Lorsque la Résistance réussit le casse du siècle

Durée: 16m51s

Date de sortie: 16/02/2022

durée : 00:16:51 - Les Odyssées - Le 26 Juillet 1944, la Résistance dévalise un wagon plein de billets dans la petite gare de Neuvic. Un coup de maître réalisé sans violence, malgré la tension palpable et l'orage qui gronde.

Les Odyssey de France Inter avec Pronote, toute la vie scolaire en une seule appli.
Pour les profs, les élèves et aussi leurs familles.
En 1940, la France perd la guerre contre l'Allemagne nazie.
Quatre ans plus tard, l'ennemi est toujours là.
Il occupe le pays et impose ses lois infâmes.
Pétard ! Tu parles d'un cauchemar !
Tous les Français, heureusement, n'ont pas rendu les armes.
Certains continuent de lutter, secratou.
Ils forment une armée de Londres.
On les appelle les résistants.
Les temps sont durs, mais bientôt, la guerre sera terminée.
La résistance le sait.
Depuis des mois, elles se préparent au combat final.
Nous sommes en 1944, dans le Pérégor,
une région du sud-ouest de la France.
Ici, les chaînes poussent à côté des Châtaigners.
Ici, dans les campagnes et dans les villes, sa frétille.
De plus en plus de Français rejoignent l'armée de Londres.
Ils cliquent leurs familles, leurs maisons et leurs petits lits,
qui sont bien douillés pour aller combattre dans la nuit,
le ventre vide.
Qu'importe, ils veulent participer à la libération du pays.
Excellente nouvelle, n'est-ce pas ?
Oui, mais ces nouvelles recrues, il faut leur donner des arbres.
Par enfin, eh, on ne fait pas la guerre avec des baguettes de pain !
A mi en connu le noir des corbeaux sur nos peines.
La résistance a besoin d'argent, de floues, de mailles, de pépètes.
Hélas, les billets de banque ne tombent pas du ciel.
Non, c'est vrai.
Mais ils peuvent arriver, disons, par le train.
Et on peut, par exemple, les dérober.
Tu vois où je vais en venir ?
Le 26 juillet 1944, à 18h,
le train 1709 quitte la ville de Périgueux direction Bordeaux.
Ils transportent 150 sacs de billets de la Banque de France.
Tout frais tout chaud.
Plus de 2 milliards d'anciens francs,
soit l'équivalent de 450 millions d'euros.
Ho ho ho, un sacré pactole, n'est-ce pas ?
Ce train sera vide lorsqu'il atteindra sa destination.
Aux environs de 19h dans la petite gare de Neuvique-sur-Lille,
tout le pactole sera dérobé, ni vu ni connu, par la résistance.
Une somme astronomique qui s'évapore dans la nature,
c'est bien plus qu'un voile armé.
C'est le casse du siècle.
Comment l'armée de l'ombre a réussi l'un des plus gros braquages de tous les temps ?
La réponse, dans cet odyssé.
Avant d'aller plus loin, une question s'impose.
Comment la résistance a-t-elle entendu parler de ce train bourré d'oseil ?
Eh bien, comme souvent, l'info a futé.
C'est d'ailleurs par là que nous allons commencer.
Dans le bureau du préfet Eugène Calard, les rideaux sont vertes.
Eugène Calard a 34 ans.
Il est jeune, ambitieux.
Il porte le costume cravate et des souliers vernis.
Lorsque la guerre a éclaté, Eugène a décidé de se faire un petit sandwich.
Mais non, pas du tout !
Il a décidé d'aider les Allemands.
Oui, depuis qu'ils ont veilli le pays, il obéit à leurs ordres.
Il applique leurs lois.
Il va même jusqu'à traquer et emprisonner les résistants.
En un mot, il collabore.
Pas joli, joli tout ça.
C'est la nuit du 24 juillet.
Eugène tire une bouffée sur sa cigarette.
Il réfléchit dans la pêne au goût.
Son visage, éclairé par un rayon de lune,
est pas à l'enfrémir.
Eugène est inquiet.
Le vent est en train de tourner.
Les Allemands vont perdre la guerre.
Tu n'es peut-être pas choisi le bon camp.
Enfin, ne compte.
Le préfet a des regrets.
Il aimerait faire marche arrière, se racheter une conscience, mais c'est trop tard.
À moins que...
Et si il arrivait, par exemple, à aider la résistance ?
Oui, ça pourrait marcher, mais...
Vu ses actions passées, il a intérêt à frapper les gens.
Il a frappé un grand coup.
La seule solution ?
Leur donner une info du tonnerre, un tuyau spectaculaire.
Mais...
Le quai ?
Ah, mais oui !
Eugène enfile son impermia.
Il saute dans sa voiture, il roule.
Tout à coup, il a une révélation.
Ah, bon sang, mais c'est bien sûr le train de la Banque de France, celui du 26 juillet.
Il transportera une véritable fortune.
Voilà qui pourrait intéresser la résistance et ça redormerait mon image.
Ah oui, c'est vrai que c'est un tuyau d'enfer !
Maintenant, voyons, voyons, euuuf...
Comment transmettre cette information à l'armée secrète ?
A la préfecture, Eugène Calard travaille avec une jeune femme qui s'appelle Monique Negrier.
Monique connaît bien les combattants de l'ombre de sa région.
