Les petites histoires !
Aujourd'hui, Karine Arnaud vont vous raconter le roi Tito, une histoire écrite par Vero
Caso.
C'est impossible d'aimer pour devrer le ski de fond et le lancer de poids.
Pas plus que de se régaler avec des broncolis ou des huîtres.
Il faut vraiment être bizarre pour aimer la musique triste.
Ceux qui disent adorer les maths sont des menteurs.
Et comme on peut s'amuser en lisant des livres plein de mots prétentieux qu'on
n'utilise jamais dans la vie.
Tito a des idées arrêtées sur tout.
Il ne comprend pas les originaux, à savoir tous ceux qui ne partagent pas ses goûts.
Être normal et sa plus grande fierté.
Son sport préféré ?
Le foot.
Tenu préféré ?
Jugging et basket blanche.
Pla préféré ?
Les frites.
Dessert préféré ?
La mousse au chocolat de maman.
Musique préféré ?
La pop joyeuse.
Loisir préféré ?
Encore le foot et les vidéos de chat.
Tito déteste les conflits et les esprits de contradiction.
Il est certain que le monde se porterait mieux si chacun et chacune pensaient comme lui.
Quand il sera grand, il sera roi ou président.
Et il imposera sa loi qui rendra tout le monde heureux.
Il marche en rêvant à ce monde parfait quand, bam, son front rencontre un poteau
au milieu du chemin.
La rencontre est violente et Tito, perconnaissance.
Il se réveille dans un lit d'hôpital avec un bandage qui lui fait comme une couronne
autour de la tête.
Quelques amis sont en train de jouer au foot dans la chambre, tous vêtus de jogging
et chaussées de basket blanche.
Oura, le roi Tito est réveillé !
Il va pouvoir jouer au foot avec nous !
Tito se frotte la tête un peu sonnée.
Ma mère n'est pas là ?
Non, elle doit être en train de faire de la mousse au chocolat.
Ah super, mon dessert préféré.
Le mien aussi.
Et le mien.
Tito regarde ses camarades avec joie.
C'est la première fois que personne ne le contredit.
Je me sens un peu bizarre.
Je crois que mon bandage est trop serré.
Il appuie sur la sonnette pour appeler les infirmiers, mais personne ne vient.
Il doit être trop occupé à jouer !
Tito intrigué sort de la chambre.
Il est agréablement surpris d'entendre de la musique pop joyeuse dans le couloir.
Mais rien de mieux pour mettre les malades et les médecins de bonne humeur.
Tito se prend un coup de ballon sur la tête.
Oula pardon roi Tito, tu ne devrais pas rester là.
Mais qu'est-ce qui se passe ici ?
Ben ça se voit pas, on est au plein match !
Le couloir a été transformé en terrain de football.
Tout le personnel médical est en train de courir et de se passer des balles.
Vous jouez au foot ?
Mais c'est mon sport préféré.
Ah mais on le sait !
C'est même toi qui l'a rendu obligatoire.
La meilleure idée de l'année.
Tito est fier de voir les gens heureux grâce à lui.
Tu devrais retourner dans ta chambre ou tu risques encore de prendre un mauvais coup ?
Ouais, pardon, je vous laisse jouer.
J'ai juste mon bandage, il est trop serré.
Ah désolé, on est tous trop occupés là.
On viendra de voir à l'amitant.
Tito retourne dans sa chambre où ses amis continuent leur partie de foot.
Charlotte tire un peu trop fort et casse une vitre.
Oups, allô cherchis le ballon.
Mais c'est trop petit ici !
On va jouer sur le terrain de l'école Tito ?
Euh, je vais me reposer encore un peu et je vous rejoint.
Tous les amis de Tito l'abandonnent pour aller jouer.
Sauf Ophélie qui pousse son fauteuil roulant jusqu'à lui.
Je peux te tenir compagnie si tu veux.
Comme je peux pas trop jouer au foot.
Merci Ophélie.
Et désolé, j'avais pas pensé à ça dans mon plan.
Ah t'inquiète pas, j'adore le foot moi aussi,
mais ça me fait plaisir de regarder les autres jouer.
Et t'es pas avec ton copain aujourd'hui ?
C'est la première fois que je te vois seul ?
Jojo, non non, il est amoureux de Melissa maintenant.
Comme tous les élèves depuis que t'as dit que c'était la plus belle de l'école.
C'est vrai, mais...
Alors tout le monde est amoureux de la même fille.
Ouais, tout le monde ouais.
