Le Roi Sous La Montagne

Durée: 27m55s

Date de sortie: 13/04/2022

Un village perdu dans la montagne, une fille qui s’ennuie, une troupe de cirque, et de mystérieux petits cailloux bleus… aujourd’hui, c’est LE ROI SOUS LA MONTAGNE qui sort du vieux grimoire


Pour quel âge est cette histoire : à partir de 5-6 ans.

Qu’est ce que pourrait me faire peur dans cette histoire ? Un géant avec une grosse voix méchant (au début), une cave sombre où on est obligé d’entrer.


Qui suis-je?

Je m’appelle Samuel Genin, et après avoir raconté mes histoires pendant 10 ans sur scène, j’ai décidé de vous les offrir, au format podcast !

Si vous voulez me faire plaisir, dessinez ce que vous avez entendu dans mes histoires, et envoyez-les moi (en me précisant si je peux les diffuser publiquement, et si oui, si je peux citer le prénom du ou de la dessinateurice) !

Et n’hésitez pas à me laisser des gentils mots, et des étoiles, sur l’app où vous m’écoutez !

Je peux également venir raconter mes histoires sur scène, dans votre centre culturel, bibliothèque, centre de loisirs, école, etc.

Contactez moi, pour vos dessins ou autre, à :

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Illustration : Jeanne Prigent

