DROITS DES FEMMES DANS L'HISTOIRE I Claudine Monteil, militante féministe avec Simone Veil et Simone de Beauvoir

Durée: 65m39s

Date de sortie: 18/01/2025

Le 17 janvier 1975 était promulguée la loi Veil, une loi cruciale pour un droit fondamental, qui a permis la dépénalisation de l’avortement en France.

Un demi-siècle plus tard, l’interruption volontaire de grossesse est devenue récemment un droit constitutionnel dans notre pays,


Je vous propose à cette occasion de ré-écouter dans son intégralité l'histoire d'une des femmes qui a participé aux mouvements féministes des années 70, Claudine Monteil.


Claudine Monteil est une écrivaine, historienne et militante française engagée pour les droits des femmes.


Intellectuelle influente, elle a côtoyé des figures majeures du féminisme et de la littérature, notamment Simone de Beauvoir, Simone Veil et Gisèle Halimi.


Au fil de son interview et son histoire, tu apprendras comment elle est devenue cette militante féministe qui s'est battue pour les droits des femmes, de ta mère et de tes grands-mères.

Nos droits de femmes aujourd'hui.


Une histoire à partager avec des jeunes enfants - à partir de 10 ans.


⚠️ Dans la dernière partie de l'histoire (à partir de 43:57), on parle d'avortement.

Si tu as moins de 18 ans, je te conseille d'écouter cet épisode avec un adulte de confiance et de lui parler du thème de cet épisode avant si jamais tu l'écoutais seule. C'est un sujet important et sensible et il me semble essentiel que les adultes qui t'entourent sachent que tu en as entendu parler et dans quelles conditions.


Partie 1 : 0:00 - 21:12 - l'enfance de Claudine Monteil entre l'école de Paris et Princeton

Partie 2 : 21:13 - 43:56 - l'apprentissage de la diplomatie

Partie 3 : 43:57 - 01:05:39 - la plus jeune signataire du Manifeste des 343 avec Simone de Beauvoir





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👋 Je suis Céline Steyer, ex-directrice marketing M6 et Lagardère pendant + de 15 ans, maman engagée pour l’inclusion et la diversité, née avec une différence, autrice et créatrice du podcast préféré des filles de 10 à 14 ans et premier podcast francophone de l’empowerment des filles.

Pour donner confiance aux filles et faire des garçons, leurs meilleurs soutiens.


Crédits : Nouvelles Héroïnes ©️, tous droits réservés.


Cette histoire a été imaginée et écrite par Céline Steyer, créatrice de podcasts engagée, d'après l'histoire vraie de Claudine Monteil.

Voix : Céline Steyer (et toutes les petites voix qui composent le générique du podcast et que je remercie 💜)

Mix et réalisation sonore : Alice Krief des Belles Fréquences


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Nouvelle séroïne.
Ce qui est extraordinaire,
c'est que donc la première fois que je rencontre Simone de Beauvoir,
j'ai 20 ans, en 1970, dans l'un des dimanches.
Ça va être tous les dimanches pendant des années, après il me dit.
Une des dimanches chez Simone de Beauvoir,
elle va me parler.
À moi qui ai 20 ans et elle qui en a 62,
elle va me parler, semble-t-il, d'égale à égal.
Et cela, c'est grâce à son père.
Car elle a été habituée à ce qu'enfant, on lui parle,
d'égale à égal.
Et donc, la jeune fille que j'étais,
elle m'a donné l'impression d'être son égal,
même si je ne l'étais pas de part.
Même si j'avais une grande expérience internationale déjà à 20 ans,
ce qui à l'époque était très rare,
mais elle m'a écouté.
Elle a discuté avec moi.
Elle écoutait ma parole.
Et ça, je ne l'ai jamais oubliée.
C'est une force extraordinaire pour nous, pour les féministes.
Nouvelle séroïne.
Salut toi.
Je suis Céline Steyer, celle qui murmure à tes oreilles
des récits d'aventures insolites et de dépassements de soi
à travers des histoires vraies
de femmes qui ont osé faire de leur rêve une réalité.
Des histoires pour t'aider à grandir en confiance
et trouver ton propre chemin.
Bienvenue dans le monde surprenant des nouvelles séroïnes.
Nouvelles séroïnes.
À l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes,
le 8 mars,
je te propose une mini-série très spéciale
en trois épisodes.
Le 8 mars est un jour où le monde entier célèbre
toutes les réalisations incroyables
que les femmes et filles ont accompli.
Mais aussi à ce qu'ils restent à faire pour que les garçons et les filles,
aient les mêmes droits et chances que ce soit à l'école,
au travail, à la maison, dans la société.
Oui, comme une histoire de nouvelles séroïnes.
Mais oui, parce que dans l'histoire avec un grand âge,
les femmes n'ont pas toujours eu les mêmes droits que les hommes.
Tu la vas sans doute l'étudier à l'école,
mais la nouvelle héroïne, au l'un de gauche,
avait publié en 1791 la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Avec un article premier,
« La femme n'est libre et demeure égale à l'homme en droit ».
Mais voilà, la Révolution française ne modifie pas la condition des femmes
et ne leur ouvre pas le chemin de la citoyenneté.
Au contraire, en 1804,
le Code civil institutionnalise l'infériorité de la femme
qui doit obéissance à son mari.
En 1944, le gouvernement de la Révolution française
accordent le droit de vote et l'élégibilité aux femmes,
c'est-à-dire que les femmes peuvent voter pour leurs élus et aussi être élus.
C'était il y a peine 80 ans
et des arrières-grands-mères n'avaient sans doute pas le droit de voter
comme des arrières-grands-pères.
Au-delà des frontières de la France, dans le monde,
des jeunes filles de ton âge n'ont pas le droit d'aller à l'école,
car elles doivent rester à la maison pour aider à la vie quotidienne
ou par manque de moyens de contraception,
sont enceintes très, très jeunes
et ne peuvent plus aller étudier ou trouver un travail.
Ainsi, montrer son soutien aux droits des femmes
s'est participé à rendre le monde plus juste et meilleur pour les filles comme toi,
pour que tu puisses rêver grand et réaliser tout ce que tu veux dans la vie,
construire un monde dans lequel tout le monde, peu importe son sexe,
puisse avoir les mêmes droits et les mêmes chances de réussir.
Alors à cette occasion, j'ai eu l'immense honneur
d'interriver une grande dame qui fit partie de ces femmes
qui dans les aînés 1970, au côté de Simone de Beauvoir,
gisèle à Limis, Simone Veil,
a lutté pour les droits des femmes et leur évolution.
Cette femme que tu vas entendre s'appelle Claudine Montaille.
Elle est écrivaine, historienne, diplomate, féministe
et amie de Simone de Beauvoir, dont le nom t'a déjà été compté.
Son histoire est absolument passionnante
et je suis très fière de te la partager.
Nouvelle héroïne
Elle était une nouvelle héroïne, Josiane Serre.
Ah, tu me racontes l'histoire de Claudine ?
Oui, tu as raison.
Mais l'histoire de Claudine commence bien avant qu'elle pointe le bout de son nez pour voir la météo.
Il est important pour moi de te raconter l'histoire de sa maman.
Claudine était qu'est-ce qu'elle a pané quand 1948, sa maman, Josiane,
lit un livre écrit par Alétien.
Je te laisse deviner.
Simone de Beauvoir.
Oui !
Et ce livre est le premier tome du célèbre ouvrage de l'écrivaine et féministe engagé Simone de Beauvoir.
Ce livre s'appelle Le deuxième sexe et Josiane le dévore.
Nous sommes à l'automne 1949 et Josiane termine le second tome du deuxième sexe.
Elle et Jean-Pierre Serre accueillent ainsi leur unique petite fille, Claudine.
Et bien sûr, pour te compter cette venue au monde, je laisse le micro à Claudine,
à qui j'ai demandé de me présenter sa maman.
Tu comprendras pourquoi en y prétend tes deux oreilles.
Je suis la fille de ma mère.
C'est important de le reconnaître, de se le dire qu'on est la fille de sa mère.
Et je suis vraiment la fille de ma mère, dans le sens.
Ma mère se marie en 1948.
Elle est jeune agrégée de chimie.
Mon père est jeune agrégée de mathématiques.
Ce sont tous les deux normaliens.
Elle veut faire de la recherche.
Elle a une admiration Marie Curie et une deuxième admiration Irène Joliot-Curie,
la fille aînée de Marie Curie, qui est également prix Nobel,
prix Nobel de chimie en 1935,
première femme membre d'un gouvernement français en 1936.
Donc une grande dame qui s'est beaucoup battue pour les lois des femmes en France,
notamment le droit au travail.
Donc ma mère a ses deux instructives et elle va faire sa thèse
avec quelqu'un de l'Institut du radium dirigé à l'heure par Irène Joliot-Curie.
Marie Curie est décédée avant la 2e Guerre mondiale.
Elle se marie et en guise de cadeaux de mariage,
un grand mathématicien de l'époque,
invite ma mère à prendre un café et lui dit,
Ecoutez, vous avez épousé un jeune mathématicien très prometteur.
Et bien maintenant, vous allez arrêter vos études,
vous allez arrêter votre travail pour vous consacrer à la carrière de votre mari.
Ma mère a bu le café, elle s'est levée et elle lui a dit merci
pour votre conseil que je ne suivrais pas.
Et elle a été assez vite enceinte de moi en 1949.
Elle a donc lui au début de sa grossesse,
elle a lu le premier tome du 2e sexe qui est paru à ce moment-là.
Et quand elle m'a donné vie en novembre 1949,
elle était en train de finir la lecture du 2e tome du 2e sexe.
C'est-à-dire que j'ai dit 20 ans plus tard,
j'ai dit à Simone de Beauvoir,
Simone, je suis un peu l'enfant du 2e sexe.
Et Simone de Beauvoir m'a répondu avec humour,
« L'enfant terrible, Claudine ! »
Elle avait l'image de Marie Curie et de Irene Jolie au Curie
qui s'était mariée, qui avait eu des enfants,
qui avait donc une vie qui pour elle,
elle voulait aussi avoir des enfants, ma mère,
elle voulait avoir une vie de famille.
Et donc pour elle, sa passion, c'était la chimie.
Elle voulait absolument devenir une grande chimiste
à l'image de ces deux femmes.
Il faut dire aussi que ses parents n'ont pas eu de fils.
C'est-à-dire qu'une fois encore,
son père, qui lui est rentré de Verdun,
de la 1re Guerre mondiale,
des tranchées de Verdun, de la guerre très dure,
donc elle, elle est née, ma mère est née en 1922,
4 ans après, la victoire pour la 1re Guerre mondiale,
et elle est le bonheur de son père.
Elle est l'enfant qui redonne goût à la vie,
après avoir été, il a été soldat,
officier pendant toute la guerre.
Et c'était pas, c'était une guerre terrible.
Il a perdu tous ses amis,
tous sont morts sur le champ de bataille.
Et comme elle avait aussi une sœur,
mais c'était deux femmes,
c'est mon grand-père, très moderne à l'époque,
c'est-à-dire entre les deux guerres,
qui a emmené ma mère voir l'école normale supérieure
de jeune fille de Seve, qui était alors à Seve,
et il lui a dit, tu sais, peut-être un jour,
tu entreras ici, tu sais,
tu pourras avoir un métier intéressant
en faire des choses intéressantes dans sa vie.
Il a toujours soutenu.
C'est très important le rôle des pères.
Vous savez, les plus grandes peintres,
femmes peintres, il y a beaucoup de femmes peintres.
La plupart des grandes femmes peintres
qu'on découvre maintenant,
parce que le XXIe siècle,
c'est le siècle où on va redécouvrir les femmes peintres,
ce dont on parle de moi,
parce qu'on parle surtout des hommes peintres.
Et je connais un peu le sujet,
parce que j'ai été très proche de la sœur de Simone de Beauvoir,
qui était artiste peinte,
et Laine de Beauvoir, qui a réalisé 3 000 tableaux et gravures,
qui a aidé des expositions dans le monde entier,
dont on ne parle plus, pratiquement.
Donc, tout cela pour vous dire,
quasiment, les seules femmes peintres très connues,
qui ont réalisé des oeuvres magnifiques,
c'est parce qu'elles avaient un père peintre
qui était lui-même connu,
qu'elles ont été enfants.
Leurs pères les a aidés à apprendre,
à dessiner, à apprendre, à peindre,
et surtout leur a dit,
tu peux le faire toi aussi.
Voilà, tu en sais un peu plus sur les parents de Claudine,
Josiane et Jean-Pierre.
Désormais, il est temps de mettre ton cartable sur le dos,
parce que nous allons partir à l'école.
Et pas n'importe quelle école,
car nous allons traverser l'océan Atlantique,
jusqu'aux Etats-Unis d'Améry, à Princeton.
C'est un environnement extraordinaire.
Je voudrais rappeler quand même
que c'est juste après la fin de la 2e Guerre mondiale.
Je dis cela parce que la France
est dans un état de très grande pauvreté.
Il faut bien penser à la pauvreté.
Les Allemands, les nazis ont tout pris, tout détruit.
Donc, il n'y a pas de logement.
Il y a la misère, les salaires sont très bas,
il y a encore des tickets de rationnement.
Donc, il y a des salaires qui sont très bas,

