le vieux grand-père qui faisait fleurir des arbres morts.
Si vous partez par là et que vous marchez très longtemps, vous arriverez à la mer.
Et si vous traversez la mer, vous arriverez dans le pays où se passe mon histoire.
Dans ce pays, il y a une campagne, verdoyante et pauvre.
Dans cette campagne, il y a une route et le long de cette route, il y a la maison de Takao.
Takao, c'est un vieux grand-père qui sent les fleurs et le caramel et qui habite tout seul dans cette petite maison.
Takao, il est très pauvre.
Dans sa maison, il y a une table, une chaise, une cheminée avec une marmite, un lit et c'est tout.
Le sol, c'est de la terre.
Ces fenêtres, elles laissent passer le vent.
Et son toit, il laisse passer le soleil mais il laisse aussi passer la pluie.
Pour manger à sa fin, il passe ses journées dans son jardin qui l'a transformée en un magnifique potager.
Il y fait pousser toutes sortes de légumes et de céréales.
Sa vie est dure, c'est vrai, mais il n'est pas malheureux.
Il prend les jours, les uns après les autres.
La seule chose qu'il aurait peut-être changé à sa vie, c'est qu'il se sentait quand même très seul.
Mais un jour, que Takao est en train de jardiner, il voit, à côté de son chaîne,
un drôle de cailloux.
Un drôle de cailloux parce qu'il a des poils, ce cailloux.
Un cailloux avec des poils ?
Bizarre, se dit le grand-père.
Alors il prend un petit bâton et délicatement, tout doucement, il touche l'étrange cailloux.
Étrange bruit pour un cailloux.
Takao reprend son bâton et le titille de nouveau.
Bon, je n'ai jamais rencontré de cailloux qui faisait ce bruit là.
Takao reprend son bâton et le titille une troisième fois.
L'étrange cailloux se déplie et l'étrange cailloux a de grands yeux humides,
une petite truffe et des oreilles tombantes.
Le cailloux était en fait un petit chien.
Oh, tu as dû avoir un début de vie pas facile pour te retrouver ici tout seul.
Mais tout va bien maintenant.
Lui dit Takao en le prenant dans les bras.
Tu vas vivre avec moi.
Je vais t'appeler...
Je vais t'appeler Chien Chien.
C'est un bon nom pour un petit chien.
Ça te plaît ?
Répons Chien Chien en lui l'échant le visage.
Et Takao se remplit de bonheur.
Il se sent bien comme il ne s'était pas senti bien depuis très longtemps.
Et Takao et Chien Chien ont commencé leur vie commune.
Et Chien Chien, il suivait le grand-père partout.
Il ne le lâchait pas d'une semelle.
Si Takao était installé à table,
Chien Chien se frotte et a ses jambes.
Si Takao s'occupait de son jardin,
Chien Chien lui courait autour en aboyant au papillon.
Si Takao allait se coucher,
Chien Chien se blottissait tout contre lui sous la couette
et s'endormait immédiatement
et rêvait de choses de chien,
avec des os et des courses et des rivières et des souris.
Bref, la vie était douce pour ces deux-là.
Un beau jour, Takao s'occupe de ses tomates dans le jardin.
Et Chien Chien a un comportement étrange.
Il tourne autour d'un point précis du sol,
il semble le renifler avec insistance.
Puis, il se met à creuser frénétiquement.
Qu'est-ce qui se passe, Chien Chien ?
T'as enterré un os ou quoi ?
Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu veux que je creuse ?
J'arrive, j'arrive !
Et Takao s'approche du trou que Chien Chien avait commencé à creuser
et, avec sa pelle, se met au travail.
Il plante sa pelle, jette la terre sur le côté.
Il plante sa pelle, jette la terre sur le côté.
Sa pelle butte sur quelque chose de dur.
Alors, il pose la pelle et commence à creuser à la main,
au milieu des motes de terre humides.
Et Takao trouve...
une pièce d'or.
Puis, une deuxième, une troisième, une quatrième, une cinquième,
une pleine poignée de pièces d'or.
Chien Chien, tu savais qu'il y avait un trésor ici ?
Chien Chien tourne sur lui-même tout content, en aboyant.
Ce soir-là, Takao a acheté un gros steak au marché de la ville
et ils en ont mangé la moitié chacun.
Il a aussi acheté une plus grosse couette pour avoir moins froid les nuits d'hiver.