Elle accepte de jouer les intermédiaires.
Pire joué !
Le 25 juillet, à la nuit tombée, Monique enfoureche son vélo.
Elle pédale à toute vitesse.
Il n'y a pas une seule seconde à perdre, elle le sait.
Enfin, elle arrive devant le domicile d'André Gauchet,
l'un des chefs de l'armée secrète du périgord.
D'entrée, elle lui raconte toute l'affaire.
André Gauchet court immédiatement en informant ses camarades.
Ce soir-là, par chance, tous sont réunis dans une vieille ferme abandonnée.
Dans le clan des résistants, la nouvelle est atteignée avec joie ou beaucoup d'excitation.
Vous avez entendu les gars ? Un mago comme celui-là, il ne faut pas qu'il nous échappe !
Non, en effet !
Glissalaura ou Luc Christophe, un autre officier de l'armée secrète.
Mais aucun problème ! Nous serons prêts.
Prêts ?
Heu, c'est un peu ambitiel, non ? Le train arrive dans 24 heures.
Une opération comme celle-ci demande une sacrée organisation et surtout beaucoup d'hommes.
Il en faut des bras pour décharger 150 sacs de billets,
sans compter que le train sera sûrement protégé par une tripotée de soldats armés.
Ouh, ha ha ! Oui, ça fait beaucoup de choses à prévoir.
Mais allez, ça se tente ! La préparation commence !
La première question et la plus importante, c'est... Où arrêter le train ?
Le choix du lieu est en effet de capitale.
Raoul Christophe sort une carte sur laquelle il fait glisser son doigt.
Ses yeux brillent, il s'arrête.
Ça y est, il a trouvé.
C'est là, dans le petit village de Neuvik sur l'île que nous arrêterons le train.
C'est parfait, la guerre est entourée de route, nous aurons l'embarrage du choix pour nous saurer.
Une fois dérobé, le trésor sera transporté par deux camions.
150 résistants participent pour l'opération.
150 ? Ha ! Ça fait beaucoup !
Un combattant demande alors ?
Est-ce qu'on prévient nos hommes qu'ils vont transporter un véritable trésor ?
Ha ! Certains pourraient être tentés de se servir.
C'est compréhensible, tout le monde a faim dans nos rangs.
Raoul Christophe réfléchit quelques secondes, puis il ajoute...
Motus s'époche cousue. On leur dit rien.
Rien ? Rien du tout ? Vous êtes sérieux ?
Dîtes-donc les gars, bonjour la confiance !
Bon, bon, c'est vous les chefs après tout.
Le jour J est arrivé.
Nous sommes le 26 juillet 1944. Il est 18h.
À Périgueu, les employés de la Banque de France charge le fameux train 1709.
Les 150 sacs sont à bord.
Le contrôleur siffle. Le train démarre dans un immense nuage de vapeur.
À Neuvik sur l'île, il y a du remu ménage.
À 18h30, pétante. 150 résistants installent des barrages
pour bloquer les routes tout autour de la gare.
Des hommes armés de mitraillettes, de grenin, de bazookas se cachent un peu partout.
Ils protégeront les camions qui emporteront le maghau.
Ça y est, tout est prêt.
Il n'y a plus qu'à attendre le train.
Il fait une chaleur à crever. Le ciel est gris, cotonneux.
Il y a de l'orage dans l'air. Au loin, le tonnerre gronde.
Les hommes transpirent à grosse goutte. Leur cœur batte la chamade.
Raoul Christophe a les yeux arrivés sur l'horloge de la gare.
Bon sang ! Mais où est-il ce train ?
Soudain, un bruit sourd se fait entendre.
Puis, un nuage de fumée apparaît à l'horizon, il se rapproche.
Youpi ! C'est la locomotive !
Tous les hommes sont à leur poste. Le train vient de s'arrêter.
Yahu ! L'opération commence !
Donne-e-s-rapide. Raoul Christophe inspecte le train.
Bonne surprise ! Il n'est protégé par aucun homme armé.
En revanche, il est assez long et traîne beaucoup de wagons.
Comment savoir dans lequel se trouve le trésor ?
Vite ! Les résistants courent. Ils ouvrent les portes.
Mais pétard, le temps presse !
Les soldats allemands peuvent débarquer d'un instant à l'autre.
Et alors, bonjour, la cata !
Heureusement, le conducteur les a reconnus.
Il décide de leur donner un petit coup de pouce.
Il leur indique l'œil, plein de malices.
Il leur indique l'œil, plein de malices.
Il fourgont le tête !
Ok, c'est donc là que se trouve le pacteur.
On ouvre. A l'intérieur, quatre inspecteurs de la Banque de France se lèrent.
Comment vont-ils réagir ?
Hein ?
Ouf ! Ils sont rires.
Eux aussi, au compris, qui sont les hommes en face d'eux.
Ils décident de les se faire, après tout.
Mais oui, c'est pour la bonne cause !
Les soldats de l'ombre déchargent les sacs.
Au bout de 30 minutes, tout est embarqué dans les deux camions.
L'opération s'est déroulée, comme sur des roulettes.
Aucun coup de fusil n'a été tiré.
Enfin, oui, eux, juste un ou deux, en l'air, à la fin.
Histoire que les employés de la Banque de France puissent raconter qu'ils ont été forcés.


