
Les Odyssées du Louvre 2/15 : La vie extraordinaire de la peintre Elisabeth Vigée Le Brun
Durée: 20m23s
Date de sortie: 05/05/2020
durée : 00:20:23 - Les Odyssées - Elisabeth Louise Vigée Lebrun est l'une des plus grandes peintres françaises. Mais c'est aussi une sacrée battante qui, toute sa vie, a réussi à vivre de son art. De Versailles à son exil de plus de dix ans à travers toute l'Europe, portrait et destin d'une artiste hors du commun !
Si il t'arrive parfois de t'arrêter quelques instants pour regarder les visages, les formes, les couleurs autour de toi,
alors tu as peut-être un œil de peintre.
Avoir un œil de peintre, c'est un pouvoir extraordinaire, celui de transformer le monde en beauté.
Ce pouvoir, une femme épatante le possédait.
Elizabeth Louise Vigée Lebran
Elizabeth vit à Paris vers la fin des années 1700. Sur ses toiles, on voit de sublime visage de femme et d'enfant comme entouré d'un nuage de tendresse.
Quand elle peint, son œil pétit d'intelligence, son pinceau court sur la toile.
Elizabeth a voyagé à travers toute l'Europe. Elle a vu Rome, Vienne et Saint-Pétersbourg.
Elle a fait le portrait de Grande Reine, de roi, de princesse.
Elle a mis sa vie au service de l'art. C'est une femme courageuse, énergique et indépendante.
Bref, c'est une battante comme on les aime.
Ça tombe bien, c'est l'héroïne de cette odysée.
Enfant, Elizabeth a la passion du dessin. C'est comme un feu joyeux qui l'anime.
Elle ne peut s'en empêcher, elle crayonne partout, tout le temps, sur ses cahiers et sur les murs de sa chambre.
Sans cesse, elle transforme le monde en images.
Un jour, vers l'âge de 7 ou 8 ans, elle tend une feuille de papier à son père.
Dessu, elle a tracé les contours d'un petit personnage avec une barbe.
Le père se penche vers le papier. Il observe avec attention.
Ses yeux tout d'un coup s'illuminent, comme deux étoiles polaires dans la nuit.
Estomacés par le talent de sa fille, il saute de joie, il pleure, il lui dit...
Ah, tu seras teintre, mon enfant, ou jamais il ne m'en sera.
L'homme sait de quoi il parle, lui aussi il dessine.
C'est un artiste, un artiste joyeux qui aime s'amuser.
Le soir, il invite des savants, des poètes, des sculpteurs, toutes sortes de personnes drôles et spirituelles qui ont souvent la langue bien pendue.
L'appartement se remplit de musique, de vapeurs de vin et du froufrou des robes qui caressent le plancher.
A la tombée de la nuit, on allume les bougies.
Autour de la table, Elizabeth observe l'ombre et la lumière courir sur les visages.
Elle trouve ça magnifique.
Elle regarde les sourcils, les nais, les lèvres.
Elle se dit, c'est magique.
Chaque visage a sa propre poésie.
Elizabeth grandit, elle continue de dessiner et elle apprend à peindre.
Pour exercer son œil, sa mère l'emmène voir les plus beaux tableaux de Paris.
Fascinés, elle reste désert à observer les coups de pinceau de grands maîtres anciens comme Raphaël, Rubens ou Rembrandt.
Apprendre en regardant les chef-d'œuvre du passé, c'est une étape extrêmement importante quand on veut devenir une artiste.
Elizabeth progresse, elle devient excellente.
Rapidement, on lui commande ses premières toiles.
Ce sont des visages, des portraits.
Elle travaille beaucoup, tout le temps.
Elle peint particulièrement bien les femmes.
Elle est ronde gracieuse et malicieuse.
Son nom circule dans tout Paris et même à l'étranger.
Malmoiselle est à la mode, elle est ravie, elle en profite, elle sort, elle s'amuse, elle fréquente le beau monde.
Grâce à la peinture, elle gagne sa vie, elle en est très fière.
Le mariage, elle n'y pense pas vraiment.
Un homme pourtant lui fait la cour.
Il s'appelle Jean-Baptiste Lebrun.
C'est un marchandard très connu et il veut l'épouser.
Sa mère, qui le croit très influant et riche, la pousse à accepter.
Elizabeth hésite jusque devant l'église.
Elle finit par dire oui.
Elle le regrette à l'instant même où elle prononce le mot.
Parfois dans la vie, on prend de mauvaises décisions, ça arrive.
Disons que ça fait partie de l'expérience.
Entre temps, son nom a fait son chemin jusqu'à l'entourage de Louis XVI, le roi de France.
Elle est invitée à Versailles, dans son château, Elizabeth peint désormais pour la cour.
C'est une bonne place, mais il faut faire ses preuves.
Au début, elle fait des copies de tableaux très célèbres.
Oui, pourquoi pas.