Le roi sous la montagne.
Dans un adorable petit village coincé entre deux montagnes,
vivait une petite fille qui s'appelait Oldav.
Oldav, elle aimait bien son village, mais elle était la seule enfant
et elle trouvait la vie bien longue.
À vrai dire, elle s'ennuyait beaucoup.
Elle jouait bien à des jeux qui existaient déjà ou des jeux qu'elle inventait,
mais toute seule, c'était pas drôle très longtemps.
Toute seule, c'était pas terrible.
Des fois, elle jouait au foot, elle driblait, elle courait, elle faisait une passe,
mais personne pour lui renvoyer.
Toute seule, c'était pas terrible.
Des fois, elle jouait à cache-cache, elle courait, elle riait, elle trouvait la meilleure cachette,
mais personne pour la chercher.
Toute seule, c'était pas terrible.
Des fois encore, elle jouait à chat, mais quelle cour pour attraper personne,
ou bien quelle cour pour échapper à personne,
et bien là encore, toute seule, c'était pas terrible.
Alors les journées d'Oldav finissaient toujours de la même manière.
Elle s'asseillait sur les marches de pierre froide de la mairie,
sur la place du village, et elle peignait le paysage.
Il faut dire qu'elle avait toujours ses affaires de peinture dans son sac,
et qu'elle avait toujours son sac.
Des tubes de peinture, des pinceaux, un petit verre pour mettre de l'eau,
et des feuilles, et des feuilles, et des feuilles.
Alors elle peignait les paysages, le ciel d'automne, au millier de couleurs changeantes,
le vent qui porte les oiseaux et les silhouettes imposantes des montagnes dans le soleil couchant.
Et ainsi coulait lentement la vie d'Oldav, avec quelques jeux,
beaucoup de peinture et tellement, tellement d'ennuis.
Et l'histoire aurait pu s'arrêter là.
Mais un jour, après avoir joué toute seule,
en se dirigeant vers les marches de la mairie, Oldav voit une affiche,
une affiche qui n'était pas là la veille, une affiche colorée, une affiche qui sent le popcorn.
Demain soir, dans votre ville, et demain soir seulement,
le grand cirque des enfants du vent vient présenter son spectacle.
Un cirque, se dit Oldav.
Elle savait bien ce que c'était, mais elle en avait jamais vu avant.
Venez nombreux aux énombreux,
assistez à des numéros incroyables de jongleuses, de cracheurs de feu,
de magiciennes, demain soir, dans votre ville, et demain soir seulement.
À la fin de la lecture de la fiche, Oldav a les yeux qui pétillent d'envie,
et les jambes qui tremblent d'impatience.
Un spectacle de cirque dans sa ville.
Elle assis à tout l'an prochain soir,
il va seulement falloir patienter jusqu'au lendemain.
Elle s'assoit sur les marches de la mairie, les yeux grands tout verts,
la bouche qui frétille, les jambes qui dansent.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Combien de temps j'ai attendu là ?
Une minute, c'est tout.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Et là, combien de temps j'ai attendu ?
Deux minutes, c'est tout.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Et là, combien de temps j'ai attendu ?
Trois minutes, mais elle est cassée cette montre ou quoi ?
Le soir, dans son lit, c'est la même histoire.
Elle sait qu'elle devrait dormir,
que ça ferait passer le temps beaucoup plus vite,
mais impossible de trouver le sommeil.
Elle a les yeux grands tout verts,
la bouche qui frétille et les jambes qui dansent.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Combien de temps j'ai attendu là ?
Une minute, c'est tout.
Elle se retourne dans son lit.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Et là, combien de temps j'ai attendu ?
Deux minutes, c'est tout.
Allez, faut que je d'arme.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Et là, combien de temps j'ai attendu ?
Trois minutes, mais c'est pas possible.
Elle finit par s'endormir.
Mais le lendemain, au petit déjeuner, c'est pas mieux.
Elle a les yeux grands tout verts,
la bouche qui frétille, les jambes qui dansent.
Et en plus, elle a les cheveux.