c'est quand même un environnement
où ça a été très dur pour mes parents de nous loger au début.
En 1949, c'est encore très difficile.
Alors qu'ils sont deux salaires non fonctionnaires,
enfin, je veux dire, ils gagnent leur vie.
Ils ne sont pas dans la misère, à sens propre.
Mais c'est pour dire.
Et bien, malgré tout, ça a été une enfance extraordinaire,
parce que mon père mathématicien, ma mère chimiste,
il y avait des hommes et des femmes du monde entier à la maison.
C'est-à-dire qu'il y avait toujours la porte été ouverte
pour partager un repas, discuter d'hommes et de femmes du monde entier
qui venaient des colloques internationaux.
Et l'autre chance que j'ai eu, qui pour moi était excendinaire,
c'est le fait que mon père a été médaille-fields,
c'est-à-dire prix Nobel de mathématiques,
à l'âge de 27 ans, le plus jeune dans l'histoire.
Robert Oppenheimer, le grand physicien
qui dirigeait l'Institut d'études avancées à Princeton, aux États-Unis,
invite mon père pour un poste permanent à Princeton.
Mais il ne l'a pas accepté,
parce qu'il a été élu très jeune au Collège de France.
Professeur au Collège de France,
qui est une institution créée par François Ier, 1530.
Et ça date d'il y a très longtemps, c'est une institution prestigieuse,
mais qui donne l'opportunité de ne pas avoir à enseigner,
vous pouvez faire de la recherche, vous faites des cours,
mais c'est vraiment un institut très sympathique.
Et donc, je me suis retrouvée à passer une partie de l'année
aux États-Unis à Princeton, car mon père a accepté d'y aller 3 mois par an.
Donc tous les Autons, j'étais à Princeton,
dans un milieu international également,
je suis allée à l'école de la ville de Princeton,
et là, j'ai rencontré les premiers problèmes de société.
J'ai 6 ans, j'y vais tous les ans,
mais l'histoire que je vais raconter,
je dirais que j'avais 10 ans et que j'allais avoir 11 ans.
Donc ça doit être l'automne 1960.
C'est à très longtemps, mais Princeton, il faut vous dire,
c'est quand même la petite ville dans le monde
où il y a le plus de prix Nobel au M. Carré,
prix Nobel, médaille Fields, etc.
Donc on peut imaginer qu'à l'école,
ce soit une école avec des enfants, quand même assez ouverts.
Or, dans ma classe, il y avait 70% d'enfants blancs,
20% de garçons noirs et une petite fille noire.
Et cette petite fille noire faisait l'objet de brimades épouvantables
de la part des petites filles blanches.
Et j'étais la seule à lui parler.
Or, aux États-Unis, vous déjeunez à la cantine tous les jours.
C'est la journée entière.
Vous ne rentrez pas à l'heure du déjeuner, etc.
Donc personne ne déjeunait avec elle.
Donc moi, je portais mon plateau et je me mettais avec elle pour m'avarder.
Et une fois, je ne l'oublierai jamais,
parce que ça a marqué ma vie,
une fois, nous avions des spaghetti avec des boules de viande
et je n'aime pas les boules de viande.
J'avais 10 ans et je dis qu'à Carol, la petite fille noire,
je lui dis, Carol, est-ce que tu veux mes boules de viande,
parce que je n'aime pas les boules de viande.
Et elle me dit, bah écoute, si tu veux,
moi je te donne mes spaghetti, une partie de mes spaghetti.
Elle était d'un milieu très pauvre,
donc elle n'avait pas forcément,
elle n'avait sûrement pas de la viande tous les jours.
Donc on échange les boules de viande contre les spaghetti
et chacune on est ravie.
Et puis c'est le retour à l'école, c'est le retour dans la classe
et là tous les enfants commencent à nous huer
quand on passe avant d'entrer dans la classe.
On entre dans la salle de classe,
l'institutrice me regarde d'un air très mauvais
et me dit mademoiselle, la directrice, vous attend.
Je baie bien sûr,
et je vais voir la directrice, je suis la seule française,
je suis la seule étrangère dans la classe.
Et elle me dit mademoiselle, d'un air très, très glacial,
est-ce que vous vous rendez compte de ce que vous avez fait à midi ?
Et je lui dis, mais non madame la directrice,
non, et c'est vrai que je n'avais pas la moindre idée de ce que j'avais fait.
Mademoiselle, vous avez donné votre viande à midi, à la cafétaria.
Mais madame la directrice, c'était ma viande,
c'est moi qui l'ai proposée à Carol parce que j'aime pas les viandes.
Et elle m'a donné ses spaghetti.
Je lui dis, la stricte vérité, la réalité.
Elle me dit mademoiselle, on ne donne jamais sa viande, ne recommencez pas.
Et quand je quitte le bureau de la directrice, je suis en larmes.
Je suis en larmes, j'arrive en classe,
et qu'est-ce que je trouve ma copine, la petite fille noire, Carol, en larmes.
On s'est fait siffler pendant la classe,
alors qu'à l'époque les élèves étaient très sages.
Voilà, c'est pour vous dire, c'est ça que j'ai vécu aussi, très jeune enfant,
et celui n'ai jamais oublié.
Ça a marqué ma vie.
Parce que nous venions de la France qui était en train de se reconstruire.
55, ça va mieux.
Il y a 10 ans après la 2e guerre mondiale.
Mais néanmoins, nous n'avions pas encore,
mes parents n'avions pas encore trouvé un appartement vraiment spatieux.
J'ai eu une chambre, je n'avais pas de chambre.
J'ai pas eu de chambre jusqu'à l'âge de 8 ans
parce que tout simplement, il y avait la crise du logement suite à la 2e guerre mondiale.
Donc quand j'étais à Princeton, nous avions une maison entourée d'arbres,
il y avait une pelouse, des jardins.
Enfin pour moi, c'était le paradis.
Et brusquement, le paradis, c'était ça.
L'école, le racisme, la ségrégation, petite fille.
Et je dois dire que mes parents m'ont été extraordinaires
parce qu'ils m'ont vraiment essayé de m'expliquer.
Et puis ils m'ont dit, cette phrase que je n'ai jamais oubliée,
ils m'ont dit aussi, n'oublie pas que nous ne sommes pas chez nous,
nous ne sommes pas en France, donc tu ne peux pas critiquer.
Tu dois ne rien dire, tu continues si tu veux,
être toujours amie avec la petite fille, tu restes amie avec Carol.
Mais n'oublie pas que tu ne peux pas non plus,
parce que moi j'étais prête à dire, mais vous êtes fous, pourquoi vous comprendrez.
Et alors donc plusieurs fois, par contre,
plusieurs fois on l'a accusé de vol, qui était faux bien évidemment.
Et donc à chaque fois j'ai pris sa défense
et j'ai dit, ouvrons tous les sacs, tous les sacs des petites filles
pour trouver la trousse de couture qui avait disparu, etc.
Bien sûr, c'était un commenter des petites filles blanches,
mais ça a été démontré.
Mais ce qui était déchirant aussi pour moi,
c'est que quand je rentrais en France,
le dernier jour où j'étais à l'école,
elle s'effondrait en larmes dans la classe.
Cette relation avec Carol a beaucoup marqué notre nouvelle héroïne
pendant toute sa vie.
Et quand elle n'était pas sur les bancs de l'école de Princeton,
Claudine adorait traîner sur les bancs de l'école française.
Elle adorait lire, apprendre, découvrir le monde.
Et puis, quand elle rentrait à la maison,
elle entretenait une grande complicité avec son papa Jean-Pierre.
J'aime l'école, j'aime apprendre,
d'autant que mon père, quand je suis née,
mon père avait 23 ans.
Mon père est légèrement plus jeune que ma mère.
Il voulait s'amuser avec moi,
il voulait me faire découvrir le monde.
Alors, vraiment, le monde qu'il m'avait découvert,
c'est d'abord la littérature.
Lui, le grand scientifique, ça a été la littérature.
Les chansons, les chansons françaises,
il m'apprenait, il m'a appris,

