Dans un instant, votre nouvelle histoire commence, mais avant, laissez-moi vous souffler une idée
qui met toujours tout le monde d'accord à la maison que ce soit.
Pour un petit creux, au petit déjeuner ou au goûter, il y a un nom qui fait saliver
les enfants, et les parents aussi.
Kiri, des portions de fromage frais fabriquées dans l'Ouest de la France, source de calcium,
et adaptées dans le cadre de la diversification alimentaire des 8 ou 9 mois.
On peut les tartiner, les cuisiner ou les savourer, simplement avec les doigts.
Bref, c'est le petit plaisir qui accompagne les grandes histoires du quotidien.
Allez, installez-vous confortablement votre nouvelle histoire démarre maintenant.
Bonjour à tous, bonjour les enfants.
Aujourd'hui, je vous raconte la deuxième partie de Scandal à l'école.
Une histoire imaginée en collaboration avec le ministère chargé de la lutte contre
les discriminations, et la DILCRA, délégation interministérielle à la lutte contre le
racisme, l'antisémitisme et la haine anti-LGBT à l'occasion des assises de lutte contre
l'antisémitisme.
Petite précaution les enfants, je vous rappelle que cette histoire n'est pas adaptée au
tout petit, car il y a certains passages qui pourraient vous faire un peu peur, et
d'autres qu'il faut contextualiser.
Idéalement, il est donc recommandé d'écouter cette histoire à partir de 6 ans, et si possible,
l'écouter une première fois avec vos parents pour avoir ensuite une discussion ensemble.
Cette histoire a été écrite par Benjamin Mulair, elle est racontée par Céline Calmane,
musique et réalisation signée Alexandre Ferréra.
Chapitre 4 L'Altercation à la cantine
Une délicieuse odeur de frites croustillantes se répand dans la cantine.
Les enfants parlent tous très fort, excité par le menu du jour.
Des frites à la carte, ce n'est pas tous les quatre matins.
Alicia, Simon et Sami s'installent à leur table habituelle, juste à côté de la bévitrée
qui donne sur la cour.
Ils viennent de passer la matinée en classe, mais il faut bien l'avouer, ils n'ont pas
été très attentifs, et puis les cours de grammaire, ce n'est pas franchement ce qu'ils préfèrent.
Plutôt que d'écouter, ils ont passé plusieurs heures le nez plongé dans leur note concernant
la fameuse enquête.
Qui pouvait être responsable des tags, et puis ce symbole, cette croix gamée, ici, dans
leur école ? Comment est-ce possible ? Beaucoup de questions, et pour le moment, aucune
réponse.
A la cantine, Sami tente de changer de sujet.
« Elles sont encore meilleures aujourd'hui ! » s'exclame-t-il en attrapant une poignée
de frites brûlantes.
Simon secoue la tête en inspectant les bouteilles de ketchup.
« Génial, y en a plus.
Ça veut dire qu'on ne pourra pas faire notre concours habituel.
Tu veux dire que je ne pourrai pas te dessiner en ketchup dans mon assiette ? » réplique
Alicia, un sourire au lèvre.
Mais aussitôt, Alicia se met d'un repensé à ce qui s'est passé dans l'école il
y a deux jours.
Les inscriptions découvertes le matériel dérobé, les tables et les chaises renversées.
En pleine réflexion, une voix moqueuse l'attire brusquement de ses pensées.
« Alors, ça joue encore au détective ? » Maxime et Caroline viennent de s'approcher,
les bras croisés, l'air gognar, leur posture arrogante, leur façon de dominer l'espace.
« Tout chez eux ! » respire la provocation, le mépris et la méchanceté.
« Franchement, vous en faites des caisses ? » lance Maxime.
« C'est juste des dessins, pas la peine d'en faire tout un drame. » Alicia se
s'embouillère d'un coup.
« Juste des dessins ? Juste des dessins ? » répète-t-elle.
« Mais donc, tu n'as rien compris de tout ce que l'on dit sur cette affaire ? Tu n'as
pas écouté Monsieur Lambert ? Vous savez au moins ce qu'il signifie, ces dessins,
comme tu dis ? » Caroline lève les yeux au ciel et lance.
