Les baladeurs, une série audio, les hausseurs.
Des balades, des aventures, des mésaventures, en pleine nature.
Prêts pour le départ ? Prêts ? C'est parti !
Un deux, un deux.
Ok.
Pour tout vous dire, écrire cet intro n'a pas été facile.
J'imagine que c'est un peu comme la dernière page du bouquin d'un écrivain.
Il faut des mots justes, qui condensent, qui conclut et ouvrent.
Il faut des mots qui s'envolent.
Bon, mais je tourne autour du pot.
Pour le menu de leur avenir, j'ai demandé au Trest témoin de cette saison
de raconter une nouvelle anecdote de route.
Ces moments cocasses qui font sourire et les déceptions aussi.
Beaucoup ont raconté les visages, des rencontres,
et étonnamment, on retrouve une substance universelle
qui, de caboules au lac Baïkal, crée les circonstances d'une histoire
et raconte les quotidiens ordinaires là-bas qui nous étonnent.
Il y aura aussi des extraits du livre de Jean-Marie Gustave Le Glézio,
l'inconnu sur Terre, qui ponctueront ces courts récits disparats.
À travers leurs voix et leurs histoires,
vous retrouverez un peu des ingrédients que vous avez entendus tout au long de ces trois saisons
et qui pourraient raconter un peu de ce que c'est que l'aventure.
Joie, peur, apprentissage, engagement, regard, nature.
Car après cette heure d'écoute, je vous dirai au revoir.
À bientôt, sans doute, pour d'autres aventures sonores.
Mais je crois que vous comprendrez que les voyageurs s'en aillent,
exploreraient la ligne bleue d'autres horizons.
Pour autant, l'aventure Les Balladeurs continuera avec une nouvelle équipe.
Une myriade d'aventuriers se prépare déjà pour la saison 4
à vous compter des histoires du bout du monde.
Alors, prêts pour le départ ?
Toujours au fil des musiques envoutantes d'Alissane Brassac
et aux manettes du mixage de L'Ori galigani.
Nous vous en menons pour une dernière danse.
On prépare vite le matos, il y a le Nico qui nous récupère.
On va se faire trôyer dans la voie et puis on va voir ce qu'on fait sur place.
Chapitre 1, grimper ta montagne.
Sonia Popov, les anges gardiens du Mont Blanc.
On se pose au rivier, puis de la face et on va se faire trôyer.
Quand des fois comme ça, il me pose sur le glacier pour alléger la machine,
pour pouvoir faire des trôillages en toute sécurité,
pour que la machine soit plus légère et que la météo est tout à fait moyenne,
je me retrouve vraiment toute seule sur le glacier,
un endroit qu'on a bien choisi avec mon sac.
Et je vois les nuages arriver, les nuages montées vers moi.
Je peux me retrouver dans le brouillard et sur un glacier je ne peux pas marcher toute seule.
Parce que si je marche toute seule, je peux tomber dans une crevasse.
Donc je suis condamnée à rester à l'endroit où on m'a laissé
sans pouvoir bouger dans le mauvais temps s'ils n'arrivent pas.
Et il y a des fois, je m'amuse comme ça, je fais des selfies.
Et je filme la montagne qui est très belle autour avec les nuages qui arrivent.
C'est vraiment limite des fois, c'est just, et ils voient que ça monte.
Ils disent, il faut vite qu'on aille la récupérer,
parce qu'effectivement des fois je me retrouve toute seule, toute seule dans la montagne.
Après, j'ai vécu des aventures en Himalayas,
où c'était des questions et des énigmes que j'avais au fond de moi
et des choses un petit peu impossibles.
Pour une exploration de mes limites, un petit peu des possibilités humaines
et moi, comment je réagirais dans ce type de possibilités.
Par rapport à l'historique et par rapport à un petit peu tous mes rêves d'enfants
que j'avais par rapport à ces montagnes, ces montagnes un peu impossibles et inaccessibles,
mais qui m'emmenaient dans un imaginaire débordant quand j'étais petite.
Donc à partir des moments où adultes, j'y suis allé,
de partir sur ces très hauts sommets, pour moi ça a été une aventure.
Ça c'était un secours dans les Pyrennes, c'était au tout début.
Et donc j'avais été vitreurier, j'avais pris en charge un monsieur
qui faisait un infarctus en montagne, c'était du côté de la Dandorlu,
donc dans le secteur de Harie-Jouin.
Ils n'avaient plus pu me sortir en fait du pierrier.
Puis on devait treuiller le patient juste derrière moi avec le scouriste.
Et en fait la météo s'est fermée et ils n'avaient pas pu sortir ma victime.
Et en fait, la machine m'avait déposée dans une prairie
pour que je puisse continuer de le médicaliser quand il m'aurait rejoint.
La nuit tombait et il y avait des vaches partout.
Mais j'étais restée pendant au moins deux heures avec ces vaches
qui je ne voyais que leurs yeux dans le noir et j'avais peur des vaches en fait.
En fait, elles avaient peur de moi donc j'avais peur qu'elles réagissent mal.
Parce que j'avais déjà fait en se murs quelques-uns cornemons de vaches un peu sauvages
donc j'avais pas du tout envie de vivre la même chose.
Puis pareil, il fallait que je reste par là parce que sinon ils n'auraient pas pu me retrouver.
J'avais pas de téléphone de radio à ce moment-là.
Et donc j'étais au milieu de ce champ de vaches
et j'ai fini à pied avec le passion, les vaches...
Montagne durable, forte, au roc enraciné dans les profondeurs
visible au-dessus de l'horizon, de plus en plus grande et trouble
à mesure qu'on s'éloigne d'elle.
Disparèent les herbes sèches, les arbres, les cubes des maisons, les routes,
les carrières de ciment et ne reste plus que le dessin léger
comme un nuage qui se gonfle dans le ciel.
La protubérance gris et mauve qui amplie l'espace.
Elle est là, continuellement, chaque jour, au même endroit, chaque matin.
Elle lève ses masses rocheuses vers le ciel, ainsi, sans effort, sans raison
parce qu'elle est-elle, absolument-elle, libre et forte, solide dans la sphère de l'air et de l'eau.
Le vent passe sur elle, eus épique, marche le long de ses vallées,
le vent froid qui va du nord au sud.
Rien n'est plus durable plus vrai que cette montagne seule.
Aucun temple, aucun monument, aucune demeure humaine.