toutes les chansons françaises.
Il faut dire qu'il faut aller mieux me les apprendre,
parce qu'à l'époque, les avions,
on prenait les avions pour aller de Paris à New York,
puisque Princeton est à 60 km au sud de New York.
Mais c'était des constellations,
il n'y avait pas de pressurisation.
Donc, j'étais souvent petite fille, pas bien dans l'avion.
Et donc, ils me chantaient, me faisaient chanter pendant,
et ça durait 10, 12 heures à l'époque,
parce qu'il y avait des escales.
Et donc, pendant 10, 12 heures, ils me chantaient des chansons,
ils me racontaient des histoires drôles.
100 vats en guerre,
100 miron, 100 miron, 100 miron, 100 miron,
100 vats en guerre,
ne sait qu'en reviendra,
ne sait qu'en reviendra.
Ils reviendraient à Paris,
que miron, ton, miron, ton, miron,
100 miron, 100 miron,
ils reviendraient à Paris,
que ou à la primité,
ou à la primité.
Après, les chansons, ça a été les poèmes,
parce qu'à l'école en France,
il y avait des cours de récitation.
Enfin, il y avait des concours de récitation.
J'ai été première en concours de récitation,
à chaque fois qu'il y en avait,
parce que c'était une répétition générale avec mon père,
dans son bureau mathématique,
et il me disait, mais tiens-toi bien, vas-y,
j'ai récité des textes.
Alors, c'était parfois des textes,
je ne suis pas sûre que je comprenais tout.
Par exemple, il aimait beaucoup Saint-Simon et Louis XIV,
le grand siècle, il aime beaucoup le grand siècle.
Alors, il me faisait apprendre des textes,
racontant Louis XIV, arrivant la cour, etc.
Et alors, c'était littéralement comme une scène de théâtre.
C'était magnifique.
Voilà le premier épisode du début de la grande histoire de Claudine Montaille,
touche à sa fin.
Dans le prochain épisode,
Claudine entrelissait,
et un voyage en URSS
va bouleverser sa destinée,
ou plutôt va l'aider à trouver son chemin.
Tu t'apprêtes à écouter la deuxième partie de l'histoire
de la nouvelle héroïne Claudine Montaille.
Tu avais quitté Claudine,
chantant et récitant des poèmes sur les bancs de l'école,
la voici plus grande que 14 ans,
à la découverte d'un nouvel horizon,
dans un contexte de guerre froide
entre les États-Unis d'Amérique
et l'URSS, l'ex Russie actuelle.
Si tu n'as pas encore étudié sur les bancs de ton école la guerre froide,
sache que la guerre froide s'est un petit peu
comme une très grande compétition
entre deux équipes très puissantes,
enfin surtout une très longue compétition.
Mais au lieu de jouer un match de foot,
elle se défiait pour voir qui était la plus forte
sans vraiment se battre directement.
Ces deux équipes s'appelaient les États-Unis
et l'Union Soviétique,
et cette compétition a duré de très, très nombreuses années.
Au lieu de se battre avec des armes,
elles utilisaient surtout des mots,
construisant des choses très impressionnantes,
comme de très grands bâtiments,
ou des fusées pour aller dans l'espace.
Et essayait de se montrer l'une à l'autre
à quel point elles étaient fortes et intelligentes.
Parfois, elles étaient d'autres pays pour se faire plus d'amis
et montrer qu'elles étaient les meilleurs.
Même si par moments, ça pouvait paraître un peu effrayant
parce qu'elles avaient beaucoup d'armes très puissantes.
Heureusement, elles n'ont jamais vraiment utilisé ces armes l'une contre l'autre.
Nouvelles ceroines !
Mais revenons à Claudine.
Claudine, grandiée dans une famille,
scientifique, tu l'auras compris.
Le soir, quand elle rentre à la maison, après ses cours,
le salon est souvent le lieu de rencontre
entre mathématiciens, physiciens, chimistes.
Et certains de ces mathématiciens sont d'origine russe.
Un pays qui paraît encore bien lointain pour Claudine.
Nouvelles ceroines !
J'avais l'école mathématique russe, c'est une des meilleures au monde.
Donc, ils sont très très bons.
Ils sont invités à Princeton, ils sont invités.
Et on les voit à la maison.
Ils nous racontent les dictatures.
Ils nous racontent ce dont ils souffrent.
C'est-à-dire qu'ils n'ont pas de nouvelles,
ils ne savent pas ce qui se passe dans le monde.
Ils n'ont pas accès à la littérature.
On leur apprend des choses très ciblées.
Donc, certains aussi ont eu leurs parents qui ont été en camp sous Staline.
Donc, si vous voulez, moi j'entends parler des relations est-au-ouest,
des relations entre la France, l'Union européenne, les États-Unis,
la Russie et les dictatures communistes.
Je suis passionnée par ça depuis mon enfance.
Ce qui fait que quand je dois choisir la deuxième langue au lycée,
en France, quand on était en France,
puisque une partie de l'année on était aux États-Unis,
je choisis la langue russe parce que je veux découvrir le monde,
comprendre ce qui se passe à quatre ans.
Et je ne suis pas d'origine russe,
personne ne parle russe dans ma famille.
Et donc, je savais qu'en choisissant le russe,
mes parents qui souhaitaient me donner la meilleure éducation,
et j'ai eu de la chance, une éducation tout à fait passionnante,
mes parents me diraient, tu vas aller passer témoin de juillet
et tu disais le russe en Russie sérieusement,
si tu le fais, tu le fais sérieusement.
Et je voulais déjà devenir diplomate.
C'était mes rêves.
Je ne vous dis pas que j'allais y arriver,
mais c'était dans mes rêves.
Je savais qu'en choisissant le russe, et puis ça me plaisait,
enfin je voulais comprendre.
Parce que vous savez quand vous êtes d'une famille scientifique,
qu'est-ce que font les scientifiques ?
Ils veulent comprendre.
Je voulais comprendre.
Je voulais comprendre l'autre monde derrière le mur de Berlin.
Enfin je veux dire derrière le rideau de verre.
On est vraiment dans la guerre froide.
John Kennedy vient juste d'être assassiné.
Il est assassiné en 63, et moi je commence le russe,
en 64, ou en 63 même.
Je commence le russe, et je commence à aller en Russie,
en 64, pendant 6, 7 ans, 8 ans, 8 ans, 8 ans, 8 ans, enfin,
de dire de l'été.
Pour ma génération, les enfants,
on n'avait pas beaucoup de références de femmes.
On avait Jean-Darck et Marie Curie.
Et moi j'avais Simone de Beauvoir dans ma famille,
mais disons j'avais Jean-Darck, Simone de Beauvoir et Marie Curie.
Il n'y en avait pas d'autre.
On parlait bien sûr des Reines de France.
À l'époque on apprenait très bien l'histoire de France.
Il faut quand même reconnaître ça.
On avait une connaissance de l'histoire de France
tout à fait remarquable, un plaisir,
vraiment un bonheur.
Mais là-dessus, il y a un événement qui marque ma vie.
C'est le fait qu'il y a d'abord un premier homme russe,
Yuri Gagarin, qui fait le tour de la terre tout seul.
Dans une capsule on n'imagine pas,
mais à l'époque c'était inconcevable.
Donc il a été un héros tout de suite,
mais surtout la force et l'intelligence de la Russie,
c'est d'avoir envoyé, juste après,
une femme seule autour de la terre, Valentina Tereshkova.
Et Valentina Tereshkova, pour ma jeunesse,
c'est une star, c'est une femme très inspirante.
Et il faut dire quand même qu'au même moment,
les États-Unis ne vont pas prévoir
de femmes astronautes et cosmonautes
pendant plus de 20 ans,
parce que le premier américain qui va tourner
autour de la terre, John Glenn, officier militaire,
va dire que les femmes sont incapables de faire ça.
Je m'impréhigne de la culture russe d'une manière
qui est formidable, parce que je me rends en Russie
dans le cadre de stages d'échange officiel.
Il ne faut pas rêver, on est en pleine guerre froide.
Je ne pouvais pas partir comme ça avec un balluchon en Russie.
Je pars dans le cadre des relations frances urses,
parce qu'on l'appelait l'URSS à l'époque.
C'est naturellement orienté, mais en fait,
on fait quatre à six heures de cours de Russe
dans des universités tous les matins.
Ensuite on va à la campagne, on rencontre des Russe,
tout est très orchestré bien évidemment.
Mais en même temps, j'ai les adresses et les numéros de téléphone,
ce qui était très difficile à obtenir à l'époque.
Il n'y a pas de bulletin, il n'y a rien.
C'est la guerre froide.
J'ai des courriers pour les plus grands mathématiciens russes
que mon père m'a donnée.
Et donc en réalité, comme mon père avait réussi au début des années 60
à faire sortir, à faire inviter quelques mathématiciens russes
à ce qu'ils aient le droit de sortir de Russie,
ils étaient très reconnaissants.
Mon père, c'était le voyage de leur vie à l'ouest.
Donc ils étaient adorables avec moi, ils étaient très gentils avec moi,
ils m'emmenaient, ils me montraient, et là ils me montraient la réalité.
Ils me montraient comment en réalité les dirigeants russes
étaient des grands bourgeois qui se protégeaient et les autres n'avaient rien.
