prescrit par 6 ans,
vous sortez le bien de la France,
vous le mettez pendant 7 ans dans un porfran,
et vous le ressortez derrière.
Et voilà.
Et voilà.
Attends.
C'est un peu pas dit.
C'est exactement...
Mais ça ne va pas du tout cette histoire.
En fait, c'est en ça que je disais que c'est une garantie,
c'est-à-dire qu'il y a certaines personnes qui utilisent les œuvres d'art en tant que garantie,
qui vont les laisser dans des porfrans parce qu'ils ont une sorte de certitude
que ça ne craindra rien.
Et quand ils en ont besoin, donc, je ne sais pas, pour blanchir de l'argent,
ou parce qu'ils ont besoin d'argent, ils vont la ressortir du coup pour la faire.
En plus, effectivement, une œuvre d'art,
si pendant 20 ans on ne la voit pas,
au moment où elle ressort, son prix, il explose.
Donc du coup, ils vont les ressortir,
et ils vont, comme ça, dire qu'il y a une super œuvre d'art,
quelque chose d'incroyable qui ressort sur le marché.
Vous avez donc un câble.
Alors a pris 200 % !
Voilà, et en fait, ça fait 20 ans qu'elle est dans un porfran,
qu'elle ne voit pas la lumière.
Alors c'est des œuvres qui peuvent...
Et ça devrait être dans des musées exposées.
Et c'est dingue.
Il y en a, on sait qu'elles y sont, mais on peut rien faire.
Et donc tu parlais par exemple de Rembrandt.
Oui.
C'est quoi ce soir ?
En fait, c'est un tableau de Rembrandt qui a été volé en 90 à Boston dans un musée,
il s'appelle le Musée Stiborat Gardener.
Donc on a des individus qui sont rentrés dans le musée,
qui ont récupéré des œuvres dont le Rembrandt.
Et en fait, c'est un tableau qui est mythique,
qui a une valeur exceptionnelle,
et ça fait 30 ans que, du coup, on ne se pas voulier.
Ok.
Et en fait, est-ce qu'il est détruit ?
Est-ce qu'il est toujours dans la main du commanditaire du vol ?
Est-ce qu'il transite ?
Est-ce qu'il est dans un porfran ?
En fait, on ne sait pas.
Il y a un autre truc que j'avais entendu,
mais apparemment, ce n'est pas vrai du coup,
c'est que parfois les terroristes font mine de détruire des œuvres
pour leurs vidéos de propagande,
et en fait, non.
Alors oui et non.
Du coup, c'est ce qui s'est passé à Palmière.
Notamment, à Palmière, il y avait des vidéos de propagande
où on voyait, du coup, les terroristes détruirent des statues,
soit à coup de dynamite, ou soit ils les aient tombés,
donc ça les détruisait.
Donc ils détruisent bien,
mais en fait, il y a un intérêt derrière ça,
c'est que justement, ils sectionnent les biens
parce que sortir du territoire,
une statue qui fait 2m52 ha,
compliqué.
Par contre, si on détruit et qu'on la met en plusieurs morceaux
et qu'on vend que la tête, ou qu'une main,
ou qu'un pied, ou quoi,
en fait, ça reste une pièce archéologique
qui a une grande valeur,
mais en même temps, c'est plus difficile de savoir d'où elle vient.
Plus facile à sortir du territoire.
Et en fait, on a des convois qui sortaient
de ces zones, enfin de ces sites archéologiques,
avec des milliers de pièces comme ça découpées en morceaux
et qui étaient dilapidées pour être vendues.
Et en fait, ils font les vidéos de propagande
en disant qu'ils détruisent parce que ça correspond pas
à leur religion, les valeurs, etc.
Mais en fait, ça les avange bien.
Il y a d'autres raisons plus de business.
Au fait, on en avait déjà parlé
lors d'un documentaire, si vous l'avez pas vu,
c'est la seule fois de ma vie où je parle de Kim Kardashian.
C'était dans cette vidéo.