
"La jeune fille qui vivait dans un moulin à paroles", par Vincent Almendros
Durée: 11m15s
Date de sortie: 18/12/2024
durée : 00:11:15 - Une histoire et... Oli - Le romancier Vincent Almendros raconte l'histoire de Lily, dont les parents étaient coupeurs de mots, et qui, un jour, perdit la parole. Décidée à la retrouver, elle s'enfonça dans la forêt, où elle croisa un renard, puis un vieil homme qui la mit sur la voie.
Bonjour, je suis Vincent Almandros et moi, Marie-Lou
et nous allons vous raconter l'histoire de Lily et du Moulin à parole.
Lily était une petite fille qui habitait dans un moulin particulier
qu'on appelait le moulin à parole.
Perchée tout en haut d'une colline, ce moulin ne fonctionnait ni à l'eau, ni au vent,
mais grâce aux conversations des villageois qui vivaient plus bas dans la vallée.
Et plus les gens dans le bas parlaient, parlaient, parlaient,
plus là-haut les grandes ailes du moulin tournaient, tournaient, tournaient.
Si Lily vivait là, c'est parce que ses parents étaient coupeurs de mots.
C'était leur métier.
Dans le moulin, ils triaient les paroles récoltées,
classés les gros mots d'un côté, les plus petits de l'autre,
récupérer les syllabes et, de leurs doigts experts,
sélectionner les lettres qu'ils revendaient ensuite à l'école du village.
Ils étaient plutôt habiles dans leur métier.
Ils coupaient la parole comme personne.
Une fois par semaine, le maître d'école venait récupérer les sacs en toile remplis de consones et de voyelles.
Il les chargeait sur sa charrette avant de redescendre dans la vallée
pour apprendre aux enfants à parler et à lire.
Lily, elle, n'avait pas besoin de se rendre à l'école
puisqu'elle était née dans le moulin parole.
Elle savait presque depuis sa naissance parler et lire.
Et, si par curiosité, elle aurait bien aimé de temps en temps
à accompagner le maître pour découvrir ce qui se passait en bas dans la vallée,
elle aimait plus encore passer ses journées dans le brouhaha du moulin,
ou, parfois, elle ramassait des lettres tombées par mégarde sur le tapis.
Elle les était un peu poussiéreuse, mais elle jouait avec, pour imiter ses parents,
les mélanger et inventer des mots pour rire.
Pouloucha, tartipette, déglingous, foutrignasse, pétrouillon.
Ou son préféré qu'elle utilisait souvent.
Zarfluche.
Quand elle en avait marre, elle partait gambadée dans les champs,
où elle suivait la course folle dans la peintre, ou celle d'un papillon,
dont elle avait aussi fini, à force de les côtoyer, par apprendre le langage.
Or, un matin d'automne, au réveil, elle voulait dire bonjour à ses parents,
mais aucun son ne sortit de sa bouche.
Eh bien, Lily, que se passe-t-il ?
Lui demanda à son père en lui préparant son petit déjeuner.
Zarfluche.
C'est Ona Lily.
On ne l'entend pas.
En effet, sa bouche formait un grand haut, mais elle demeurait silencieuse.
Sa mère font ça les sourcils, comme si elle a suspecté d'avoir mangé ses mots.
Elle reprochait souvent à sa fille de parler trop vite et disait
On ne te comprend pas Lily, arrête de manger tes mots.
Ne nous inquiétons pas, dit son père.
Lily a perdu la parole, d'accord, mais on finira bien pas la retrouver.
On cherche à sous son lit, on déplace à des meubles, souleva des sacs,
on fouille entre les livres de compte, entre les papiers, rien.
Lily ne parvint pas à remettre la main sur sa voix.
Zarfluche, comment je vais faire ?
Pensa-t-elle, une fenêtre du moulin était restée ouverte durant la nuit.
Grignan de Zibourg ?
Ma parole a dû sortir se promener pendant mon sommeil.
Décidée à la retrouver, elle enfile à ses bottes et partit à sa recherche.
En chemin, elle croise à un passe-roh à plumes bleues posées sur le rebord d'un puits.
Elle ne l'avait jamais vue.
L'oiseau, tout petit, l'observe d'une étrange façon, comme s'il l'attendait.
Lily, qui connaissait son langage, se mit alors à siffler.
Ce qui veut dire ?
J'ai perdu ma parole. L'aurais-tu vu ?
L'eux répondit le passe-roh, ce qui signifie à peu près,
va voir le vieil homme dans la forêt, mais prend garde au reneur.
Il est le plus menteur de tous les menteurs.
Puis ils s'envolent en virevoltais joyeusement.
Lily s'iflota pour le remercier et est descendie en courant vers le versant de la colline.
Arrivé à l'orée du bois, elle se retourna.
Le moulin, tout là-haut, était plus petit que son petit doigt.
Ça refluche. Je ne me suis jamais aventurée aussi loin.
Pensa-t-elle. Et elle entra dans la forêt.
Ce n'était pas une de ces fausses forêts de compte, non ?