Et leur vie était un peu plus simple.
Et l'histoire aurait pu s'arrêter là.
Mais, comme je vous l'ai dit,
dans le pays de cette histoire, il y a une campagne,
verdoignante et pauvre.
Dans cette campagne, il y a une route
et le long de cette route, il y a la maison de Takao.
Mais, le long de cette même route,
en face de la maison de Takao, il y a une autre maison.
Et dans cette autre maison, il y a Rikkyu.
Rikkyu est aussi un vieux grand-père,
mais il est aussi méchant et cruel que Takao est gentil et généreux.
Et Rikkyu, à sa fenêtre, observe ce qui se passe chez son voisin.
Et quand il voit que le nouveau chien de son voisin
trouve des trésors enterrés, il se dit,
« Il me le faut, ce chien. »
Il traverse la route qui s'est par la maison
et il frappe à la porte de Takao.
Le vieux Takao ouvre la porte,
chien chien dans les bras.
« Bonjour, chère voisin. Comment allez-vous ? Est-ce que je peux vous aider ? »
« Donne-moi ton petit chien. »
« C'est devenu mon meilleur ami et m'en séparer,
même pour une semaine, m'emplirai de tristesse. »
« Donne-moi ton petit chien. »
« Chère voisin, vous ne m'avez pas écouté.
Ce chien est mon ami et m'en séparer,
même pour une journée, m'emplirai de tristesse. »
« Donne-moi ton petit chien. »
Et le vieux Rikkyu a insisté, insisté et insisté, tenté si bien
que Takao a fini par lui dire,
« Bon, je vous confie, chien chien, pour une heure,
mais je vous en prie, chère voisin, prenez-en le plus grand soin. »
« Pas un merci, pas un au revoir.
Rikkyu prend le petit chien et file directement dans son jardin à lui.
Il le dépose entre les mauvais herbes et les cailloux
et lui ordonne d'un ton sec. »
« Allez, cherche ! »
Et chien chien renifle, cherche, explore et assez vite.
S'arrête devant une petite mode de terre et se met à creuser frénétiquement.
« Fffff »
« Oh, ça y est, tu m'as trouvé un trésor. »
« Fffff »
« Ah, tu vas me rendre encore plus riche que le roi lui-même ? »
« Fffff »
« J'arrive, j'arrive, à moins la richesse. »
« Il me fait chien avec comment on s'est accrosé et, avec sa pelle, se met au travail.
Il plante sa pelle, jette la terre sur le côté. »
« Chchh »
« Il plante sa pelle, jette la terre sur le côté. »
« Chchh »
« Il plante sa pelle, plop. »
« Il plante sa pelle, plop. »
« Hum ? »
« Étrange bruit, il plante sa pelle, plop, plop, plop. »
« Il ressemble à un paume pourri. »
« Quoi ? Quoi ? Mais c'est pas un trésor, ça. »
« Il doit être en dessous, il doit être en dessous. »
« Il replonge ses mains dans la terre et ressort des arrêtes de poissons. »
« Poit ! Mais c'est pas un trésor, ça. Il doit être en dessous. »
« Il replonge ses mains dans la terre et ressort une vieille chaussure puante. »
« Chien chien s'amuse beaucoup, mordiant les lacets de la chaussure et reniflant le vieux poisson. »
« Mériciu ne l'entend pas du tout de cette oreille. Il est fou de rage. »
« Maudicabo, tu offres de l'or à mon voisin et à moi tu ne me donnes que des ordures. »
« Ça ne va pas se passer comme ça. Si tu ne me donnes pas de trésor à moi, tu n'en donneras à personne. »
« Il tue le petit chien. »
« Oups ! » se dit-il. « Je suis peut-être allé un peu loin. »
Il retraverse la rue, frappe à la porte de Takao et lui redonne le corps de chien-chien,
en brudouillant quelque chose du style.
« Je sais pas trop ce qui s'est passé, j'étais avec ton chien, j'ai tourné la tête et il est mort. »
Et pas un désolé, pas un au revoir, le voilà qui repart chez lui.
Takao est dévasté de tristesse.
Son petit chien, son chien-chien, son seul ami était mort.
Il s'est mis à pleurer toutes les larmes de son corps.
Il était même trop triste pour en vouloir à Rikiu.
