Bonjour, c'est Clément Sacar du podcast Les Balladeurs.
Depuis plus de 8 ans, les balladeurs vous font voyager à travers les mots de celles et ceux qui arpentent le monde.
Aujourd'hui, on est très heureux de vous annoncer une grande nouvelle, Les Balladeurs grandis,
et devient aussi les Balladeurs éditions, une maison d'édition de récits d'aventure et de mésaventure en pleine nature.
Ça fait 3 ans qu'on travaille sur le projet et on a hâte de vous annoncer notre premier ouvrage,
qui sera disponible en précommande le 24 septembre.
Pour en savoir plus et être le premier au courant, rendez-vous sur le lien dans la description du podcast
ou sur le site www.LesBalladeurs.fr
Alors, prêt pour une nouvelle aventure ?
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Des montagnes au sentier côtier, chaque sortier est l'occasion de découvrir de nouveaux horizons
et de vivre des moments inoubliables en pleine nature.
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Les Balladeurs
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Au début de l'année 2005, près de 2 millions de spectateurs sont assais dans les cinémas de la France entière
pour découvrir un nouveau phénomène, baptisé, la marche de l'empereur.
Plus qu'un documentaire animalier sur la vie des manchots empereurs,
ce film a bouleversé le public grâce à son histoire.
Une tragédie silencieuse et universelle, celle de la lutte pour la vie, au cœur de l'Antarctique.
Après son succès fulgurant en France, il a triomphé à l'international
jusqu'à décrocher l'Oscar du meilleur documentaire en 2006.
Et pourtant, 15 ans plus tôt, son réalisateur Luc Jacquet n'imaginait pas devenir cinéaste.
Étudiant en biologie, il avait postulé pour une mission scientifique en terre australe.
Une expédition de 14 mois sur la base du Mont-du-Rville afin d'étudier la faune locale et notamment les majestueux manchots empereurs.
Sélectionné, Luc allait quitter la douceur familière des amphithéâtres pour le froid mordant du Pôle Sud.
Dans son sac, seulement l'essentiel, son matériel scientifique, son équipement polaire et une caméra 35 mm
ajoutée in extremis suite à un appel du réalisateur suisse Hans-Hüllerich-Eschlumpf,
lui demandant de filmer quelques images pour son prochain documentaire.
Une simple requête devenu une porte ouverte vers un nouveau monde, fascinant, vertigineux et empli de promesses lointaines.
J'ai toujours voulu travailler sur la nature.
J'étais gamin, je pense que j'étais le roi du monde, le jour où j'étais assez grand pour pousser un troupeau de vache et rentrer à l'étable soir.
Et cette émotion éminemment triviale, rurale, etc. m'a procuré cette sensation de liberté d'être en pleine nature,
au coucher du soleil, la notion de comprendre cette nature s'y est imposée assez vite.
J'étais écologue, j'étais à la fac de science à Bilorban et je vois sur un panneau,
cherchons scientifique pour partir dans les terres australes et en tartique française, 14 mois.
C'était un statut qui était équivalent au statut du service national mais en mode scientifique.
Et moi, je n'ai pas hésité une seconde.
J'ai dit, je veux faire ce truc, c'est génial.
C'était juste l'appel de l'aventure.
Moi, je n'avais pas vraiment voyagé.
Ce qui comptait, c'était de partir.
Et j'ai pu partir en en tartique, j'avais 23 ans.
Et là, ça a été une révolution parce que déjà rien que le voyage.
24 heures, vous partez de Paris, vous allez jusqu'à Singapour.
Singapour, vous passez à comprendre rien, vous êtes plongés dans la zi comme ça.
Qu'est-ce qui m'arrive ?
Et puis les escales en Australie, d'abord, Signe, il fait 25 degrés, 30 degrés,
des mecs avec des sœurs, je dis, je ne suis pas un peu con.
Les mecs, ils vont passer un été permanent.
La prochaine fois que je serai en short, c'est dans un an et demi.
Donc, un espèce de drôle de doute comme ça.
Et puis, Au Bard, cet endroit incroyable,
à fin fond de la Tasmanie, où vous montez sur ce bateau,
qui paraît bien petit quand on arrive là.
Parce que l'Astrolabe à l'époque était un bateau,
je ne sais plus si, c'est 70, 80 mètres,
ce qui est quand même déjà conséquent,
quand on traverse entre Au Bard et du Monde de la ville,
c'est 6 jours minimum.
C'est long 6 jours en bateau.
C'est long, on n'a pas l'habitude dans nos économies d'un aujourd'hui de passer.
Et ça, ça privoise tout doucement.
Donc, ce trajet sur l'Antarctique, c'est presque un rite initiatique.
Quand on part en Antarctique, il y a des moments comme ça.
Le moment entre chez toi où tu fermes la porte
et le moment où tu vas monter sur ce bateau.
Pour moi, c'est un changement d'état.
À partir du moment où tu passes sur la passerelle,
je rentre dans un état de perception différente,
parce que je sais que je me conditionne
à ressentir les choses, à recevoir les choses, etc.
Et ça, ça privoise tout doucement.
Donc, il y a ce rituel, on voit la Terre s'éloigner.
La première fois, on ne sait pas ce que ça veut dire.