Mais, et toi ? Qu'est-ce qu'ils t'aiment ?
Bah t'es drôle.
Pourquoi on serait amoureux d'une fille pas jolie comme moi ?
Mais j'ai jamais dit que t'étais pas jolie.
J'ai juste dit qu'objectivement,
tout le monde devait admettre que Melissa est la plus belle.
Et on est tous d'accord avec toi, t'as pas à t'inquiéter.
Si regardez la télé.
Tito allume la télé de sa chambre et tombe aussitôt sur une vidéo de chat.
Je la connais celle-là, elle est super drôle.
Ah ouais, je l'ai vu au moins 150 fois.
Mais je pleure de rire à chaque fois que le chat tombe dans la piscine.
Effectivement, 3 secondes plus tard,
le chat tombe dans la piscine et Tito et Ophélie éclatent de rire.
Tito zap sur les autres chaînes.
Tout diffuse des vidéos de chat.
Wow !
Mais alors j'ai... j'ai vraiment imposé ma loi.
Ouais, la meilleure loi de l'univers.
Le monde est exactement comme tu l'as rêvé.
Comme pour lui confirmer cette révélation,
un aide soignant vient lui apporter son déjeuner.
Des frites et la mousse au chocolat de sa mère.
Si Tito n'était pas à l'hôpital,
ce serait la journée la plus parfaite de sa vie.
Maman est là ? Je peux la voir ?
Ah bah non, elle a dû repartir.
Elle a plein de mousse au chocolat préparée pour ce soir.
De la mousse au chocolat, midi et soir ?
Oh mais quelle super idée !
Mais c'est la tienne, moi, Tito.
Je te laisse, hein.
J'ai encore plein de repas distribué.
Et pour mon bandage trop serré.
Ah désolé, toutes les équipes ont commencé un nouveau match.
Tu connais réglement ?
Interdiction de déranger les gens qui s'amusent.
Ha ha ! Bien sûr que je la connais.
Bon allez, je vais t'aider pour cette fois,
mais après, faut d'être débrouillé, hein.
L'aide soignant dessert le bandage de Tito
et constate qu'il n'y a qu'une villaine bosse.
T'as rien de grave, hein.
Tu peux rentrer chez toi après le dessert ?
Tito appelle son père,
puis ses grands-parents pour qu'ils viennent le chercher.
Mais ils sont tous occupés à jouer au foot.
Heureusement, Ophélie ne l'a pas laissé tomber.
Je te raccompagne en fauteuil si tu veux.
Tito accepte reconnaissant et soulagé.
En traversant le couloir de l'hôpital,
Tito et Ophélie évitent les balles perdues des joueurs maladroits
et croisent plein de patients qui attendent d'être soignés ou opérés.
Ces patients ne s'impatientent pas le moins du monde
grâce aux vidéos de chats qui passent en boucle à la télé.
Ah, je l'avais bien dit.
Y a rien de mieux pour se changer les idées.
Enfin dehors, Tito monte sur le marche-pied du fauteuil roulant d'Ophélie
et la laisse le conduire jusque chez lui.
Partout où il passe, tout le monde,
enfants, adultes, commerçants, ouvriers, comptables, secrétaires ou policiers,
sont en jogging et basket blanche en train de jouer au ballon.
Tito remarque que toutes les boutiques de vêtements et de chaussures
ne proposent plus que des jogging et des baskets blanches.
Ça lui fait bizarre, mais il ne sait pas trop quoi en penser.
Arrête-on-nous, la supérette.
Je voudrais acheter des framboises pour maman.
Ce sont ses fruits préférés.
Des framboises ? Je sais pas où tu vas en trouver.
C'est la pleine saison des framboises.
Ça devrait pas être compliqué.
Ophélie dépose Tito devant la supérette.
L'entrée du magasin n'étant pas prévue pour les fauteuils roulants.
Tito file au rayon fruits et légumes pour trouver des framboises,
mais il ne voit en tout et pour tout que des cajetes de pommes de terre.
Même surprise au rayon surgelé.
Il n'y a que des frites dans les congélateurs.
Les autres rayons ne sont pas beaucoup plus variés.
Juste le strict nécessaire pour faire de la mousse au chocolat.
Tito sort bredouille de la supérette et reprend la route avec Ophélie.
Un peu déconcertée par ses dernières découvertes.
Il reste silencieux jusqu'à son arrivée chez lui.
Maman, c'est moi.
Entre Tito, je suis dans la cuisine !
