La fée polybotte
Dans le massif des Vosges, il y a une rivière qui prend sa source à 1.228 mètres d'altitude et qui court de son eau vive et chantante. On l'appelle la Vologne.
Elle forme le lac de Longemay, arrose des prairies, elle cascade au saut des cuves et passe sous le pont des fées.
Le long d'une gorge où elle coule, la gorge du kertoff, on croise parfois des lynxes. Vous savez, ce sont de très gros chats aux oreilles pointues et aux yeux persants.
Ils se régale probablement de truites, ces poissons de rivière bien dodus.
Ah non mais je dis ça parce que moi je m'y connais en truite. Figurez-vous qu'en 2002, j'ai participé au championnat du monde de pêche à la mouche.
Alors c'est simple, la pêche à la mouche, tu prends une canapèche, tu mets une mouche sur l'amson pour attirer le poisson et tu lances la ligne.
Et là, faut attendre que le poisson morde. Quoi ? Quel rapport avec le kertoff et la fée polybotte ?
Bah écoute Charline, tu me coupes là. Bien sûr qu'il y a un rapport. Dans la rivière dont je parle, la Vologne, il y a plein de truites.
Charline, c'est la dame qui me parle à l'oreille. C'est pour ça que vous l'entendez pas.
Eh ben j'aime autant vous dire que parfois j'aimerais mieux être sourde que l'entendre.
Elle est d'un rabat-joie !
Quoi ? Non, non, je n'ai rien dit. Je parlais de la fée polybotte Charline. On se reconcentre.
Donc, la fée polybotte vit non loin de la rivière.
Elle habite une grotte et on raconte qu'une nuit, elle aurait transformé en glaçon, un cavalier venu se réfugier auprès d'elle.
Au matin, avant le lever du jour, c'est ce qu'on raconte après tout, j'en sais rien.
Le cavalier aurait voulu la quitter et elle, elle n'aurait pas voulu.
Et donc, comme il n'aurait pas voulu rester avec elle, elle se serait fâchée et bam !
Elle l'aurait coincée dans le rocher avec ses pouvoirs magiques et elle l'aurait, je dis bien, elle l'aurait, transformé en glace.
Comment Charline ? Oui, c'est vrai. Charline a raison. Au fond, cela ne nous regarde pas.
Mais nous avons souhaité rencontrer la fée polybotte pour tirer cette affaire au clair et s'assurer qu'elle ne présente aucun danger.
Je m'appelle Ginette Lecheton et je suis spécialiste des monstres sorciers et autres créatures horrifiques.
Je suis chargée par Center Parks d'aller à la rencontre des méchants de la région pour mieux les connaître et vous dévoilez leur vraie histoire.
Vous écoutez Bêtes et Méchants, un podcast qui regarde les méchants en face et qui les fait parler.
Je suis la fée polybotte. Je suis née ici dans la forêt vogienne. Il y a fort, fort longtemps.
Et comme toutes les fées, je ne vieillis pas. Pourtant, on dit que je suis très laide.
Moi, je ne sais pas. Lorsque je me regarde dans mon miroir de neige et de glace, j'aime bien mon visage.
Il me rappelle celui de l'ours que j'ai rencontré lorsque j'étais enfant.
Un ours ? Il y a des ours dans les voges.
De nos jours, il n'y en a plus. Mais quand j'étais petite, il y en avait. Et j'ai noué une relation très particulière avec l'une d'elle.
C'était une ours. Nous étions toutes les deux encore enfants.
Moi, j'étais petite fille et elle, elle était oursonne.
Elle avait le poil brun, des jolis yeux ronds et un nez qui ressemblait à la truffe d'un chien.
Elle était si jolie que je désirais m'approcher d'elle à tout prix.
Mes parents, qui vivaient avec moi dans la forêt, m'avaient prévenus.
C'est dangereux, elle te mettera un coup de griffes. Attention, polybotte, pas de bêtises.
Ne t'aventures pas dans la forêt à sa recherche. Mais je n'ai pas résisté.
Elle aussi était très curieuse de moi.
Alors un matin, lorsque je l'ai rencontrée au bord de la rivière, elle tenait une truite entre ses pas de griffus et je n'ai pas reculé.
Non !
On s'est longuement regardé et soudain, son regard a changé.
Le mien aussi sans doute.
En plus de la curiosité, j'y ai vu de la peur.
Moi aussi j'ai eu peur, mais je n'ai pas eu le temps de réagir.
L'ours a porté ses longs griffes assérées à mon visage et je suis tombée.
Après, je n'ai plus eu de souvenirs, mais je sais qu'elle n'est pas restée,
puisqu'elle ne m'a laissé qu'une griffure à la joue gauche.
Ce sont mes parents qui m'ont retrouvée puis soignées.
Toute ma vie, je porterai les traces laissées par la patte de cette ours.
Mais je ne laisse personne voir mon vrai visage.
Ceux qui disent qu'ils l'ont vu sont des menteurs.
C'est bien simple, je ne sors que la nuit.
Et la nuit est trop sombre par ici, à l'abri des arbres, pour qu'on y voit grand chose.
Et si j'allume une lampe de poche pour voir ?
Ne vous avisez pas de faire une chose pareille !
Vous vous appelez Ginette, c'est ça ?
Euh... Oui, enfin peut-être, je ne sais pas.
Vous ne savez pas si vous vous appelez Ginette ?
Allons-bons, alors je vais vous dire une chose.
Je respecte votre travail, mais vous poussez le bouchon un peu trop loin, Morissette.
Alors si ça continue, du balai.