Elle a les cheveux en pétard du matin.
Elle mange une tartine.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Combien de temps j'ai attendu là ?
Une minute, c'est tout.
Elle boit un thé.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Et là, combien de temps j'ai attendu ?
Deux minutes, c'est tout.
Elle épluche une pomme.
Elle attend, elle attend, elle attend.
Et là, combien de temps j'ai attendu ?
Trois minutes.
Pute !
Mais même les journées les plus longues ont une fin.
Et finalement, en fin d'après-midi,
Old Ave voit quelque chose arriver au loin,
sur l'unique chemin qui mène à son village.
À vrai dire, elle les sent avant de les voir.
Quand elle pose la main sur le sol,
elle sent une vibration lointaine qui grandit, grandit.
À vrai dire, elle les entend avant de les voir.
Au loin de la musique, des rires, des cris d'animaux,
des instruments de musique.
À vrai dire, elle les hume avant de les voir.
Une odeur de sucre et de paille,
une odeur de fumée et de bonbon.
Et puis, au détour du petit chemin,
ils apparaissent, le cirque des enfants du vent,
avec leurs défis les de caravanes et de charrettes,
tout en couleur et en joie.
Et toute la suite de la soirée s'enchaîne pour Old Ave.
Le chapitaux se montrent en un claquement de doigts.
Toutes les habitantes et tous les habitants du village
sortent pour aider, pour discuter, pour rire, pour danser.
Un groupe de musique avec des bonjo,
des trompettes, des contrebases,
je vous sens cesse.
Sans trop qu'elles comprennent comment
Old Ave se retrouve avec des légumes grillés
et un paquet de chocolat.
Et tout le monde rentre dans le chapitaux pour le spectacle.
Ça ne s'arrête pas un seul instant.
Des confettis, des lumières, du feu, des serpentins.
Old Ave est aux anges.
Et les numéros s'enchaînent, les uns après les autres.
Une cracheuse de feu au visage tatouée s'approche.
Elle regarde, elle regarde et elle envoie
dans les airs une énorme flamme.
Un jongleur au long cheveu commence à jongler avec 3 balles.
Et plus ça va, plus il en rajoute.
3, 4, 5, 8, 12.
À la fin, Old Ave aurait juré qu'il jonglait avec 100 balles
qui filaient en l'air à la vitesse de l'éclair.
Un magicien, tout habillé de noir s'avance,
fait un mouvement de bras, un nuage de fumée apparaît
et il a disparu.
Et les clowns, 4 clowns sur un tout petit vélo
qui font tellement rire Old Ave.
Ils tombent, ils stappent dessus,
ils laissent tomber des plateaux remplis de trucs fragiles.
Old Ave rigole tellement.
Et la soirée continue, les numéros s'enchaînent,
toujours au rythme du groupe de musique.
Et Old Ave se dit,
je passe la meilleure soirée de toute ma vie.
Mais toute soirée a une fin.
Et le spectacle se termine.
Les artistes saluent et le public part.
Alors que les gens du cirque commencent déjà à tout ranger.
Et Old Ave reste là,
assise seul dans le public,
toute triste à regarder ses chaussures.
La crachose de feu finit par l'avoir
et vient s'asseoir à côté d'elle.
Ben alors petite,
ça va pas, le spectacle t'a pas plu ?
Oh si, c'est pas ça,
c'est juste que j'ai passé la meilleure soirée de ma vie.
Mais que demain vous allez tous repartir
et moi je serai à nouveau toute seule dans mon village,
sans amis et je vais de nouveau m'ennuyer du matin au soir.
Ah je suis désolé de l'entendre petite.
Est-ce que vous pourriez, demande Old Ave,
est-ce que vous pourriez...
Ah non, rien.
Si, vas-y, dis-moi.
Non, non, c'est sûrement pas possible,
c'est une mauvaise idée.
Dis-moi, petite, est-ce que je pourrais...
Est-ce que je pourrais venir avec vous,
demande Old Ave,
est-ce que je pourrais suivre le cirque,
je pourrais vous aider, hein.
Oh là, la crachose de feu se gratte un peu la tête.
C'est un peu compliqué, est-ce que tu demandes.
Oh s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, je me ferai toute petite.
Oh alors je me ferai pas toute petite, enfin, comme vous voudrez,
et je ferai tout ce que vous voulez,