Tito et Ophélie suivent la bonne odeur de chocolat.
La mère de Tito les accueille avec un grand sourire
dans une cuisine envahie de marmites de chocolat fondu et de montée en neige.
Entrez les enfants.
Désolé de ne pas avoir pu venir te chercher Tito.
J'ai plus le temps de rien depuis que je dois faire des mousses au chocolat pour tout le village.
Pour tout le village ?
Mais enfin, tu peux pas donner l'ercet aux autres parents ?
Ah, elle n'a pas tout à fait le même goût quand ce n'est pas moi qui la prépare.
C'est même toi qui l'a dit.
Ah, ça c'est bien vrai. Votre mousse au chocolat est la meilleure.
Est-ce qu'on peut vous aider ?
Ah, je ne suis pas contre un petit coup de main pour la vaisselle.
Tito est heureux de se rendre utile en lavant la montagne de vaisselle dans l'évier,
tandis qu'Ophélie les suit.
Ils sont récompensés par une bonne mousse au chocolat, à peine sortie du réfrigérateur.
Je suis désolé, maman.
Je voulais t'apporter des framboises, mais j'en ai pas trouvé.
Ne le sois pas, Tito.
Ma mousse au chocolat est bien meilleure.
Et elle en engloute une bonne louche pour le prouver.
Tito est aux anges.
Même sa mère est d'accord avec lui.
Le lendemain, Tito retourne à l'école et trouve tout le monde, élève et professeur,
en train de jouer au ballon.
Tito se réjouit de voir les cours de maths et les cours d'histoire remplacés par le foot.
Et le cours de français et de littérature a été remplacé par des séances de vidéos de chats.
Terminé la corvée de lecture et les rédactions.
L'école ressemble à une longue et géniale récréation.
Entre deux parties de ballons, tous les élèves, filles et garçons,
sont aglutinés autour de Melissa pour tenter et d'attirer son attention.
Melissa recueille les compliments en ignorant tout le monde,
trop occupé à s'admirer dans son miroir de poche.
Les élèves finissent en larmes, malheureux de voir leur amour non réciproque.
Il n'y a qu'auphélix qui prend les choses avec philosophie.
Moi aussi, si j'étais Melissa, je n'aimerais personne plus que moi.
Heureusement que tu l'es pas.
Tu sais, à force de la regarder, je la trouve plus si belle que ça.
Ils échangent à sourire, puis regardent leurs camarades se consoler avec une nouvelle partie de ballon.
Au déjeuner, Tito retrouve auphélix à la cantine, pour le menu du jour et de l'année,
frites et mousse au chocolat de la mère de Tito à volonté.
En voyant auphélix se régaler, Tito n'ose pas dire qu'il est un peu écœuré et qu'il mangerait bien une crudité.
Le soir, Tito retrouve sa mère au fourneau, exténué et pleine de vilains boutons sur le visage
à force de goûter sa mousse au chocolat.
La pauvre peut à peine dormir quelques minutes par jour pour tenir la cadence des milliers de mousse au chocolat à préparer pour tout le village.
Les jours passent et se ressemblent tous.
Foot, vidéo de chat, musique joyeuse, frites et mousse au chocolat.
Tout le monde est heureux, boutonneux et un peu nos éœurs.
Dans les hôpitaux, le personnel médical s'amuse tellement que plus aucun malade n'est soigné.
Les travaux sur la chaussée, le ramassage des poubelles, les réparations des maisons, l'entretien des voies ferrées,
tout est à l'abandon. Plus personne n'est disponible pour s'en occuper.
Tito commence à se sentir mal.
Il prend de moins en moins de plaisir à déguster son plat préféré et il a de moins en moins envie de jouer au foot.
Il finit par se confier à Ophélie.
T'en as pas marre des frités de la mousse ?
Comment je pourrais en avoir marre des deux meilleures choses au monde ?
Et la pop joyeuse, tu ne t'en l'aspar un peu ?
T'as de drôles de questions, Tito. Qu'est-ce qu'on pourrait écouter d'autres ?
Et tous ces livres qui nous racontaient d'autres vies, d'autres façons de penser, ça te manque pas ?
Un peu, mais j'oublie vite en rigolant devant les vidéos de chat
ou en regardant les copains jouent au foot. Pas toi ?
Si, si, t'as raison.
Puis peu importe que je m'enduie un peu tant que tout le monde allait rheureux.
Tito perd la notion du temps.