Et c'est sans s'arrêter de pleurer qu'il a creusé une petite tombe au pied du chien
où il avait vu chien-chien pour la première fois.
Et c'est sans s'arrêter de pleurer qu'il l'a enterré.
Et c'est sans s'arrêter de pleurer qu'il est allé se coucher et qu'il s'est endormi.
Mais cette nuit-là, Takao a fait un rêve.
Un rêve très étrange.
Le monde dans son rêve était presque comme le monde normal, mais tout était inversé.
Les arbres poussés dans les pommes, le ciel volait dans les oiseaux et les lits coulaient dans les rivières.
Et dans ce monde à l'envers, le gentil Takao a vu son petit chien
qui lui a sauté dessus pour lui faire des lechouilles.
Oh, chien-chien, tu es vivant ?
Non, désolé grand-père, je suis bel et bien mort, mais je suis dans ton rêve.
Mais, mais, mais tu parles, chien-chien ?
Pas de temps à perdre.
Écoute-moi bien, tu as toujours été bon avec moi, tu as toujours été gentil
et j'ai adoré ma vie avec toi, alors je vais continuer de t'aider.
L'arbre au pied duquel tu m'as enterré, le gros chêne, il faut que tu le coupes
et avec le bois de cet arbre, tu fabriques un saladier.
Un saladier, mais pourquoi ?
Fais-moi confiance !
Je t'aime Takao, je t'aime !
Et Takao se réveille.
Quel étrange rêve.
Il a, il a encore l'impression de sentir sur ses joues la langue rapeuse de son petit chien.
Est-ce que c'était un rêve ? Est-ce que c'était la réalité ?
Mais déjà dehors, le soleil se lève.
Alors, il se lève aussi.
Et sort dans son jardin avec sa hache pour abattre l'arbre comme son chien lui a dit en rêve.
Son vieux dos endormi de sommeil et rouillé par les années le fait un peu souffrir.
Mais Takao lève haut sa hache et là-bas vigoureusement dans le tronc du chêne.
L'arbre tombe et toute la journée, Takao façonne le bois du tronc pour en faire un magnifique saladier.
Et quand il a fini, eh bien, eh bien que faire ?
Son petit chien ne lui a rien dit de plus dans son rêve.
Alors, il pose le saladier sur la table de sa cuisine et il attend.
Il se penche au-dessus du saladier.
Une pièce d'or, une pièce d'or est apparue au fond du saladier, alors qu'il n'y avait rien avant.
Il se penche au-dessus du saladier.
Une deuxième pièce d'or, chien chien, c'est toi qui...
Une troisième, une quatrième, une cinquième, une poignée de pièces d'or.
Merci beaucoup chien chien, même de la hauteur tu m'accompagnes de ta magie.
Et Takao envoie en l'air des bisous à son petit chien au pays des rêves, au paradis des tutus,
ou encore ailleurs, ou qu'il soit.
Alors, il s'est de nouveau acheté un bon steak qu'il a mangé le soir en pensant à son petit chien.
Et il a acheté un coussin pour mettre sur sa chaise et des rideaux pour bloquer la lumière du matin
et le froid de la nuit de ses fenêtres.
Et la vie était un peu plus simple.
Et l'histoire aurait pu s'arrêter là.
Mais depuis sa maison, derrière sa fenêtre, le vieux Rikiu a bien vu que Takao a un saladier qui fait apparaître des trésors.
Et il se dit, il me le faut, ce saladier.
Il traverse la route qui sépare les deux maisons et frappe à la porte de Takao.
Le vieux Takao ouvre la porte, le saladier dans les bras.
Oh, c'est vous, chère voisin, je...
Bon, comment allez-vous ? Est-ce que je peux vous aider ?
D'aides-moi ton saladier !
Chère voisin, je... J'ai bien peur que ça ne soit pas possible.
Déjà que je suis encore un petit peu en colère pour ce qui s'est passé avec chien-chien.
Mais même si vous dites que vous n'y êtes pour rien et ce saladier, c'est le seul souvenir que j'ai de lui et m'en séparer,
même pour une semaine, m'amplirait de tristesse.
D'aides-moi ton saladier !
Et le vieux Rikyu a insisté, insisté et insisté, tant et si bien que Takao a fini par lui dire,
bon, je... Je vous prête mon saladier pour une heure, mais je vous en prie, chère voisin.