On ne sait pas ce que c'est que ces odeurs qui se trompent petit à petit.
On ne sait pas ce que c'est que la fin de la côte.
A, le premier Albatros.
A, les premières grosses vagues.
A, le vent qui nous attend à la sortie de la Derwent.
Et tout ça, c'est presque la mer qui nous malaque, c'est qui nous change.
Donc, le bateau, l'astrolabe, c'est ce qu'on appelle un supply.
C'est-à-dire que c'est vraiment un bateau de travail.
On n'imagine pas un bateau de croisière.
C'est un bateau dont l'avant est à une drôle de forme,
puisque c'est un bateau qui a cette capacité à casser la glace.
Donc, il a une forme très ronde, très forme à l'avant.
Une bateau rouge avec une superstructure bleue et blanche,
à l'arrière, ce qu'on appelle une désette, c'est-à-dire une plateforme
pour pouvoir poser l'hélicoptère.
C'est un vieux bateau,
un bateau extraordinairement rustique,
extraordinairement endurance,
de faible tirando,
puisque pour pouvoir accéder à du monde urbile,
il faut qu'il puisse passer d'un des chenaux avec très peu d'eau.
C'est une bête de somme.
C'est une bête de somme dans lequel vous emmenez à la fois des vivres,
à la fois des engins d'amage.
Vous allez avoir des conteneurs frigos
ou des conteneurs congélateurs qui amènent la nourriture pour l'hivernage suivant.
C'est un drôle de bricabrac, finalement.
C'est vraiment un bateau très singulier
auquel on est très attaché,
parce que finalement, c'est notre lien avec la Terre.
C'est par là qu'on passe,
on finit par y avoir des habitudes,
un carré qui est tout en bas,
dans lequel on mange,
plus ou moins agité,
avec des gens qui repartent de plus en plus vite,
parce que, pris de nosés au moment où ils sont en train de prendre leur repas,
c'est quand même pas banal comme endroit.
Mais là, d'un seul coup,
la mer t'amène à ce moment de disponibilité,
d'imagination qui se remet à fonctionner,
et en faisant toutefois pas le malin,
parce que quand les vagues là-bas,
ça peut vouloir dire vraiment quelque chose de colossal et défavelant.
Et c'est donc vraiment un changement d'état.
Et c'est dans ces fameux rituels,
donc c'est les espèces d'oiseaux,
c'est les espèces de mammifères marins
qui se rendent un peu cette descente vers les latitudes extrêmes,
ce passage de la convergence en tartique,
ce moment où la température de l'eau change brutalement,
et on rentre dans une autre écologie.
C'est pas écrit, il n'y a pas de panneau de nulle part,
c'est juste le sondeur qui, à un moment donné,
la température de l'eau te dit, là, la flotte, elle tombe à 3°C.
Et là, comme par hasard, on se met à voir des animaux différents.
Là, on commence à voir les espèces en tartique, les damiers du cap,
on commence à voir les pétrées de géants,
on va savoir les manchers-ompreurs dans l'eau,
éventuellement, s'il y a un peu de glace,
il y a un peu de manquise, on voit les pétrées de neige.
Pour moi, c'est des espèces qui sont plus fiables
que des panneaux indicateurs.
Et là, ça veut dire qu'on se met à l'affût,
c'est-à-dire c'est quand le premier iceberg,
c'est quand le premier morceau de glace.
Évidemment, ça marche à chaque fois le premier iceberg,
on sent qu'elle privilège que de voir ça.
Et quand je dis privilège, c'est ça,
c'est le prix du temps qu'on a passé dans sa cabine,
à être brassé, à être bien, pas bien, un peu importe.
D'un seul coup, là, le moment, cette image,
prend une force qui est absolument considérable.
Parce qu'on sent que c'est la porte,
on sent que c'est la porte de l'Antarctique.
On y arrive presque à notre insu, c'est-à-dire
que l'île d'Ancyce qui part à perte de vue
est blanc, ce qu'on fait un peu avec le ciel
et évidemment, il y a des icebergs de plus nombreurs,
on voit les îles, oui, effectivement, il y a les îles,
donc ça veut dire qu'on a... Ah oui, mais c'est salantarctique.
Et c'est cette falaisse de glace qui part à perte de vue,
qui vous arrête, qui a littéralement une barrière
qui fait 30, 40 mètres de haut, et vous voyez l'Iancyce
qui monte comme ça, à perte de vue et qui s'efface.
C'est presque fade, le mot qui vient, c'est ça,
c'est presque fondu dans la lumière.
Et tout ça, c'est que des lointains, c'est que des abstractions,
que c'est que des vertiges, c'est une aspiration aussi,
parce que qu'est-ce qu'il y a derrière, c'est l'appel du pôle.
Je descends du bateau avec mon sable,
et là, c'est vrai qu'on rentre dans un monde qui est un peu particulier.
Tout va tellement vite, parce qu'après ce temps,
long de la mer, où on est bercé par les vagues, etc.,
tu descends du bateau et tu es pris par cet...
Tout est tellement neuf, tout est tellement nouveau.
Il faut imaginer une île principale, qu'on appelle l'île des pétrailles,
qui fait à peu près un kilomètre de long,
sur, je sais plus, c'est 500 ou 800 mètres de large.