Mais à la longue, oh, sa lasse, c'est un peu limité, question créativité.
Heureusement, elle s'accroche, son talent finit par l'affaire repéré.
Des duchesses, des comptesses et même des ambassadeurs se font peindre par elles.
Entre deux toiles, Elizabeth se promène dans le château.
Versailles, ouh, elle adore.
C'est immense et raffiné, il y a du dos et partout, on dirait en petit paradis.
En 1778, Elizabeth, à 23 ans, sa vie est sur le point de changer.
Comment ? Eh bien, un grand honneur lui est fait.
On lui demande de peindre la reine Marie-Antoinette.
La reine, bien sûr, elle l'avait déjà vu de loin, dans les jardins, à des parties de cartes,
où l'or de ses promenades, dans la galerie des glaces.
Mais elle n'avait jamais eu l'occasion de passer du temps avec elle.
Au début, elle est très intimidée, et ma foi, je la comprends.
C'est assez particulier, tu sais, de faire le port de la reine Marie-Antoinette.
Elle est très importante pour le portrait de quelqu'un, surtout quand il s'agit de la reine de France.
Marie-Antoinette prend la pose, et c'est tout un poème.
Elle se tient droite, on dirait qu'un fil invisible tire le sommet du crâne.
Chacun de ses mouvements transpire l'élégance, elle est tout simplement majestueuse.
À l'instant précis où elle la peint, toute l'attention d'Elisabeth est dirigée vers elle, son modèle.
Elle regarde son visage, ses mains, ses poignées, ses yeux parcourent son corps, des pieds jusqu'à la tête.
Elle va vite, la reine est très occupée, chaque seconde est comptée.
Notre héroïne vit un moment magique, le reste du monde a disparu, elle ne voit plus que la reine, sa beauté, ses formes et l'éclat de sa peau.
Sur la toile, Marie-Antoinette est lumineuse, elle rayonne de toute sa splandeur.
Personne jusqu'à présent n'avait réussi à la peindre aussi bien.
Cette œuvre, c'est le portrait de Marie-Antoinette en grand tabis de cours.
Elisabeth en est fière, elle sait qu'elle accomplit quelque chose de grand et d'unique.
Le roi lui-même la complimente.
Je ne m'y connais pas en peinture.
Lui confite-t-il un soir après-diné ?
Mais vous me l'avez fait aimer.
Oh bravo Elisabeth, quel succès ! La reine la choisit comme peintre officielle.
Avec tout ça, l'artiste est très occupé, elle ne voit pas beaucoup son mari.
À Paris, il s'occupe de vendre ses toiles, l'argent coule à flots.
En 1780, ils ont une fille, il l'appelle Julie.
Elisabeth ne s'arrête pas pour autant de peindre.
Au contraire, elle veut aller loin et elle s'en donne les moyens.
Trois ans plus tard, elle demande à entrer à la très prestigieuse Académie royale de peinture.
La barbe, le directeur refuse.
Pourquoi ? Oh, ce n'est pas à cause de sa peinture, qui est franchement remarquable.
Non, il y a, paraît-il, un problème de règlement très compliqué.
Et puis, soyez honnête, à cette époque, les académiciens n'ont pas tellement envie de voir des femmes à leur côté.
Ah oui, vraiment, eh bien, c'est ce qu'on va voir !
Elisabeth, quand il le faut, sait se transformer en dragon.
Elle ne se laisse pas faire, elle en parla la reine.
Marie-Antoinette réagit au quart de tour, ni une, ni deux.
Elle fait admettre sa protégé sur ordre royal.
Pendant ce temps, comme une violente bourrasque chargée d'éclairs, la voix du peuple gronde.
Depuis quelques mois, la révolution est en marche.
Les Français sont en colère, ils ne valent plus de la royauté.
Le 5 octobre 1789, les Parisiens se rendent à Versailles.
Elles ont faim, elles réclament du pain.
Le lendemain, au milieu des piques et des bayonettes, elles ramènent la famille royale à Paris.
Le pays est en feu, dans quelques années.
Louis XVI et Marie-Antoinette, quick, quick, passeront sous la guillotine.
La vie d'Elisabeth est menacée.
Elle n'a pas le choix, elle doit fuir.
Vite, elle rassemble quelques affaires, elle prend sa fille sous le bras, puis elle saute dans une diligence.
Sans se retourner, elle part.
Son mari, elle le laisse à Paris, elle doit s'occuper de ses affaires.
Entre nous, ça ne la gêne pas beaucoup.
La Dilligeance se faufile incognito dans la rue.
Au porte de Paris, elle crie au cocher...
...vers le sud, au soleil, direction l'Italie.
Commence alors un long voyage qui va durer plus de 12 ans.
Elisabeth a sacrément la frouche.
Heureusement, en pleine tempête, elle possède sa propre bouée de sauvetage.
Tu as deviné, n'est-ce pas ?
Mais oui, c'est la peinture !
