
"Capitaine prisonnier de la mer", de Clémentine Beauvais
Durée: 11m35s
Date de sortie: 11/07/2025
durée : 00:11:35 - Une histoire et... Oli - Clémentine Beauvais est romancière. Elle raconte l'histoire d'un vieux pirate prisonnier sur son bateau depuis bien des années. La mer est tombée amoureuse de lui et refuse de le laisser revenir à terre.
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Bonjour, je suis Clémentine Beauvais et je vais vous raconter l'histoire du capitaine
prisonnier de la mer.
Cette histoire m'est arrivée il y a bien longtemps, un jour que je vauvais sur mon petit canot.
Mes parents m'avaient dit Clémentine ne t'éloigne pas vers le large, reste près de la plage.
Dans le canot, il y avait juste moi, ma baleine en plastique, mon ballon rouge et un petit moulin
avant arc-en-ciel.
Et voilà que je m'endormis.
Et quand je rouvris les yeux, il n'y avait que la mer autour de moi.
Au-dessus de ma tête, seulement les nuages, j'étais loin, très loin de la plage.
Tout d'abord je ne m'inquiétait pas, je me dis les gares de côtes doivent être en
train de me chercher, bientôt je verrai un bateau.
Mais les heures passèrent, c'est iraire, le soir commençait à tomber.
Enfin, alors que des étoiles commencent à picorer le ciel, je vis au loin un bateau
qui s'approchait.
Tout d'abord, ce ne fut qu'une silhouette sur l'horizon.
Mais peu à peu, je m'aperçus que ce n'était pas le bateau des gares de côtes.
Ce bateau-là ressemblait à une grande carcasse de poulet égaré au milieu des flots.
Au-dessus, flottait un drapeau noir, orné d'une tête de mort.
Cette vision-là aurait glacé le son de n'importe qui, mais lorsque le bateau arriva
à m'apporter, ce qui ne me fera pas, c'est qu'il semblait vide, désespérément vide.
A tel point que je cru qu'il était abandonné.
Pourtant, du flanc du navire, des gringolas une échelle de corde.
Et j'entendis une voix qui semblait sortir du bateau comme d'une gorge.
Eh bien, Moussaillon, que fais-tu là ?
La pleine mer ce n'est pas un endroit pour un canot comme ça.
Montre !
Je ne me le fais pas dire de froid.
Je pris mon ballon rouge, ma baleine en plastique et mon petit moulin arc en ciel
et grimpe le long de l'échelle de corde.
Tout en hauts matendait une silhouette aussi sombre que celle du navire.
C'était celle d'un capitaine, au visage noble mais blême.
Et très, très vieux, à la barbiche élimée sous un grand chapeau noir.
Ici, Matelot, me dit ce capitaine.
Bien dans la cabine, t'aurais chauffé.
Dans la cabine, tout grinçait.
Des papiers gondolés d'humidité s'entassaient.
Et je m'assise à côté du capitaine auprès d'un mauvais feu.
Je lui expliquais immédiatement mon problème.
J'étais à la plage tout à l'heure mais je me suis perdu.
Mes parents doivent être très inquiets pour y vous me ramener à Bonport.
Le capitaine, alors, laissant entrevoir des dents noirs, me répondit.
Hélas, ce n'est pas à moi qu'il faut demander de te conduire à terre.
Si je pouvais le faire, je l'aurais fait depuis longtemps.
Mais, voit-tu, les côtes, jamais je ne les reverrai.
La mère me retient, prisonniers.
La mère, répétais-je.
Et j'ai eu l'impression en prononçant ce mot que les vagues dehors claquettes un peu plus fort.
Pour mon malheur, me dit le capitaine,
la mère est tombée amoureuse de moi il y a bien des années.
J'étais à l'époque un jeune pirate charmant, fringant,
et la mère ne cessait de venir me caresser de ses vagues et de son écume.
Un jour, elle m'a dit, pirate,
je t'aime et je ne te laisserai plus jamais partir.
Depuis Moussaillon, j'arpente les océans sans jamais pouvoir accoster.
J'ai tout essayé, crois-moi.
La mère toujours me ramène en son milieu.
Je sortis sur le pont. La nuit était fraîche.