Ils m'expliquaient les choses, ils me montraient les choses.
Et on discutait beaucoup.
Et donc ça m'a donné cette passion je dirais diplomatique,
parce que vous savez, quand on négocie en tant que diplomate,
quand on arrive dans un pays, en réalité on a déjà eu plein d'informations
par l'ambassade.
On arrive dans un pays et on a les gens de l'ambassade
avec qui nous attendent à l'aéroport et qui nous donnent les derniers éléments.
On s'en battre le cœur d'un pays quand on est diplomate.
Et bien grâce à mon modeste niveau d'adolescente,
grâce à ces grands mathématiciens russes, je sentais battre la Russie.
Je voyais les injustices, je voyais la misère,
je voyais les femmes qui faisaient des heures de queue dans le froid, dans le blizzard.
Et en même temps, il y avait quelque chose de très attachant à l'époque.
C'était le fait que la littérature française était une des littératures traduites en russes
les plus lues dans toute la Russie.
Parce que quand vous faites des heures de queue dans le froid,
quand vous n'avez pas de transport en commun, quand vous attendez,
vous passez votre temps à attendre quand vous êtes une femme russe à l'époque.
Attendre dans la misère pour avoir un morceau de pain,
pour avoir un morceau de saucisson, parfois pourri.
Pour se construire en tant que lycéenne, ça n'a pas été très facile.
Parce que dans les années 60, mes copines de lycée, ce qui les intéressait,
c'était les acteurs de cinéma.
C'était le beau Alain de Long, il était vraiment la star à l'époque.
Jean-Paul Belmondo, mais c'était plus Alain de Long, qui faisait beau gosse.
Elle me considérait déjà que je n'avais pas une vraie mère.
Elle me disait, t'as pas une vraie mère, parce qu'elle ne vient pas te chercher à la sortie du lycée.
Et moi, le jour où on ne travaillait pas au milieu de semaine,
à l'époque, je crois que c'était le jeudi,
mais je me souviens plus, c'était soit le mercredi, soit le jeudi.
Mais je crois que c'était plutôt le jeudi dans ma jeunesse.
Enfin, je ne sais plus.
Mais dans ma jeunesse, il y avait un jour aussi où on ne travaillait pas,
et j'allais au laboratoire de chimie de ma mère à l'école normal supérieure.
J'apportais des livres, on faisait faire des petites expériences,
et j'étais très heureuse et très fière de ma mère.
Donc je me sentais déjà un peu différente par rapport aux autres enfants.
Et surtout, j'étais obnubilée à l'idée que j'allais être diplomate, changer le monde,
mener la justice.
Stop.
Enrique Insinger de la diplomatie,
peux-tu m'expliquer ce que fait un diplomate ?
Alors, tout d'abord,
Enrique Insinger était un grand diplomate américain
après la Seconde Guerre mondiale
qui a reçu le prix Nobel de la Paix en 1973
pour son action dans la résolution de la guerre du Vietnam.
Alors un diplomate, ce n'est pas un gâteau.
C'est un peu comme un super argent secret de la Paix.
Imagine que tu es dans la cour de récréation
et que deux de tes copines sont fâchées l'une contre l'autre,
parce qu'elles ne sont pas d'accord sur les règles d'un jeu.
Toi, tu décides d'aider à résoudre le problème
en parlant calmement avec chacune,
en écoutant les arguments de chacune
et en essayant de trouver une solution
pour que tes deux copines continuent à jouer ensemble.
Eh bien, c'est un petit peu le travail d'un diplomate,
mais à une échaîne beaucoup plus grande.
Sa mission est de parler et de négocier
avec les représentants des autres pays
pour s'entendre sur des choses très importantes,
comme la Paix, le commerce, l'environnement et bien d'autres sujets.
Il doit être très bon pour écouter,
comprendre les différences entre les cultures
et trouver des points d'accord pour que tout le monde puisse bien s'entendre.
J'étais première en Russe,
alors toutes les gamines qui faisaient du Russe,
elles étaient Russe,
c'est-à-dire elles étaient d'origine russe-blanche
et elles parlaient russe à la maison quand elles rentraient.
Moi, personne ne parlait russe.
J'apprenais les livres par cœur de Russe
pour pouvoir tenir le niveau,
essayer de tenir le niveau.
Mais du coup, je me passionnais pour les relations East-West
et comme mes parents ont mis le monde à la maison,
depuis mon enfance,
j'ai commencé à lire le monde très jeune
et j'ai emblété mes parents,
adolescentes, mes pauvres parents,
ils ont beaucoup supporté mon sérieux.
Parce qu'on dit « Nen, mon père avait beaucoup d'humour,
ma mère avait des histoires à raconter, on se racontait chacun,
et puis brusquement je cassais l'ambiance,
je suis fille unique, je cassais l'ambiance,
je me disais, oui, mais enfin,
est-ce que vous vous rendez compte à 15 ans ?
Est-ce que vous vous rendez compte quand même
de ce qui s'est passé au Kremlin à ventière ?
Et alors ils se regardaient tous les deux
avec un petit clin d'œil.
Je me suis prise très au sérieux,
mais je faisais quand même d'autres choses.
C'est-à-dire que j'ai fait énormément de sport.
Parce que mes parents, c'était comme Marie Curie,
parce que Marie Curie a fait ça, et que c'est fille.
C'était un esprit saint dans un corps saint.
Donc, j'ai fait de l'athlétisme au stade français
et puis ma passion, c'était vraiment la danse classique.
C'était la danse classique, et donc,
j'ai fait de la danse classique,
mais j'étais pas au niveau de faire dans ce zétoil,
il y avait un cours de danse près de chez nous,
et je l'ai suivi jusqu'à l'âge de 23-24 ans,
pour vous dire.
Donc, j'ai fait toutes mes années de lycée,
c'était toujours le même professeur.
Donc, on se connaissait bien,
je veux dire, c'était bon.
Et là, là-dessus, au milieu de la danse classique,
de me prendre au sérieux en lisant le monde,
je veux dire, mon cadeau d'anniversaire pour mes 15 ans.
Alors, pour mes 15 ans, mon père m'offre,
il faut dire pour la jeune génération,
qu'à l'époque, des ordinateurs sont de la taille d'une pièce entière.
Les ordinateurs, ce sont des monstres horribles.
Et mon père, lui, en tant que grand mathématicien,
on lui a offert un tout petit ordinateur,
tout petit, relativement petit,
où on peut compter, faire des belles choses et tout.
Et mon père, rentrant de voyage, m'offre,
comme cadeau d'anniversaire,
à une jeune fille de 15 ans qui commence à s'habiller,
qui commence à réfléchir à se maquiller.
Vous voyez, c'était pas vraiment le cadeau dont j'avais envie,
mais il m'offre ça.
Il m'offre ce calculateur ultra-moderne, etc.
qui fait que ma mère quand même m'offre,
elle, un cadeau qui me plaisait beaucoup plus.
Elle m'offre un sac à main dont je rêvais.
Tout allait bien, je pouvais mettre le petit ordinateur dans le sac à main.
Mais c'est pour dire qu'on en est là.
Et puis, brusquement, mon père me dit,
« Ah oui, oui, oui, mais t'as 15 ans aujourd'hui,
alors j'ai un autre cadeau pour toi ».
Et il me dit, « Viens, on va à la bibliothèque ».
Alors, il y a plusieurs bibliothèques dans l'appartement familial,
beaucoup de livres, bien sûr.
On va dans le salon, il y a une très grande bibliothèque,
et là, il prend dans la belle collection Gallimard,
il prend le deuxième sexe,
les d'automes du deuxième sexe de Simone de Beauvoir.
Et il me dit, « Il faut que tu le lises,
c'est important pour que tu comprennes ce qui t'attend ».
Et je prends mon herde adolescente de 15 ans,
qui se prend très au sérieux,
et je lui dis, « Mais papa, je sais tout ce qui se passe
pour la condition des femmes avec maman, j'en parle tellement ».
Je sais ça, mais j'ai pas besoin de le lire le deuxième sexe.
Et il me dit, « Si, il faut que tu le lises,
car il faut que tu saches ce qui t'attend ».
Vinture l'aura compris, le deuxième sexe est un livre
qui s'adresse aux adultes.
Mais j'ai quand même demandé à Claudine
comment elle expliquerait son contenu à ta génération.
Je dirais d'abord, vous savez, nous sommes toutes et tous
des êtres humains.
Simplement, nous ne sommes pas construits physiquement,
de la même manière, je veux dire physiquement,
c'est différent.
Mais psychiquement, nous sommes des êtres humains
qui avons besoin d'être respectés de la même manière.
L'égalité, c'est vraiment la notion première du monde.
Sinon, il n'y a pas un monde juste.
Donc c'est vraiment la première chose.
La deuxième, c'est que le monde est encore très difficile
pour les jeunes filles, parce qu'il y a beaucoup
d'apriori contre elles.
Donc je dirais aux jeunes garçons,
votre sœur a besoin de vous, elle a besoin
que vous la souteniez.
C'est malheureusement encore plus difficile
pour elle que pour vous garçons.
Je ne dis pas que c'est facile pour vos garçons.
Je ne suis pas en train de dire ça.
Vous aussi, vous subissez des harcèlements,
des discriminations, mais quand même,