Et pas du balai de sorcière.
Du balai de fées, c'est pas pareil.
Charline, je comprends pas, elle grogne.
Tu trouves pas ça bizarre, toi, qu'elle grogne ?
C'est une fée.
Pas une...
Une ours.
Oui, une ours !
Vous êtes désagréable, mais pas trop idiote.
Et ça, ça me plaît, Colette.
Euh, m'il excuse, mais c'est Ginette.
Voilà qu'elle retrouve la mémoire, la mère Paulette.
Je ne suis pas tout à fait une ours, ma grande.
Mais c'est comme si l'ours qui m'a griffé vivait encore en moi.
Souvent, la nuit, j'ai des visions.
Bon, je la sens tout proche de moi.
Je pense qu'elle aussi est devenue immortelle.
Au moment où elle m'a griffée, je suis devenue à moitié ours.
Et elle, à moitié fée.
Mais, euh, au risque de paraître insistante
et toutes mes excuses les plus polies d'avance,
au cas où, ce que je pourrais dire serait mal reçu,
donc désolé et pardon et mille fois des excuses,
enfin, désolé, je...
Oui bon, ça va, Claudette, j'ai compris.
Crash le morceau, dis-moi ce que tu veux me dire.
Je vais pas te griffer.
C'est au sujet du cavalier qui serait venu,
qui aurait passé la nuit ici avec vous,
puis qui aurait voulu repartir et qui ne serait jamais vraiment reparti.
Est-ce que c'est vrai ?
Oui.
Donc euh, en d'autres termes, vous l'avez...
Vous l'avez... Quic !
Ah non !
Je l'ai figé dans la glace.
Ce n'est pas tout à fait pareil.
Oui, bon, ça se discute.
Il est toujours là ?
À l'entrée de la grotte.
C'est grâce à ma magie que la fente du kertoff,
c'est la crevasse dans laquelle je l'ai enfermée,
reste gelée même quand il fait beau et chaud.
Mais ça ne dure pas, en vérité.
Mes chars me n'opèrent plus comme avant.
Ils suisent.
Donc avec des étés de plus en plus chaud,
la glace va fondre
et le cavalier sera un jour libéré du grand froid dans lequel je vis.
Dans lequel vous vivez ?
Vous vivez, bah c'est surtout lui qui vit dans le froid.
Là, c'est elle qui pousse le bouchon un peu trop loin.
Ah, vous voudriez une fée bien méchante et bien moche,
comme dans les histoires pour enfants, c'est ça ?
Avec un gentil et beau prince charmant, j'imagine.
Eh bien je suis désolée,
mais dans la vraie vie, ça se passe rarement comme ça.
Votre preu chevalier,
il a passé la nuit à me faire des promesses
et des serments d'amour.
Il a caressé mes cicatrices
et je lui ai montré mon vrai visage,
aussi beau que celui d'une ours.
Et ça lui a bien plu.
Mais,
avant la fin de la nuit,
alors que je m'étais endormie,
il s'est dit que jamais il ne voudrait qu'on nous voit tous les deux au grand jour.
Imaginez,
un prince
avec une femme ours,
il a eu honte.
Alors il est parti sur la pointe des pieds,
en emportant avec lui mon cœur blessé.
Comme c'est triste,
au fond, fait Polybots, c'est votre cœur qui a gelé cette nuit-là.
Oui, c'est un peu ça.
J'ai eu honte,
alors que c'est lui qui aurait dû avoir honte.
Et dans ma honte,
mes pouvoirs magiques ont pris le dessus,
comme lorsqu'on éprouve une grande colère
et qu'on n'arrive pas à se retenir de crier
ou de frapper.
Là, je l'ai figé dans la glace.
Tous les jours,
je passe devant la fente rocheuse dans laquelle il est gelé
et je me souviens.
Et à mesure que mes pouvoirs magiques s'apaisent,
je sens que la glace font
et que mon cœur se réchauffe à nouveau.
Je serai bientôt libérée,
délivrée.
C'est comme la Reine des Neiges.
Enfin, oui, pas tout à fait.
J'ai à nouveau confiance.
Bientôt, je sais qu'une personne viendra
et qu'elle m'aimera telle que je suis vraiment.
Avec mes blessures et mes faiblesses,
celles que j'avoue qu'à demi-maux,
même mes colères, mes maladresses,
j'ai de l'amour plus qu'il n'en faut.
Mais oui, c'est sûr que ça viendra.
Un Charlène.
J'adore cette histoire.
Elle est vraiment adorable, la fait Polybot.
Je resterai bien avec elle,
mais on a tellement de méchants à rencontrer
et à vous présenter.
Dans les autres épisodes,
ce sera peut-être une sorcière,
une fée, un oeuvre ou un lutin.
Alors, vous venez avec nous ?
Au revoir, Polybot.
Vous avez peut-être les mains froides,
mais on a bien vu que vous aviez le cœur chaud.
Au revoir, Josette.
Bête et méchant, une fiction Center Parks
qui est pas pour les pôles troncs.
Produite par Moustic Studio et écrite par Aurora Vincentie.
Bah non, en vrai, je m'appelle pas Ginette Leston.
Mais qu'est-ce que tu crois ?
Avec les voix de Aurora Vincentie,
toujours moins dans le rôle de Ginette Leston.
Anaïs Parrello dans le rôle de la fée Polybot
qui a de joli...
Botte, merci Charlène.
Et donc cette bonne vieille Charlène
dans le rôle de Charlène.
On ne l'entend pas, mais elle est toujours là.
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Et y'en a plein !