Jane Goodall, une vie à observer les chimpanzés. Episode 2

Durée: 13m42s

Date de sortie: 14/10/2019

durée : 00:13:42 - Les Odyssées - Le 16 juillet 1960, Jane pose pour la première fois le pied sur la terre du parc national du Torrent de Gombe : le territoire sacré des chimpanzés ! Elle doit faire preuve d'une grande patience pour espérer approcher les grands singes. Progressivement, son expertise s'affine, ses découvertes sont de plus en plus phénoménales. Une petite révolution pour notre espèce humaine ! Approchons-nous.

Jane est de retour à Londres. C'est sympa, mais pas top. Il faut la comprendre aussi.
Maintenant qu'elle connaît l'Afrique, maintenant qu'elle a dormi tout près des lions, des
léopards et des gazelles, tout lui paraît fa, dans comparaison. Même les pommes de terre
chaudes, crème fraîche, fromages, ciboulettes de Coven Garden, un régal, soit dit en passant,
ont perdu leur goût. Mais tout cela n'a que peu d'importance, car un projet extraordinaire
latent. Allez observer les chimpanzés de la forêt du Toron de Gombe.
En attendant des nouvelles du professeur Licky qui doit trouver, je te le rappelle,
de quoi financer ses recherches, Jane travaille au zoo. Les mois passent, Jane attend. Elle est
impatient. Tous les jours, à 7h pesteante, parenthèse. Normalement on dit tapante, 7h
tapante. Mais comme Jane peste après le professeur Licky qui tarde à lui donner des nouvelles,
je suis sûr que pour elle les heures deviennent largement pesteantes. Fin de la parenthèse,
reprenons. Tous les jours donc, à 7h pesteante, Jane se tient devant sa boîte aux lettres. Elle demande
au facteur. Et tous les jours, Barry lui répond d'un air furieux.
Non, mais ne perds pas espoir. Demain peut-être. Et Barry a bien raison. Le lendemain, Jane
reçoit une lettre du professeur Licky. En quelques mots rédigés à la hâte, avec une
écriture de cochon, il lui annonce que tout est prêt. Elle peut enfin retourner en Afrique.
Oui, c'est trop surprenant, mais a peu de choses près. C'est comme ça qu'elle a réagi.
Le 16 juillet 1960, après un voyage quelque peu mouvementé, pour la première fois,
Jane pose le pied sur la terre du parc national du Torrent de Gombe, le territoire sacré des
chimpanzés. Elle a 26 ans, depuis 4 mois, à peu près. Aussitôt arrivé, Jane paraît explorer les
environs. Elle a parcouru à peine, quoi, une centaine de mètres lorsqu'elle croise la route d'un groupe
de babouins. Les babouins, c'est rapide et ça fait beaucoup de bruit. Paniquait de l'avoir
rencontré, la troupe de saint se met à pousser de puissants cris d'alarme qui résonne dans toute la
vallée. Le coeur de Jane bat tout à coup très fort, sa respiration s'accélère. Elle éprouve un
étrange mélange de peur et de fascination. Elle est comme... envoutée. Un peu déboussolée,
elle poursuit son exploration. Elle observe la forêt.
Jane est éblouie par la beauté des couleurs qu'elle découvre. Des jaunes éclatants, des violets,
des maufs profonds et lumineux, et puis de multiples teintes de verre, claires ou foncées, tendres et
assidulées. À ses pieds, un petit ruisseau coule en faisant un bruit adorable. Autour d'elle,
le vent fait doucement chanter les feuilles. Jane a l'impression d'être arrivée dans un endroit,
magique. À la tombée de la nuit, le ciel se remplit d'étoiles et nous n'entend le chahut de la
nature qui s'endort. À mon avis, oh je me trompe peut-être, mais ça ne doit pas tellement
ressembler au bruit des nuits que tu connais. Le soir de son arrivée, juste avant de glisser
dans le sommeil, Jane a une révélation. Sa place est ici, nulle part ailleurs.
Le lendemain, après avoir rempli sa gourde, elle part aux horreurs. Les choses sérieuses commencent.