Ils voudraient bien être comme elles, servir d'escabeaux vers le ciel,
lever leurs plateaux, charger d'offrandes vers les dieux cachés.
Mais la montagne est une déesse et les regards des hommes sont sans cesse dirigés vers elles.
Ou c'était soit par des nouveaux itinéraires, soit par des courses d'arrête,
soit par des choses qui avaient éveillé ma curiosité.
Donc pour moi, ça a été l'aventure parce que souvent je partais sur une voie
qui n'était pas connue ou qui n'était pas sur un topo.
Et à partir du moment où c'est une voie qui n'est pas répertoriée, on part,
on voit une ligne et on se dit, là, ça va être possible.
Mais on va tester parce qu'on ne sait jamais finalement si ça passe tant qu'on n'y a pas été.
Donc pour moi, c'est ça qui a été l'aventure et c'est ça que j'ai aimé.
Mais après, dans les Alpes, finalement, c'est pareil parce que avec des collègues,
on est partis sur des ouvertures dans le Val-Gaudemard ou dans les écrins.
Et à partir du moment où on part sur un itinéraire qui n'est pas sur un topo
ou pas recensé, pour moi, c'est une aventure parce qu'on ne sait pas
ce qu'on va retrouver dans la longueur et un petit peu au-dessus.
Donc c'est ça qui fascine.
...
Chapitre 2, La route
Wow, cool le lac, là.
Là, c'est des endroits qu'on a découvert, ça.
Ça fait partie des endroits qu'on a découvert sur la marche.
J'avais mon bâton, mon propre bâton de marche.
J'avance un petit à petit.
Et là, c'est les quatre premiers voyageurs avec qui on est partis.
Marie-Cathédrale.
J'ai appelé comme ça et je ne réglais pas me souvenir de son prénom,
alors j'ai appelé Marie-Cathédrale.
Le prévo, c'était deux autres Français qui portaient aussi à l'aventure.
Une journée de marche en groupe.
Ça, c'était dans un petit...
On était sur une route et en fait dans les gouttes,
il y avait une écrouvisse.
Près, serpent, vidélesar,
un chien avec deux yeux au burn.
Ça, c'est ce que je faisais pendant l'été, ils ont des fêtes.
Et dans les villages, ils font des dessins avec du sable.
Souvent, c'est pour Dieu, machin.
Et en fin de compte, ils avaient différentes couleurs de sables
dans des sachets et après ils faisaient leurs dessins grâce à ça.
C'était chouette.
La cathédrale de Salamanca, qui était jolie.
Là, j'étais chez l'habitant, c'est là que j'avais rencontré
une espagnole avec qui je discutais beaucoup et tout.
Je n'en étais presque pas moi.
Et en fin de compte, il a fait leur partie à la taux.
...
Gilemne Néral, disparu en forêt amazonienne.
Nous sommes allés jusqu'à Hélée et d'Ancutta,
qui sont des villes en moyenne montagne, et direons-nous.
Nous souhaitions avec Louis qu'être face à la chénymalaïenne.
Nous décidons de redescendre et de longer la chénymalaïenne
pour rejoindre Chétoine Park, qui est complètement à l'ouest du Népal,
face à l'Anapornin.
C'est une zone subtropicale avec de la forêt.
Nous prenons un bus et là, nous décidons de monter sur le toit du bus.
Et là, nous étions quasiment seuls, avec deux, trois personnes,
avec nous sur les bagages.
On s'installe sur le toit du bus, nous fixons nos bagages et nous partons.
La descente est assez perieuse,
des paysages extraordinaires, une bonne ambiance,
et des morceaux de canne à sucre à mâcher avec des enfants
qui étaient montés entre temps sur le bus.
Nous roulons, nous roulons.
Après une heure ou deux et plusieurs arrêts,
le bus était plein.
Le bus était un peu affaissez avec le nombre de personnes
qui étaient à l'intérieur du bus.
Une fois que le bus est plein, les gens commencent à monter
ou à s'accrocher sur la carrosserie.
Et donc là, effectivement, le bus est anglais de plus en plus.
Et cette grappe humaine, comme en Inde,
commençaient à grossir jusqu'à ce qu'un arrêt, nous arrivions.
Nous sommes sur le bus avec d'autres, des enfants.
Et sur le toit du bus, nous devons ycer une chèvre,
dont les quatre pattes sont attachées.
Elle est vivante, bien sûr, n'arrête pas de béler.
Elle est complètement affolée, complètement stressée.
Et nous la yçons sur le toit du bus, et nous la calons entre les sacs à dos.
Et nous nous retrouvons assis sur le toit du bus,
les oeufs contre les autres avec cette chèvre minue.
Nous reprenons la route.
Le bus tangué dans tous les sens, nous étions en surcharge absolue.
Et malgré d'être sur le toit du bus, la chèvre n'a pas arrêté,
était complètement affolée pour le coup, bien sûr, la uriner.
On ne se passe pas sur les sacs, on a bien sûr déféqué également,
entre le stress et puis donc il fallait bien que le fassez les besoins.
Et nous avons essayé de la rassurer, mais c'était juste pas possible.
Et eux étaient réellement surpris de nous voir caresser la chèvre, de lui parler.
Je voulais me finir que le voyage allait bien se passer,
ça allait vous érir, énormément rire.
Et cette grave qui dévalait les pentes népalaises pour rejoindre la partie donc subtropicale à l'ouest,
qui sont vraiment les prémices de la chaîne Himalayenne,
on a une forêt extraordinaire, c'est la Chitwane Park,
park national qui était vraiment à voir face au champ de moutarde.
Il a fallu quand même uriner dans des bouteilles, bien sûr, pendant le voyage,
parce que là pour le coup le voyage a été très long, laborieux,
jusqu'à ce qu'on arrive enfin à destination.
Et le déchargement de la chèvre, on était soulagés pour elle,
ça a été une libération pour ce pauvre animal de pouvoir se retrouver sur ces quatre pattes.
La beauté des routes est grande.
La route de Gaudron Noir va droit à travers les terres, elle vous appelle,
elle vous lance en avant.
Il n'y a personne sur elle, pas un homme, pas une voiture.
Elle va jusqu'à l'horizon, loin, au bout des champs secs et des collines.
Elle est très contente, elle est très contente,
la lumière du soleil éclaire fort et elle brille, très noire,
et lisse au milieu du paysage de pierres et de terres ocres.