« Ah, ça va ! C'est pas comme si ça changeait que toi que ce soit aujourd'hui. »
« Que ça ne sert à rien de s'énerver. Ce n'est pas comme cela qu'on peut échanger
ou expliquer, se dit-elle. » « Ok, Maxime, Caroline. Mais j'ai une question. Pensez-vous
que l'histoire s'arrête juste parce qu'elle est ancienne ? » Maxime osse les épaules.
« Wouah bah, on va pas passer toute notre vie à pleurer le passé. Ouais, un moment,
faut passer à autre chose, quoi ! » ajoute Caroline.
Simon, qui n'a rien raté de la conversation, est prêt à bondir. Alicia le sait, elle le
connaît par cœur. Elle pose alors sa main sur son bras.
« Respire ! Respire ! » murmure-t-elle. « Il ne cherche qu'à nous énerver. »
Simon sert la mâchoire. Il inspire profondément, mais finit par se lever brusquement et lâche.
« Je n'ai pas de temps à perdre avec vous ! » Il prend son plateau et part précipitamment,
suivie par ses deux amis, qui tentent de le retenir. « Simon, attends ! T'énerve pas ! Attends ! »
Mais le garçon ne se retourne pas et quitte la cantine. Alicia regarde Maxime et Caroline
et leur lance. « Voilà ! Vous êtes contents ? Vous avez vraiment rien compris ! »
Chapitre 5 La transmission
Ce soir-là, encore bouleversé par la scène à la cantine, Alicia se recroque vie sur son lit.
Elle a dans la main le téléphone de la maison. Elle inspire profondément et décide d'appeler
sa grand-mère. « Allô ? C'est toi, ma chérie ? » Alicia
murmure-t-elle. « Aujourd'hui, deux enfants de ma classe ont dit que les tagues, c'était pas grave,
que c'était du passé. » À l'autre bout du fil, Alicia entend sa grand-mère soupirer,
mais elle sait que sa grand-mère adorait pour à lui donner de bons conseils.
« Oh, ma chérie ! Ça me rappelle mon enfance ! »
Alicia se redresse sur son lit et s'assient en tailleur,
comme pour mieux entendre les mots de sa grand-mère. « Comment ça ? »
« Après la guerre, alors que j'avais ton âge, un garçon de ma classe m'a dit que
les camps des nazis, ce n'était pas si grave. » « Ah bon ? Mais… mais il savait ? »
« Eh bien non ! C'est ça le pire. Il ne savait pas. Il répétait ce qu'il entendait chez lui,
sans mesurer la portée de ses mots. Mais moi, moi je savais. J'avais vu ma mère pleurer
en silence chaque soir. J'avais entendu mon père murmurer les noms de ceux qu'il ne reverrait jamais.
J'avais compris ce que voulait dire le mot « disparu ».
« Mamy, j'ai une question. Tu n'es pas obligé de dire oui, mais est-ce que tu accepterais
de venir en parler dans ma classe ? » « Eh bien ma chérie, si cela peut empêcher
d'autres enfants de grandir dans l'ignorance, bien sûr, avec grand plaisir même. Parlez-en
à ton maître et tu me tiens au courant ! » M. Lambert avait évidemment répondu un grand oui
à l'initiative d'Alicia. Et deux jours plus tard, sa grand-mère était là, dans la salle de classe.
Elle se tenait debout devant le bureau du maître. Elle avait le sourire jusqu'aux oreilles.
Les enfants eux étaient très intimidés. « Bonjour les enfants, je suis ravie d'être ici devant vous.
Alicia m'a raconté ce qui s'est passé dans votre école il y a quelques jours. Une croix
gammée a été taggée sur un mur. Je peux comprendre que certains pensent que cela n'est pas grave,
mais ça l'est et je vais vous expliquer pourquoi. Je suis née juste après la Seconde Guerre mondiale.
Mon papa, heureusement, n'a pas été tué pendant cette terrible période. Avec ma mère,
ils sont tombés amoureux juste après et je suis née assez rapidement. Durant toute ma vie,
ils m'ont raconté ce qu'ils avaient vécu et à quoi ils avaient échappé. Mes parents étaient juifs
et lorsqu'on était juifs en France, durant la Seconde Guerre mondiale, il fallait absolument
se cacher pour survivre. Mon papa avait été fait prisonnier dans un camp de travail.
« Mais c'est quoi un camp de travail ? » demande Lina depuis le fond de la classe.
