Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez.
Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain, où les branches murmurent des secrets
au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent
entre forêts et océans promettant mis la aventure à pied ou à vélo.
Cet endroit rêvait c'est Seigneus, et j'ai pu y s'yjourner en réservant sur
AirBnB.
J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne, mes enfants et leurs meilleurs
amis.
Chacun avait son petit royaume, sa chambre.
Notre cuisine était comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait.
Et, se riz sur le gâteau, on avait un jardin parfait pour papoter jusqu'au bout de la
nuit.
C'était un endroit idéal pour déconnecter et construire de super souvenirs pendant les
grandes vacances.
D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix, c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnB,
qui nous ont permis de piocher parmi les logements que d'autres voyageurs avaient adorés.
Et maintenant, placez à votre petite histoire.
Les petites histoires de Tellming.
Aujourd'hui, Arnaud va vous raconter mon chien Tucco, une histoire écrite par Mathieu
Salvia.
« Chers journales, je fais semblant d'écrire sur tes pages parce que ma mamie est entrée
de m'observer et que je veux pas la vexer.
Mais on va être honnête, toi et moi.
Je sais pas trop à quoi elle pensait quand elle t'a acheté dans le magasin pour mon
anniversaire.
Déjà, je vois pas ce que je peux écrire d'intéressant du haut de mes 9 ans.
Franchement.
» Et puis bon, à l'arrêquer et tous les copains disent que c'est un truc de
fille les journaux intimes.
Donc bon, voilà, elle me regarde au plus.
Adieu !
« Cher Jean, à partir de maintenant, je vais t'appeler Jean.
Ça sera mieux.
Parce que bon, c'est quand même bien nul d'écrire « chers journaux ».
Pourquoi Jean ?
Parce que prendre les premières lettres de journaux intimes, J-I-N, ça fait Jean.
C'est une bonne question.
Je dois d'abord t'expliquer pourquoi je te reparle.
L'autre jour, je crois que ma mamie avait compris que je ne comptais plus me servir
de toi.
Elle est forte, ma mamie, pour deviner ce genre de choses.
Elle m'a demandé si je t'utilisais et je lui ai tout avoué.
Quand elle m'a entendu dire que les journaux intimes c'est pour les filles, elle m'a
jeté un de ses fameux regards noirs qui plonge toute la pièce dans le silence.
Le genre de regard qui te fait comprendre que tu viens de lâcher une énorme bêtise
et que tu ferais mieux d'y réfléchir au calme et de revenir l'avoir quand t'as
compris.
Donc voilà, j'ai décidé de voir ce que ça ferait de t'utiliser pour de vrai.
Parce qu'à pris tout, pourquoi les journaux intimes, ce serait qu'un truc de fin ?
Par contre, hors de question que je parle de toi aux copains ou que je te raconte ma
vie, je vais plutôt te parler du truc le plus cool de tout l'univers.
Tuquot, mon chien.
Parce que mon papa me répète tout le temps que lorsqu'on raconte une histoire, il faut
un sujet qui nous tient à cœur.
Et il n'y a rien qui me tient plus à cœur que mon chien.
Il dit qu'ensuite, il faut y ajouter du suspense, des retournements de situations et une fin
heureuse.
Et mon papa, il s'y connaît en histoire, il est scénariste et c'est lui qui écrit
ma bédé préférée, les chevaliers de glace.
Et moi plus tard, je veux faire comme lui.
Mais là tout de suite, je vais faire une pause parce que quand j'écris trop longtemps,
ça me fait un peu mal au poignet.
Donc suspense, jeanne, suspense.
Hello, jeanne.
Je te disais l'autre jour que j'allais te parler de Tuquot.
Alors allons-y.
Tuquot, c'est mon chien.
Un croisé de coin de rue, comme dit Mamie.
C'est elle qui l'a recueillie avant de le confirmer par an.
Je m'en souviens comme si c'était hier.
C'était un samedi après-midi, juste avant qu'elle ne se rende à sa partie de poker
au club du troisième âge.
Troisième âge, c'est juste une expression pour dire vieux.
Mais il paraît que c'est moins vexant.
Bon bon.
Elle avait son sac de cabas.
J'ai trouvé ça curieux.