Rien qu'en la regardant, on est loin déjà,
on est partis à l'autre bout de la terre, vers les grandes villes,
qui tremblent à l'horizon comme des mirages.
Au centre de la route, il y a des traits de peinture blanche qui la divise.
De chaque côté, il y a les fossés, où s'écoule l'eau de pluie.
La route est la plus calme et la plus sûre.
Elle est aussi la plus rapide.
D'un seul trait, elle unit les montagnes à la mer, les pleines eaux pleines.
Sur la route, roule les camions lourds chargés de ciment et de ferrailles,
les motocyclettes, les autos, aux carrosseries étincelantes.
Mais ce ne sont pas eux qui bougent.
C'est la route qui glisse sous leur roue, à toute vitesse.
Hugo Nazarenko, le mystère de la vallée des Rubis
En 2014, je suis parti au Népal.
J'avais obtenu une bonne place dans un concours de journalisme,
et ça m'avait motivé.
Je m'étais dit, ok, je pars.
Je paramètrais, faire ce premier portage à l'étranger,
ce que j'ai toujours rêvé de faire.
Donc j'arrive à Katmandou.
Je voulais travailler sur les réfugiés de Tibetains au Népal,
qui sont complètement invisibles,
parce que l'influence de la Chine est très forte dans la région.
J'arrive et puis je tombe sur une librairie un peu ésotériique.
Je vais parler aux vendeurs.
Ils m'attrapent le bras et ils me disent, be careful, you can be dangerous.
Ce gars-là m'avait quand même donné le contact d'un jeune tibétain
que j'ai pu rencontrer à Katmandou.
On était penchés comme ça sur une carte.
Ils me montraient un peu où étaient les tibétains au Népal.
Et puis, il me parle d'un gars qui habite à 900 km de là,
et qui habite à plus de 2800 mètres d'altitude,
et qui me dit, bon, ce gars-là, il faut que tu ailles le rencontrer,
tu viens de ma part.
Je commence à me projeter tout de suite.
Ok, ça c'est du reportage quoi.
Je me prépare pour quitter Katmandou au bout de deux jours sur place.
Et donc je vais retirer de l'argent.
J'arrive à la banque, je rentre ma carte,
et là rien ne se passe.
J'essaye plusieurs fois et ça n'a rien de fait.
Donc j'appelle ma banque, et puis au bout d'un moment,
j'arrive à avoir quelqu'un et qui me dit,
ah oui monsieur, vous auriez dû nous prévenir
que vous partiez au Népal, parce que c'est un des seuls pays
qu'on ne desserre pas du tout.
Donc on n'a pas de... les cartes.
Le bancaire de cette banque ne fonctionne pas là-bas.
Donc me voilà, Katmandou,
la tête pleine de l'excitation du reportage qui arrive,
mais les poches complètement vides.
Il me reste 4 euros.
Puis je sais pas ce qui me prend, je me dis ok.
Il me reste 1 ou 2 euros,
je vais aller laver mes vêtements comme ça,
si jamais je suis prêt à partir,
dès que je reçois des sous, je suis prêt à redécoler.
Et je m'enfonce comme ça dans les petites ruelles de Tamelle,
donc c'est le quartier de Katmandou où je me retrouvais.
Pour avoir un peu une idée,
c'est vraiment un pur labyrinthe,
une fourmilière,
des centaines de personnes par toute petite ruelle,
et à force de voir passer du monde, du monde, du monde,
les ruelles se ressemblent toutes,
et c'est très difficile de retrouver son chemin.
Finalement, j'arrive à trouver un endroit
où je peux déposer mes vêtements,
je paye le gars,
et puis rendez-vous demain à ma meur pour récupérer mes vêtements.
Le lendemain matin, je me réveille,
et j'ai un message de ma mère qui me dit
qu'elle a réussi à me faire un western union.
Donc je suis refait, je vais pouvoir continuer mon reportage,
je vais pouvoir partir,
rencontrer ce gars à l'autre bout du pays.
Je commence à me préparer,
et je vais chercher mes vêtements.
Et là, impossible de retrouver la laverie.
Je tourne, j'ai réceille, par là, non, par là, non, non plus.
Tout se ressemble,
et je n'arrive pas du tout à retrouver mes vêtements.
Donc je suis revenu à l'hôtel,
j'avais de l'argent dans les poches cette fois-ci,
mais j'avais plus de vêtements, ou presque.
J'ai pu quand même continuer ce voyage,
mais je pense souvent, à ce jour où je retournerai à Katmandou,
et où je croisais dans les ruelles poussiéreuses de table,
mon t-shirt, sur le dos d'un jeune homme ou d'une jeune fille.
Chapter 3
Face à face sauvage
Lamya Esmel Lali, pirate des merceaux australes
Est-ce qu'il y a une image d'un moment comme ça,
particulièrement forte,
où tu t'es dit, voilà, là on sert à quelque chose ?
Bah, Mayotte, Mayotte, donc c'est une île française,
que beaucoup de gens ne situent pas sur la carte, malheureusement,
où les tortues sont braconnées en fait par centaines,
quand elles viennent sur les plages pour me pondre dans leurs oeufs.
Et à Mayotte, on fait des missions,
là pour l'instant c'est une mission de quatre mois,
où on protège en fait les tortues en étant sur les plages,
et c'est... On a fait fuir plusieurs fois des braconnées,
on a pu protéger des centaines de tortues,
des émergences aussi, quand les petits bébés sortent de leur nid,
ils sont souvent... Parce qu'à Mayotte,
il y a des espèces invasives comme les rats,
ou comme les chiens, qui font des carnages en fait,
sur les petits, donc voilà.
Le braconnage, bon, le braconnage c'est la première cause de mortalité
des tortues Mayotte, il y a un marché noir en fait,
qui est dit à Mayotte, c'est pas un braconnage de subsistance,
ça on répète à chaque fois qu'on en parle,
la viande de tortues, elles se vend jusqu'à 160€ de kilos au marché noir,
c'est une viande de nantis,
et donc en fait elles sont tuées à la machette, avant de pondre en plus,
parce que quand elles pond, apparemment elles s'écrètent
une hormone qui rend la viande pas bonne,
et donc on retrouve les cadards avec les œufs et parpillés dans le sable,
enfin c'est atroce.
Les premières années on a eu des loupés,
parce qu'à 1 quart d'heure près, on arrive trop tard,
et en fait les tortues sur le marché, c'est extrêmement dur à vivre.
