Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain, où les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forêts et océans promettant mis la aventure à pied ou à vélo.
Cet endroit rêvait, c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en réservant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine était comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait.
Et, se riz sur le gâteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout de la
nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnB,
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez à votre petite histoire.
Les petites histoires de Tellming.
Aujourd'hui, Karine Arnaud vont vous raconter un nouvel épisode d'un été incroyable.
Il s'intitule « Le pont des armes ».
Allez, écoute.
Marcher dans une zone entièrement blanche, sans horizons, ni ciel, ni soleil, ni aucun
point de repère, ça grignote le moral.
Mais personne ne se plaint.
Leopold n'est plus vouté par la peur, il a même le sourire.
En même temps, les images qui apparaissent sous ses pieds ne sont plus noires et grises,
mais colorées comme les nôtres Alanna, Arthur et moi.
On suit la direction pointée par la boussole, pendant à peu près une éternité, et juste
au moment où je m'apprête à craquer pour proposer une pause, Arthur pointe un doigt
vers l'horizon.
Là-bas, y'a quelque chose dans tout le blanc.
C'est vrai.
D'où on est, on ne voit que deux traits.
À mesure que l'on s'approche, je me demande si ce ne sont pas des potos.
Sauf qu'une fois tout proche, on se rend compte que ce sont en fait des colonnes,
sculptées de milliers de crânes.
Elles marquent l'entrée d'un pont entièrement construit à partir d'os.
Un pont pour franchir une zone vide ?
Leopold essaie de le contourner.
Je le tire par la ceinture.
Eh, mais qu'est-ce qui te prend ?
À partir du pont, le blanc est moins blanc comme si...
On était arrivé au bord de la zone blanche.
Et qu'on faisait face à un précipice ?
Bon, on se sent à quoi ça sert ce pont ? À le franchir ?
Vous avez vu ? Les crânes, j'ai l'impression qu'ils nous fixent.
Bah ça ne m'étonne pas, ça colle parfaitement avec l'endroit où on se rend.
Un endroit pour communiquer avec les morts.
Et puis la boutine est formelle, il faut passer par là.
Dès qu'Arthur pose un pied sur le pont, les crânes s'agitent.
Vous n'avez rien à faire ici.
Vous les vivons, reposez chemin.
Ce qui traverse renonce à la vie.
Si vous passez, point de l'endroit.
Arthur hésite.
Et moi j'ai tous les petits poils du coup qui se hérissent,
mais Leopold se place entre nous,
posant une main rassurante sur chacune de nos épaules.
Vous inquiétez pas les crânes, on fait juste un petit tour et on vient.
Vous n'avez donc rien à faire ici, nana.
On n'a pas traversé la zone blanche pour rien.
Alors on va traverser, faire ce qu'on a à faire, et repartir sans mettre le bazar.
Si vous passez...
Ça va, on a compris, merci.
Après toi, nana.
Merci, Léo.
Arthur, estomacé, regarde Leopold et Lana s'engager sur le pont,
sous les yeux des crânes qui n'osent plus trop rien dire.
Parfois, ta cousine a fait un peu peur.
Ouais, à moi aussi.
De l'autre côté du pont, une sorte de petite cabine en pierre comme une guérite.
Devant, il y a une grande barrière sur laquelle il fissait un panneau,
où il était écrit « Vous ne passerez pas ».
Derrière, une nouvelle zone blanche.
Je pensais pas que le monde des morts ressemblait à ça, moi.
Peut-être qu'il se passera quelque chose quand on passera la barrière.
On a qu'à passer dessous, on verra bien.
Un vieux bonhomme barbu avec une cape et un chapeau gris surgit du petit abri.
Hé, là, vous ne savez pas lire bande de mal aux truies.
Cet écrit-là, on ne passe pas.
Non, ça va pas recommencer.
On l'a dit au tête de mort à l'entrée du pont, on ne fait que passer.
Et alors ?
Ah ben, on va passer.
Oh que non ! Je garde cette entrée et je dois m'assurer
que tout ce qui passe et cette barrière n'a plus rien de vivant.
Or vous, vous l'êtes, et donc vous allez faire demi-toi.
Mais on a une boussole qui pointe pile dans cette guéraclion.
Ah ben, ça alors. Ça fait une éternité que je l'ai pas vu celle-là.
Vous venez donc voir un défaim, je présume.
Euh, oui ?
Eh bien, c'est impossible.