C'était une vraie forêt, avec de vrais arbres,
de la vraie mousse verte et de vraies feuilles blancs d'eau-sol,
de vraies brindilles qui craquaient quand on marchait dessus.
Lily s'en est merveillée et respirait la terre humide et la sève des arbres.
Lorsque soudain, au milieu du chemin, elle s'arrêta.
Devant elle, un vrai animal, aux yeux brillants, la fixait.
Il fit quelque part vers elle avec une lenteur prudente.
A en juger par son pelage roux et soyeux, nul doute.
C'était le renard.
La tête baissée, il dressa les oreilles.
« Qu'est-ce qu'il fait dans la forêt ? » demanda le renard.
Lily ne pu répondre.
« Quoi ? T'y as perdu ta langue ? »
Cette fois, Lily acquiesça.
« Moi aussi, j'ai perdu ma langue. Je n'ai dit jamais rien.
« Chafougard des bois, quel menteur ! »
Pense à Lily.
« Un ami m'a dit que tu cherchais le vieil homme. Malheureusement, il n'habite plus ici.
Allez, rentrez chez toi, il voudrait mieux.
Lily écarta les bras pour montrer au renard qu'elle ignorait par où aller.
« C'est par là. » lui indique un animal en levant la pote.
D'un geste, Lily les remercia et fit semblant de suivre son conseil,
mais dès que le plus menteur de tous les mentaires eut disparu, elle prit le chemin opposé.
Et elle fit bien, tout près de là, entourée d'arbres se trouvait une vieille maison à toit de chôme
qui aurait pu paraître abandonnée si de sa cheminée ne s'était échappé une épaisse humée blanche.
Lily fera pas trois coups contre le bois
et, en l'absence de réponse, pousse à la porte qui grinsa sur ses gants.
À l'intérieur, il faisait chaud.
Les murs, beaucoup plus hauts que l'aspect extérieur de la maison ne le laissait penser,
étaient recouverts de centaines de livres colorés.
Il y en avait à perte de vue.
Devant la cheminée qui crépitait, se tenait un vieil homme de dos, légèrement courbé.
Tu es Lily du moulin à paroles, n'est-ce pas ?
Le vieillard n'avait pas eu besoin de se retourner, comme s'il avait tué des yeux derrière la tête.
Loiseau m'a prévenu de ton arrivée.
Tu es venu chercher ce qui t'appartient, j'imagine.
Oh, évidemment, tu ne peux pas me répondre.
S'amusa le vieillard.
Voilà ce qu'il te faut.
Si tu veux retrouver ta voix, tu dois découvrir le goût des mots.
Le goût des mots ?
Les mots n'ont qu'un goût ?
Pense à Lily.
Le vieil homme, toujours de dos, le va le bras et désigna sur sa droite,
l'immense bibliothèque remplie de livres colorés.
Il y en a mille.
Choisis en un.
Lily grimpe à l'échelle en posant prudemment ses pieds sur chaque marche
et prie au hasard un des ouvrages.
Ne l'ouvre qu'une fois chez toi, quand tu seras dans ton lit.
Mais attention, tu ne dois pas t'endormir avant de l'avoir terminé.
Allez, et maintenant, va.
Cette nuit-là, dans son lit, Lily attendit que ses parents s'endorment,
puis sortit dessous son oreiller, le livre à couverture rouge qu'elle avait caché.
Curieusement, il ne portait pas de titre, et à l'intérieur, les pages étaient épaises.
Elle commença à lire.
C'était une sorte de compte, l'histoire d'une fillette qui vivait dans un moulin à parole
et qui, un matin d'automne, perdait sa langue.
Tiens, tiens, ça me rappelle quelqu'un.
Pensa Lily, c'était la première fois qu'elle lisait une histoire si proche de la sienne.
Mais surtout, elle commença bientôt à sentir dans sa bouche.
Hum, c'est un peu sucré.
Je sais.
De la vanille.
Pensa Lily, elle poursuivit sa lecture.
Hum, c'est salé ou je rêve ?
Les goûts devenaient de plus en plus prononcés.
Ici, Lily distingue, nettement, un parfum.
De chocolat chaud.
Là, elle reconnue l'acidité.
De la framboise.
L'un de piquer la langue tant il était.
Poivré.
Plus loin, un autre l'uparu.
Fondant comme du miel.
Crap au champ de skibouze, je suis en train de découvrir le goût des mots.
Ainsi pensait-elle.
Mais il était tard, très tard.
Et, à force de lire, ses potpires devenaient lourdes, très lourdes.
Elles luttaient et ses yeux se fermaient.
Ma parole, il faut surtout pas que je m'endorme.
Ouais, il faut pas.
Ouais, ça surtout pas que je m'endorme.
Je ne sais pas si Lily parvint à lire son livre jusqu'au bout.
Toujours est-il que si la jeune fille s'est endormie, elle a dû parler.
Durant son sommeil.
Car les gens du village racontent que cette nuit-là,
ils furent réveillés par un grincement.
C'était les ailes du moulin, qui, à une heure bien levituelle,
s'était mis à tourner, tourner, tourner.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, au lit.
Non, une autre.
Au lit est un podcast original de France Inter.
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