et je pourrais nettoyer le chapitaux,
je pourrais accorder les trompettes,
je pourrais changer la roue du vélo des clowns.
Ah, je sais pas trop, c'est...
Oh s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît, s'il vous plaît.
Bon, et bien, et bien, c'est d'accord.
Ah, quoi ?
C'est d'accord, mais seulement sur certains week-ends et les vacances,
parce que tu dois aller à l'école tout de même
et puis tu reviens à ton village tout le reste du temps pour continuer ta vie.
D'accord ?
Oh oui, oh oui, oh merci, merci, merci, merci, merci !
Oldave est folle de joie,
elle court partout dans le chapitaux pour remercier les gens du cirque.
Il lui dit en riant d'aller dormir pour être en forme de main
et qui partiront le lendemain à midi pour le prochain village
et qu'elle pourra venir avec eux.
Promis, vous partez pas sans moi, hein ?
On te promet sur le vent qu'on ne partira pas sans toi.
Oldave va se coucher, la couette jusqu'au menton,
le sourire jusqu'aux oreilles
et la tête pleine de rêves, de musique et d'aventure.
Elle se lève le lendemain, elle bondit hors du lit,
comme si elle était montée sur ressort,
elle avala toute vitesse une tartine,
un thé, oh là c'est chaud,
une pomme et elle file sur la place du village,
elle arrive et...
il ne plait rien, rien, plus de chapitaux.
Oh, je suis bête, ils ont dû le ranger dans la nuit et aller dormir.
Je vais aller voir leur caravane.
Oldave arrive au caravane et...
et plus personne.
Enfin, c'est bizarre parce que les caravanes, elles sont bien là,
mais plus la moindre trace des gens du cirque.
Et quel bazar il y a ?
Il y a des portes ouvertes,
des chaises cassées,
des valises renversées,
des bouteilles brisées, mais...
pas la moindre trace des gens du cirque.
Alors ça, c'est étrange, se dit Oldave.
Ils ne seraient jamais partis sans moi et ils me l'ont promis.
Et puis surtout, ils ne seraient jamais partis sans leur caravane
et en laissant toutes leurs affaires en bazar comme ça,
il a dû se passer quelque chose.
Je vais mener l'enquête.
Et Oldave commence à observer les décombres du campement
à la recherche d'indices.
Alors que, doucement, le village se réveille,
et que les habitants, curieuses et inquiets,
s'amassent autour des caravanes abandonnées.
Oldave cherche, elle fouille, elle trouve un bout de chaises cassées.
C'est pas un indice.
Elle cherche, elle fouille, elle trouve un reste de sandwich.
C'est pas un indice, ça.
Elle cherche, elle fouille, elle trouve un petit caillou bleu.
C'est pas un indice, ça.
Elle cherche, elle fouille, elle trouve du verre cassé.
C'est pas un indice, ça.
Elle cherche, elle fouille, elle trouve un petit caillou bleu.
C'est pas un indice, ça.
Elle cherche, elle fouille, elle trouve une vieille gourde cabossée.
C'est pas un indice, ça.
Elle cherche, elle fouille, elle trouve un petit caillou bleu.
C'est pas un indice.
Attends un peu.
Partout sur ce camp sans dessus dessous,
il y a plein de petits cailloux bleus,
mais d'un bleu bien spécifique,
un bleu qui n'existe qu'à un seul endroit,
la Grande Montagne Bleue,
plus loin, plus loin dans la montagne.
C'est un endroit dangereux, personne ne va là-bas.
Les habitantes et les habitants du village se rassemblent pour décider quoi faire.
Oldave a un avis bien tranché.
Il faut absolument aider les gens du cirque.
Je sais pas ce qu'il aurait arrivé,
mais la réponse se trouve sûrement à la Montagne Bleue.
Il faut y aller.
Mais enfin, Oldave, c'est trop dangereux là-bas.
Personne qui y est allé n'en est jamais revenu.
Et puis, on ne sait même pas s'ils sont vraiment là-bas.
Et ça, c'est que S'exclame Oldave
en brandissant les petits cailloux bleus retrouvés sur le camp dévasté.
C'est quoi, alors ?
De toute façon, on les connaît pas si bien ces gens du cirque.
Et puis je suis sûr qu'ils sont plein de ressources,
ils vont s'en tirer, ils se débrouilleraient bien sans nous.
Et ben si vous avez tous trop peur pour y aller,