Puis d'un coup, il s'est mis à bouger et Tuquot en est sorti.
À partir de ce moment-là, j'ai tout de suite su que ce chiot, c'était le mien.
Je ne sais pas comment te l'expliquer, mais Tuquot et moi, on s'est aimé immédiatement,
sans même se connaître.
C'est dingue, parce que d'habitude, moi, j'ai toujours besoin d'un peu de temps pour
savoir si j'aime bien quelqu'un.
Mais avec lui, c'était une évidence.
Tuquot, il avait cette façon irrésistible de te regarder comme si j'étais la chose
la plus importante au monde, de l'univers même.
Un jour, Mami m'a dit, il n'y a aucun filtre entre son cœur et ses yeux à cette
bête-là.
Et je n'ai jamais rien entendu d'aussi vrai.
Elle est forte, ma Mami, pour voir les choses comme elles sont réellement.
Bon, du côté de mon père, c'était pas la même histoire.
J'ai bien senti qu'il n'était pas super chaud à l'idée de laisser cette boule
de poil débouler dans sa vie et bousquiller ses habitudes.
Alors je lui ai dit, les habitudes, c'est comme les affaires bien rangées.
Si on ne les secoue pas de temps en temps, ben elle prenne la poussière.
Ça, elle l'a fait rire.
Et j'étais super fier d'avoir su trouver les mots pour le faire changer d'avis.
Parce qu'après, il rigolait plus trop, papa, quand il a fallu nettoyer les premiers
accidents de Pip-Pi.
Bon, de toute façon, Tuquot, c'est moi qui m'en occupe.
Je le brosse, je lui donne sa pâtée et aussi des petits trucs en dessous de la table
durant l'air pas, même si j'ai pas le droit.
C'est aussi moi qui joue tout le temps avec lui et qui le promène dehors, là où le
monde nous appartient.
Avoir un copain comme lui, ça te fait réaliser que le bonheur en vrai, c'est pas compliqué.
Un jour, Mami m'a dit, un chien, c'est le seul être sur cette terre qui t'aimera plus
qu'il ne s'aime lui-même.
Du coup, Pip, il comme ça.
Il ne se lasse jamais de moi.
Lui et moi, on s'aime plus que tout au monde.
Bon, je dois te laisser, maman m'appelle pour mettre la table.
Hello Jean.
L'autre jour, je parlais de toi, mon papa.
Il m'a dit que si je voulais raconter notre histoire à Tuquot et à moi, ce serait mieux
si il m'était des dialogues.
Alors, c'est ce que je vais faire.
La dernière fois, je te disais que Tuquot, il se laisse jamais de moi.
C'est vrai.
Et j'aimerais être comme ça à moi aussi.
Mais la vérité, c'est que, même si je l'aime plus que tout, parfois je préfère
rester seul tranquille dans mon coin.
Par exemple, quand je joue aux jeux vidéo ou quand je lis les chevaliers de glace.
Un soir, justement, il y a à peu près un mois, papa m'a confié les planches du
prochain tome.
Je ne sais pas si tu te rends compte, mais c'est énorme parce que personne d'autre
ne peut les lire avant qu'elle ne parte chez l'imprimeur.
C'est notre rituel entre mon papa et moi.
Il dit que je suis son lecteur préféré et que mon avis compte plus que tout au monde.
Ce soir-là, donc, j'étais en pleine lecture lorsque mon père a passé sa tête dans l'entrebaillement
de la porte de ma chambre.
Alors ? T'en penses quoi ?
Je n'ai pas encore fini, papa.
Et je n'aurai jamais le temps avant qu'on passe à table si t'arrêtes pas de m'interrompre.
Ok, ok, ok.
Je te laisse tranquille.
Je vais sortir tuquot à ta place comme ça, tu peux prendre tout ton temps.
Merci, papa.
D'rien, mon cas.
Et papa ?
Ouais.
Pour l'instant, ça déchire.
Mon père a refermé la porte de la chambre, un sourire sur les lèvres, puis je les ai entendu
sortir dans la nuit, tuquot et lui.
Je ne sais pas exactement combien de temps s'est écoulé, mais j'étais sur le point
de finir les dernières pages lorsque j'ai entendu la porte de la maison s'ouvrir, puis
papa et maman se parlaient tout bas.
