Tu savais toi que quand elle s'adultait t'es petit, faisais aussi des bêtises ?
Rien que moi une bêtise.
Une petite.
Une énorme.
M'en horte ma voix.
Ça, t'es une grosse bêtise.
Oups !
T'es un stupide !
C'est pas moi !
Bonjour, je suis Améda Smith, musicien.
Et quand j'étais petit, j'ai fait une grosse bêtise.
J'avais à peu près huit ans quand je fais cette grosse bêtise.
Je n'habitais pas en France.
Moi, je suis né au Comor.
Alors, les Comores, c'est un archipel de quatre îles
qui se trouvent entre Madagascar et l'Afrique.
C'est dans l'océan indien.
Imaginez-vous, une forêt avec plein d'oiseaux,
avec plein de verdure.
Que c'est beau !
C'est très joli.
Mais il y avait aussi la pauvreté.
Par contre, on était tout le temps joyeux.
Et moi, quand j'étais petit,
il n'y avait pas de télévision.
Ah non, il n'y avait pas de téléphone.
C'est nul !
Non plus.
Mais parfois, ça, c'était les grands moments
où il y avait des cinémas.
Des cinémas, c'est génial !
Quand je dis des cinémas, c'était itinérant.
C'est-à-dire, il y avait des personnes
qui venaient avec un vidéo-projecteur,
avec des enseintes.
À la prochaine, mesdames et messieurs !
Ne moquez pas le film de ce soir,
puisqu'on est seul !
C'était la grande fête dans le village.
On installait ça au milieu du village.
Avec des feuilles de noix de coco,
on tissait des barrières.
Pour pas qu'on puisse revoir gratuitement,
parce qu'il fallait payer.
Je vais vous prendre deux tickets.
Sa famille France, il vous plaît.
J'ai pas d'argent, moi.
Certains montaient sur les toits des maisons
pour regarder.
Là !
Voilà, là, c'est parfait !
Trop cool !
Chut !
Y'avait quelqu'un qui aimerait bien regarder le film !
Aujourd'hui, on peut trouver ça sur Internet.
Ce sont des films hindous,
on appelle ça Bollywood.
À l'époque, il y avait aussi le film de Karate
et de Bruce Lee, tout ça.
Et quand ça arrivait,
on attendait ça impatiemment.
Déjà nous, dans le village,
moi et mes copains,
dès qu'il n'y avait plus le cinéma
qui partait dans un autre village,
on prenait des cartons, on dessinait des Karatémanes.
Moi, je dessine Jack-Echen.
Moi, je fais Bruce Lee.
Et on mettait Y'en-un poule derrière
pour faire la lumière,
on mettait un drap devant,
on faisait des cinémas d'hommes.
Et nous, derrière, on faisait le brutage.
On faisait payer, parfois,
et il y avait du monde qui venait.
Ah, c'est complète, désolé.
Quel dommage !
Mais moi,
j'avais pas d'argent,
ma tante,
ma grand-mère,
mon grand-père,
ceux qui m'ont élevée,
parce que mes parents étaient en France.
Alors, ce soir-là...
Tata, ce soir, y'a le cinéma ?
Mais mon chéri, on peut pas y aller.
Écoute, on n'a pas les sous.
Quoi ?
Je pensais qu'elle me mentait,
qu'elle me faisait une blague.
Comment ça, on peut pas y aller ?
Ça fait un an que j'attends ce moment.
Puis, il y a tous mes copains qui y vont.
Il faut absolument que j'y aille.
C'est pas possible que ma tante n'ait pas l'argent
pour que j'ai pu se voir.
Ce film-là, je ne le verrai jamais,
parce que c'est pas comme ici.
Ici, vous avez le cinéma,
vous n'avez pas aujourd'hui,
vous allez demain,
vous ne le voyez pas aujourd'hui,
vous t'attendez un an après
pour que le cinéma et t'y n'ayeraient reviendu.
Tata !
Imaginez-vous ma colère,
imaginez-vous ma déception.
Je veux y aller !
Oui !
Ma tante, elle, elle était couturière.
Elle faisait partie des groupes de danse traditionnelle
du village avec ses amis.
Donc, elles ont acheté du tissu,
elles ont confectionné des robes,
des jolis robes, avec un tissu
qui est arrivé dans les années 70-80,
qui s'appelle le M'tiri-poing.
Ce genre de tissu élastique,
qui était vraiment à la mode à l'époque,
ils avaient tout mis,
tout le monde, l'economie pour acheter ça.
Les jolis robes bleues,
je me souviens encore comme maintenant,
elle allait tellement bien,
elle était tellement fière de cette robe-là.
Super !
Mais moi,
dans ma déception,
je suis allé dans sa chambre,
j'ai vu le ciseau de couturière,
j'ai vu sa robe.
Et voilà,
des confettis de robes.
Un mille morceaux, j'ai coupé la robe.
Je me suis même pas rendu compte
ce que j'ai fait,
mais quand j'ai vu la robe,
un petit morceau par terre,
j'ai eu de la peine pour ma tente.
Mais ma tente,
gentille qu'elle était,
elle est venue à la visite,
elle a crié.
Ma robe !
Ma belle robe, non !
Ma robe, ma robe.
Je pense que sa tristesse
et sa déception
m'a plus blessé qu'autre chose,
ça m'a blessé pendant des années,
des années.
Mais bon, je me suis racheté,
parce que maintenant,
je me cumédiende d'elle.
Et je crois des robes comme ça,
je lui en achetais plein
et j'ai fait plein de belles choses.
Maintenant, on est contents.
Allez, raconte-moi, connebétise.