OLI en concert : "Le Chant des cailloux" par Claire Berest

Durée: 21m29s

Date de sortie: 12/02/2025

durée : 00:21:29 - Une histoire et... Oli - Quand Oli se raconte en musique. L'histoire est écrite par Claire Berest et réunit sur scène un accordéon et une contrebasse.

C'est Oli, on concerne.
O-L-I.
Avec des vrais musiciens.
O-L-I.
La bibli, les petits.
Je suis pas petit.
Bonjour, je m'appelle Claire Béreste
et je vais vous raconter l'histoire des chants des cailloux.
O-L-I.
O-L-I.
Quand arrive l'été, je prends le train pour aller chez mes grands-parents.
J'adore l'été.
Et mes grands-parents, presque du même amour.
Immenses.
Un amour qui monte jusqu'aux arbres, au montagne, à la lune, jusqu'aux étoiles et aux planètes cachées au-delà.
Je ne les appelle pas Papy et Mamy, comme presque tous mes amis.
Je les appelle Oma et grand-père.
Ils habitent une maison bleue, à côté de la mer, dans un petit coin de Bretagne.
...
...
Leur maison est si proche de l'eau qu'on n'a pas besoin de prendre de voitures ou de vélos pour y aller.
Il suffit de prendre ses pieds.
Alors, avec Oma, on y va tous les jours, tous les deux, pendant tout l'été.
Grand-père reste souvent pour garder la maison, comme il dit, parce que la maison n'aime pas trop rester toute seule.
Mais moi je sais qu'il aime lire des livres toute la journée.
Parfois, il met un bonnet, des petites lunettes rondes, un maillot de bar rouge et il va se baigner.
Il ne met jamais de crème solaire.
Je le lui dis pourtant et il me répond qu'il n'en a plus besoin, car il a une peau de vieux crocodiles.
Mais que moi, j'ai une peau de jeune abricot et que j'ai intérêt à en mettre sans oublier le dessus de mes oreilles.
...
...
...
Avec Oma, quand on arrive sur la plage, on fait la pêche au caillou près de l'eau.
On recherche les colorés, ceux qui ont des formes bizarres, ceux qui ont des trous gracieux et on les dépose dans un saut.
Un jour, Oma me dit, viens, on s'allonge au milieu des cailloux.
Je lui demande pourquoi.
Elle me répond à voix basse.
Si tu t'allonges, que tu fermes les yeux et que tu attends, les cailloux vont te parler.
On se couche dans le sable tout habillé.
Au début, ça me gratte à cause du sable.
Je commence par entendre les vagues qui font comme un long souffle.
Puis, je remarque l'écrit des oiseaux.
Ils ont l'air de se chamailler.
Le sable se mélange à mes cheveux et j'ai l'impression de m'enfoncer dans un lit vivant qui me masse le corps.
C'est agréable.
Je continue à me taire et à écouter.
...
...
...
...
...
...
Et tout à coup, j'entends une petite voix.
Tout aigu.
Oma me saisit la main parce qu'elle aussi, elle l'entend et je lui serre la main en retour.
Je suis là.
Tu me sens doux, rond, lisse.
Non.
Je suis là sous ton petit pied.
Je suis le caillou.
Tu es souvent en train de me marcher dessus, mais non, ne t'inquiète pas, ça ne me fait pas mal.
J'ai une carapace.
Vas-y, marche sur moi.
Je te porte.
Je suis habituée.
Je suis si solide.
Lequel suis-je ?
Moi.
Tu trouves qu'on se ressemble tous ?
Mais non.
Ouvre tes petits yeux.
Plus grand.
Voilà, c'est bien.
Comme tes yeux sont jolis quand ils s'écarquillent comme des coquillages.
Qu'est-ce que ça veut dire écarquiller ?
C'est un mot un peu compliqué.
Mais tu sens comme ils croustillent.
Écarquiller, ça craque sous les dents, comme une biscotte, craque, craque, craque, comme un caillou dans la bouche.
Ça veut dire ouvrir grand les yeux.
Et ça permet de découvrir tout ce qui est autour de toi.
Et même tout ce qui est à l'intérieur de toi.
Comme maintenant, quand tu écarquilles les yeux à l'intérieur de ta tête, tout en les gardant fermés.
Moi, des yeux, je n'en ai pas.
Sauf ceux que tu dessines sur moi.
Et je n'ai pas de bouche.
Et pourtant, je te parle.
Parce que nous, les cailloux, nous aimons discuter.
Avec les algues, les moettes, le pôle nord et le pôle sud.
Et surtout avec les enfants et les grands-parents.
...
...
Tu sais, je suis beaucoup plus vieux que j'en ai l'air.
Je n'ai pas toujours été sur la plage.
J'ai vécu dans des champs et sur des montagnes.
Je suis parfois restée très longtemps au même endroit.
Pendant plusieurs vies.
Alors, les fleurs s'appuient sur moi.
Elles étalent leur racine sous mon ventre.
Sur mon dos, sa fourmi et sa grimpe.
Les coxinelles, les fourmis, les puces de sable et les araignées.
J'ai vu les dinosaures.
Les hommes préhistoriques me frottaient très fort pour faire jaillir du feu.
Tu imagines ?
On m'a aussi utilisé pour fabriquer une arme.
Et on m'a collé dans un mur pour faire tenir une maison.
...
...
Moi, j'aime quand la pluie tombe sur moi.
Ça me fait chanter la pluie fine au gouttelette tendre.
Quand l'orage éclate, c'est un vrai orchestre de cailloux.
Et soudain, je voyage.
Parce que tu me prends dans ta poche.
C'est la fête. Tu m'emmènes voir du pays ?
Non, ne t'inquiètes pas.
Je ne suis pas triste de me séparer des autres cailloux.
Parce qu'on s'envoie des cartes postales.
J'ai été emportée par de nombreux enfants comme toi, à toutes les époques.
J'ai construit des châteaux de cailloux.
J'ai joué aux osslets, aux jeux de go, aux dames.
J'ai été peint en vert, jaune ou indigo, et même en or.
Parce qu'une petite fille ne jetait dans la rivière
pour faire une chasse sous-marine aux pépites brillantes.
J'ai volé dans l'air pour faire des ricochets sur l'eau.
Roulé sur terre, transformé en billes.
...
...
...