Au début, ce n'est vraiment pas facile. Les chimpanzés refusent de se laisser rapprocher et
la fuient dès qu'ils la voient. Alors Jane trouve une astuce. Pour ne pas les effrayer et entrer en
contact avec eux de la façon la plus douce possible, elle décide de s'installer en haut d'une colline et de
les observer avec une paire de jumelles. Bravo Jane, c'est une sacrée bonne idée. Non seulement les
chimpanzés ne se sentent pas menacés, mais elles découvrent des tas de choses sur ces grands singes au
regard facetieux. Très vite, elle remarque qu'ils se déplacent par petits groupes de 3, 4, 5 ou aussi
ça la limite, mais jamais plus. Ils forment comme de petites familles. La nuit, ils dorment sur de
petits lits qu'ils fabriquent avec des branches et des feuilles. Ils se font même des oreillers avec
des brindilles. Qui lui crue, les chimpanzés sont donc de grands amateurs de confort. C'est bien normal
quand on y pense, sinon, comment faire de beaux rêves ?
Peu à peu, les singes s'habituent à sa présence.
Au bout d'un an, il allait s'approcher à 100 mètres. C'était un vrai progrès,
mais ça reste tout de même encore loin. Fais le test, tu verras, on ne voit pas grand chose à 100 mètres
devant soi. Heureusement, Jane est très ingénieuse. Elle avante son cesse de nouvelles techniques.
Par exemple, pour savoir ce que mangent les chimpanzés, elle récupère leur crotte.
Une fois passé la phase de dégoût, c'est extrêmement intéressant. Aussi-sit, crois-moi,
c'est faux ce qu'on peut apprendre en fouillant dans des excréments de chimpanzés.
Excrément intéressant. Jane connaît ses grands singes de mieux en mieux. C'est un peu comme s'ils
devenaient des copains. Des copains qu'elle ne peut pas encore trop approcher, mais des copains quand même.
Certains, en la personnalité comique, la font rire. D'autres, plus timides, les meuves.
Comme elles reconnaissent chaque détail de leur physique, elles leur donnent des prénoms.
C'est tout de même beaucoup plus agréable que de les appeler par des numéros,
comme le font les autres scientifiques. Tu ne trouves pas ?
Un après-midi ensoleillé, un chimpanzé vient visiter son campement.
Ça, c'est une sacrée victoire. Il s'appelle David Barbegrise, à cause, eh bien, de sa barbe grise.
Jane et David Barbegrise vont se fréquenter pendant de nombreux années. Parfois, ils lui
ramènent des amis comme Goliath, William et Flo, la maman de Faggen, Figan et Fifi.
Enfin, au bout de deux ans, Jane est acceptée par les chimpanzés. Elle se met à vivre,
comme eux, exactement comme si elle était l'une d'entre eux. Elle limite la comportement et mange
parfois la même nourriture. Tu trouves qu'elle va trop loin ? Qu'elle en fait trop ? Mais tu
sais, pour découvrir de nouvelles choses, il faut savoir parfois repousser certaines limites.
Pas toutes, mais certaines. Grâce à David Barbegrise, Jane fait sa plus grande découverte. Un jour,
elle le voit très occupée au-dessus d'une termitière. Tiens, c'est bizarre. Que fait-il ?
Se demande-t-elle. Jane s'approche. Il est en train d'attraper des termites avec des tiges
qu'il a un peu modifiées pour les rendre plus efficaces. Est-ce que tu te rends compte de ce que
ça veut dire ? David Barbegrise a fabriqué un outil. Jane était postouflée. Cette découverte
change tout, enfin beaucoup de choses, et surtout notre définition de l'homme. Je t'explique.
À l'époque, les scientifiques considèrent que seuls les humains sont capables de fabriquer et de
se servir d'outils. D'ailleurs, c'est comme ça qu'ils les définissent. Le travail de Jane remet
tout ça en question. Désormais, il faut soit revoir la notion d'homme, soit accepter que les