J'arrêtaient ma lecture et je suis allé les voir.
Et là, j'ai senti tout de suite que quelque chose n'allait pas.
Ma mère avait les larmes aux yeux et je voyais bien que mon père faisait de son lieu pour
ne pas pleurer lui aussi.
Ça m'a fait bizarre de les voir comme ça, je crois que je ne les avais jamais vus pleurer
avant.
Mais qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous pleurez ?
Ma mère m'a prise dans ses bras.
Je voyais bien qu'il savait pas trop comment me dire les choses tous les deux.
C'est… du coup.
Mon cœur.
C'est comme s'il avait manqué un battement.
Et qu'ensuite, il ne savait plus battre le bon rythme.
Mon père s'est accroupi et m'a dit quelque chose, mais je me souviens plus vraiment
quoi.
Il l'a mentionné à un accident, le vétérinaire, j'écoutais plus.
C'était comme si je m'enfonçais dans mon propre corps, comme la cuillère que je
laisse trop longtemps dans le pot de confiture le matin et qui énerve maman parce que c'est
jamais drôle à laver une cuillère pleine de confiture.
Papa a apprisé sa main sur mon épaule.
Le vétérinaire a fait tout ce qu'il pouvait.
Mais les blessures, elles étaient trop importantes.
Il a lutté, tu sais, de toutes ses forces.
Mais c'était trop grave.
Voilà, Gene.
Voilà ce que papa appellerait à un retournement de situation, j'imagine.
Parce que ce que je voulais être raconté depuis le début en vrai, c'est comment
j'ai perdu la plus belle chose qui ne me soit jamais arrivé dans la vie.
Et je crois que c'est exactement ce que ma mamie avait en tête quand elle t'a acheté.
Elle a bien vu que je ne suis plus tout à fait le même depuis que c'est arrivé.
Et elle a dû se dire que ça me ferait du bien de me confier.
Elle est forte, ma mamie, pour voir ces choses-là.
Je te dirais bien que je dois te laisser parce que maman veut que je mette la table, mais c'est faux.
C'est juste que là, tout de suite, j'ai besoin d'un câlin, je crois.
Hé, Lojin, je dois te raconter la fin de mon histoire.
Je me souviens, maître senti super mal à l'aise face à mes parents qui pleuraient et cherchaient à me consoler.
Moi, je voulais pas être consolé, je voulais crier et taper sur quelque chose.
Alors j'ai dit, je peux retrouver dans ma chambre ?
Il me reste quelques pages des cheveliers de glace à lire avant le repas.
Mon père m'a regardé, surpris, avant de me faire un signe de la tête.
J'ai bien vu qu'il ne comprenait pas ma réaction.
Je crois que je l'ai pas comprise moi-même.
C'est juste que sur le moment, j'avais besoin d'être seul.
Plus tard à table, je n'ai rien dit.
Je voulais pas lever les yeux de peur de croiser le regard de mes parents.
Je sais pas pourquoi, mais les voir tristes, ça me donnait envie de leur hurler dessus.
Je me souviens avoir machinalement tendu un morceau de pain sous la table,
comme je le faisais tout le temps, avant de réaliser que tu connaîtais plus là.
Mon père a fait un drôle de bruit.
Je crois qu'il pleurait.
Avec du recul, je me dis que sur le moment, j'étais surtout en colère.
Contre moi-même.
Je m'en voulais, je m'en voulais de ne pas avoir sorti Tucco comme tous les soirs.
Je m'en voulais de ne pas lui avoir dit au revoir.
Je m'en voulais de ne pas réussir à pleurer comme mes parents.
Après mettre brossé des dents,
je tombais sur mon père en train de ramasser les jouets de Tucco dans le salon.
J'ai bloqué.
Qu'est-ce que tu fais ?
Je range ses jouets, mon cœur.
Et d'un coup comme ça, c'est sorti.
Je te déteste !
Mon père m'a regardé sans rien répondre.
J'aurais voulu ajouter qu'il ne l'avait jamais aimé, ce chien, d'autant de façon.
Qu'il ne l'avait jamais voulu, qu'il n'avait pas su le protéger.
Et dehors, que j'avais détesté sa nouvelle aventure des chevaliers de glace.