Je me souviens que l'équipe était particulièrement fatiguée,
et du coup, le chargé de mission avait décidé
de leur accorder une heure de plus avant la patrouille,
donc il s'était reposé une heure supplémentaire,
et en fait quand ils sont arrivés sur la plage,
il y avait une tortue qui était ouverte,
et vraiment ça s'était joué à 10 minutes.
Et là, on se repose pas,
enfin c'est très physique,
c'est extrêmement physique comme mission,
mais suffit d'être là.
Pourquoi y a-t-il que nous, qu'ils le faisons ?
Tu vois, c'est ça qui est frustrant.
Voilà, on sait que les tortues,
elles meurent quand on y est pas,
et donc c'est frustrant,
parce que c'est une mission qu'il faut qu'on arrive à faire à l'année,
qu'on travaille aussi avec des gens sur place, des locaux,
des maorais et des comoriens,
et donc des comoriens qui n'ont pas leur papier.
Ils sont là depuis 15 ans, 20 ans,
ils ont des familles,
c'est ce qu'ils sont, illégaux sur place,
et pourtant, ils patrouillent avec nous la nuit,
bénévolement, ils ont envie de défendre cette île.
Ces images d'eux qui viennent avec nous en patrouille,
et qui en même temps se planquent dans la voiture,
parce qu'il y a un barrage de gendarmerie,
de policiers qui cherchent en fait les migrants,
et on se dit que c'est des gens qui mériteraient d'avoir leur papier.
On a nos avocats qui travaillent là-dessus,
que certains d'entre eux qui sont mobilisés régulièrement,
depuis trois ans avec nous,
puissent avoir leur papier,
puissent faire des patrouilles sans avoir la peur au ventre,
parce que là, du coup, en fait, ils patrouillent plus depuis qu'on est partis,
parce qu'il y en a qui ont été arrêtés,
et expulsés, du coup les autres ont peur de patrouiller,
et du coup les tortues,
ont pas cette protection qu'elles pourraient avoir avec eux.
Et c'est doublement injuste, en fait.
Ils ont bien con façon de chose.
Ils ont plus de Romeo ?
Ils font des chiques.
Ils rendent plus son type en éphique,
mais maintenant ça l'air.
Et après, ils paraissent pour se faire sortir le jus.
Et après, ils recrachent la blouse.
Du complot de chique Marie.
À sa petite oreille gauche, un peu dans le plage.
Sabrina crief, les chimponsés des Monde la Lune.
Il arrive à vocaliser avec sa chique.
Je ne suis pas fiche.
Ils ont quoi de comer ?
C'est outil.
Les Monde la Lune, c'est le Roi Nzori.
C'est la chaîne de montagne qui sépare
l'Ouganda de la République démocratique du Congo.
Et c'est cette chaîne qu'on voit
quand le jour se lève,
que le temps est bien clair,
et quand on suit les chimponsés.
Donc oui, on est sur les flancs des Monde la Lune.
C'est une façon de s'éplouir.
Ils se prennent la main, ils se mettent face à face,
et sous les bras.
C'est un triculturel
qu'on retrouve seulement dans certaines communautés de Japonais.
Cet lien familial
et le fait qu'on partage une grande partie de notre ADN
et que ce soit l'espèce la plus proche de nous,
c'est quelque chose qui aujourd'hui est établi.
C'est quelque chose qui, pour les populations locales
avec lesquelles je travaille, est tellement évident
qu'ils n'ont pas eu besoin de la génétique pour nous le prouver.
Il y a des clans qui vivent dans cette forêt
qui ont pour totem le chimponsé
et qui les décrivent comme leurs grands-parents.
Et pour moi, au fur et à mesure de ces années,
après 20 années, à leur côté,
c'est clair qu'on est de cette même famille,
mais ce qui est encore plus clair,
c'est que pour moi,
c'est au-delà d'une famille scientifique et génétique.
Quand je viens en grand âge,
j'ai envie de savoir ce qu'Hitaka est devenue,
ce qu'a fait Iliott,
ce qu'Apollo va pouvoir m'apprendre aujourd'hui.
Donc au-delà de cet apport scientifique
que les chimponsés m'ont appris
par le fait de savoir que par exemple,
ils pratiquent l'automédication, qu'ils utilisent des outils,
qu'ils ont des moyens de communication,
une politique très proche de la nôtre,
c'est qu'ils ont aussi des émotions, des liens d'affection,
des choses qu'on dénait avant aux animaux.
Et ils m'ont appris aussi que cette barrière
qu'on érigait avant entre les humains et les autres animaux,
elle n'existe pas.
C'est une sorte de continuum
et il n'y a pas de raison non plus de la déplacer
et de la placer entre les chimponsés et les autres singes
ou entre les primates et les autres animaux.
Mais c'est bien qu'on fait partie d'une grande communauté vivante,
animale et végétale
et qu'on est aussi tous dépendants
de la bonne harmonie au sein de notre planète.
Donc j'espère que ces frontières symboliques
qui existent entre le parc et les cultures
vont aussi bientôt s'escomper.
...
...
Chapitre 4 Visage nuage
...
...
En avril 1979,
j'apprends que la souffrière de Saint Vincent aux Antilles
est entrée bousquement en éruption
exactement le vendredi 13 avril.
Jacques-Marie Bardinzeff,
la colère des volcans du Guatémalla.
Donc le CNRS m'envoie sur place
pour profiter d'expertiser l'éruption
et je dois y retrouver un collègue qui deviendra un ami,
George Boudon.
Nous arrivons d'abord en Martinique
et nous prenons de là un petit avion, un DC3,
qui va d'île en île jusqu'à Saint Vincent et les Grenadines.
Et nous arrivons à Saint Vincent
et nous commençons à appréhender un petit peu ce massif,
donc la souffrière de Saint Vincent, qui est au nord de l'île,
il y a eu 22 000 personnes évacuées,
heureusement aucune victime,
car les responsables n'ont pu évacuer les gens à temps.
Et donc on repère sur les cartes comment il allait,
on va donc essentiellement aller sur la côte ouest,
les embouchures de mer,
ou les nuards dents, on laissait des dépôts
qu'on pourra prélever tout frais, tout neuf, tout récent,
ils ont quelques jours, donc ils n'ont pas encore été
remaniés par le vent ou par la pluie,
donc ce sont des échantillons de première importance.
On voit sur la carte des noms français,
Balaine River, Petit Brodel Bay,
voilà des noms évoquateurs.