chimpanzés font partie de l'espèce humaine. Phénoménal, n'est-ce pas ? Et attends, ce n'est pas fini.
Quelques mois plus tard, elle fait une autre grande découverte. Elle observe deux chimpanzés
en train de manger un cochon de lait. L'image, je te l'accorde, n'est pas tellement ragoutante,
mais allée importante. Jusqu'à présent, on était persuadés que les chimpanzés étaient végétariens.
Wow ! Deux super découvertes coup sur coup à quelques mois d'intervalle. Bravo Jane ! C'est
magnifique se mettre à critiquer ces méthodes. Ça, par exemple, parce qu'elle ne fait pas exactement
comme eux, elle ne ferait pas bien. Qu'est-ce que c'est que cet argument à la noix ? Jane n'en croit pas
ses oreilles, la barbe ! Elle va leur clouer le bec à tous ses grands cheux. En 1962, elle rentre en
Angleterre passer un très bon diplôme qui s'appelle le doctorat. Trois ans plus tard, et oui, c'est
du genre à soigner des rubres. Non, non, plutôt du genre, grande spécialiste. C'est une scientifique
reconnue, soulagée. Elle peut rentrer et retrouver ses grands singes adorés. En arrivant, une bonne
nouvelle l'attend. Flo, la maman chimpanzée, a eu un autre enfant. Jane assiste à des scènes
extrêmement émouvantes et très intéressantes. Flo a d'excellentes méthodes d'éducation. Lorsque
ses enfants, Flint ou Fifi, sont sur le point de faire une bêtise, elles ne les grondent pas,
elles ne les tapent pas non plus, elles les arrêtent tout simplement ou bien elles tentent de les
divertir en les faisant rire. Génial, tu ne trouves pas ? Dommage que personne ne soit là pour voir
tous ces merveilleux moments. En tout cas, c'est ce qu'a dû penser le prestigieux magazine
national géographique, car il décide d'envoyer un reporter de choc pour filmer Jane avec les
chimpanzés. Il s'appelle Hugo von Lavik. Hugo trouve Jane formidable et c'est vrai qu'elle
l'est. De son côté, Jane le remarque à peine. Elle ne le trouve pas trop mal, enfin, sans plus.
Enfin, ce n'est pas la question, elle est surtout très occupée. Mais avec le temps,
il tombe tamoureux. Pour permettre à d'autres scientifiques de venir observer les chimpanzés,
en 1967, ils ouvrent un centre de recherche et puis ils se marient et puis ils ont un enfant.
Après ça, entre eux, il va y avoir un peu d'eau dans le gaz. C'est la vie, c'est comme ça, ça
arrive. Ils vont divorcer, Jane se remariera et il y aura d'autres petites surprises. Mais une seule
chose ne changera jamais dans sa vie, son engagement envers les chimpanzés. Aujourd'hui, Jane
Goudal est une vieille dame. Elle a 85 ans. Ses recherches ont révolutionné notre compréhension
des animaux. Sans elles, on continuera à dire, vraiment bêtement, que seuls les humains ont des
émotions et que les animaux n'ont pas de personnalité. Petit à petit, son travail scientifique s'est
transformé en combat. Désormais, Jane lutte pour la survie des chimpanzés et pour celle de la
planète. Bravo Jane ! Effectivement, vous êtes une femme plus qu'épatante.
Le chimpanzé est un animal très très proche de l'homme. Nous avons plus de 96% de
gènes en commun. Mais ce n'est pas le seul être vivant avec lequel nous partageons de l'ADN.
Nous partageons environ 35% de gènes avec la jonquille et 70% avec l'oursin. Et attends,
il y a encore plus étonnant. Selon une étude réalisée par des chercheurs australiens,
en 2010, l'être humain et les éponges de mer de la grande barrière de Corail auraient 70% de
gènes identiques. L'homme est un organisme vivant parmi les organismes vivants. C'est pourquoi
nous avons quelques petites choses en commun.

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