Les bâtiments sont au sommet de cette île,
et il y a des colonies de Manchaud à des lits, de partout autour.
Donc l'humanité vit directement en contact
avec la faune sauvage qui est dans cet endroit-là.
Et donc cette île, c'est vraiment des amareaux cheux,
plus ou moins recouverts par la neige avec des neve,
avec... C'est un joyeux foutoir, avec les éléments logistiques,
les animaux qui circulent là au milieu, les gens qui vont.
Et autour de ces îles, il y a plusieurs îles
qui sont là encore, ou recouverts de neige,
ou recouverts par les colonies d'animaux.
Donc c'est à la fois un monde minéral,
un monde polaire avec la neige,
et puis l'hiver, toutes ces îles sont liées
avec de la glace de mer, qui finalement les unifie,
et en fond, une espèce de paysage qui part jusqu'à l'horizon.
Souvent à cette époque-là, vous avez 24 heures de jour,
c'est souvent très ensoléé.
C'est une espèce d'éblouissement,
d'éclatement de lumière comme ça, c'est incroyable.
Et puis vous voyez ce réel, les Manchauds,
je les imaginais plus grands.
Des Manchauds à des lits, c'est tout petit,
ils font ce bruit-là, c'est... Ah, les empereurs,
c'est ça, les Manchauds, empereurs.
Et puis les Focs, il y a des Focs de partout, ils n'ont pas peur,
et c'est ça qui vous vient après, c'est...
Ah mais ils n'ont pas peur.
Ils n'ont pas peur, vous êtes à côté de ces bestioles-là,
et vous dites, mais qu'est-ce qui m'arrive ?
C'est tellement de sensations qui vous viennent,
tellement de sensations, c'est incroyable.
Et puis, ah ouais, la base c'est ça,
c'est un an là, c'est pas bien grand, vraiment.
...
On est au semai d'une petite île.
Peut-être 20 bâtiments
espacés les uns et les autres
de quelques dizaines de mètres,
reliés les uns aux autres
par des passerelles en aluminium,
comme ça, avec des gardes de corps.
Tout ça pour pouvoir circuler sans se perdre,
parce que ça arrive pendant l'hiver, entre les bâtiments.
La couleur globale, c'est plutôt le orange ou le rouge,
parce que ça se voit de loin.
C'est vrai que c'est des bâtiments qui sont un peu particuliers,
dans le sens où ils sont tous sur des pilotis,
parce qu'il y a tellement de neige,
pour éviter qu'il y ait des congères qui se fassent,
il faut que la neige elle puisse passer
sous les bâtiments, plutôt que de s'accumuler.
Donc ça donne une architecture assez particulière.
C'est une trentaine de personnes qui vivent là,
en basse-clos, l'hiver,
une centaine l'été,
qui vont faire,
qui vont faire,
ou des programmes scientifiques,
de toute nature, de l'écologie,
de la géophysique, de la météo,
de la glaciologie,
du magnétisme,
plein de choses,
et puis des gens qui font tourner la base.
Donc c'est 30 personnes qui vont passer l'hiver ensemble,
qui vont se retrouver en Autarcy,
de fin février, à début novembre,
plus ou moins,
qui vont apprendre à se connaître,
qui vont développer un langage qui l'aurait propre.
L'été c'est une effervescence,
de sciences, de bateaux qui arrivent,
de bateaux qui repartent,
des lycôts qui déchargent du matériel,
de plongeurs qui partent prélever des choses, etc.
Il n'y a qu'un truc qui est un peu implacable
et qui est finalement assez vital,
c'est la routine des repas.
C'est-à-dire que les repas sont heureux fixes.
Et cette rythmicité là,
elle est vachement importante
quand on perd le fil de la longueur du jour.
Quand il fait nuit tout le temps,
quand il fait jour tout le temps,
c'est important d'avoir des espèces de repères comme ça.
Donc voilà, c'est un drôle de petit village.
Et encore une fois là-dessus,
l'été vous avez les manchois délits
qui nichent sous les bâtiments,
qui vont venir, qui vont chanter,
qui vont vous espiller quand vous prenez un chemin,
parce qu'ils ont décidé de traverser
et que c'est vous qui n'avez pas la priorité, c'est eux.
Donc c'est assez rigolo.
Tout ça est une expérience assez joyeuse,
finalement, assez encore une fois foisonnante.
La routine d'un ortynitologue,
c'est d'abord compter des oiseaux à date fixe.
C'est-à-dire qu'il y a des colonies d'études,
chaque nid est marqué.
Les couples sont bagués,
c'est-à-dire qu'on met des petites bagues métalliques
ou ses prédécesseurs ont mis des petites bagues métalliques
aux animaux qui se reproduisent ici.
Et puis il faut voir régulièrement
est-ce qu'ils sont là, est-ce qu'ils sont pas là,
est-ce qu'ils ont un poussin qui est là,
est-ce que c'est le mal, est-ce que c'est la femelle.
Donc c'est vraiment une routine
qui permet de suivre sur une saison de reproduction
l'évolution des oiseaux.
J'avais un programme sur les manchons emperseurs
aussi qui consistait à compter les animaux,
un programme sur les focs.
Chaque hivernant suit finalement le planning qu'on lui a donné,
les missions qu'on lui a données.