« Un camp de travail, c'est là où les nazis envoyaient les prisonniers, essentiellement
des juifs pour travailler. Enfin, je dis travailler. Ils étaient plutôt des esclaves. Et puis…
» La grand-mère d'Alicia peinait à terminer sa phrase. Alors M. Lambert vint à son secours.
Et puis, quand on parle des camps, on fait surtout allusion à ces endroits où ont été tués ces
prisonniers. C'est ça qu'il ne faut pas oublier aujourd'hui. La grand-mère d'Alicia relève la tête
et scrute chaque élève dans les yeux. « Le passé ne disparaît jamais complètement,
dit-elle enfin. Il s'endort parfois, il se cache, mais il ne meurt jamais. C'est à vous de ne pas
le laisser s'effacer, de ne pas détourner le regard, de ne pas laisser faire sans rien dire. »
Certains élèves baissent la tête. D'autres regardent cette grand-mère si courageuse.
Même Maxime et Caroline sont troublées. Alicia, elle, sent son coeur battre plus fort,
car elle sait que quelque chose vient de changer. Peut-être qu'à partir d'aujourd'hui,
ils comprendront. Lina, au fond de la classe, se lève et commence à applaudir la grand-mère d'Alicia.
Puis c'est autour de Simon, puis de Monsieur Lambert, puis au bout de quelques secondes,
toute la classe est debout à l'applaudir.
La mamie ne dit rien, mais Alicia, qui la connaît parfaitement,
sait que cette scène lui fait très chaud au coeur.
Chapitre 6 La vérité révélée
Le lendemain à la cantine, cette fois, plus de frites.
« Génial ! » dit Simon. « Des poireaux.
« Berk ! » répond sa mie.
« Mais bon, nous ne plaignons pas trop, on aurait pu avoir pire, genre chute Bruxelles,
ou Aubergine, ou même pire fenouille. Léh ! »
Les trois amis s'installent et commencent à manger.
Quand rapidement, ils sont interrompus par Maxime, qui s'approche de leur table.
Simon lui lance alors. « Je te préviens, on acceptera aucune provocation de ta part.
Mais Alicia comprend que ce ne sera pas le cas.
Maxime est plus pâle que d'habitude. Le dos, voûter. Il ne fait pas le malin.
Alicia sent immédiatement que quelque chose ne va pas.
« Alicia ? » commence-t-il d'une voix hésitante. « Je peux te parler ? »
Il parle si bas qu'elle a appellé le temps de capter ses mots.
Samy et Simon échangent un regard intrigué.
Mais Alicia hauche la tête et se lève. Elle suit Maxime hors de la cantine.
Les deux enfants s'assoient sur un banc, à l'écart des autres élèves.
Maxime au départ reste silencieux.
Il trifouille ses poches nerveusement avec ses mains.
« Alors, qu'est-ce qu'il y a, Maxime ? »
Il inspire profondément, puis lâche.
« C'est moi, c'est moi qui ai fait les tags. Quoi ? »
Alicia se lève d'un coup, comme si ses mots l'avaient frappé physiquement.
Maxime ne la regarde toujours pas.
Il semble minuscule à cet instant.
Puis Alicia se rapproche de lui.
« Explique-moi, » dit-elle.
« Enfin, si t'entais qu'on puisse expliquer un tel geste ?
Ben, mes cousins et moi, au début, on voulait juste entrer dans l'école pour voler du matériel.
Tu sais, des ordi, des trucs informatiques, des ballons aussi, mais…
Mais eux, ils ont commencé à taguer.
Et moi, eh ben, j'ai fait la croix gamée.
« Mais, mais comment t'as pu faire ça ? »
Maxime relève enfin les yeux vers elle.
Il a l'air désespéré.
« Je… j'ai pas réfléchi.
En fait, il y a quelques jours, j'avais vu une vidéo où des jeunes avaient fait ça dans
une école aux États-Unis et ça avait déclenché une énorme polémique là-bas.
Plein de gens prenaient la parole pour hurler au scandale.
Moi, ben, j'avais à peine à quoi ça faisait référence.
Alors, ben, je me suis dit que ça allait faire parler, que ce serait comme un défi.
Je voulais juste impressionner mes cousins, quoi.
J'ai été trop bête.
Et en entendant ta grand-mère hier, histoire de ses parents, j'ai eu tellement honte.