On marche entre la mer et les petites falaises
formées des contreforts du volcan,
sur une plage avec des galets noirs volcaniques
et des galets blancs coralliens.
Puis en fait on voit qu'on a du mal à avancer,
ça avance pas vite, on est loin de tout,
la souffrière en plus est couverte,
elle semble menaçante,
on voit une branche d'un arbre qui s'agit
d'un quai au bras de 2 mètres de long
qui nous mena à ce gueule ouvert,
qui veut pas nous laisser passer,
on est obligé de le faire fuir à coup de pierre.
On avance quand même, on arrive à un endroit
qui s'appelle Monde Neuronde,
qu'il faut contourner et sauve pudré de sang,
donc la sang nous tombe dans les coudes,
dans nos vêtements, on craint que d'autres serpents
soient cachés là-dedans,
on voit qu'on avance pas,
on n'arrivera jamais au bout à faire ce qu'on veut faire.
On arrive à un moment dans une crie
et on voit un pêcheur au large
qui m'est défilé avec un tout petit bateau,
alors on lui fait signe
et on l'explique, on voudrait aller à la crie suivante,
à l'arrigalbey,
s'il pouvait nous emmener dans son bateau.
Il est d'accord, donc ça c'est une première chance,
donc il faut monter dans ce tout petit bateau,
un petit petit esquif, un devant, un derrière,
on annonce un cadeau en plus,
une fois qu'on est tous les trois dans le bateau,
on est à la limite du niveau de l'eau.
Le pêcheur est confiant,
il a deux avirons, il connaît son métier,
il avance doucement, donc on contourne,
on avance, on voit la mer fabuleusement limpide,
on peut voir jusqu'à 5 mètres de profondeur,
on voit les coraux, c'est magnifique,
mais comme la coque fuit, le bateau fuit,
on nous a donné à chacun une demi-noix de coco
pour avoir une mesure et coper en levé l'eau.
Il nous débarque à l'arricade-beille,
on va pouvoir remonter cette vallée
pour prélever nos nuards dents,
c'est peut-être vers 10-11h,
il nous demande de revenir vers 16h, nous récupérer,
il nous laisse un petit peu loin de tout,
pour rentrer à pied-là, ça serait quasiment improbable.
Donc en fait on lui fait confiance,
on remonte la vallée, on prélève nos échantillons,
au début on est un peu inquiets des nuards dents,
on est pris par notre travail,
fait des bons prélèvements, un bon échantillonnage,
on revient vers 16h, on voit arriver notre pêcheur
avec son petit bateau fidèle,
entre temps nous on a ça, que ce sont chargés de kilos de cailloux,
on est vraiment à la limite de la flotaison,
et on revient tout à traverser dans l'autre sens,
et on arrive au point de départ,
au bout d'une journée qui avait très mal commencé,
qui finit super bien grâce à cette opportunité
de tomber sur ce monsieur, sur ce pêcheur,
qui est devenu notre ami,
d'une journée qui s'annonçait pas non plus exceptionnelle
et qui est devenue une bonne journée,
donc tout est bien qui finit bien.
C'est bien d'attendre,
tu t'assois au soleil,
mais un peu abrité par un arbre,
avec toutes ces petites taches claires des sombres
qui osselles tout,
sur ton corps, sur la terre,
et tu attends.
Tu ne sais pas ce que tu attends,
tu attends peut-être une femme,
ou l'autobus,
ou l'heure,
tu ne sais pas trop.
Alors, tu ne bouges presque pas,
tu as si bien droit sur le banc,
avec les deux pieds posés sur le sol,
et les mains sur les cuisses.
Autour de toi, les gens bougent,
ils vont, ils reviennent,
les autos, les motos,
ils vont vite, et font du bruit.
Eux n'attendent pas,
ils vont quelque part,
à leurs affaires, ils sont pressés.
Quand ils passent devant toi,
ils te regardent du coin de l'œil,
quelquefois ils se retournent avant de tourner
à l'angle de la rue.
Toi, tu les regardes passer,
tu regardes des roues qui tournent,
les jambes qui marchent,
mais tu es bien là où tu es,
sur le banc,
sans bouger.
Ce n'est pas que tu ne les aimes pas,
au contraire.
Eux, ils sont bien à faire ce qu'ils font,
ils vont vite, ils courent le vent,
mais tu préfères attendre.
L'Orienne le Maçon,
les ombres de la terre de feu.
J'ai quitté Uxoyah depuis plusieurs jours,
et je me situe ce matin-là
à une petite vingtaine de kilomètres
de Puerto Almanza,
un petit village de pêcheurs
où je n'avais encore jamais mis les pieds.
Après une heure de marche,
je me retrouve à devoir escalader
une première barrière,
des variants et des variants,
donc là, ça ne peut pas manquer,
il y en avait encore une.
Je visse mon barda comme je peux,
pour le style repassera,
et je découvre que je venais de sortir
d'un terrain militaire qui a été fermé
seulement d'un côté.
Une vieille voiture arrive doucement
sur le sentier qui était devenu à ce moment la piste.
N'ayant vu personne depuis les jours,
je continue de marcher.
Je distingue alors petit à petit le visage d'un homme fument,
le coup d'appuyer sur le rebord de la fenêtre.
Là commence en un moins un film.
Pourquoi ça approche-t-il aussi doucement ?
Si ça te sort de mal, comment pourrais-je me défendre ?
Je ne pourrais pas courir avec le poids de mon sac.
Si j'abandonne tout,
comment je ferais pour rembourser le leica ?
Ah oui mais non, je ne suis pas assurée,
c'est vrai. Le registreur pareil,
les micros...
Bref, mon cerveau est en ébullition,
et je commence à avoir peur.
J'ai peur de revivre à ce moment-là une agression,
cette fois seule au milieu de nulle part,
pas comme à Paris, où j'ai pu courir
me réfugier dans mon petit studio,
mon agresseur au trousse.
Je t'attends de ma poche droite de la main,
et je découvre que mon couteau est là.
Donc ça déjà, ça me rassure tant bien que mal,
mais ça me rassure un petit peu.
Il arrive alors à mon niveau et m'interpelle.
Premièrement, je ne le comprends pas bien.
Mon espagnol est en baston t'es...
en plutôt défaillant.
Il répète, et je comprend alors
qu'il m'avite chez lui.
Je lui dis que non, que j'ai de la route.
Il insiste, et moi aussi,
il finit par repartir.