Il s'agit des trajets de terrain au fond,
puisque derrière c'est donné la surprise par des chercheurs
qui dans la profondeur du temps vont pouvoir comprendre des phénomènes
parce que ça fait 40 ans qu'on étudie la même colonies d'oiseaux,
ça fait 40 ans qu'il y a quelqu'un qui regarde
si le 15 mars il se passe quelque chose sur la colline, etc.
Donc un travail qui oblige,
quand je dis oblige c'est avec le sourire,
à être dehors, à être dehors un peu partout les temps
et ça c'est un privilège incroyable.
La plupart des manchots arrivent au printemps austral,
c'est-à-dire vont arriver autour du mois d'octobre on va dire,
et vont être repartis à la fin février.
Et après il n'y a plus rien.
Il n'y a plus que des colonies qui sont la plupart du temps
couverts par la neige, mais il n'y a plus rien.
À l'exception des manchons emperseurs
qui arrivent à contretemps et qui passent l'hiver ici,
mais qui ne sont pas à côté de la base,
qui sont dans un endroit un peu plus éloigné,
qu'on appelle le recri,
c'est le terme un peu bizarre qui est donné pour ça.
Et eux vont se balader sur la glace de mer
en fonction de la solidité de la glace,
en fonction des vents et finalement ils sont assez émigrateurs,
même si l'endroit principal,
le point où ils sont le plus régulièrement,
c'est un point qui se situe entre deux îles,
à 800 mètres de la base à peu près.
Les empereurs c'est un peu particulier
dans le sens où ils sont là l'hiver.
Au moment où c'est le plus dur,
au l'isolement le plus intense,
où la météo est la plus dure,
où il n'y a quasiment plus de lumière,
le corps se met un peu à l'unison
de cette nuit qui nous entoure.
Donc c'est vrai qu'il n'y a plus que ça à voir de vivant
et cette espèce de communauté d'État vivant
et quelque chose qui nous rapproche
très très singulièrement des manchots empereurs,
indépendamment aussi du fait qu'ils sont
très anthropomorphes,
même s'ils sont plus petits,
il n'y a pas de confusion aussi,
mais je crois qu'il y a un truc très instinctif,
la vie appelle la vie,
je pense que ces animaux sont tellement beaux,
sont tellement pacifiques,
sont tellement impressionnants
aussi dans leur capacité à résister à l'hiver,
que je crois que
il y a cette attirance.
J'avais une double mission,
j'avais la mission du scientifique
et puis j'avais la mission du signal.
Donc le matin, je pars,
j'ai mes jumelles, etc.
je ferme mes observations
et l'après-midi, par exemple,
je prends mon matériel de tournage,
mes bobines de 35,
ma caméra, mon pied,
et j'ai ma petite liste de courses
parce que le réalisateur m'a demandé,
il me dit que tu fais un plan comme ça,
les empereurs qui font ça,
les empereurs qui font de l'oreuve,
les empereurs qui sont...
J'alternais, j'avais un peu les 2
émissaires du cerveau qui travaillaient.
Et c'est vrai que
le privilège que de pouvoir se balader
avec sa caméra
et saisir,
juste, finalement, écouter son intuition,
son émotion,
tiens, je vais mettre ma caméra là
parce que ce qui se passe maintenant,
je ressens un truc.
C'est long à terroriser,
cette vibration,
tu dis, je vais filmer ça et pas ça.
À privoiser ce moment
où ton corps, ton âme te dit
là, c'est beau.
Entre guillemets, je dis c'est beau,
évidemment, c'est désespérament court,
mais il se passe un truc
et comment, pourquoi, à cet instant-là,
j'ai envie de saisir ce moment-là.
Et le fait de pouvoir faire ça
de manière complètement intuitive
sans professeur, sans théorie,
sans bâchain, c'est vrai que ça a été
un privilège
et une façon d'apprendre très
sur le tas, mais au moins
faire confiance à son instinct,
faire confiance à sa sensibilité.
La caméra doit être absolument propre.
Il faut faire une espèce de boucle
avec la pellicule pour qu'elle puisse passer
dans le moteur de la caméra.
La pellicule, c'est 90%
ou à peu près de 2 flottes.
Donc la pellicule, à moins 40,
quand vous la changez
dans ce qu'on appelle un changing bag,
c'est-à-dire une chambre noire en tissu
où vous allez à l'aveugle
charger votre pellicule, à moins 40,
la pellicule, ça casse comme du verre
et ça coupe comme du rasoir.
Donc à un moment, tout ça, c'est apprentissage.
C'était un truc complètement dingue.
Mais toutes premières images filmées,
c'est vraiment des images
de Colomne de Manchamp.
C'était la demande, et puis dans la saisonnalité,
dans la liste de ce que j'avais à faire,
c'était vraiment des toutes premières images
et je me souviens très bien de
poser ma caméra, comme ça, les filmer
pour la première fois, c'est Colomne de Manchamp.
On va commencer par le regarder de loin.
Tu marches sur la banquise,
tu as une silhouette à l'horizon,
tu as tes jumelles, évidemment,
puisque tu es un lithologue,
et tu dis, ah tiens,
c'est mon pote ornithologue qui se balade,
tu prends tes jumelles, annonce un Manchamp en preuves.