Les seules exceptions sont accordées lors de la fête des morts.
Ou bien, les rituels interdits qui, comme son nom l'indique,
sont déconseillés au risque de se mettre la mort lui-même à dos.
Lui-même ?
La mort est un mal, un mal nécessaire. C'est bien connu.
Euh... bref, sans fête des morts, la première règle prévaut vous êtes vivant,
vous ne passerez pas.
On a fait un long chemin pour venir voir quelqu'un qui compte énormément pour Arthur.
Vous ne pouvez pas faire une exception ?
Ce serait ouvrir la porte à toutes les fenêtres, mon petit père.
Si je vous laisse passer, d'autres suivront, et après, ce serait de l'énergie. Non, non, non !
Mais on sait même pas si son âme est encore là. Vous n'avez pas un... resistre ?
Je garde une entrée, moi, pas un hôtel. Je ne suis pas non plus un berger.
Les âmes vont et vivent comme pour leur semble. Revenez quand vous serez convenablement décédés.
Allez, bon retour chez les vivants.
Ils tournent les talons et retournent vers sa guérite, mais Léopold lui barre le chemin.
Hey, minute, minute.
Arthur a dû se séparer d'un trésor précieux pour savoir comment venir ici.
On s'est perdu, suivi un champilloumi, des gnomes d'ombre, nous ont attaqué.
On a traversé la zone blanche, mes amis m'ont sauvé du nez des Noirs et on devrait rentrer.
Écoute-moi bien, petit quartier.
On ne partira pas avant d'avoir tenté le tout pour le tout pour franchir ta maudite barrière.
Allez, balance ton épreuve pour voir.
Une épreuve ?
Quelle épreuve ?
On est des aventuriers.
Vous êtes un gardien, si on veut passer, vous devez nous mettre à l'épreuve, non ? C'est bien connu.
Je...
Eh ben, ne bougez pas.
Il file dans sa guérite et ressort le nez plongé dans un livre outrageusement épais.
Mais il n'y a rien à propos d'une épreuve pour vous faire passer.
On ne bougera pas de là tant qu'on n'aura pas trouvé une solution.
Mais puisque je vous dis qu'il n'y a rien là-dedans qui...
Oh ?
Euh, c'est un bon ou un mauvais oh ?
C'était écrit dans une minuscule note de battepage.
Alors, un gardien peut accorder un bref passage au vivant
s'ils sont capables de prouver que leur désir de revoir le défunt est profond et sincère.
Bon ?
Notre épopée ne vous suffit pas.
Bon, disons que c'est un bon début, mais j'ai besoin d'autre chose.
Ah oui, voilà. Un souvenir.
Racontez-moi un souvenir qui vous lie au défunt.
Si c'est sincère, ben vous passerez.
On échange d'hiergaard.
Arthur est en pleine réflexion, Léopold semble ennuyer.
Et moi j'ai un doute.
C'est quoi un souvenir sincère ?
Heureusement, Lana se lance la première.
Lorsque je pense à Papistoire, je pense à la première fois où j'ai assisté à son heure du compte.
C'est là que j'ai rencontré Arthur.
C'est grâce à lui qu'on est amis et qu'on peut vivre des étés incroyables tous ensemble.
Pas mal.
Lana et moi ont ce qu'il jamais l'était, alors ben...
J'ai un peu envie de dire une chose qu'elle, hein.
Même si je te sens sincère, je ne peux pas accepter deux fois la même réponse.
Trouve autre chose, mon garçon.
Je ferme les yeux pour puiser dans mes souvenirs.
L'évidence me saute aux yeux.
Quand j'étais petit et que j'étais stressé, ou que j'avais du mal à m'endormir,
je m'imaginais qu'il était là, à côté de moi à me raconter une histoire.
J'avais l'impression d'être dans une bulle imaginaire,
où je pouvais m'évader de mes tracas et rêver en grand.
Parfait ça, parfait !
Moi, c'est compliqué, j'ai toujours trouvé ces légendes...
en regardes.
Mais au final, ce sont ces mêmes légendes qui m'ont permis de devenir amis avec Lana,
Yes, bah y a Arthur.
Et rien que pour ça, même si je n'ai pas de souvenir avec lui,
je les suivrai jusqu'au bout du monde pour les protéger.
Oh là là, la lueur dans tes yeux ne trompe pas.
Et si tu n'es pas connecté au défaim, tu l'es avec tes amis, tu pourras les accompagner.