Bref, ça y est, me voilà débarrassée,
c'est bon, je vais pouvoir continuer.
Un kilomètre plus loin,
il réapparaît.
Et là, pfff, c'est pas possible.
Il insiste, insiste, insiste,
tellement toujours aimablement, mais bon, il insiste.
Je me vois à ce moment-là obligé
d'accepter la peur au ventre.
Et là, je découvre
alors qu'il m'avait préparé
un énorme petit déjeuner avec du pain maison,
croustillant encore chaud qui sortait du four,
du café, des oeufs brouillés,
du dulce et des leche, bref, un repas de renne.
J'étais super surprise,
à ce moment-là,
mais je reste méfiant.
Ici, il a émis quelque chose de la nourriture,
toutes sortes de divagations
inspirées des horreurs qui apparaissent
dans les fils d'actualités.
Alors même qu'on évite d'y prêter attention.
Nous discutons de la pluie, du beau temps,
il me demande d'où je viens,
surpris de me voir là avec un tel sac,
et un tel projet nait depuis l'autre hémisphère.
Je finis enfin par me détendre un peu,
il me fait visiter son lieu de prédélection,
une magnifique casque-cade en surplombant son habitation.
Puis arrive le moment du départ,
il me restait encore pas mal de kilomètres à faire,
il me conseille de continuer par tel piste,
et de me demander telle personne à poil dans le main de ça,
que lui, il y aurait un petit espace
pour que je puisse mettre ma tante en sécurité pour la nuit.
Il me demande même mon contact,
et j'ai découvert qu'il avait Facebook,
on échange nos contacts Facebook,
et je lui promets de repasser avant de repartir en France.
Trois semaines plus tard,
nous passons une super soirée crêpe Bretonne
à Rosé, devant un argentin, avec ses amis pécheurs.
Suite à cette rencontre, nous nous donnions des nouvelles
en moyenne une fois par mois.
À chaque ravitaillement qu'il faisait à Oushwaya,
nous dialoguions ensemble,
toujours avec cette même première question,
« Comment est-ce qu'il a la flaquita con mochila grande ? »
Un mois avant mon retour,
qui était prévu à ce moment-là, c'était en 2017,
il décida subitement un cancer
l'ayant emporté en 20 jours.
Il y avait beaucoup de tristesse et de reconnaissance
pour les bons moments que nous avions passé ensemble,
et pour cet accueil fabuleux qu'il m'avait réservé
ce jour-là, alors que j'étais théorisée,
je lui ai écrit une lettre ouverte
que son frère Adrien a traduit et lui au reste de la famille.
Cette lettre a été le point de départ
d'une amitié avec son frère et sa belle-sœur,
deux personnes qui font désormais partie des visites incontournables
à chacun de mes voyages à Oushwaya.
Chaque fois que je passe là-bas, je vais les voir.
Cet homme généreux s'appelait Gogo
et fut une rencontre ayant poussé à toujours revenir en terre de feu.
Chapitre 5 Visage d'Hivresse
Baptiste Bernard, Le jeune homme et la mère
Au niveau du lac Baïkal, au sud en fait,
il y a plein de méandres, plein de trucs,
je ne sais plus vraiment quoi,
je suis en train de faire des prélèvements
à l'intérieur de ce delta.
On était logés,
on était logés dans un dents istomino,
un espèce de centre à la Russe,
un peu bâti,
il faut savoir qu'en Russie, on voit énormément de vodka
et puis quand même à peu près tous les soirs.
Il y avait plein de monde,
il y avait nous, les petits scientifiques,
il y a des mecs qui se pointent, pas trop qui c'est.
Et en fait, un matin, je me retrouve à discuter avec un
qui était déjà complètement bourré alors qu'il était 8h30.
Je ne sais pas comment je comprends,
mais je comprends qu'il est là pour déminer des boubres.
Il me fait comprendre qu'il y a un lac à côté du lac Baikal
où l'URSS a mis tous les anciens missiles pendant la guerre froide,
ils ont tout balancé dans le lac.
Il y a un gros problème, c'est que des mecs pauvretés obligent
de chercher de la thune,
et ils trouvent que dans les missiles,
les cartes mères de téléguidage,
je ne sais pas quel terme faut utiliser,
dans ces cartes mères, il y a des métaux précieux.
Et du coup, il y a des mecs, des russes,
qui essaient de démonter les cartes mères des missiles,
il y a plein d'accidents,
parce qu'il y a plein qui pètent,
parce qu'ils n'ont pas d'outils,
donc ils attaquent des missiles de la guerre froide
à coups de burin et de masques.
Le gouvernement russe, l'armée russe,
a décidé d'envoyer des équipes de déminage
pour désamorcer les missiles,
qui ne sont pas complètement dans le lac.
Le gars que je rencontre,
à 8h du mat' il était complètement bourré,
et 20 minutes plus tard, il partait en bus pour aller déminer
des missiles, mais toute la journée.
C'était n'importe quoi, parce qu'il était déjà cuit,
il avait déjà tombé une demi-boutée de vodka,
c'est la première fois que je vois un mec fumé
genre 3 quarts de son filtre de cigarette
avant de se rendre compte qu'il allait à l'envers.
Le gars avait déjà un certain degré d'alcoolémie,
et en fait c'était une sensation très étrange,
parce qu'on avait un peu sympathisé, il s'appelait Sacha,
et il m'a dit au revoir,
il fait jamais le revoir, il est 8h30 du mat',
il va désamorcer des bombes,
je ne le reviens jamais, en fait il va mourir.
Et puis,
quelle n'a pas été ma surprise,
quand je l'ai revue débarquer à 15h30,
avec la grosse banane, toujours aussi bourrée,
me faire un gros sourire, crier,
bâti et sta,
à 20m, à 20m de moi,
ouvrir sa veste, en fait,
comme les vendeurs de Montre, Atene,
et avec deux bouteilles de vodka,
et je l'avais les mecs, ils sont incroyables,
et du coup, ça n'a pas loupé,
ils sont trop contents de se revoir,
j'ai l'impression de revoir un mort,
quel plaisir de le voir, c'était génial,
je ne le connaissais pas,
et puis on a bu de la vodka,
je ne sais pas qui est l'heure,
pareil, les feux de camp,
le barbec, avec les petits poissons,
les chant russes,
incroyable,
la Russie est incroyable.
J'espère que tu as ce qu'il te faut,
Camille, écoute,
si la qualité n'est pas suffisante,
je peux essayer de trouver des solutions,
tiens-moi au jus, dis-moi si ça te va,
si il faut autre chose, etc.