Donc déjà, il y a une confusion
possible à distance
entre la silhouette humaine et la silhouette
d'un Manchamp en preuves.
Il est loin, le meilleur moyen
de le voir, c'est de ne pas bouger,
et il y a de grandes chances pour qu'ils viennent te voir.
Et là, tu vas voir arriver face à toi
un drôle de petit bonhomme,
un individu
qui passerait sous une table normale,
c'est-à-dire qui fait un mètre dix.
On imagine toujours ça, il est grand, non ?
Tourons, avec un plumage extrêmement brillant,
cette tache orange, ce coup,
cette tournementation autour de sa tête
qui est absolument incroyable,
le plumage crème sur le ventre,
et Manchou va s'approcher de toi,
il va te regarder, il va probablement faire
qu'il y ait une espèce de cri de contact,
comme ça, le mode t'équitoit.
Ça t'équitoit, et ça marche à tous les coups.
C'est vraiment le mot le plus employé
dans le langage des empereurs,
dans le monde des empereurs.
Autant il passe son chemin,
autant il s'arrête, et il considère
que tu es un espèce de repère
suffisamment stable pour qu'il se mette
à remettre son plumage en place,
peut-être qu'il vient de la mer,
du coup son plumage est un peu mouillé, etc.
Et la meilleure des choses à faire,
pour moi, c'est de se mettre à son niveau,
donc s'asseoir dans la neige.
Et dans ce coup, on est sur un pied d'égalité
en termes de hauteur de regard,
et ça, ça peut durer
3,5h, 1h, 1h30,
général c'est toi qui as froid
bien avant lui, évidemment,
ou il peut redescendre de partir,
et lui, il s'en va. Donc, évidemment,
pas faire la moindre tentative
pour s'approcher de lui,
c'est lui qui décide, s'il a envie de venir te voir,
s'il a envie de s'approcher, s'il a envie de te séduire,
parce qu'il y a des trucs assez barges,
c'est-à-dire qu'il y a un moment,
l'empereur peut très bien
entamer un champ de reconnaissance,
un champ de séduction,
parce qu'il veut dire aussi
pour lui que cette silhouette
que tu représentes,
elle est finalement un peu,
peut-être pas s'y éloigner
de ce qui cherche lui.
Et ça, c'est quand même pas banal non plus, quoi.
Et il suffit de laisser durer l'instant.
Et en décrivant ça,
qu'est-ce que j'ai décrit,
j'ai décrit un moment de paix absolu
entre un homme et un animal.
Et des moments comme ça,
ça existe
dans très peu d'endroits sur la planète,
puisque dans
la plupart des régions sur notre planète,
les animaux ont appris
génération, et après génération
à nous craindre comme des prédateurs,
fort justement d'ailleurs,
et du coup ils nous fuient.
Et ce truc, ça a une portée,
je trouve pour moi psychologique,
hallucinante. La paix est possible
entre l'humanité
et le monde animal.
Et ça, c'est un truc qui pour moi
n'a pas de prix.
Contraintuitivement,
l'empereur est un animal
océanique.
C'est un nageur, c'est un plongeur,
c'est un pêcheur incroyable
qui a des capacités
à descendre très profond sur la sofarse,
qui a des capacités de rester en apnée
plus de 20 minutes.
C'est plusieurs centaines de mètres de profondeur
pour aller pêcher. C'est un animal
qui est vraiment à l'aise dans l'eau.
Et
subprime les malédictions
et ils se reproduisent en faisant un oeuf.
Et cet oeuf, ça ne marche pas
dans l'eau.
Donc il va falloir qu'il trouve un endroit
pour pouvoir pondre cet oeuf,
le couver, l'incubé,
et élever son poussin sur la terre ferme.
Il n'y a pas de terre ferme
proprement par les plates en ontarctique.
Donc les empereurs se reproduisent
sur de la glace de mer
et comblent de malheur.
C'est-à-dire que c'est un animal
qui est important, imposant. Il fait une quarantaine de kilos
quand il est en pleine forme.
Il va lui falloir les 9 mois d'hiver
pour élever son petit et faire de sorte
qu'il soit viable au moment. Donc
il ne peut pas passer comme les autres espèces
ontarctiques dans ce brève moment
qu'il était austral qui dure à peine 4 mois.
Donc
l'empereur a développé des adaptations
pour résister à l'hiver ontarctique.
Donc le rituel il est toujours le même.
Avec la fin de l'été
la mer commence à geler
et les empereurs sortent de l'eau plus
ou moins loin de ces
quelques dizaines d'endroits
autour de l'handarctique extrêmement rares
extrêmement privilégiés
d'un point de vue du climat. Et qu'est-ce que ça veut dire
c'est une glace de mer
qui va rester stable pendant tout l'hiver
qui risque pas de se casser
ou les poussins pourraient potentiellement se noyer
qui va être relativement, et il faut mettre
relativement abrité du vent
les manchons empereurs sortent de l'eau
et vont cheminer vers cet endroit
vers lequel ils vont se reproduire. Et cet endroit
il est plus ou moins loin
en fonction de la capacité
qui a eu la mer de geler plus ou moins
et donc ils vont marcher comme ça
et donc ils arrivent
par groupe et par
mais ils aiment bien marcher en colonne
ils aiment bien marcher les uns derrière les autres
une explication vernaculaire
que je pourrais donner
c'est que cette marche
sur la banquise
elle est maillée d'incidents
et ces incidents sont ces fameuses rivières
des endroits
où la glace de mer est fendue par les mariais
par la houle et donc
l'eau est directement presque accessible
entre ces plaques de glace. Et là
il y a le prédateur du manchon
empereur qui s'appelle le léopard de mer
qui est souvent en la fû.