Prenez-en le plus grand soin.
Mais...
Pas un merci, pas un au revoir.
Rikyu prend son saladier, il s'en va.
Et le saladier est rentré chez lui.
Il va directement à sa table et le pose dessus et il attend.
Plop.
Ah ! À moi les trésors !
Il plonge sa main dans le saladier.
Bchouk !
Une pomme pourrie.
Quoi ? Quoi ? Mais...
Mais c'est pas un trésor, ça !
Il attend de nouveau.
Plop.
Il plonge sa main dans le saladier.
Bchouk !
Des arrêtes de poisson.
Bah ! Mais c'est pas un trésor, ça !
Il attend de nouveau.
Plop.
Il plonge sa main dans le saladier.
Bchouk !
Une vieille chaussure puante.
Ah !
Oh oh oh oh !
Rikyu est fou de rage.
Takao et son satanier Cabot continuent à se moquer de moi-même par de la lameur.
Ça ne va pas se passer comme ça.
Si ce saladier ne me donne pas de trésor, il ne leur donnera à personne.
Erichy au jette le saladier dans le feu qui crépitait dans la cheminée.
Et en moins de temps qu'il faut pour le dire,
il ne reste du saladier magique qu'un petit tas de cendres tièdes.
Oups, se dit-il.
Je suis peut-être allé un peu loin.
Il rassemble les cendres dans un petit bocal de confiture vide qui traînait par là.
Il referme le couvercle.
Il retraverse la rue, frappe à la porte de Takao
et lui redonne le peau plein de cendres en brudouillant quelque chose du style.
Je sais pas trop ce qui s'est passé.
J'avais posé ton saladier et j'ai trouvé la tête et il avait brûlé.
Mèf !
Pas un désolé, pas un au revoir.
Le voilà qui repart chez lui.
Takao est dévasté de tristesse.
Du seul souvenir qu'il lui restait de son petit chien chéri,
il ne reste plus qu'un tas de poussière.
Alors il dépose le bocal de cendres sur sa table et va se coucher en pleurant.
Mais cette nuit-là, Takao a fait un rêve.
Un rêve très étrange.
Le monde dans son rêve était presque comme le monde normal,
mais tout était inversé.
Les routes marchaient sur les gens,
les châteaux de sable détruisaient les vagues
et les boules de poils recrachaient des chats.
Et dans ce monde à l'envers,
le gentil Takao a de nouveau vu son petit chien.
Chien chien, tu es vivant.
Toujours pas grand-père, c'est encore ton rêve.
Je suis désolé, chien chien,
je n'ai pas su prendre soin du saladier magique que tu m'avais fait fabriquer.
Il n'en reste qu'un tas de cendres.
Ça ne fait rien, mais pas de temps à perdre.
Écoute-moi bien.
Ces cendres, il ne faut surtout pas aller jeter à la poubelle.
Gardelais précieusement et jettelais,
répandlais sur un arbre mort,
répandlais sur les branches d'un arbre qui n'a plus donné,
ni fleurs, ni feuilles depuis des années.
Un arbre mort, mais pourquoi ?
Fais-moi confiance !
Je t'aime Takao, je t'aime !
Et Takao se réveille.
Quel étrange rêve.
Est-ce que c'était un rêve ?
Est-ce que c'était la réalité ?
Mais il a déjà fait confiance une fois son petit chien
et s'il lui a porté bonheur,
alors pourquoi ne pas recommencer ?
Et déjà dehors, le soleil se lève.
Alors il se lève aussi
et sort de sa maison avec le bocal de cendres
pour trouver un arbre mort,
comme son chien lui a dit en rêve.
La route qui séparait les maisons de Takao et Rikyu
était bordée de centaines de cerisiers,
qui, à l'époque de mon histoire, venait de fleurir.
Surtout, ça avait poussé, dès les premiers jours du printemps,
d'innombrables fleurs, blanches pour certains,
roses pour d'autres,
qui donnaient à la route un aspect féerique.
Tous les arbres sauf un.
Un peu plus loin, sur la droite,
un arbre était resté nu comme un verre.
Il avait été frappé par la foudre un soir d'orage
il y a des années de cela
et il n'avait plus donné ni feuilles ni fleurs depuis.
Ce sera parfait, se dit Takao.
Alors il coince le bocal de cendres dans sa ceinture
et commence l'ascension de l'arbre.