...
...
J'aime aussi quand tu me poses sur le rebord d'une fenêtre, sous les étoiles.
Que tu me caresses, être bien au chaud dans une boîte tapissée de coton
ou décorer l'acquarium de ton poisson rouge.
Parfois, tu m'oublies.
Dans le grenier, dans la chambre de tes vacances,
sur le seuil de ton jardin, ce n'est pas grave.
Je reste à t'attendre.
Je rencontre d'autres cailloux et leurs bébés cailloux
à qui je raconte des histoires pour les endormir.
J'adore celle du grand méchant manche-cailloux qui rôde sous la terre.
Ça les fait frissonner.
Alors je les sers contre moi.
Et l'été suivant, tu reviens.
...
...
...
...
Oh, mâme ce coup d'un coup.
J'ouvre les yeux, il pleut à verse sur la plage.
Nous sommes tout mouillés, nous ramassons nos affaires
et je vois mon saut, plein de cailloux, qui me sourient.
...
...
...
...
...
On se dépêche sur le chemin du retour.
Je tiens au ma par la main, je lui demande.
Tu l'as entendu ? Tu l'as entendu ?
Viens me dis-t-elle, tu es trempée comme une soupe, on va attraper le rhume.
Nous arrivons à la maison en courant.
Nous nous séchons avec des grandes serriettes.
Grand-père prépare un chocolat chaud, il sort des galettes et des crêpes.
Il dit qu'il faut mettre beaucoup de confiture sur les crêpes.
Il n'a même pas remarqué qu'on était trempés.
Il est dans la lune, il a lu des livres toute la journée.
...
O mâme regarde et me dit à l'oreille.
Oui, je l'ai entendu, le chant du caillou.
Est-ce que tu penses qu'ils ont des noms, eux aussi ?
Je lui demande.
Bien sûr, tout le monde a un nom, mon chéri, même les cailloux.
Qui se finissent par auxx, comme les chouxx, les pouxx et les ibux.
Me dit Oma, qui sait tout, surtout.
Mais toi, toi tu ne t'appelles pas vraiment Oma ?
Comment tu t'appelles ?
Je m'appelle Lélia.
C'est joli.
Et grand-père, comment il s'appelle ?
Ton grand-père ?
C'est amusant, il s'appelle Pierre.
Oh, un vrai nom de cailloux.
Et oui, et tu sais mon chéri, comme les cailloux,
ton grand-père, c'est une grande pierre
sur laquelle tu peux t'appuyer, marcher, danser
et construire toutes les maisons de ta vie.
...
...
...
...
...
C'est en vivant avec Oma et grand-père
que j'ai compris que les cailloux avaient des prénoms,
comme les grands-parents avaient des prénoms.
Et que si on restait les yeux fermés et les oreilles ouvertes,
même recouverte sur le dessus de crème solaire,
on pouvait voyager sans bouger.
...
Et voilà, l'histoire est finie et maintenant, au lit.
...
C'était au lit en concert avec le contrebassiste
de l'Orchestre Philharmonique de Radio France,
Étoile Maccaires et l'accordéoniste Félixian Broul,
interprétant entre autres des musiques
de Giovanni Bottes et de Hattor Piazzolla.
Musiciens mettaient en onze Arne Morale,
prise de son Cédric Ciatelus,
post-production Alisson Alcrézié,
sur une idée de Cécile Kaufmann-Negre,
producteur délégué Léonard Bio,
réalisation Audrey Pouill.
...

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Oli

Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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