moi je vais y aller toute seule,
et je vais sauver les gens du cirque toute seule.
Oldave, furieuse, va préparer son sac pour se rendre à la Montagne Bleue.
À côté de son nécessaire à peinture, qui est toujours là,
elle met une corde pour l'escalade,
de la nourriture, une gourde,
elle s'habille chaudement, bonnet, sac à dos,
grosse chaussure et la voie à la partie.
Au début, le chemin est plutôt simple.
Elle le connaît bien.
Ce sont des grands sentiers de cailloux
qui serpentent entre les énormes montagnes qui bordent son village.
Le ciel bleu clair est parsemé de fins nuages blancs
et d'oiseaux qui tournoient lentement, loin, au-dessus de sa tête.
Elle avance entre les champs de la vente qui sentent bon,
et elle aperçoit parfois des petites marmotes ou des bouctins.
Et régulièrement, sur la route, des petits cailloux bleus,
et là, une balle de jonglage, elle est sur la bonne voie.
Mais assez vite, le chemin se fait plus pentu,
la température baisse,
et elle doit enfoncer ses oreilles dans son bonnet
et ses doigts dans ses gants pour continuer.
Mais la montagne bleue est là-bas, à l'horizon,
alors elle continue, elle aussi.
Et régulièrement, sur la route, des petits cailloux bleus,
et là, un chapeau de magicien, elle est sur la bonne voie.
Mais bientôt, il commence à y avoir de la neige sur sa route,
jusqu'au cheville, jusqu'au mollet, jusqu'au jauneau,
jusqu'au cuisse, jusqu'à la taille.
Mais Oldave doit continuer à avancer.
Elle escalade des parois, descend des tobogans de glace,
dégage des ébouillis de pierre,
et toujours le chemin de petits cailloux bleus,
et toujours, ça est là, un air rouge,
ou une trompette.
Et épuisé mais fier d'elle,
Oldave finit par arriver à la montagne bleue.
Immense, terrifiante.
Et en suivant la piste des cailloux,
elle se retrouve devant une immense caverne,
une grotte qui s'enfonce dans les profondeurs de la Terre.
Elle fouille son sac,
oh non, elle a oublié de prendre une lampe de poche.
Elle observe la grotte,
il fait tout noir, elle n'y voit pas à dix mètres.
Elle renifle,
ça sent la caverne, je sais pas trop à quoi elle s'attendait.
Elle tend l'oreille,
elle n'entend ru...
Attends, ah si, elle entend au loin un bruit sourd,
un bruit qui fait...
Bon, eh ben, quand faut y aller, faut y aller.
Oldave prend son courage
et elle ébrotelle de son sac à dos,
à deux mains,
et elle descend dans la grotte.
Il y fait décidément très noir.
Plus elle s'enfonce,
moins elle y voit,
et plus le bruit se fait fort.
Rr...
Rr...
Rr...
Rr...
Rr...
Et à force d'avancer dans ce boyau sombre,
elle finit par apercevoir une lumière au bout du tunnel.
Une lumière changeante et dansante,
comme si on avait allumé un feu de camp ou des torches.
Alors, le plus doucement du monde,
Oldave s'approche,
se cache derrière un rocher
et jette un œil.
Il y a, au fond du tunnel,
une gigantesque grotte,
des dizaines de mètres de hauteur.
Au mur, des torches,
enflammées, projectent une lumière vacillante.
Dans la grotte, Oldave voit
des douzaines de petits bons hommes
et de petites bonnes femmes,
tout fait de pierres bleues.
Et ils se déplacent.
Ils sont pas bien grands, ils sont hauts comme ça,
et ils vont et viennent à leurs occupations dans la grotte,
y compris autour de...
Les gens du cirque !
Les gens du cirque !
Ils sont là, toutes et tous,
terrorisés, tremblant comme des feuilles,
l'igoté pour certains,
paralysés de peur pour d'autres.
Et ils regardent tous en direction de...
Oldave retient une exclamation.
Car sur le mur, au fond de la caverne,
se tient un gigantesque homme roché.
Il est tout en pierre bleue, comme la montagne.
Il a un corps de pierre,
il a une grosse tête carrée de pierre,
il a une bouche de pierre,
pleine de dents de pierre,
et de ses mains de pierre,
il attrape des cailloux que les petits bons hommes
et les petites bonnes femmes lui apportent,
en teint à sa droite,
et il les enfourne et les mâche
dans un boucan terrible.
