Radio classique présente des histoires en musique avec Elodie Fondacci.
Des histoires, des histoires, des histoires! Est-ce que je peux avoir une histoire s'il te plaît?
Tu me racontes une histoire?
Encore une histoire? Vous avez eu des sages, vous êtes sûr?
Bon d'accord, je vais vous raconter l'histoire de la soupe au caillou.
Vous êtes prêts? Vous êtes bien installés?
Alors, chut! Plus de bruit, parce que l'histoire va commencer.
Il était une fois, un vagabond.
Il n'avait pas un sous-vaillant, ni non plus un logis à lui,
mais il avait d'autres trésors, la bonté et la malice,
et une joie de vivre aussi, dont il ne se départait jamais.
Comme il n'avait aucune attache, le vagabond marchait à travers le pays,
par les routes et par les chemins.
Il marchait tant que ces sommets le étaient pleines de trous.
Un soir, alors que la nuit tombait, il passait à côté d'un village.
Il était fatigué et il avait le ventre vide, aussi décida-t-il d'y faire hâte.
Il s'arrêta devant la première maison qu'il trouva et frappa à la porte.
Un homme va en lui ouvrir et le regarda d'un air soupçonné.
Bonjour, monsieur, dit le vagabond en enlevant son chapeau.
Auriez-vous un peu de pain à m'offrir?
Du pain, on en a déjà pas assez pour nous.
Gromme l'alors, passez votre chemin.
Le vagabond alla un peu plus loin et vit un carreau allumé.
Mais la femme qui le reçut ne fut pas plus aimable.
Je n'ouvre pas aux étrangers, dit-elle sèchement.
Et encore moins au vagabond.
Partez, il n'y a rien d'ici pour vous.
Le vagabond toqua à une troisième porte, mais la porte reste à close.
Pourtant, il y avait quelqu'un.
Le vagabond avait bien vu un vieillard courbé.
Il le regardait de travers, caché derrière son rideau.
À la quatrième porte, il n'eût pas plus de chance.
Et à la cinquième, l'homme chez qui il entra,
le menaça de lâcher son chien.
Le vagabond s'éloigna et il s'arrêta un instant pour réfléchir.
Il avait compris que les gens de ce village se méfiaient de tout,
même de leurs voisins.
Le vagabond ne leur en voulu pas.
Ils avaient sans doute connu bien des malheurs pour en arriver là.
Peu à peu, ils s'étaient endurcis à la misère des autres.
Mais comme c'était dommage de vivre avec un cœur aussi sec.
Le vagabond décida donc de leur donner une leçon.
Et il se mit à sourire.
Il se pencha et ramassa sur le port du chemin
trois gros cailloux qu'il foura dans sa poche.
Puis, il fera pas à la porte d'une autre maison.
Inutile de demander, je n'ai rien à t'offrir.
Dis la vieille femme qui lui ouvrit,
avant même qu'il ait pu prononcer un seul mot.
Oh mais je ne veux rien madame.
La rassura le vagabond.
J'ai tout ce qu'il me faut pour préparer ma soupe au cailloux.
Simplement j'ai besoin d'une marmite.
Pourriez-vous me prêter la vôtre ?
Radoussi, la vieille femme en trouverait sa porte.
Si je n'ai qu'une marmite, alors c'est d'accord.
Je t'empréte une, mais pour deux heures seulement.
Tu la poseras sur le seil quand Dieu aura fini.
Elle l'a fouillée dans sa cuisine,
rapporta une marmite et l'attendit au vagabond.
Puis, elle referma sa porte,
en prenant bien garde à tourner deux fois la clé dans la serrure.
En s'effletant, le vagabond se mit à ramasser des brindilles,
en faisant semblant de ne pas voir que la vieille femme l'épiait par la fenêtre.
Tranquillement, il alluma un petit feu sur la place.
Il allait tirer de l'eau au puits du village
pour remplir sa marmite et il la posa sur le feu.
Puis, il jeta ses trois cailloux à l'intérieur.
Intrigué, la femme qui l'avait aidée le regardait faire à travers son carreau.
Au bout d'un moment, elle n'y t'a plu.
Elle rouffrit sa porte et elle s'approcha de lui,
en observant la marmite avec curiosité.
Une somme au caillou.
Marmon a-t-elle.
Je me demande bien à quoi ça peut ressembler.