« Tu sais ce que ça représente maintenant ? »
Lâche à Lissia.
« Maintenant, oui.
Avant, j'avais vaguement entendu parler de ça en cours, mais ça me paraissait loin,
comme une vieille histoire qu'on nous oblige à apprendre.
Mais après avoir écouté ta grand-mère, quand elle parlait des camps,
des enfants qu'on sépare de leurs parents, de ceux qui ne sont jamais revenus, j'ai eu tronche.
Je comprends maintenant que j'ai fait quelque chose d'horrible.
Je suis désolée, Lissia.
Vraiment, je sais que ça change rien, mais je veux que tu le saches.
« Tu as fait quelque chose d'horrible, Maxime, mais tu viens de leur connaître.
Et ça, c'est très courageux.
Alors, qu'est-ce que je fais maintenant ? »
Demande-t-il d'une voix hésitante.
« Bah, tu viens avec moi et on va voir le directeur.
Tu vas tout lui dire.
»
Quelques jours plus tard, Lissia marche sur le côté de sa grand-mère.
Nous sommes dimanche matin.
Elle s'apprête toutes les deux à faire le marché.
Une petite tradition qu'elles aiment partager.
« Tu sais, Mamie, je voulais te dire.
Oui ? »
Lui répond sa grand-mère.
« Maxime, celui qui a fait ça,
bah, il a été exclu de l'école.
On l'a appris hier.
» Sa grand-mère reste silencieuse un instant, puis l'interroge.
« Et qu'est-ce que tu ressens ?
Je ne sais pas.
Je crois que je suis triste, en fait.
» Sa grand-mère pose une main sur son bras.
« Parce que tu comprends que derrière ses actes,
il y a eu un enfant qui ne comprenait pas ce qu'il faisait.
» Lissia auche la tête.
« Je lui en veux toujours, mais il m'écoute, Mamie.
Il comprend.
Tu penses qu'il peut changer ? »
Sa grand-mère sourit et lui lance.
« Je pense qu'il a déjà commencé à changer,
en reconnaissant qu'il était coupable.
» Tu crois que ça arrive souvent ?
Des gens qui font du mal sans comprendre pourquoi ?
« Oh, bien plus souvent qu'on ne veut l'admettre.
Parfois, c'est de l'ignorance, parfois, c'est de la peur.
Mais la vraie question, c'est qu'est-ce qu'on fait une fois que l'on comprend ?
« Toi, tu n'as pas détourné le regard,
et tu as voulu que lui aussi comprenne.
C'est ça, la vraie force.
Je suis fier, très fier de toi, ma petite vie.
» « Moi aussi, Mamie, j'étais très fier de toi
quand tu es venue dans ma classe.
Rien n'est jamais totalement perdu, tu sais,
mais ça demande de la force et du courage. »
Et ça tombe bien, car Alicia, de la force et du courage,
elle en a encore beaucoup, et elle en aura besoin
pour continuer de lutter tous les jours
contre toutes les formes de discrimination.
Voilà, c'était le deuxième épisode de Scandal à l'école.
Histoire imaginée en collaboration avec le ministère
chargé de la lutte contre les discriminations et la DILCRA,
la délégation interministérielle à la lutte contre le racisme,
l'antisémitisme et la haine anti-LGBT
à l'occasion des assises de lutte contre l'antisémitisme.
Cette histoire a été écrite par Benjamin Mulair,
elle est racontée par Céline Kalmane,
Musique et Réalisation, signée Alexandre Ferrérat.
Les enfants, si vous voulez en apprendre plus sur ce sujet,
nous vous conseillons de lire le journal d'Anne Franck,
en tout cas si vous êtes en CM2.
C'est l'histoire vraie d'une jeune fille juive, Anne,
qui doit se cacher avec sa famille pendant la Seconde Guerre mondiale
pour échapper au nazi.
Pendant deux ans, elle vit enfermée dans une petite pièce secrète,
sans pouvoir sortir.
Elle écrit chaque jour dans son journal, racontant ses peurs,
ses espoirs et sa vie quotidienne avec les autres personnes cachées.
Anne rêve de liberté, d'aventure et d'un monde meilleur,
même dans ses moments très difficiles.
Son histoire était mouvante et nous aide à comprendre pourquoi
il ne faut jamais oublier le passé pour construire un avenir
plus juste et plus beau.