C'était ce bruit-là,
qu'Oldave entendait jusqu'au dehors.
Et ses jambes,
eh bien, il n'en a pas.
Le corps de cet homme roché
est comme collé au mur,
comme un arbre
qui aurait poussé entre les roches.
Il peut bouger ses bras et son buste,
mais il ne peut pas marcher,
il ne peut pas se déplacer.
Et entre deux bouchées,
le géant de pierre prend une grande inspiration,
et s'adresse aux gens du cirque
d'une voix semblable à un nez-bouli.
Je m'ennuie.
Il paraît que vous êtes amusants,
alors j'ai envoyé mes enfants
vous capturer.
Amusez-moi, sinon
vous ne ressortirez pas vivant d'ici.
Terrifié,
les gens du cirque essayent de jouer leur spectacle,
mais
c'est difficile d'être bon
quand on a les genoux qui jouent les castagnettes.
La crachose de feu au visage
d'attouer s'approche,
elle regarde, elle regarde,
et elle envoie dans les airs
une toute petite flammerie kiki.
Oups.
Ah, c'est nul.
On suivant.
Le jongleur au long cheveu s'avance,
lance une première balle en l'air,
et n'arrive même pas à la rattraper.
Ah, c'est nul ça aussi.
On suivant.
Le magicien tout habillé de noir s'avance,
fait un mouvement du bras,
un nuage de fumée explose.
Mais quand le nuage se dissipe,
il n'a pas du tout disparu.
Il est à quatre pattes sur le sol,
en train de tousser.
Vous êtes tous pétroyables.
Je pensais que vous étiez bons.
Les quatre clowns sur un petit vélo
essayent tant bien que mal de faire rire
le géant de pierre,
mais sa bouche bleue
reste figée dans un rectus sévère.
Je suis extrêmement déçu
et très en colère.
Je vous pensais bien meilleur que ça.
Vous allez rester ici pour toujours
à vous entraîner,
en espérant que vous deveniez plus drôle que ça.
Non, non !
Sans réfléchir,
Oldav s'est levé et a hurlé dans la caverne.
Un drôle de silence se fait.
Approche, petite.
Le menton haut et le regard fier,
Oldav s'approche du géant de pierre.
Elle ne veut pas lui montrer qu'elle a peur.
Mais plus elle avance,
plus elle se rend compte qu'il est gigantesque.
Oldav, à côté, elle, elle fait la taille de son pouce.
Le géant approche son énorme main,
attrape Oldav par les vêtements
et l'emmène à hauteur de ses yeux.
Les pieds de la petite fille battent dans le vide.
Elle est suspendue drôlement haut.
Qui es-tu, l'enfant ?
Et qu'est-ce que tu veux ?
Je m'appelle Oldav, et je veux libérer les gens du cirque.
Vous n'avez pas le droit de les garder ici prisonniers.
Et vous d'ailleurs, qui êtes-vous ?
Moi ?
Je suis le roi sous la montagne.
Il y a bien longtemps de cela,
avant même que les hommes et les femmes
ne foulent la terre.
Je suis né dans cette grotte,
comme une petite plante entre deux rochers.
Et j'ai lentement grandi
au fil des siècles, au fond de cette grotte,
mais je m'y ennuie terriblement.
Alors, je me suis créé des enfants
qui, eux, ont des jambes
pour qu'ils puissent sortir de cette grotte
et qu'ils puissent me ramener des distractions,
parce que je n'en peux plus de ces murs gris.
Ils m'ont ramené ce cirque
en me disant qu'ils sont amusants,
mais de toute évidence, ils se sont trompés.
Mais toi, petite,
tu m'as l'air amusante.
Tu vas rester ici,
tu vas rester ici pour toujours.
Oui, et tu vas me divertir.
C'est décidé.
Oh non, alors là, sûrement pas.
Oh si, c'est décidé.
Holden réfléchit,
elle ne veut certainement pas vivre
le restant de ses jours dans cette grotte
avec le roi sous la montagne,
mais il faut libérer les gens du cirque.
Après, elle ne veut pas simplement
le berner par un piège,
ce pauvre géant,
qui semble bien seul.
Elle regarde la grotte,
et elle pense à ce qu'elle a dans son sac à dos.
Monsieur le roi sous la montagne,
vous êtes nés dans cette grotte,
n'est-ce pas ?
Ben oui,
avant même que les hommes et les femmes
ne foulent la terre.
Et comme vous n'avez pas de jambe,
vous n'êtes jamais sortis,
n'est-ce pas ?
Ben non.
Alors, vous n'avez jamais vu le ciel
et le soleil ?
Ben non.
Et vous n'avez jamais vu les montagnes