c'est encore plus dur pour les filles.
Et elles ne peuvent pas vous le dire totalement,
mais quand même, ne l'oubliez pas.
Et moi ce que je trouve formidable,
je vais donner un exemple pour les enfants et pour les jeunes.
J'ai eu 20 ans en 1970, donc vous vous en doutez,
je n'ai plus 20 ans.
Et bien, depuis que je suis petite fille,
je passe souvent place du trocadéro.
Et place du trocadéro, vous avez,
d'abord l'explanate des droits de l'homme,
avec un grand tâche.
Droit de la femme, on ne sait pas où elles sont,
parce que je vous le dis franchement,
quand j'entends le mot homme, je ne me sens pas concerné.
Je ne suis pas un homme, je suis une femme.
À côté de l'explanate des droits de l'homme,
vous avez le musée de l'homme avec un grand tâche.
Alors on vous explique que c'est la référence universelle,
homme veut dire humanité.
Mais je suis désolée, moi homme,
veut dire homme, que je respecte pour être un homme.
Mais quand j'entends le mot homme,
je me sens complètement ignorée,
balayée, cachée.
Ce serait tellement simple,
d'appeler ce musée, musée de l'humanité.
Il s'agirait simplement de changer un mot,
pour que nous les femmes, nous puissions être partie prenante.
Je veux simplement vous dire,
imaginez, j'ai donc passé ma vie entière,
à passer devant le musée de l'homme avec un grand tâche.
Je voudrais que vous imaginez un homme de mon âge,
qui aurait passé sa vie,
à passer devant le musée de la femme,
Place du Trocadéro,
et où nous les femmes, on aurait dit à cet homme,
mais vous savez, la femme c'est simplement
la référence neutre de l'humanité.
Mais ne vous inquiétez pas,
quand on prononce le mot femme,
on pense aux hommes aussi bien sûr.
Je crois qu'aucun homme n'aurait accepté cela,
et tous les hommes auraient raison de ne pas l'accepter.
Non, je ne veux pas que ce musée s'appelle
Musée de la femme avec un grand têche,
en disant que cela implique les hommes.
Je dis simplement,
le respect commence déjà par
l'utilisation du féminin et du masculin.
Et donc, le mot humanité, pour moi,
c'est un des plus beaux mots de la langue française,
avec le mot liberté.
Donc, très simplement,
appelons le mot musée de l'homme, musée de l'humanité.
Et bien je vais vous dire quelque chose,
à vous jeunes.
J'ai réalisé une pétition,
il y a un an et demi, sur ce sujet.
J'ai eu assez peu de signatures,
quasiment aucune signature d'homme de mon âge.
Par contre, ce sont des jeunes,
de 20 ans, un peu plus vieux que vous,
mais de 20 ans, filles et garçons,
qui ont spontanément signé la pétition.
C'est-à-dire que la génération légèrement plus vieille que vous,
elle a spontanément signé la pétition.
Les hommes en premier.
Par contre, les hommes de ma génération,
il n'y a que mon conjoint qui est signé.
C'est pour dire à quel point
vous avez quelque chose de formidable à vivre.
C'est cette notion d'humanité,
hommes et femmes confondues,
mais quand on nommait de parler de quelqu'un,
on les fasse de la mémoire
et on lui donne un rôle secondaire.
Les femmes ne sont pas le deuxième sexe.
Les femmes sont l'autre sexe,
ou un des sexes,
et les hommes sont l'autre sexe et un des sexes.
Il faut détruire cette notion
de premier et de deuxième,
parce que ça fera une plus belle humanité
et j'ai confiance dans votre génération.
Dès que le livre le deuxième sexe paraît,
dès que ma mère me mette au monde,
mon père va lire à son tour le deuxième sexe.
Donc c'est pour dire que le rôle des garçons
est important.
Quand je vois certaines jeunes féministes
qui me disent que nous on s'en sort toute seule,
je leur dis,
on vit en société.
On a des hommes dans notre vie,
des hommes que nous aimons
et qui nous aiment aussi.
On n'est pas dans un couvent de femmes
où on n'adresse pas la parole à des hommes,
pas du tout, on n'est pas ça.
Même les soeurs dans les couvents
ont aussi l'adresse de la parole au prêtre.
Donc tiens, simplement pour dire,
non, le rôle des hommes est important.
Il ne faut pas le négliger,
il faut donc élever les garçons.
Nouvelle zéroï.
Voilà le deuxième épisode du début
de la grande histoire de Claudine Montaille,
touche à sa fin.
Le prochain épisode s'embarquera
en mai 1968,
avec une jeune Claudine
révoltée à peine majeure
qui découvre la naissance des mouvements féministes
et dont la rencontre,
avec une certaine Simone de Beauvoir,
va cimenter son engagement.
Tu t'apprêtes à écouter
la troisième et dernière partie
de l'histoire de la nouvelle héroïne de la semaine,
Claudine Montaille.
Nouvelle zéroïne.
Nous sommes à l'eau de mai 68,
des révoltes étudiantes
et des luttes des femmes
pour faire évoluer leurs droits.
Dans cet épisode,
Claudine évoque la notion d'avortement.
Tu as déjà peut-être entendu
l'usse-mo, ou IVG,
comme interruption volontaire de grossesse
à la maison, dans les journaux,
dans la rue en ce moment,
ou sur internet.
Mais c'est tu vraiment de quoi on parle ?
Pour cela,
avant d'écouter Claudine,
j'aurais voulu t'en parler.
Je te conseille d'écouter cet épisode
avec un adulte de confiance
et de lui parler du thème de cet épisode
avant si jamais tu l'écoutais seul.
C'est un sujet important et sensible
et il me semble essentiel
que les adultes qui t'entourent
sachent que tu en as entendu parler
et dans quelle condition.
Tout d'abord,
à l'école,
tu découvriras que faire un enfant
cela s'appelle la reproduction.
Quand tu étais plus petite,
on t'a peut-être parlé
de la graine de maman
et de celle de papa
qui se rencontre.
Ces graines s'appellent l'ovule
pour la femme
et le spermatozoïde pour l'homme.
Et elles se rencontrent
dans l'utérus de la femme.
Pour arriver à l'utérus,
il faut passer par les organes
génitaux de la femme.
Ce sont les parties intimes.
Pour que l'ovule et le spermatozoïde
se rencontrent,
fusionne et soit compatible.
C'est toute une histoire.
Il faut que la combinaison
entre les deux fonctionne
pour que tout commence.
On appelle cela la fécondation.
Lorsque l'ovule est fécondée
par le spermatozoïde,
il s'installe dans l'utérus
dont nous venons de parler.
C'est le début de la grossesse.
Faire un enfant,
c'est un choix très important,
peut-être même le plus important
de toute une vie.
Ça se décide,
se planifie
et s'ascent ici.
Seulement parfois,
ça arrive sans que l'on l'a décidée.
La personne concernée,
peut ne pas se sentir prête
à devenir parent.
Il est tout à fait normal
et souhaitable de se poser
très très sérieusement la question avant.
On peut tout à fait décider
que ce n'est pas le moment.
Dans ce cas,
on peut choisir de recourir
à l'avortement
pour interrompre la grossesse.
Après un avortement,
la grossesse s'arrête.
Comment ça se passe ?
Il faut prendre rendez-vous
avec un médecin
ou se rendre au planning familial
qui est orient de les personnes concernées.
Ensuite, il y a deux options.
La première option,
on prend un médicament.
La deuxième,
on se rend à l'hôpital
pour une intervention chirurgicale.
Et qu'est-ce que ça fait ?
Bien, l'avortement consiste
à retirer les tissus embryonnaires
de l'intérieur de l'utérus.
Il est important de comprendre
que chacun a le droit de décider
de ce qui se passe
avec son propre corps
et certaines personnes peuvent
ne pas se sentir prêtes
à devenir parent à ce moment-là.
Voilà, ces informations tèderont
à mieux appréhender
la suite de l'histoire de Claudine
et les luttes de nombreuses femmes
à travers l'histoire
que tu vas écouter.
Dans cet épisode,
tu entendras parler du MLF,
c'est l'abréviation
du mouvement de libération des femmes
créé juste après les événements
de mai 68 en 1970.
Claudine a désormais 18 ans
et comme elle le dit si bien,
elle est prête à changer le monde.
Allez, on l'écoute.
Nouvelle séroïne.
J'ai 18 ans en mai 68
et je crois que je vais changer le monde
en mai 68
même si je ne sais pas très bien.
Parce que ça veut dire.
Ça veut dire comment faire.
Et comment faire ?
Je suis quand même
un peu naïve.
Je suis encore très jeune.
Mais je suis pleine d'enthousiasme.
On va changer le monde.
En fait, on va changer le monde.
Mais 68, c'est que des garçons
qui ont le droit à la parole.
Ce sont que des hommes.
Même Sartre a eu très peu
le droit à la parole à la Sorbonne.
Jean-Paul Sartre, le philosophe,
compagnon de Simone de Beauvoir.
Et Simone de Beauvoir a eu le droit
qu'à une seule chose, se taire.
Donc c'est ça, mais 68 aussi.
C'est à la fois la libération
de la parole, l'amour,
peace and love, le paix et l'amour.
Mais enfin, c'est quand même
des hommes qui ont la parole.
Il faut bien dire des choses.
Et donc après mai 68,
toujours pleine d'idéales,
je suis dans les mouvements étudiants
poste 68.
Je crois toujours que je vais changer le monde.