Et qui est un espèce de chasseur
inopiné et attendu
parce qu'au moment où l'empereur va franchir
cette rivière
il faut imaginer ce qu'on appelle une rivière
c'est 10 cm de glace fragile
où le léopard de mer
peut être à la fû là-dessous
et peut se saisir d'un empereur
et l'emmener sous la flotte
donc on sent qu'ils ont une trouille effroyable
chaque fois qu'il y a une rivière
les empereurs sont plongés dans des abysses
de perplexité
il suffit qu'il y en ait un
qui se lance et qui franchissent la rivière
tous les empereurs qui étaient en train
d'attendre à ce moment-là
vont se mettre derrière lui et passer
en fil indienne comme ça
parce qu'il y en a un premier qui a pris le risque
et effectivement si c'est pas fait choper
c'est qu'il n'y a pas de prédateur
et du coup il y a des moments où vous pouvez avoir des centaines
parfois même des milliers d'empereurs
en colonne les uns derrière les autres
et ça fait ces processions
qui sont absolument incroyables
ils se retrouvent sur la colonie
ça c'est quand même mystérieux
on est au milieu de nulle part
ils arrivent à être
très précisément
à un moment donné au début de l'automne australe
à un endroit extrêmement précis
comment pourquoi
ça reste un mystère
mais ils sont très synchrons
et ça c'est vital pour leur survie
c'est à dire que si ils arrivaient
un peu quand ils veulent évidemment
ils seraient pas sur le bon pas
pour faire toute la reproduction
qui va suivre donc ils se retrouvent tous
ils commencent à chanter, les couples se forment
ceux qui ne trouvent pas chaussures
à leur pied repartent en mer
et vont rester en mer pas de raison de souffrir
dehors d'une certaine manière
et puis ceux qui sont
qui sont lancés dans le processus
dans cette course, dans ce marathon de la reproduction
les manchaux vont compuler
les manchaux vont compuler
les femelles vont finir par pondre
ce gros oeuf qu'elles vont immédiatement confier
au mal, ce moment super critique
là où la femelle qui a son oeuf
sur ses pattes, le confit au mal
il suffit que ça dure quelques secondes de trop
et toute cette énergie elle est perdue
parce que l'oeuf éclate sous la pression du gel
donc moment éminemment complexe
et là les femelles repartent directement en mer
pour se refaire une santé parce qu'elles ont mis
énormément d'énergie dans la fabrication de cet oeuf
et surtout il va falloir qu'elles assurent
le relais après l'incubation du mal
et là les mâles vont rester sur place
et vont commencer à incuber
l'oeuf dans les pires conditions qu'on puisse imaginer
puisque on est au coeur de l'hiver, on est au mois de juin
et autour du 14 juillet
vous allez avoir les premières éclosions
et c'est à ces moments qu'on a ces
phénomènes incroyables de tortues
où vous allez avoir les mâles qui encombrés
de cet oeuf qu'ils ont sur les pâtes
ou alors du tout petit poussin
vont serrer les uns sur les autres
dans des comportements où ils sont les uns
tête contre tête comme ça
pour pas laisser passer le courant d'air
et ils vont résister comme ça ensemble
jusqu'à ce que les poussins enclose
et là, encore miracle
de la synchronisation
les femelles vont arriver à point nommer
vont récupérer le poussin, le nourrir
avec le poisson qu'elles ont récupéré
en mer, qu'elles sont allées pêcher
presque à 100, 150 km de la roucrie
donc c'est des jours de marche
dans la nuit, dans le blizzard, enfin c'est juste la condition
la plus effroyable qu'on puisse imaginer
et là, elles vont prendre le relais
et nourrir le poussin, assurer
le nourrissage du poussin
pendant un certain temps, pendant que le mal
lui qui a rien bouffé depuis 40 jours
va faire le trajet inverse
donc ressent le kilomètre pour aller pêcher
se refaire une santé, ramener de la nourriture
et comme ça jusqu'à
mi-décembre, fin décembre
où le poussin sera assez grand
pour se débrouiller tout seul et là les individus vont repartir
et ils vont rester en mer
jusqu'à début mars, mi-mars
à ce moment-là de l'hiver
par exemple, à le plein coeur d'hiver
vous avez moins 40 degrés
vous avez des vents qui font 200 km heure
vous avez parfois des journées de blizzard
des enchaînements de blizzard
vous en pouvez plus
dans le temps de siffler le vent
vous êtes malmenés en permanence
devant secou les bâtiments
vous obligent, il vous faut 6 couches de frein
avant de sortir
il faut une heure pour s'habiller
il faut, suffis que vous avez
la moindre faille, dans le masque
dans les gants etc
ça va mal, vous avez de la buée, vous évoyez plus rien
c'est aussi une rue d'école
c'est-à-dire que c'est une école
où vous êtes obligé d'avoir le geste
de la bonne confique
d'une certaine manière
sinon ça ne marche pas
il faut rentrer
où j'ai mal
où je ne suis pas bien
et je ne suis pas opérationnel
dans le travail que je veux faire dehors
c'est vraiment une très rue d'école
mais c'est aussi