Il ne sait plus s'il s'est passé trois jours ou trois ans depuis son accident.
Tous les jours se ressemblent. Irrémediablement joyeux, un peu trop gras, trop sucré et trop salé.
Matin et soir, week-end des vacances scolaires compris.
Tito voit sa mère s'affaire en cuisine, en dormant à moitié sur ses oeufs en neige
et en ne se nourrissant plus que de l'odeur de la mousse au chocolat.
Tu veux pas prendre une pause, maman ? Ou essayer de cuisiner autre chose ?
Oh ! Cuisiner autre chose que le meilleur dessert du monde ? Quelle idée étrange !
Ah, un pain vide n'aurait plus aucun sens. Tout le village compte sur moi !
Alors Tito l'aide à faire la vaisselle une bonne partie de la soirée
tandis que son père se repose d'avoir trop joué.
À l'école, les ballons sont tellement frappés qu'ils deviennent vite usés et hors d'usage.
Tito et Ophélie se dévouent pour aller en acheter d'autres et découvrent avec stupheur
qu'il n'y a plus le moindre ballon en stock.
Le marchand explique aux deux jeunes amis qu'il va devoir fermer la boutique.
Et il n'y a plus personne pour fabriquer les ballons, on dit même pour les réparer.
Tout le monde préfère jouer au foot depuis la nouvelle loi.
Tito rentre chez lui complètement déprimé.
Les vidéos de chats ne le font plus rire du tout et la musique joyeuse lui donne envie de pleurer.
Son secret du bonheur, il l'imaginaient autrement.
Il rejoint sa mère épuisée dans la cuisine et fond en larmes au-dessus des marmilles de chocolat.
Je me suis trompé maman. Je voulais que tout le monde soit heureux en ayant les mêmes goûts que moi.
Et le monde est devenu fou et si ennuyeux.
Et à cause de moi, tu t'épuises à faire des mousses au chocolat du matin au soir.
Ça me rend tellement triste de ne plus l'adorer alors qu'elle est tellement bonne.
La mère de Tito est inquiète.
Oh, tu crois que j'ai perdu la main ? Que je me suis trompée dans la recette ?
Non, non, pas du tout maman. C'est juste que...
C'était pas parfait avant mais chaque jour était surprenant, chaque personne était unique.
On pouvait goûter plein de choses, même si c'était pas toujours bon.
On pouvait avoir des passions et tout un tas de loisirs et de métiers à essayer et à choisir.
On pouvait même aimer ne rien faire.
On pouvait pleurer sur des musiques tristes pour se sentir compris.
On n'était pas tous d'accord mais on avait des échanges intéressants.
On avait même le droit de se tromper et de changer d'avis.
Oh maman, si seulement tout pouvait redevenir comme avant.
Je crois qu'il se réveille.
Tout va bien Tito, je suis là.
Tito ouvre les yeux et se réveille dans un lit d'hôpital avec un bandage autour de la tête.
Il voit sa mère et Ophélie à son chevet.
Tito, est-ce que ça va ?
Ah, tu nous as fait peur.
Ophélie t'as vu te cogner la tête dans la rue et m'a appelé.
Tu t'es fait une sacrée bosse.
Tito touche sa bosse à travers le bandage.
Je suis là depuis... depuis combien de temps ?
Juste quelques heures.
Et euh... tu fais pas de mousse au chocolat ?
Ah non mon garçon, la mousse au chocolat c'est seulement le dimanche.
Alors euh... je suis paroi.
La mère et Ophélie échangent un regard inquiet.
Je crois qu'ils tournent pas très rond.
Je vais aller chercher le médecin.
Ah non, ils sont pas en train de jouer au foot ?
Oh là là, je me dépêche, je reviens.
Tito sourit à Ophélie.
Alors euh... tout est redevenu normal.
Normal comment ?
Bah normal comme quand on était tous différents.
Je crois que oui.
Tito est ravie et soulagé.
Il a hâte de retourner en classe et d'apprendre des tas de choses passionnantes et inutiles.
Il regarde Ophélie dans la lumière et semble la découvrir pour la première fois.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Pourquoi tu me regardes bizarrement ?
Pour rien, j'aime disais juste que Mélissa n'était pas la plus belle fille de l'école.
Voilà l'histoire est finie.
Qu'en avais-vous pensé ?
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En plus, maintenant je peux vous répondre directement.
Trop bien non ?
J'ai hâte de vous lire.
Je vous embrasse et je vous dis à bientôt.
Les petites histoires !