Alors je pars un an aux États-Unis
comme étudiante, puis je reviens.
Et là, je suis vraiment de nouveau.
Il faut changer le monde.
Et je me retrouve
dans un groupe étudiant de poste 68
très intolerant, très machaud.
Je m'occupe des tracts la nuit.
Je vais les diffuser à l'aube
à 7h du matin, à l'entrée des aînés.
Enfin, vous voyez, je fais tout ça
pendant que les garçons dorment
et réfléchissent à la révolution.
Les garçons étudiants
révolutionnaires, entre guillemets,
ils dorment pendant que nous, les filles,
nous allons distribuer les tracts et tout.
Mais surtout dans les réunions,
on n'avait pas le droit de parler.
Tais-toi, tu peux pas comprendre,
tu peux pas comprendre, c'était politique.
Donc c'était trop sérieux pour les filles.
Alors on pouvait tellement pas parler,
alors que j'avais quand même moins
l'expérience sur trois continents.
À une époque, on ne voyagait pas.
Donc j'avais une expérience par rapport
à tous ces garçons qui n'avaient
aucune, qui n'était pas sortie de France.
J'avais une expérience internationale,
j'aurais donc pu parler un peu politique, mais non.
Le résultat, c'est que
quelques jeunes femmes ont monté
le mouvement de libération des femmes
à l'été 1970
et que, par le fait
que j'avais aidé des ouvrières,
j'avais créé un groupe de femmes et des ouvrières,
enfin vous savez, n'oubliez pas,
je ne suis pas encore très claire
dans ma tête sur ce que je veux faire.
Mais en tout cas, je vais parler avec des ouvrières
et bon, et que du coup
quand Simone de Beauvoir rejoint tout de suite
le mouvement de libération des femmes
en 1970, Jean-Paul Sartre lui dit
mais enfin il y a la petite Claudine
qui est très active avec les ouvrières
dans les mouvements étudiants
Castor, il faut absolument
que vous le ayez dans votre groupe.
Stop, maître Capéleau des lettres.
Qui est Jean-Paul Sartre ?
Alors Jean-Paul Sartre
était un écrivain, un philosophe
très célèbre, qui aimait réfléchir
et écrire sur la façon dont les gens
vivent et pensent.
Il croyait que chaque personne avait
la liberté de choisir comment vivre sa vie.
Il avait une idée très spéciale
appelée l'existentialisme.
L'exist... Quoi ?
Oui, c'est un grand mot
qui peut te paraître on peu
mais cela signifie que Sartre
pensait que l'existence
précède l'essence.
Pour Sartre, nous existons d'abord
et c'est en faisant des choix
et en agissant que nous déterminons
qui nous sommes.
Pour lui, c'est à nous de les créer
par nos actions et nos choix.
Sartre pensait aussi que
même si cela peut être un peu effrayant
de réaliser à quel point nous sommes liés
c'est aussi quelque chose de
très très précieux.
Il croyait que nous devrions être courageux
et prendre nos responsabilités
en faisant de notre mieux
pour être de bonne personne et rendre le monde
meilleur. Jean-Paul Sartre avait
rencontré Simone de Beauvoir quand ils étaient
étudiants et sont devenus rapidement
inséparables.
Ils avaient décidé de ne pas se marier
ni de vivre ensemble.
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre partageaient
beaucoup d'idées et discutait
souvent de philosophies, de littérature
et de la société.
Ils s'encouragaient de se critiquer
mutuellement dans leur travail, ce qui les
aidait à grandir en tant qu'intellectuel
et écrivain.
Et c'est grâce à Jean-Paul Sartre
que notre nouvelle héroïne a
rencontré Simone de Beauvoir
qui avant de changer le monde
a changé sa destinée.
C'est lui qui a parlé de moi Simone de Beauvoir.
Et donc très vite en octobre
70, le MLF est créé
septembre 70, Simone de Beauvoir
le rejoint tout de suite et du coup
crée un petit groupe qui va se
réunir chez elle tous les dimanches après
midi pendant des années
et une copine me dit tu sais
Simone de Beauvoir veut te voir dimanche prochain
or c'était mon idole.
J'avais 20 ans, c'était vraiment
l'année de mes 20 ans. Et donc j'ai répondu
à ma copine mais Simone de Beauvoir est avec
nous féministes.
Elle me dit oui Claudine la rejoint
et je lui dis à son âge
si vieille.
Oui elle avait 62 ans, j'en avais 20
donc elle me paraissait très âgée.
Il faut dire les choses. Quand j'arrive chez elle
je m'attends
à regarder mon idole, je m'assied
sur un divan, à côté de Giselle
Alimi et je m'attends
à regarder mon idole
comme une groupie, regarderait
son chanteur préféré.
Et ça se passe pas du tout comme ça
parce que justement elle a été habituée
enfant, est-ce qu'on lui parle
comme à une adulte. Donc elle me
regarde et elle me dit ben Claudine
qu'est-ce que vous proposez pour
dans la question de l'avortement.
Elle était d'une intelligence figurante.
Elle parlait à tout allure
mais à tout allure. Il fallait répondre
à tout allure.
C'est-à-dire fallait être aussi rapide qu'elle
mais en même temps, ce qui était formidable
elle était une star internationale
à l'époque, une star internationale.
Dans son
Nouvrage le 2e Sex publié en 1949
Simone de Beauvoir
aborde la question
des avortements clans de stade. Il faut bien rappeler
qu'à l'époque il n'y a pas de contraception
sérieuse. C'est-à-dire qu'il y a
des méthodes contraceptives
mais en réalité, la moitié du temps
les femmes tombent enceintes. Donc
les femmes ont un enfant après l'autre
très souvent, très jeune
qu'elles n'ont pas les moyens de nourrir
non plus, faut pas les oublier
non pas les moyens. On se retrouve
avec des situations de pauvreté, de misère,
terri. Et plus les femmes sont pauvres
dans la pauvreté, il y a
beaucoup de femmes pauvres, on ne l'oublions pas.
La 2e Guerre mondiale
on l'oublie un peu mais ça a quand même
beaucoup détruit la France. Il a fallu du temps
pour tout refaire, tout reconstruire.
Les femmes ont des
avortements dans des conditions clandestines
puisque il y avait
une femme qui avait été guillotinée
pendant la 2e Guerre mondiale
sous pétain pour avoir pratiqué
des avortements. La dernière femme
guillotinée en France, c'est celle qui a été
guillotinée en 1943 pour avoir
pratiqué des avortements.
Donc c'est pour dire que c'était un crime
que c'était officiellement un crime
qu'on n'osait pas en parler
et que donc c'était le mot le plus tabou
de la langue française. En 1949
Simone de Beauvoir
ose en parler, elle écrit dessus
dans le 2e Sex, mais après
tous les journalistes s'arrangent
pour qu'on en parle plus.
Ce qui fait que quand nous arrivons en 1970
que nous quittons
les mouvements étudiants machos, parce qu'il faut
quand même le dire, les mouvements étudiants
post-68 s'effondrent parce que
nous, nous quittons tous les
mouvements étudiants, que ces messieurs ne font rien
en réalité que de bavarder
et que donc nous nous allons faire
le succès de mai 68
le grand succès de mai 68
c'est le mouvement de libération des femmes
c'est-à-dire en 1968 on disait
qu'on allait changer le monde sans savoir
très bien comment, mais en 1970
on veut changer le monde tout de suite
pour les femmes
et pour nos droits. Et la première
cause de
blessure, d'endicapes à vie
de souffrance, c'est les
avortements clandestins.
Simone de Beauvoir l'écrit il y a
à peu près en ce moment-là, environ
entre 600 et 800 000
avortements clandestins en France
Alors pour faire changer la loi
pour que nous puissions changer la loi
on imagine l'idée
d'un manifeste. C'est-à-dire
qu'en réalité on le doit à une journaliste
du nouvel observateur, Nicole Mouchnik
qui est allée avec
Anne Zelinski, Anne Zelinski
c'est une très grande amie
qui est une des fondatrices du MLF
qui est d'une génération plus âgée que moi
qui a une génération si vous voulez
mais c'est vraiment un pilier du MLF
et donc Anne Zelinski
et Nicole Mouchnik vont aller voir Simone de Beauvoir
à peu près une semaine avant que je ne la rends compte
pour lui parler de cette idée
de rédiger un manifeste
déclarant que nous avons eu
des avortements clandestins
que donc nous étions passibles de 3 ans de prison
pour obliger
la société française à en parler
puisque c'était le sujet le plus tabou
et donc Simone de Beauvoir va trouver
l'idée excellente, ce qui explique
une semaine après quand j'arrive chez Simone de Beauvoir
avec Gisèle Alimi, on commence
à parler de la stratégie de comment on va faire
ça va prendre des mois
je crois qu'il faut quand même se rendre compte
qu'on n'a pas fait ça sur un coin de table
en disant c'est formidable, on a vraiment réfléchi
on a réfléchi à la stratégie
mais il nous est apparu
très vite, évident
que la première obligation
le premier combat
c'était d'obliger la société française
à reconnaître
qu'il y avait ce problème
de salut public, d'hygiène
de santé publique
on a travaillé ce qui est extraordinaire
je le trouve encore extraordinaire aujourd'hui
parce que je n'ai plus 20 ans
donc je mesure
c'est que beaucoup de femmes
cinéastes actrices de cinémas
ont signé ce manifeste
nous avons eu Nadine Trintignant
et Agnès Varda
qui nous ont beaucoup soutenu
et Delfine Sérig, et l'actrice Delfine Sérig
qu'on voyait tous les dimanches après midi chez Simone de Beauvoir
pour elle à l'époque
il y a un machisme ambiant
très puissant dans le monde du cinéma
et d'ailleurs on voit qu'il est encore actif
compte tenu de ce qui se passe
dans le monde du cinéma encore aujourd'hui
avec les actrices, bon
eh bien on s'est dit
mais elles ne retrouveront plus jamais de travail
elles risquent de briser leur carrière d'actrice
alors déjà
les actrices
quand elles arrivent à 40 ans
c'est déjà beaucoup plus dur d'obtenir des rôles
donc
on pourrait avoir vraiment un problème
eh bien elles ont voulu signer
et je trouve ça magnifique
de même moi je suis la plus jeune
cinéataire, je vais 21 ans
je venais juste d'être majeure
parce que n'oublions pas
que la majorité n'était pas 18 ans à l'époque
elle était à 21 ans
je n'ai jamais eu d'avortement
j'ai signé un manifeste comme 20% d'entre nous
avant signer ce manifeste
alors que nous n'avons jamais eu d'avortement
il y a 80% de femmes
qui ont eu des avortements
parce que ça c'est une question de génération
j'ai la chance extraordinaire
d'être la première génération de la pilule
c'est vraiment
mais ça s'est joué à deux ans près
j'ai eu la chance de pas avoir eu
à recourir à un avortement clandestin
mais je l'ai signé comme une évidence
et il faut vous dire
que mes copines
qui avaient, puisque j'étais très jeune
elles avaient 10, 20 ans de plus que moi
la majorité des femmes
était à partir de 30, 35 ans
40 ans
elles avaient des emplois et elles avaient tout eu
3, 4, 5 avortements
dans des conditions épouvantales
c'était pas un avortement clandestin
pour des femmes à l'époque
c'était plusieurs
et dans des conditions effroyables avec souvent des séquelles
quand nous l'avons publié
si vous voulez nous l'avons publié
le 5 avril 1971
le 4 avril 1971
c'est à dire la veille
personne ne parle d'avortement
en France
c'est un sujet tabou qu'on ne parle
même pas dans les familles
le 5 avril 1971
tous les médias, toutes les radios
sont obligés d'en parler
et donc parlent de ce manifeste
et alors il se passe cette première chose
alors il se passe deux choses
d'abord sur le plan de certaines familles
cela va être dramatique
c'est à dire qu'il y a des familles
entières qui sont brisées
des parents qui n'adressent plus leurs paroles
à leurs enfants, à leurs filles
des parents qui ont 70 ans
et leurs filles de 40 ans
d'une après 4 ans avortées
ne leur adressons plus la parole
des jeunes femmes
de ma génération un peu plus âgées
25-30 ans
elles, leurs parents non plus
ne veulent plus leur parler
ou bien leurs oncles, leurs tantes, leurs cousins
ne veulent plus jamais entendre parler d'elles
enfin il y a
les patrons d'entreprises
il y a des femmes qui vont perdre leur emploi
donc ça a été vraiment
dramatique sans se propre du terme
ça a été un drame pour beaucoup de femmes
pour beaucoup de signataires
ce qu'on oublie aujourd'hui
mais en même temps, il s'est passé cette chose
extraordinaire
des grands-mères ont emmené leurs petites filles
dans leur chambre et ont fermé la porte
et elles ont raconté
à leurs petites filles
tous les avortements
qu'elles avaient eus clandestins
toutes les souffrances dont elles avaient subi
en disant à leurs petites filles
j'en ai eu 3, j'en ai eu 4
parce qu'on ne pouvait plus avoir de bouches à nourrir
on n'avait plus les moyens
mais je ne peux pas leur raconter
et des grands-mères, certaines grands-mères
qui avouaient à leurs petites filles
que même les maris ne le savaient pas
c'était ça l'histoire des femmes
c'est à dire que ça a commencé
à semer une petite graine
à libérer mais il a fallu que nous fassions
beaucoup d'actions pendant 4 ans ensuite
pour qu'en fin on arrive
en 1974
où les 2 candidats
à la présidence de la République déclarent
qu'ils changeront la loi
et la rendront plus humaine sur l'avortement
ce sera donc Valérie Jusquard-Esteins
qui sera élu en 1974
1974 et qui va demander
à Simone Veil
de défendre la nouvelle loi
devant l'Assemblée composée de 90 %
d'hommes
c'est ça qu'elle va faire
mais c'est parce que nous avons fait le manifeste
progressivement nous avons vu la société
française et l'opinion publique
évoluer et c'est comme ça qu'on est arrivé
à 74
d'autres candidats