mesurer ce que c'est
que d'être vivant
c'est-à-dire que je me souviens toujours
d'avoir
un sentiment d'acquitée
dans la perception
de cette lutte de la vie
pour se tenir
coûte que coûte dans ces conditions
c'est l'incarnation de ça
je crois que
comme l'art parfois fait
apparaître des choses qui sont invisibles
de prime abord
cette expérience-là, c'est vraiment
cette expérience de la quintessence
du vivant
et cette quintessence du vivant
elle peut être
exposée extrêmement brutalement
si tu as le malheur de souffler
avec ton allen sur du métal
tu as l'élève qui reste collé sur le métal
et je t'assure que c'est pas forcément un moment
qui est très agréable pour décoller tout ça
donc
cet apprentissage
il se fait vraiment
par essai erreur
et l'erreur en général est assez coûteuse
donc on apprend assez vite même
mais ça se fait pas tout seul
le simple
zippeur, la simple partie
métallique qui permet de tirer la fermeture
et clair, avec le vent ça devient un enfer
ça blesse
il faut tout reconfigurer
quand on vit dans des conditions aussi fortes que ça
il faut vraiment s'adapter
parce qu'il n'y a qu'un seul geste juste
il n'y a qu'une solution juste
le passementin il doit être mis comme ça
et pas comme ça sinon ça ne marche pas
nous humains
en Antarctique
notre espérance de vie sans les conditions logistiques
c'est zéro
vraiment c'est zéro
suffit que
le bateau coule, enfin si on n'a pas à manger
on n'a rien qui nous permette de survivre
on n'est pas adapté une seule seconde
encore une fois hors logistique
pour vivre là-bas
donc voir ces animaux qui sont capables
de survivre à ces conditions là
c'est évidemment
un respect infini pour cette bestiole
et ça nous donne une idée
de la dureté des conditions
suffit qu'il y ait un blizzard mal placé
et le matin vous arrivez sur la colonie
et il y a 300 poussins qui sont morts
qui sont gelés comme ça
parce que les conditions étaient tellement violentes
qu'ils n'ont pas tenu la nuit
c'est quelque chose qui me touche beaucoup
mais c'est l'alternance entre la
la puissance pour s'opposer
à ces conditions et la fragilité
qui est la fragilité de la vie tout simplement
quoi
au mois d'août on est vraiment
encore dans un moment où les petits manchots
empereurs sont très très petits
comme ça et il y avait
une bonne vingtaine de poussins
qui étaient tombés dans une faille
puisque leur support c'est de la glace de mer
donc c'est quelque chose qui se fracasse
etc etc et le fait
d'avoir à un moment donné je descend dans la faille
je les ai mis dans ma doule doune
pour pouvoir les remonter
donc j'avais cette espèce de truc grouillant
qui j'en avais
j'en avais plein la doule doune et je les ai sorti de la faille
et je les ai reposés et ils sont partis
vivre leur vie et retrouver leurs parents
et ce sentiment peut-être d'avoir sauvé
quelques individus
peut-être d'avoir
œuvré pour une cause
qui était assez noble
c'est vrai qu'ils auraient pu suivre leur destin
moi j'ai estimé que je pouvais aider le destin
au nom de toutes les saloperies
qu'on pouvait faire ailleurs
je pouvais aller contre l'ordre naturel
pour sauver ces quelques animaux
mais c'est vrai que c'est émotion d'avoir
ces petites peluches grouillantes
dans la doule doune
c'est des moments qui sont passablement inoubliables
la fin de la première expé c'est
tu me montes sur le bateau en février
ça fait 14 mois que tu es sur Skyoo
tu n'as pas utilisé de clés
pas utilisé de monnaies
pas vu de
personne nager, pas vu d'enfants
pas vu de voitures, pas vu de téléphone
donc on rentre, on est complètement déconnectés
moi je suis arrivé au bar
tu étais complètement satélisé
tu as oublié ton code de carte bleue
tu as oublié tous ces réflexes
le nombre d'anecdotes de type
qui sont partis faire le plein et qui sont partis sans payer
parce que nous évidemment quand tu faisais le plein
t'avais pas besoin de payer
donc t'as pris des habitudes
j'ai vraiment le sentiment d'avoir eu besoin
presque d'un an pour revenir dans ce rythme
de la société
très décalé et puis surtout moi quand je parle
là-bas je pars en disant je vais revenir
mais ce qui est le cas de plein plein de gens
qui partent là-bas c'est à dire que
l'expérience elle est tellement forte
elle est tellement puissante
elle nous a complètement décalé, ça a parfois été dur
mais la seule chose que je me suis dit
en montant sur le bateau c'est je vais revenir
quel moyen je vais trouver pour pouvoir revenir
l'Antarctique est un milieu
qui en dépit du fait
qu'il est extrêmement
brutal, violent, qu'il l'isole
qui sépare
c'est un milieu qui est hautement addictif
cet attachement
qu'on développe dans ce milieu
encore une fois qui est très ingrat
c'est quelque chose qui est surpuissant
du mondien-ville
et probablement un des endroits que je connais le mieux
sur la planète, pour pas dire le mieux sur la planète
