"Le papillon qui lisait", par Charles Dantzig

Durée: 7m6s

Date de sortie: 03/07/2024

durée : 00:07:06 - "Le papillon qui lisait", par Charles Dantzig - "Le papillon qui lisait", une histoire écrite et contée par l'écrivain Charles Dantzig. Le poète et essayiste dirige également des collections dans la maison d'éditions Les Belles Lettres.

Bonjour, je suis Charles Dansig et je vais vous raconter l'histoire d'Edgar Edmond et du papillon qui lisait.
Quelle découverte ! Les papillons, les papillons, les... Maman, maman ! Ah ! Elle est en train de téléphoner et elle n'est pas contente.
Edouard Edmond, tu vois bien que je suis au téléphone. À 7 ans, tu n'es vraiment pas obligé d'être tout le temps dans mes jambes.
Bon, je lui dirais tout à l'heure.
J'étais en train de me promener dans le jardin public, quand un papillon est passé devant mes yeux et hop, il est entré dans le creux d'un arbre.
Allons lui parler, je me suis dit.
Bonjour pa... Oh ! Il se déshabille.
Collons bien l'œil au trou de l'arme.
Très délicatement, du bout du nez, il faisait glisser ce qui était donc une combinaison bariolée, tout en recouvrant son corps de l'autre aile, même chose de l'autre côté.
Il était tout marron maintenant, un marron clair-uni, exactement la couleur de la couverture de mon cahier de lecture.
C'est donc ça un papillon de nuit, quelle surprise !
Les papillons se transforment donc plusieurs fois.
D'abord, le cocône, douceur un papillon de jour tout en couleur, comme on nous l'a appris en classe, et puis un papillon de nuit en pyjama marron, et ça, le maître ne nous l'avait pas dit.
Mon papillon s'est allongé dans la coquille d'une feuille remplie de pistilles de pissenlis, et puis, dépliant les ailes du haut, il les a placées derrière la nuque, en marmonant l'air de flowers de Myles Ayrus.
Je la connais par cœur ma soeur Constance Colombe, lâchant à tue-tête toute la journée.
Je ne sais pas pourquoi maman nous a donné ses prénoms doubles, mais moi, quand je serais grand, je changerais le mien contre un prénom discret, un prénom marron clair-uni, quoi.
Pierre, tiens, comme celui de mon meilleur ami du monde pour la vie, a jamais pour toujours.
Remettons l'œil à la serrure de l'arbre, je me suis dit en me retenant de hausser les épaules.
Les papillons sont plus libres que les enfants, croyez-moi.
Le mien ronflait.
Cela faisait tremble et les bords de sa feuille effrémirent les brins de pistilles.
Ils ronflaient de plus en plus fort.
Peut-être qu'il rêvait qu'il était un éléphant de mer.
Un énorme ronflement l'a réveillé et le voilà assis, les ailes du dessous appuyées derrière lui.
D'une antenne, il s'effrotait un œil, de l'autre, il s'est graté la hanche.
Oh là là, il fait déjà jour, il a dit.
Lentement, lentement, très lentement, si lentement qu'il avait l'air de peser un milliard de kilos,
comme un éléphant de mer, il s'est approché de moi, j'ai reculé.
Au moins, le ciel est bleu, a-t-il dit en retournant vers le fond.
Et puis, il a baillé, comme un éléphant de mer, sans mettre l'aile devant la bouche.
Si je pouvais être un papillon pour ne pas avoir à obéir à toutes ces règles de politesse ennuyeuses.
Mais au fait, qu'est-ce qu'il racontait ? C'était le soir.
Il faisait presque nuit. Où avait-il vu du bleu ?
Ah mais si, la couleur de mon œil.
Il avait confondu mon œil bleu avec le ciel.
Tiens, je raconterais ça à Pierre, mon meilleur ami du monde pour la vie à jamais pour toujours.
Au fait, non. Je ne le lui raconterai pas pour éviter de lui faire de la peine.
Pierre a les yeux marrons et salauds complexes.
Il dit, chez les yeux, noisettes.
Pour lui, marrons, c'est caca.
Marrons, c'est très joli pourtant.
C'est la couleur du très élégant pyjama de mon papillon.
Mon papillon se tenait donc au fond du creux de l'arbre, un jeûne ouplié, penché en avant.
À l'école, on nous a amenés au musée d'histoire naturelle.
Il y avait des papillons dans des boîtes en verre fixés par une aiguille dans l'abdomen.
Le maître s'exclamait, ah, comme ils sont beaux !
Ah, ça n'est pas un gentil celui-là.
D'ailleurs, lorsque Pierre, mon meilleur ami du monde pour la vie à jamais pour toujours,
a fait le geste de se planter une épinque dans le ventre, et que moi j'ai éclaté de rire,
le maître nous a traité d'âne.
Qu'est-ce qu'il en sait si les ânes sont bêtes ?
Aussi bien, quand ils braient, les ânes disent, se maître des colettes, un méchant.
Les papillons, eux, sont bien tranquilles avec les injures.
Il y a juste cette expression marante de papy.
Minute, papillon !
Si c'est lui qui l'a inventé, papy est un génie.
Un papillon, ça se pose, et aussi tôt en hockey, il est reparti.
J'ai un peu la manie de couper la parole, je dois dire.
En tout cas, c'est ce que me reproche maman et Constance Colombe.
Dès que je le fais avec papy, il lève l'index en front sans les sourcils et me dit,
Minute papillon !
Alors, je baisse la tête avec un petit regard triste,
et puis, lui, m'a tiré dans ses bras pour me faire un baiser avec sa moustache qui pique,
et puis moi je dis, Minute papillon ! Et je l'embrasse en premier.
Vive les papilles et les papillons !
J'ai recollé mon œil au trou.
Euuuh, il, qu'est-ce que...
D'une aile du bas, mon papillon feuilletait un empilement de feuilles d'armes.
Il s'est interrompu, Anna soulevait une, la placait devant les yeux,
a eu l'air d'hésiter, et puis, il s'est rallongé sur son matelas en pissenlis,
posant la feuille sur ses pattes du bas relevé en triangle.
Il s'est remis à observer.
Mais qu'est-ce qu'elle avait cette feuille ?
Il y a toutes les autres. Qu'est-ce qu'il pouvait bien lui trouver ?
Je me suis écarté du tronc et j'ai regardé par terre.
Il y avait plein de feuilles à cause de l'automne.
J'en ai pris une, je l'ai examiné, les tournais, retournais.
Un lampadaire s'est allumé, les veines !
Les veines, les veines des feuilles, les...
Comment ça s'appelle déjà le Maître Noulat, pris les...
Les nervures, deuxième découverte.
Les feuilles sont des livres dont les nervures sont les lignes.
Mais alors, les feuilles sont les livres des papillons ?
Ça, je le raconterai à Pierre.
Et voilà, l'histoire est finie.
Et maintenant, Oli...
Non, une autre.
Oli est un podcast original de France en Terre.

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Découvrez la série audio France Inter : des contes pour les 5-7 ans, racontés par Delphine de Vigan, Alain Mabanckou, Tatiana de Rosnay, Claude Ponti… Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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