Bravo !
Ça, c'est du braquage élégant et de grande qualité !
19h40, le train va prendre sa course.
Il faut maintenant mettre les sacs en lieu-suivre.
Et ma foi, c'est une autre paire de manches !
Les camions démarrent.
Des trompes d'eau se mettent à tomber du ciel.
Le tonnerre rompt.
Oh non, il le manquait plus que ça !
150 sacs de billet de banque, cet extrêmement lourd.
Les routes sont boueuses.
Si les camions sont bourbes, ils sont cuites.
Prayons pour que ça passe.
Les camions roulent.
Le ciel est noir.
La pluie continue de tomber.
Il est 21h30.
Soudain.
Mon Dieu, mais qu'est-ce que c'est que ce bruit ?
Oh non, l'un des deux camions vient de tomber en panne !
Vite ! On transporte tous les sacs dans le deuxième camion.
Mouré à cricler, le moteur fait des petits coffres-coffes.
Impossible de mettre les gaz.
Pourtant, le temps presse.
Qui sait s'ils ne sont pas poursuivis ?
15 minutes plus tard, dans les bois,
les roues s'enfoncent dans la terre trempée.
Plus possible d'avancer.
Bon, bon. Pas le choix.
Il faut terminer à pied.
Allez, tous prennent un sac sur leurs dos.
C'est un chilou !
Le sol glisse, certains tombent.
Ils se relaient.
Enfin, ils arrivent au campement de l'armée secrète,
du Périgand.
Raule Christophe compte tous les sacs.
150.
Aucun n'a été perdu, ni dérobé.
Soulagé, il s'adresse alors à tous les hommes
qui ont participé à cette fois l'opération.
Messieurs, vous avez certainement deviné
que vous venez de transporter des billets de banque.
Ensemble, nous venons de dérober un véritable trésor.
Soyez fiers de vous !
Cet argent servira à la fin de la journée.

Il nous aidera à combattre notre ennemi.
Il nous aidera à cadier la guerre.
Les hommes se regardent.
Et merveillés.
Ils n'en croient pas leurs oreilles.
Après ça, l'argent a été dispersé dans plusieurs cachettes.
Il a aidé divers groupes de résistants
et aussi des journaux et des partis politiques après la guerre.
Quelques sacs paraît-il ?
Ce serait perdu en cours de route.
Oh, c'est bien dommage !
Mais ce n'est pas la faute des 150 hommes de la résistance du Périgorps
qui, en quelques heures, pour aider leur pays,
ont réussi le casse du siècle.
A la fabrication des Odyssey, il y a
Helen Biziot, Fanny Le Roi, Basil Bocair, Benjamin Aurjauré
et moi, Laura Grand-Besançon.
Les Odyssey est un podcast original
et un podcast de la fin de la journée.



La tâche du train de Neuvick n'est pas le seul casse de la résistance
pendant la guerre.
D'autres actions ont été menées pour récupérer quelques piécettes.
Des hold-ups contre des bureaux de poste,
contre la Banque de France ou encore d'autres trains.
N'hésite pas à mener l'enquête dans ta région.
Il y a sûrement plein d'affaires intéressantes.

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