parce que je l'ai arpenté
un nombre de fois absolument considérable
c'est un lieu qui est relativement petit
donc c'est vrai que la familiarité avec les îles
la familiarité avec les colonies d'oiseaux
c'est quelque chose de très constant
mais comme un paysan connaît son jardin
finalement on est toujours sur les mêmes colonies
on fait toujours les mêmes trajets etc
pour moi ça a été un basculement
évidemment passer 14 mois
sur la base du mondien-ville
c'est l'expérience que je souhaite
à tout le monde
mais c'est surtout le moment
très fondateur
où j'ai compris que en tant que scientifique
avec mes compagnons de divernage
je voyais des choses que eux voyaient pas
et que si je leur expliquais pourquoi c'est oiseau
il fait ça, pourquoi ce folk il fait ça
il voyait le monde différemment aussi
et du coup il ne se comportait plus de la même manière
il pouvait anticiper des choses
il voyait des choses et du coup il rentrait en empathie
avec ce qui auparavant
n'était qu'un décor ou une circonstance
une anecdote
j'ai fait ces études là
sans trop savoir quel était
le métier à lequel j'allais me destiner
je me suis dit
je suis pas fait pour être scientifique
au sens où je suis pas capable
de passer des jours et des nuits à lire
de la bibliothèque à travailler
d'arrache-pied sur des tables hautes chiffres
et il me manque un truc qui est l'émotion
moi d'écrire un manchou en preuves
par sa phénologie
par son poids par sa taille
c'est pas assez parce que c'est pas ça que je vois
ce que je vois c'est
quelque chose qui est d'abord sublime membo
qui me bouleverse
qui me donne envie de
regarder, de comprendre
peu importe j'ai froid, peu importe c'est loin le temps que ça prend
et je me suis dit je vais essayer de concilier les deux
je vais essayer de concilier
cette clairvoyance que me donne la connaissance
avec
cette émotion qui
comme n'importe quel artiste
est une espèce d'injonction je dois la partager
je sais pas pourquoi mais je dois partager ça
je suis de plus en plus cinéaste et de moins en moins biologiste
mais je trouve ça
toujours intéressant d'aller chercher
dans la connaissance
dans la science, dans le savoir
les fondations des histoires que je raconte
c'est vrai que moi ce qui m'intéresse
mon cinéma
ce qui moi me me eu en permanence
c'est cette relation entre l'homme et la nature
quelle que soit la forme qu'elle puisse prendre
que ça soit une relation d'utilité, une relation de protection
une relation de contemplation
une relation d'inspiration
c'est là où j'ai envie de
c'est là où j'ai envie de chercher
c'est là que sont mes obsessions
au fond
être cinéaste c'est apprendre
à jouer de cet instrument
et sa propre sensibilité. C'est un peu tordu comme truc, mais c'est se dire,
ok, là je ressens quelque chose, donc il va falloir que je trouve le moyen de restituer
encore une fois cette émotion, cette libération pour pouvoir la donner.
C'est surtout apprivoiser ce langage incroyable et incroyablement difficile à maîtriser,
qui est le langage du cinéma, mais qui, dans le même temps, est capable de véhiculer
des émotions qui sont incroyables et inoubliables.
L'histoire de la marge de l'empereur est simple, c'est la phénologie de la marge de l'empereur,
c'est-à-dire que c'est une tragédie, c'est une tragédie native, c'est une pierre brute d'une certaine manière.
Tous les éléments de la tragédie sont là, c'est le rythme de la tragédie, les enjeux, les personnages,
l'universalité de cette tragédie, c'est-à-dire que c'est la vie racontée à travers l'histoire d'un couple
et ce couple, finalement, aussi, même si c'est un moncho, chacun a la capacité de se projeter là-dedans
parce que c'est finalement un véhicule pour comprendre ce que c'est que l'art de se battre pour rester vivant.
C'est une métaphore, c'est vraiment de ça dont il s'agit.
Et c'est ce qui a de merveilleux cinéma avec un moyen parfois simpliste, un moyen assez simple,
on est capable de s'approcher ou de tutoyer l'universal.
Ce voyage en Antarctique a marqué un tournant dans la carrière cinématographique de Luc Jaquet.
Il y a ensuite retourné à plusieurs reprises et a fait de ce territoire un des sujets centraux de son œuvre.
20 ans après la sortie de la marche de l'empereur, Luc Jaquet continue d'explorer de nouveaux horizons documentaires
poursuivant avec conviction sa mission de sensibiliser le monde à la beauté fragile de la nature.
Merci à lui de nous avoir partagé cette histoire et merci à vous de l'avoir écouté.
Les Baladeurs est un podcast du Médial et aux Earths.
Cet épisode a été réalisé par Thomas Fyr, accompagné par Inès Cochard.
Le récit a été présenté par Clément Sacar, la musique est composée par Nicolas de Ferrand,
Clos et Vibos est assuré du montage et Antoine Martin, du studio Chris Pyrichord, du mixage.
A bientôt.