Je t'embrasse ma poule, à la prochaine, tchao.
Au printemps, donc ce qu'on appelle Nourouse,
c'est le nouvel an persan et curde aussi d'ailleurs,
qui est fêté traditionnellement le jour du printemps,
le 21 mars, et tranchement à Kaboul,
qui est une ville de plus en million d'habites en 20 ans,
qui est réfugiée, on est à 1 800 m d'altitude,
au minimum, et on peut monter avec les colines, évidemment.
Et brutalement, l'hiver cesse,
et en quelques jours, en deux semaines, au Pas sous printemps,
donc c'est la grande fête de Nourouse,
et j'étais là juste après, on va dire.
Et je retrouve des amis afghans,
et on a passé pas mal de temps
dans le restaurant d'un ami commun,
qui est celui avec lequel je suis allé
pour la première fois en Afghanistan il y a très longtemps,
j'étais très jeune, et qui s'appelle Ahmed.
Et Ahmed, entre temps, a quitté un peu la politique
pour faire la restauration,
il a monté dans une vieille maison en bois,
presque une maison bavaroise avec un très beau jardin, etc.
C'est très calme, dans un quartier central de Kaboul,
mais très paisible, un restaurant donc,
pour ses amis, pour les Afghans, pour les expatriés,
et donc évidemment, il est autorisé,
il sert de l'alcool, il fait venir du vin français
par le Tajikistan.
Et un jour arrive, le soir,
en Mercedes blindée, escortée de garde du corps,
le procureur de la République islamique d'Afghanistan,
qui est un religieux, qui est assez radical d'ailleurs,
et mon ami Ahmed a très très peur,
il s'est dit, bon, bah voilà, il va peut-être me confisquer le restaurant,
et le procureur se mal menacé.
Et en fait, c'était très simple,
la menace était uniquement destinée
à récupérer de caisses, de bouteilles de bordeaux.
Et en fait, c'était du raccade, donc le procureur,
qui est un religieux radical,
demandait ni plus ni moins à mon ami
de lui servir régulièrement, donc des bouteilles,
carrément des caisses de bordeaux.
Ca ne rigole pas, c'était à l'Afghan,
donc c'est une menace directe ou indirecte,
et ça veut dire ce que ça veut dire,
c'est un grosso modo, on n'a pas le choix,
donc voilà, et mon ami s'est plié à cela,
parce qu'il ne voulait pas perdre son restaurant,
qu'il brûle.
Et donc c'est un cas de corruption avéré
de la part d'un militant radical
de la République islamique d'Afghanistan,
donc elle a tendance lourde, on va dire,
du régime qui demandait donc son butin,
et c'était plutôt un alcoolique invétéré.
Donc voilà, ça illustre un peu ce décalage
entre la loi, y compris les règlements islamiques
imposés à la société,
et puis deuxièmement, évidemment,
ce qui est fait par certains dirigeants,
et il cache ça derrière la plus grande hypocrisie
qui s'appelle la pureté religieuse.
Je crois que le procureur
de la République islamique d'Afghanistan,
ce religieux est un grand connaisseur d'alcool,
je pense qu'il buvait aussi de la vodka,
parce qu'en fait, même sous les talibans,
quand les talibans occupaient Kaboult, je me rappelle,
on trouvait en douce, évidemment, en cachette,
mais dans certains magasins de la vodka du Tajikistan.
Je me suis retrouvé dans une autre maison,
pas très loin d'ailleurs de ce restaurant,
et le propriétaire de la maison m'a dit
« viens voir à l'étage,
il fallait ressortir cet emploi niver,
passer par un descale, il y avait une terre,
qu'est-ce qu'il veut ?
Trouver ça un peu louche, j'avais peur.
» Et puis il ouvre très fièrement la salobah,
il me dit « surtout Olivier, tu ne dis rien,
et dans la baignoire, donc il y avait
une espèce de liquide saumâtre,
jaunâtre, je ne sais pas trop ce que c'était,
un alambi qui avait des pommes
qui étaient en train de macérer, voire de pourrir,
et c'était donc une production d'alcool
avec de la pub, donc un calvado sauvagan
fait par ce propriétaire d'Akaboula.
– Ah oui, excellent, excellent.
Avec modération, mais
Akaboula sous les talibans,
et là on était vraiment
encore dans les zones de combat,
on s'avoure très fort à la tombée de la nuit,
absolument.
»
Visages semblables aux espaces du ciel et de la terre,
semblables au grand paysage.
Visages des hommes de la mer,
des hommes des fleuves,
visages des femmes des plaines et des vallées,
visages où tout change et glisse sans cesse,
insaisissables comme les nuages.
Visages purs de la haute atmosphère,
visages épais et lourds,
des montagnes et des orages.
En eux, je peux m'en aller,
oublier la frontière de ma propre peau.
Je peux trouver des pays inconnus,
entendre des langues nouvelles,
apprendre des secrets.
Je peux m'en aller loin et longtemps,
ainsi, à travers tous ces univers qui passent.
Catherine et Kelle étaient ça de la bottinière,
les cavalières du cocaze.
Une chose que j'ai remarquée pendant mon voyage,
les gens, quand on arrive chez eux,
ils ont extrêmement étonné,
parce que les voyageurs comme ça,
de l'Europe, de fille,
ce n'est pas tous les jours que ça se passe.
Dans le cocaze, je pense, les gens, ils n'avaient jamais vu ça.
Du coup, ils étaient très étonnés.
Ils étaient très...
Ils ont un certain...
Ils ont ouvert,
ils en passent un super temps,
mais ils ont un peu...
comment dire...
Il y a une certaine peut-être aussi hésitation,
ou ils ont étonné, surpris,
et du coup, voilà,
des choses restent un peu calmes.
Mon expérience, c'est que souvent,
si on reste plus longtemps,
ça risque de déraper un peu.
On devient un peu trop familier,
où les gens, là, les mecs,
ils ne se permettent pas de trop de choses.
J'ai déjà disais, à Tessa,
on va voir ce que ça donne cette nuit.
Ils avaient invité des amis
pour montrer encore les filles européennes,
je pense.
La soirée a débuté comme la première soirée,
mais...
ça finissait un peu autrement,
parce qu'ils commençaient à boire de l'alcool,
et ils commençaient
à tomber amoureux de Tessa.