Je ne savais pas qu'il existait une telle recette.
Je la tienne ma mère, répondit joyeusement le vagabond.
Je vous la ferai goûter si vous voulez.
C'est absolument délicieux, vous allez voir.
La vieille femme reste assongeuse.
Une saup' sans un peu de sel.
Ce n'est jamais très bon, dit-elle.
Ça, c'est vrai, approuva le vagabond.
La femme s'en retourna à petit pas vers sa cuisine
et elle revente avec une poignée de sel.
En voilà, dit-elle en la jetant dans l'eau bouillante.
J'ai pris aussi un peu du teint.
Ma mère, à moi, on m'était toujours dans ses soupes.
Le vagabond sourit.
Merci, dit-il.
Il sortit une cuillère de son sac et il se mit à remuer.
Il sourit encore.
Quand le vieillard courbé qui avait refusé de lui ouvrir s'approcha à son tour.
Que cuis-tu ? demanda-t-il.
Ah, ça ! répondit le vagabond.
C'est une soupe au caillou.
Je t'endembrais si tu veux quand elle sera prête.
Ma mère l'a réussi, c'est ta merveille. C'est elle qui m'a donné l'arsette.
Elle mettait parfois quelques carottes, bien sûr.
C'est encore meilleur. C'est dommage que je n'en ai pas.
Des carottes.
Dis le vieillard.
Il me semble que j'en ai dans mon potager.
Attends un peu, je vais en détérer quelques-unes.
Et le vieillard revint au bout de quelques minutes
avec une belle bonne de carottes.
Que le vagabond plongea dans sa marmite.
Il attendit un peu, puis il le gouta
et poussa un soupir d'aise.
C'est succulant.
Ce serait plus ongtuant avec des pommes de terre, bien sûr.
Mais il faut faire avec ce qu'on a.
Il y a des pommes de terre dans mon garde-manger.
Dites une femme qui s'était d'approcher.
Et elle s'empresse à de les apporter.
La soupe dégagait à présent un délicieux fumet
qui vint chattouiller les narines de l'homme mal aimable
qui vivait à l'orée du village.
Qu'est-ce qu'il fait ?
Demandatier-le aux autres villageois
en désignant le vagabond du monton.
C'est une soupe au caillou ?
Répondir les autres.
Elle sera bientôt prête ?
Moi, ce que j'aime, c'est la soupe au chou.
Dis-l'homme.
Rien n'empêche d'en mettre dans la soupe au caillou.
Répondis le vagabond.
Alors l'homme a cherché un bouchou de son jardin
qui l'ajouta à la soupe.
Est-ce que c'est possible une soupe au caillou avec du salari ?
Demanda sa voisine qui les avait rejoint.
C'est possible.
Dis le vagabond.
Si vous en avez, faisons les sains.
Les minutes passèrent.
Et bientôt, ce sont tous les habitants du village
intrigués par ce petit attroupement
qui se massèrent autour du vagabond et de sa marmite.
L'un rajouta des champignons,
qui l'avait cueillie la veille.
L'autre, deux beaux navets,
qui les plus chasse soigneusement avant de les mettre à cuire.
Les gens étaient heureux de se voir.
Cela faisait si longtemps qu'ils ne s'étaient pas tous réunis.
Comme la nuit était douce,
on installa des tables dehors et l'on sortit quelques boulis.
L'un apporta du pain et l'autre du fromage
qu'il posa sur la table.
Heureusement que j'ai fait beaucoup de soupe.
Dis doucement le vagabond.
Merci, monsieur.
S'exclama une petite fille.
Jamais je n'aurais cru qu'un caillou puisse avoir si bon goût.
Le vagabond lui sourit.
Et il sourit encore.
Quand, après le dîner,
un des villageois lui ouvrait sa grange
pour qu'il puisse dormir à son aise.
...
Le lendemain,
quand il voulu aller réveiller le vagabond,
le villageois ne trouva personne dans la grange.
Le vagabond était parti avant le jour,
ne laissant sur la paille qu'un petit mot
qui disait ceci.
Merci à tous.
Les cailloux n'étaient pas tout à fait cuit.
Je les ai gardés pour mon prochain repas.
...
C'était la soupe au cailloux,
un conte adapté et raconté par Elodie Fondacci
sur des musiques de Deodat de Sévrac.
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