maintenant je voudrais juste dire
une chose pour tout le monde
pour les mamans et pour leurs enfants
je voudrais dire ce que m'a dit Simone
de Beauvoir en 1974
en 1974
forte de ce succès
avec l'élection de Valérie Jusquard-Esteins
qui tout de suite
parce qu'il faut le dire
il a été un politique qui a respecté sa parole
son engagement tout de suite
c'est vraiment une des premières choses dont il s'est occupé
sur cette question, sur la loi, sur l'IVG
nous avons organisé
une grande fête
à la cartoucherie de Vincennes
grâce à Arjan Mouskine
la grande dame du théâtre
qui est si hiataire aussi du manifeste
et qui a toujours été formidable
avec nous
les femmes françaises lui doivent beaucoup aussi
et donc nous avons fait des pièces de théâtre
des amusements et nous avons eu
un monde absolument incroyable
tout le monde voulait voir un quart sembler le MLF
en réalité et ça a été
une fête formidable dans le bois de Vincennes
qui a duré la journée
Simone de Beauvoir est venue
enfin c'était vraiment très sympathique
et le lendemain j'allais voir Simone de Beauvoir
parce que
j'avais commencé aussi à écrire un peu sur elle
donc
je vais la voir, j'ai rendez-vous avec elle
en tête à tête toutes les deux
ça nous arrivait souvent à ce moment-là
on se connaissait depuis quatre ans
et j'arrive plein d'enthousiasme
et je bondis sur le fauteuil
sur le crapeau je lui dis
Simone, Simone, vous avez vu le monde qu'on a eu hier
vous avez vu jusqu'à
on va changer la loi sur l'IVG
Simone, nous avons gagné
et là
face à moi
la reine d'Angleterre qui n'est pas contente
et qui se réfleut, je vais dire par là que Simone de Beauvoir
son côté aristocrate, dans un temps ressortait
elle se figeait
un peu la reine Elizabeth, vous voyez
quand elle se figeait et donc Simone de Beauvoir
se fige, blémi
et elle me dit
d'un air très froid
mais pas méchant du tout, adorable
c'était simplement qu'elle réfléchissait
elle me dit, oui Claudine
nous avons gagné temporairement
mais nous n'avons pas gagné
alors moi 24 ans
plein d'enthousiasme
je lui dis, mais comment Simone, nous n'avons pas gagné
non Claudine, il suffira
d'une crise politique
économique
ou religieuse pour que nos droits soient remises
en question et alors elle m'a regardé
à ce moment là son visage s'est adouci
son regard s'est adouci
elle m'a regardé comme une grand-mère
aurait regardé sa petite fille
nous avions 42 ans de différence
d'âge, ne l'oublions pas
elle me dit, Claudine, votre vie durant
vous devrez demeurer
vigilante, donc c'est ça aussi
que je veux dire aux maman et à leurs enfants
votre vie durant
vous devrez demeurer vigilant
et vigilante
pour les droits humains, pour nos droits
pour la justice et pour la liberté
après des années de combat
aux côtés de Simone de Beauvoir
au sein du MLF pour la liberté des femmes
et la lutte contre le sexisme
Claudine a emprunté le chemin
dont elle avait toujours rêvé petite
qu'il a mené au coeur
de la diplomatie française
au prestigieux qu'elle dorsait
son engagement
indéfectible et sa passion
pour les droits des femmes l'ont distingué
au point d'être choisi personnellement
par Daniel Mitterrand
l'épouse de l'ancien président français
pour accueillir Nelson Mandela
lors de sa visite historique en France
après sa libération
tant célébrée en Afrique du Sud
son parcours
au ministère des affaires étrangères
a été jalonné de responsabilité
émission passionnante
en parallèle, Claudine a su
immortaliser l'héritage de Simone de Beauvoir
ainsi que celui de Marie Curie
et de ses filles dont Irene
Joliot-Marie, prix Nobel de chimie
et Eve Pianis
à travers ses écrits
enrichissant ainsi la littérature
féministe et scientifique
sa voix continue
de raisonner au sein de nombreuses associations
où elle insuffle
avec ferveur son engagement pour
l'égalité des sexes
rencontrer une telle femme qui a marché
aux côtés de figures emblématiques
telles que Simone de Beauvoir, Giselle
Alimi et Simone Veil
fut un moment d'une profonde émotion
ces femmes qui se sont battues
pour nos droits et nos libertés
incarnent l'esprit de résilience
et de courage
alors chère nouvelle héroïne
l'histoire de Claudine est un flambeau
que je te transmets à travers ce podcast
aujourd'hui
50 ans après l'adoption de la loi
sur l'IVG portée par Simone Veil
l'inscription du droit
à l'avortement dans la Constitution
représente une victoire historique
et collective
c'est un appel au monde entier
à protéger toutes les femmes
et leur garantir la liberté de choix
la France est ainsi
le seul pays du monde
à l'avoir inscrit dans sa Constitution
quand l'avortement est encore
strictement interdit
dans 24 pays du monde
cette évolution souligne
un chemin parcouru depuis les époques
où nos aïeuls étaient privés
de droits élémentaires
comme celui d'ouvrir un compte bancaire
de voter jusqu'à l'accès
à la contraception pour nos grand-mères
il est essentiel de se souvenir de ces luttes
de les partager avec les garçons
et les filles de ta génération
pour continuer à avancer vers une égalité
inconditionnelle
ta voix chère nouvelle héroïne
est précieuse pour la justice
et la liberté
alors je te glisse
le message de Claudine qu'elle a partagé
à mon micro et qui s'adresse
à toute ta génération
N'ayez pas peur
si vous avez envie
de faire un an d'études scientifiques
allez-y
si les garçons vous écartent
ne vous laissez pas écarter
réadissez
vous êtes un être humain
vous avez le droit au respect
ne négligez pas l'intelligence artificielle
parce que l'intelligence artificielle
les études d'intelligence artificielle
vont conditionner votre siècle
et votre siècle c'est le 21ème siècle
vous ne voulez pas être
mise en arrière
et vous retrouvez derrière
exclu
n'hésitez pas à faire des formations
à apprendre
et n'hésitez pas non plus
à vous amuser
à plaisanter
à faire la fête
on ne vit qu'une fois
et je vais vous dire ma phrase
le féminisme c'est dévorer la vie
alors allez-y
dévorer la vie
je vous souhaite beaucoup de bonheur
je vous souhaite de réaliser vos rêves
et mieux encore de dépasser vos rêves
vous pouvez y arriver
nouvelle serroïne
voilà c'est à présent l'heure du générique
je remercie infiniment Claudine Montaille
pour sa générosité lors de notre échange
et son accueil dans les bureaux de l'UNESCO
et bien sûr la talentueuse Alice Kreff
du studio les belles fréquences
pour le montage, le mixage
et la réalisation sonore de cette mini-série
juste avant d'écouter
une autre histoire j'ai quelques messages
à te dire si c'est la première fois que tu écoutes
ce podcast merci merci
d'être venu jusque là
je t'invite à t'abonner pour ne pas rater
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NouvellesHéroïnes,histoiresvraiespourinspireretdonnerconfianceauxfilles!