Mais il est vieux et fatigué
et ni ses bras ni ses jambes n'ont la force d'entendre.
Et bientôt les gens commencent à s'arrêter sur la route
pour observer cet étrange vieillard qui grimpe aux arbres.
Qu'est-ce tu fais grand-père ?
Tu es devenu fou ?
Tu veux te raider de quoi ?
Non, non, je veux et je vais y arriver tout seul.
Et quand il arrive, finalement,
à s'asseoir à Califorchon sur une haute branche de l'arbre,
une petite foule l'observe amusée.
Il ouvre alors le bocal de cendres
et en répand une pincée sur l'arbre mort.
Et l'arbre, qui n'avait donné ni feuilles ni fleurs
depuis des années, est pris d'un petit frisson.
Fou !
Sableux s'étirait comme s'il se réveillait
et sur ses branches, sur ses branches apparaissent
des feuilles épaises et grasse d'un verre profond
et éclose en tourbillonnant
de grosses fleurs blanches qui en plisselaires d'un parfum.
Ah !
Ça sent à la fois les bonbons et la cannelle.
Ça sent à la fois les câlins et l'odeur des livres neufs.
Oh ! Ça sent si bon !
Tous les gens rassemblés applaudissent la magnifique magie de Takao
alors qu'il redescend de l'arbre.
Tous sauf un.
Le méchant Rikkyu est là lui aussi.
Et il est très jaloux.
Et la nouvelle qu'il y avait dans la campagne du pays
un vieux qui faisait fleurir des arbres morts
est assez vite arrivé aux oreilles du roi.
Et le roi a invité Takao à venir faire une démonstration
de sa magie au palais.
Ce qu'il a fait.
Le vieux grand-père a fait fleurir un des arbres morts
de la cour du palais et le roi,
et baie, a proposé au gentil Takao
de rester habité au palais dans la richesse et le confort.
Et Takao a accepté.
Mérykyu ne l'entend pas de cet oreille.
Lui aussi veut habiter dans la richesse et le confort.
Alors, avec une petite balayette,
il rassemble dans la cheminée
où il avait brûlé le saladier toutes les petites cendres qui restent
et se rend à son tour au palais du roi.
Et se pose debout, dans la cour, à côté d'un autre arbre mort
et appelle le roi en criant
« Hé, hé, majesté, hé, majesté, viens voir !
Hé, machin, machin, viens voir ! »
Le roi, énervé qu'on l'interpelle de la sorte,
descend dans la cour et voit ce drôle de grand-père
avec une poignée de cendres dans la main.
« Que veux-tu, vieillard ?
J'espère que tu as une bonne raison de m'avoir fait appeler,
sinon je te roue de coups de bâton.
Ouais, ouais, ouais, majesté, attends, attends, regarde, regarde, regarde bien, regarde bien ! »
Et d'un grand geste un peu bruyant,
Rikyu jette sa poignée de cendres sur l'arbre mort
et l'arbre, qui n'avait plus donné ni feuilles ni fleurs depuis des années,
se couvre soudain de pommes pourris,
d'arrêtes de poissons et de chaussures puantes
et l'air s'amplit d'une odeur pestilentielle
la moitié de la garde a des oules-coeurs
et même le roi est obligé de se couvrir le nez d'un mouchoir
couvert de parfum pour ne pas avoir la nosée.
« Gardes, ce vieux sorcier se moque de moi !
Arrêtez-le et donnez-lui 50 coups de bâton ! »
Rikyu est parti en courant à toute vitesse du palais royal,
si vite que les gardes n'ont pas réussi à l'attraper
et il a eu tellement peur que je crois qu'il court encore.
Et le gentit Takao, eh bien, il a vécu une année complète dans le palais du roi,
avec toute la richesse et le confort dont il pouvait rêver
et un jour, comme il était très vieux et qu'il avait vécu une longue vie bien remplie,
il est mort dans son sommeil, paisiblement, sans douleur et en souriant.
Il souriait car il savait qu'il allait rejoindre son petit chien adoré
au pays des rêves, au paradis des tutus,
ou encore ailleurs, où qu'il soit.
Et on raconte que parfois, les nuits où il n'y a aucun vent,
ni aucun bruit, si on tend l'oreille,
on peut les entendre rire et aboyer,
aux côtés l'un de l'autre, pour toujours.
...