La fille au long cheveux,
qui ne parlait pas un mot de russe,
était un peu énigmatique, je pense, pour eux.
Moi, j'essaye de gérer la situation,
de dire d'une part, calmez-vous,
et d'autre part,
encore de faire la traduction, comme d'habitude.
Mais c'était clair que la situation
n'était plus vraiment très nette.
Du coup, je disais,
pas dormir dans la chambre cette nuit,
moi, je dors dans ma tente,
je veux qu'on soit tranquilles, là.
Je plantais la tente sous la pluie
en haut de la colline,
avant que la nuit tombe,
et du coup, le repas finit
en décider de monter
justement en haut de la colline
pour s'échapper un peu.
Parce que le monsieur trouvait pas du tout drôle,
en fait, il disait, pourquoi vous partez
là-haut, vous avez la maison ouverte,
enfin, je pense qu'il se sentait un peu vexé.
Si j'ai une maison, j'ai un lit,
pourquoi vous refusez mon hospitalité ?
C'est un peu comme ça.
J'essayais de trouver une explication,
une excuse, pourquoi on monte là-haut.
J'ai dit que ça, on était
sur le chemin de retour, justement,
et que c'était vraiment
la dernière nuit qu'on passait vraiment
dehors.
Et on est là pour vivre dans la nature,
pour voir la lune, les étoiles, etc.
Et on veut vraiment dormir
dehors, c'est pas parce qu'on
n'est pas contents de l'accueil,
mais c'est en rêve de ça,
on est là pour ça, et c'est pour ça qu'on veut dormir
là-haut. Donc finalement, il acceptait ça.
Mais la nuit,
c'est un moins bien anormie.
En attendant, il avait un chien,
un chien énorme. C'est un chien du coca
c'est des chiens bergers qui sont magnifiques,
mais vraiment énormes. Et en entend,
un chien qui s'approche.
On s'est dit non, pas encore une fois,
il va pas nous poursuivre
jusqu'en haut. Et en entend, le monsieur
qui a pès en chien, vient là,
vient là, bien bas pour ne pas
nous réveiller.
Mais le chien est venu
renifler la tente, faire le tour.
Il nous laissait finalement dormir, mais franchement,
c'était
encore une fois, on était poursuit
jusqu'au bout. On était
jamais tranquilles. Dès qu'on était
chez les gens, c'était
pension complète.
C'était vraiment un des souvenirs qu'on garde
de la Russie, cette hospitalité
excessive qui est magnifique,
mais qui parfois te rend vraiment
te rend fou. Parce que
tu es jamais tranquille et
tu es un peu surchargée
par leur gentillasse excessive.
Chapitre 6
Chez toi
On revenait
avec Catherine et les chevaux
du district Ryan Zolsky,
qui est un district
de la République indépendante
de Cape Art de nos Balcaris.
On passe par
des villages au retour et là,
on arrive dans un village
vide. Il y avait vraiment
pas grand monde à ce moment-là, ça devait
être l'heure du déjeuner.
Et juste,
j'entends un champ de loin.
Je me dis ce pas possible, je rêve,
je suis fatiguée.
Et j'entends un champ vraiment
magnifique, une espèce de champ
religieux qui monte
dans l'air.
Et je dis à Catherine,
à temps-tend, il y a un champ
qui part d'une maison, il faut absolument qu'on se rapproche.
J'étais hypnotisée
par le champ en question.
Et en fait, c'était un groupe de femmes
qui s'étaient réunies
devant la maison
pour prendre le café.
Elles étaient cinq ou six, elles avaient mis
une table dehors et elles
chantaient, elles lisaient
un livre de prières.
Et donc dans cette région du Cocaze,
la majorité des gens
sont musulmans. La région musulmane
mais plutôt modérée. Mais les femmes
quand même portent un foulard.
Les familles font la prière régulièrement
avant le repas pour remercier.
Donc, et je descends le cheval
et je laisse mon cheval à Catherine. Je saute
littéralement de
mon cheval et je fonce sur
les femmes et je leur dis
je barre à Gouine que
j'aimerais bien m'asseoir et
prendre le café avec elles.
En gros, elles arrêtent pas de chanter,
elles continuent à chanter, elles me laissent m'asseoir.
Il y en a une qui se lève
qui me propose
qui va me chercher un café, qui me parle
et qui continue en même temps à chanter. Donc elle me parle
et elle chante en même temps et les autres
continuent à chanter en souriant
comme si de rien n'était.
Comme si j'étais pas là en fait
mais que ça posait pas de problème que je sois là.
Et en fait, je suis restée comme ça pendant
je pense, ouais,
au moins une bonne dizaine de minutes
à les écouter. Puis finalement, elles ont arrêté
de chanter. Je les ai remerciées
et je repars en me disant
je vais pas les déranger plus longtemps
et en fait je remonte à cheval
mais là, il y a d'autres femmes qui sortent
et en fait il y a tout un groupe de femmes, mais elles sont
une dizaine, toutes super enthousiastes
qu'on soit là avec Catherine.
C'est vrai que ça faisait longtemps qu'on avait pas vu
en fait de femmes, on avait vu
surtout des hommes jusqu'à présent pendant le voyage, on avait vu
effectivement la femme de Sultan
qui était un défermier, Madina
mais on avait pas vu de groupes de femmes
seules sans hommes. On avait vu que
des groupes mixtes.
Ces femmes en fait, elles sont toutes
amies et elles nous expliquent qu'elles se réunissent
chaque jour pour le café
pour chanter ensemble et prier.
Là, il y en a une qui m'apporte
dans une tasse super jolie
une espèce de tasse dorée
dans une faillance super délicate
qui m'apporte un café
qu'elle me tend. Je crois que c'est
le meilleur café du monde
parce que juste l'odeur
le change juste avant, la conversation avec elle
fait que j'ai l'impression
d'avoir, pendant 5 minutes
j'étais plus dans l'expédition
avec Catherine, j'étais vraiment de retour
à la maison. J'ai eu l'impression d'avoir
retrouvé un peu un semblant
de foyer pendant
quelques instants grâce à ces femmes
elles font des photos, ils ont quand même
tout un téléphone, elles font toutes des photos
on fait des photos ensemble
et ça a été un des moments
clairement un des moments
les plus sympathiques et les plus chaleureux
du voyage et comme quoi
une tasse de café et des gâteaux
tout a l'impression
d'être à la maison, peu importe
que tu sois
dans le fin fond du cocaïne.
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