Elisabeth et Julie posent leur valise à Rome, puis à Naples.
La région est une véritable merveille, un écrin de beauté.
À Naples, la reine Marie-Caroline, la soeur de Marie-Antoinette,
accueille les deux françaises à bras ouverts.
Je regale tel de délicieuse pizza margherita !
Impossible à dire !
En revanche, Elisabeth peint ça, c'est certain.
Comme toujours, c'est comme ça qu'elle gagne sa vie.
Les années passent, des nouvelles arrivent de la France, elles ne sont jamais bonnes.
Dans les rues de Paris, le sang coule dans les rigoles.
Ce n'est pas du tout le moment de rentrer.
Alors Elisabeth continue de voyager.
Elle se rend dans chaque ville où son pinceau l'appelle.
La vie n'est pas toujours facile, mais elle se bat.
Elle se débrouille pour vendre sa peinture,
à Parme, à Florence, à Venise, à Vienne et même en Russie.
Les deux voyageuses arrivent à Saint-Bethersbourg
dans la luaire d'un petit matin d'été.
Le 23 juillet 1795.
Les grandes rues, les immenses places,
la neva si claire et si pure,
qui coule délicieusement au cœur de la ville,
tout cela plaît immédiatement à Elisabeth.
Tant mieux, car elle reste 6 ans dans la capitale impérial.
Notre courageuse héroïne travaille d'âge pieds, nuit et jour.
Elle peint presque tous les nobles de Saint-Bethersbourg.
Et puis entre deux portraits, tu la connais maintenant.
Elle sort, elle va au balle, au concert, au spectacle.
Enfin, des nouvelles de la France arrivent
qui ne sont pas trop mauvaises.
Le pays a connu de sacrés bouleversements, c'est vrai,
mais la révolution semble à peu près terminée.
Pour Elisabeth, via le temps de rentrer.
En 1802, la voilà de retour a paré.
Elle est contente et en même temps,
c'est étrange, la ville a beaucoup soigné.
Il n'y a plus de rois ni de reines,
mais un premier consul qui s'appelle Napoléon Bonaparte.
Elisabeth le trouve un peu plauc, mais c'est la vie.
Par chance, elle retrouve certains de ses anciens amis
et grâce à son œil de peintre,
elle continue de transformer le monde en beauté.
De tous les pouvoirs qu'on peut avoir dans la vie,
je crois que c'est l'un de mes préférés.
Pourquoi ?
Mais parce que les couleurs, les formes, la beauté,
tout ça, c'est comme en feu joyeux qui traverse le monde.
Et il ne suffit de pas grand chose pour se rendre compte.
Une feuille, un petit crayon et quelques instants pour regarder.
Les Odyssey du Louvre est un podcast original de France Inter et du Musée du Louvre.
Et les Autoportraits
Elisabeth a peint de merveilleux portraits de mères avec leurs enfants.
Elle s'est d'ailleurs représentée plusieurs fois avec sa fille Julie.
L'un de ses autoportraits s'appelle Madame Vigée Lebrun et sa fille Jeanne Lucie-Louise
dite Julie.
Tu peux voir ce petit bijou peint en 1789 au Musée du Louvre.
Il est exposé au premier étage de l'aile de nom dans la salle 702.
Elisabeth n'a pas son pareil pour peindre les sourires.
Ils sont très émouvants et extrêmement vivants.
Et puis ils ont quelque chose en plus.
Elle est parmi les premiers peintres à montrer les dents de ces modèles.
Comment est-ce possible ? Je t'explique.
Tu te souviens, Elisabeth vit à la fin des années 1700 et jusque-là,
les Gènes c'était comment dire ? Ha ha, pas terrible terrible.
Disons que les gens avaient souvent de gros problèmes de dents.
Certaines étaient pourries ou parfois ils l'ont manqué.
Du coup, ils évitaient de sourire.
A l'époque d'Elisabeth, les Gènes heureusement s'améliorent.
Les hommes et les femmes ont une bien meilleure dentition
et ils n'hésitent pas à le faire savoir en souriant lorsqu'ils prennent la pose.
Si tu vas voir cet autoportrait d'Elisabeth avec sa fille,
observe bien la toile.
Les lèvres sont entre ouvertes,
on aperçoit comme de jolis colliers de perles,
et des lèvres sont en train de délicates rangées de dents.
De soir, s'il t'arrive d'avoir parfois la flemme
de te brosser les canottes avant de te coucher,
regarde-toi dans le miroir, souris et répète cette phrase magique.
Moi aussi, avec mes belles dents, j'aurais pu être un modèle de l'épatente
et Elisabeth viser le brun.
Et ça, entre nous, c'est carrément la classe.
Les infos glanées
Lesodyssées
France Inter invite les enfants de 7 à 12 ans à se plonger dans les aventures des grandes figures de l'histoire. Vous aimez ce podcast ? Pour écouter tous les épisodes sans limite, rendez-vous sur Radio France.
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