Bienvenue sur Nouvelles Héroïnes, le podcast qui inspire et donne confiance à une nouvelle génération de filles et garçons à travers des histoires vraies de femmes d'hier et d'aujourd'hui, libres, pionnières et singulières comme Miel Abitbol, Violette Dorange, Lena Mahfouf, Simone Biles, Tatiana Brillant, Caroline Aigle, Katia Krafft, Aya Nakamura, Hélèna Bailly, Marguerite et Marine de la Star Academy, Kelly Massol, Jane Goodall, Louane, Clarisse Crémer, Angèle, Surya Bonaly ou encore Clarisse Agbegnenou... Chaque mercredi, je raconte l’histoire d’une femme qui a osé faire de ses rêves une réalité et tracer son propre chemin. Peu importe ses origines. Peu importe ses différences. Peu importe le regard des autres. Dans ces histoires, les filles trouveront un écho à leur propre cheminement et les garçons pourront devenir leurs meilleurs soutiens. J'espère qu’elles seront pour les parents, aussi une réponse à leurs questionnements de parents soucieux de dégommer tous les stéréotypes du quotidien. Un podcast 100% indépendant, imaginé et créé par Céline Steyer (c'est moi 👋), maman de deux petites filles, née avec une agénésie de la main gauche, engagée sur les réseaux sociaux pour l’inclusion et la diversité et élue Femme 2025 du prix ELLE x La Tribune. A partir de 8 ans parce qu'il n'est jamais trop tôt pour rêver grand. ✨ Le podcast est aussi adapté en livre édité par Larousse Jeunesse, RDV chez votre libraire préféré et en ligne ✨ Pour suivre les coulisses du podcast et mon engagement, abonnez-vous à mon LinkedIn (+25k abonnés) ✨ Pour interagir avec les héroïnes, abonnez-vous au compte Instagram (+45k abonnés) P.S. : Vos likes, abonnements et avis 5 étoiles comptent énormément, car ça participe au développement et au financement du podcast ! Alors, je compte sur vous ! Céline 💜 Hébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
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