Un petit vent sifflait entre les mâts où les voiles pendaient.
Et ce vent qui soufflait ne gonflait pas les voiles.
Alors je dressais mon petit moulin arc-en-ciel dans la brise
et le vent, sans gouffrant dans la brise,
dans le petit moulin arc-en-ciel commença à prendre de la vitesse.
D'abord un peu, puis un petit peu plus, et puis encore un peu plus.
Et alors les voiles qui n'avaient pas gonflé depuis des années
retrouvaient leur rondeur comme des joues de bébés.
Et plus elles gonflaient, et plus le bateau mettait le cap.
Sur quoi ? Sur les terres ?
Oui ! La terre, la terre apparaissait là-bas.
Nous saions qu'est-ce que tu es en train de faire, s'écria le capitaine en arrivant sur le pont.
Mais alors que nous approchions des terres, la mère décida de s'interposer.
Il était hors de question qu'elle laisse le capitaine accoster.
Immédiatement des vagues se lever, des vagues gigantesques plus hautes que le pont,
qui se rabattaient en dérugissement d'écumes et menacaient de nous engloutir.
Bientôt les voiles se déchirèrent.
Nous saions ! C'est ce que la malcapitaine.
Arrête ! La mère va nous faire chavirer et obtenir ce qu'elle a toujours voulu,
m'embrasser jusqu'à ce que je me noie.
Je me saisis, à l'heure de ma petite baleine, et la lancé dans les flots.
Et bien vite elle se transforma en une vraie et grande et belle baleine blanche,
qui de toute la force de ses nageoires commença à pousser le bateau.
Mais plus la baleine poussait, plus notre bateau s'approchait des côtes,
et plus la mer, gonflée de rage, rugissait, luttait.
Et notre brave baleine, aletée, soufflait par son évent des Géserdos,
mais la mer était si puissante, si musclée à l'océan.
Nous saions, tu veux nous tuer ?
C'est Rangla le capitaine.
Tandis que la baleine affaiblit, ralentissait.
J'ai eu alors une dernière idée.
Sans répondre au capitaine, je lui volais son chapeau,
en coiffait mon ballon rouge et le lançait dans l'eau.
Mère, mère, si tu veux le capitaine, le voilà, embrasse-le, il est à toi.
Et la mer miraculeusement me crue.
Comme seule les personnes amoureuses sont capables de croire au plus grand mensonge.
Oui, elle crue que c'était le capitaine qui tombait, qu'elle allait enfin l'embrasser.
Et les vagues se jetèrent sur le côté, sur mon pauvre ballon.
Alors la baleine, redoublant des fornes, nous poussa jusqu'à la côte.
Plus vite, plus vite !
Car la mer n'avait pas dit son dernier mot.
Elle s'aperçut que le ballon n'était pas le capitaine.
Dans un hurlement de fureur, elle dressa au-dessus de nous la vague,
la plus extraordinaire qui soit jamais montée des profondeurs.
Trop tard.
Quand cette vague s'abattit sur le navire, elle ne referma ses dents que sur du bois.
Le capitaine et moi avions été recrachés par les flots sur la falaise.
« Adieu Moussaillon ! » me dit le capitaine chancelant.
« Fil voir tes parents. Quant à moi, je vais rester un peu ici.
»
Tandis que je m'éloignais sur le chemin qui descendait de la falaise,
je me retournais une dernière fois pour observer la silhouette du capitaine,
noir et maigre, découpée sur l'horizon.
Derrière, la mer, le cœur brisé, trompé,
continuait à s'élever en des vagues colossales,
comme si elle cherchait à casser les étoiles,
sans pour autant atteindre le haut de la falaise.
Je ne sais pas si le capitaine était triste de quitter enfin cette mer,
ou si au contraire il était heureux de la laisser derrière.
Lui ne se retourna pas.
Et quand j'arrivais chez moi, je ne suis pas expliqué à mes parents
ce qui s'était passé.
Quand je revins sur la falaise le lendemain matin, il n'y avait plus personne.
Le capitaine était parti.
La mer n'était plus agitée.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, Oli.
Non, une autre.
Oli est un podcast original de France Inter.
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