et les champs de la vende et la neige
et les marmottes ?
Ben non.
Et vous n'avez jamais vu la mer
avec ses coquillages et ses moettes
et son sable chaud ?
Ben non.
Et vous n'avez jamais vu la campagne
avec ses vaches et ses champs
et ses petits villages ?
Ben non.
Je crois que je peux vous aider.
Alors le géant repose Oldav par terre
et elle s'approche d'un des grands murs gris
de la caverne.
Elle ouvre son sac à dos,
sort sa peinture et ses pinceaux.
Tout le monde l'observe.
Le roi sous la montagne,
les petits êtres de pierre,
les gens du cirque,
tout le monde retient son souffle.
Et Oldav commence à peindre.
Elle peint les montagnes
avec les champs de la vende,
la neige et les marmottes.
Et le géant regarde
et merveilleux.
Elle peint la mer
avec ses coquillages et ses moettes
et son sable chaud.
Et le géant regarde
et merveilleux.
Elle peint la campagne
avec ses vaches et ses champs
et elle peint son village
avec la mairie et ses marches
et elle se peint même, elle, toute petite, assise sur les marches.
Et le géant regarde
et merveilleux.
Et elle continue à peindre.
Elle peint les forêts tropicales
avec les oiseaux colorés.
Elle peint les volcans qui explosent
dans la nuit.
Elle peint la lune, toujours changeante.
Elle peint les éclairs qui zèbrent
le ciel les soirs d'orage.
Elle recouvre le mur entier de dessin,
montant sur les épaules
des petits êtres pour atteindre le plafond.
Et quand elle termine tout le mur,
après avoir utilisé jusqu'à la dernière
goutte de ses peaux de peinture,
elle se retourne vers le géant de pierre.
Il a un énorme sourire jusqu'aux oreilles
et une toute petite larme de joie
qui coule, juste là.
C'est... c'est si beau,
ma grottée, si belle.
Merci, Old Ave.
Est-ce que...
est-ce que vous voulez bien laisser
repartir les gens du cirque maintenant ?
Je... oui, bien sûr.
Désolé.
Les gens du cirque détail à toute vitesse,
sans demander leur reste.
Et Old Ave se dirige elle aussi vers la sortie
quand le géant l'appelle.
Oh, Old Ave.
Oui ?
Est-ce que...
non, rien.
Si, vas-y, dis-moi.
C'est-à-dire que...
dis-moi, gros géant.
Il reste encore des murs gris dans ma grotte
et j'ai pas mal de temps libre
et tu connais tant de choses
du monde, du dehors.
Est-ce que tu pourrais... enfin, est-ce que tu pourras...
enfin, est-ce que tu crois...
est-ce que tu pourras revenir
pour me faire d'autres dessins ?
Old Ave sourit.
Oui.
Et est-ce que tu crois que...
tu aurais envie de venir, parfois,
juste pour discuter
et pour rigoler avec moi ?
Old Ave sourit.
Oui.
Et est-ce que tu crois que...
que tu voudrais bien me...
me faire un bisou ?
Old Ave sourit de toutes ses dents.
Oui.
Alors, délicatement,
le roi sous la montagne
la dépose dans sa grande main
et l'amène jusqu'à sa joue.
Old Ave dépose un bisou qui claque
en éco dans toute la grotte.
Old Ave est redescendu jusqu'au village
à travers la montagne.
Et quand les gens du cirque,
après l'avoir chaleureusement remercié
de les avoir sauvés, lui en proposé
de les suivre sur les routes comme promis,
Old Ave leur a répondu que oui,
mais pas tout de suite,
qu'elle avait d'abord besoin de se reposer.
Et la vie a continué,
pas si différente d'avant
et pourtant pas complètement pareille.
Parce que parfois,
pendant le week-end,
ou les vacances,
Old Ave voyage avec les gens du cirque
et participe à leur spectacle
et elle a même repeint la roulette
de la cracheuse de feu.
Et quand elle n'est pas sur les routes,
quand elle habite dans son village, dans la montagne,
elle prend régulièrement son sac à dos
et sa casquette pour aller dans la montagne bleue,
pour aller voir son nouvel ami,
le roi sous la montagne,
qui habite dans la plus belle de
toutes les grottes du monde,
couvertes de peinture du sol au plafond.
Et il discute, et il rit,
tous les deux, et il se raconte des histoires.
Et on raconte que Old Ave
ne sait plus jamais ennuyer de sa vie.
...

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