Au lieu de tout ça, j'ai grimper les escaliers 4 à 4.
J'ai claqué la porte de ma chambre le plus fort possible.
Je me suis engouffré sous ma couette.
Avec du recul, je me rends bien compte que je pensais rien de tout ça.
Ce que je voulais, c'était blessé papa.
Pourquoi j'en sais rien, Jean ?
Rien du tout.
Je suis resté dans mon lit et sans bouger, sans penser à rien.
Puis on a toqué la porte.
Je peux entrer ?
Comme tu veux.
Il est venu s'asseoir sur le bord du lit, mais je ne voulais pas le regarder.
C'est ok, un détend colère, tu sais.
Je suis pas en colère ?
D'accord.
Mon père n'a rien dit de plus.
Il est resté là, à côté.
Je me suis retourné pour lui faire face, et il m'a regardé sans rien dire.
Je réduis le sortir.
Je réduis être moi, comme tous les soirs.
Ça n'aurait rien changé, mon cœur.
Ce n'est la faute de personne.
Je ne lui ai même pas été là quand il est mort.
Je lui ai pas montré que je l'aimais.
Tu lui as montré toute sa vie ?
C'est pas juste.
C'est comme ça, mon chat.
La vie, il faut la croquer à pleine dent, tous les jours.
Et accepter qu'un jour, elle prendra fin, pour tout le monde.
Et quoi alors ?
On aime quelqu'un, il disparaît, et ensuite on reste triste et tout seul, c'est ça ?
Mais ensuite, il te reste les souvenirs, et tout ce que tu coules a laissé en toi.
À l'intérieur, c'est comme si quelque chose venait de céder.
Et quand j'ai voulu parler, ma voix a été toute étrange, tremblante et quintive.
Papa ?
J'ai peur que si je pleure, alors ce sera vrai.
Il sera vraiment parti, et moi, je veux pas.
Je comprends.
À ce moment, j'ai senti quelque chose se libérer en moi, et les larmes sont enfin venues.
Je me souviens avoir agrippé mon père, comme la fois où je suis tombé du bateau gonflable en mer dans le sud-est.
Je devais avoir six ans, et j'ai cru que j'allais me noyer.
Cette fois, c'était pareil.
J'ai tellement pleuré que je crois bien que mes larmes ont commencé à inonder la chambre.
Mon père s'est contenté de me prendre dans ses bras, et de me caresser les cheveux.
C'était tout ce qui importait à ce moment-là.
Au bout d'un moment, il a sorti quelque chose d'un sac, et il m'l'attendu.
C'était une plaque en plâtre avec une empreinte au centre.
Comme celle que j'avais faite pour eux en maternelle avec ma main au milieu, sauf que cette fois, c'était une empreinte de tucco.
À côté, il y avait aussi une boîte ronde en carton.
Le vétérinaire l'a fait pour nous.
C'est tucco dans la boîte ronde ?
C'est sang, non, oui.
Je pensais qu'on pourrait l'enterrer au pied du pommier si tu es d'accord.
D'accord ? Papa ?
Oui.
Est-ce que je vais finir par l'oublier, tucco ?
Mon père a pris le temps de me regarder droit dans les yeux avant de me répondre.
Jamais.
Ma mie est venue pour l'enterrement.
On était tous les quatre réunis autour du pommier.
Papa avait prévu des petits galets plats sur lesquels chacun a pu écrire un dernier mot pour tucco.
Sur le mien, j'ai juste dessiné un cœur parce que je ne trouvais pas les mots pour dire tout ce que j'avais en moins.
Et on lui a dit au revoir.
Voilà, Jean.
Tucco est parti il y a un mois et je t'ai raconté notre histoire.
J'ai essayé d'y mettre du suspense et un retour de main de situation.
Bon, pour la fin heureuse, je suis pas sûr.
Mais dans la vraie vie, je crois que c'est ok de ne pas aller bien parfois.
Une chose est sûre, même si tucco est parti il y a un mois, il reste la plus belle chose qui me soit jamais arrivé.
Et je n'oublierai jamais.
Voilà, l'histoire est terminée.
Dites-moi ce que vous en avez pensé.
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Je vous embrasse et je vous dis à bientôt.