Et toi, mon garçon.
Je n'arrive pas à soi-dire les trop de souvenirs avec lui.
Il est parti trop vite, sans qu'on ait le temps de lui parler vraiment.
J'aimerais le connaître un peu mieux, mais surtout, lui dire que sans lui,
ça ne serait pas qu'il le suit.
Je veux juste les remercier.
Bien, très très bien, même. Vous méritez de passer.
Il sort de sa manche, un sablier qu'il tend Arthur.
Lorsque le dernier grain de sable tombera, vous serez renvoyé chez vous.
Par contre, je dois vous reprendre la boussole.
Mais... comment on va trouver Pablo l'histoire ?
C'est lui qui vous trouvera.
Le gardien ouvre la barrière et nous fait passer.
Tout disparaît pour ne laisser place qu'à une épaisse brume.
Elle tourbillonne et se contorsionne pour prendre des formes familières
et former un paysage flou, que l'on reconnaît aussitôt.
La grand place de contes sur mères.
Et assis, sur le bord de la fontaine...
Papis, toi !
Tout autour de lui, des âmes assises debout, de toutes tailles et de toutes les formes l'écoutent
alors qu'il raconte une de ses légendes.
Le temps s'agrène dans le sablier mais Arthur n'ose pas l'interrompre.
Lorsque Papis histoire a terminé, les âmes s'évaporent.
Les yeux du vieux compteur s'écarquillent en nous voyant.
Les enfants !
Qu'est-ce que vous faites ici ?
Marc, m'a donné ton journal, parce que je me suis rendu compte que je connaissais rien de toi.
Et ça m'a pris des tas de saunes sur ton enfance, t'as découvert des légendes et tout.
Mais il y a encore plein de questions.
Surtout qu'on veut faire un char en votre honneur.
Un char ?
Pour le carnaval des légendes, de contes sur mères.
Sans oublier une zone qui racontera votre propre légende dans votre musée.
Mon musée ?
Ouais, le musée de Papis histoire où l'on peut tout apprendre de vos légendes.
Des gens du monde entier viennent le visiter.
Eh bien, c'est plus que je n'aurais jamais espéré.
J'ai bien fait de te passer le flombe au même si j'aurais aimé t'endire plus avant de mourir.
Arthur sursaut en voyant que le sable y est presque vide.
On a plus beaucoup le temps. Tu vas bien nous raconter tes souvenirs ?
Mes souvenirs sont à l'image de ce décor.
Flou ?
Les seuls encore vivaces sont ceux des sourires accrochés au visage des petits et des grands qui écoutaient mes histoires.
C'est tout ?
Oh, je comprends, c'est peu, mais c'est pour moi l'essentiel et je dois vous dire merci.
Merci de faire vivre toutes ces légendes au-delà de contes sur mères.
En grâce à vos efforts, j'ai la sensation de rester vivant, même après ma mort.
J'ai même hâte de savoir ce que le sort me réserve au-delà de cet endroit.
Le dernier grain de sable tombe.
Papistoires se volatilisent tout comme le paysage de brûlement.
On se retrouve tous les quatre dans les combles du musée.
J'ai les yeux qui brûlent et la gorge serrée et je vois bien que c'est pareil pour les autres.
Léopold n'arrive pas à te dire ses larmes.
Lana lui tapote les pôles pour le réconforter.
Arthur, lui, a les yeux brillants, mais il est déterminé.
Personne ne t'oubliera jamais. On va te faire le plus beau des sars.
Et on l'a fait. Oh ça oui. Et c'était le plus beau de tous les carnavales.
Et cet adela, on s'était aussi jurés de continuer à partager les légendes de Papistoires pour qu'elles voyagent au bout du monde et au-delà.
Et voilà, c'était le dernier épisode de la cinquième saison d'un été incroyable.
Je vous remercie vraiment énormément de l'avoir écouté.
Dites-moi ce que vous en avez pensé.
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ou bien pour celles et ceux qui nous écoutent sur Spotify en cliquant sur le bouton Répondre, situé sur la page de l'épisode.
Cette cinquième saison vous a été racontée par Karine Texier et Arnaud Guilloux,
enregistrement, montage, création sonore et musicale, studio module, illustration, yoi-yoh.
Et moi, Mathieu, j'ai tout écrit et coordonné.
Je vous embrasse et je vous dis à très bientôt pour de nouvelles histoires.
Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org