Nouvelles héroïnes
Salut toi, je suis Céline Steyer, celle qui murmure à tes oreilles des récits d'aventures
insolites et de dépassements de soi à travers des histoires vraies de femmes qui ont osé
faire de leur rêve une réalité.
Des histoires pour t'aider à grandir en confiance et trouver ton propre chemin.
Bienvenue dans le monde surprenant des nouvelles héroïnes.
Nouvelles héroïnes
Tu t'apprêtes à écouter la troisième et dernière partie de l'histoire de la nouvelle
héroïne de la semaine Claudine Montaille.
Nouvelles héroïnes
Nous sommes à l'aube de mai 68, des révoltes étudiantes et des luttes des femmes pour
faire évoluer leurs droits.
Dans cet épisode, Claudine évoque la notion d'avortement.
Tu as déjà peut-être entendu lu ce mot au IVG comme interruption volontaire de grossesse
à la maison, dans les journaux, dans la rue en ce moment ou sur internet.
Mais c'est tu vraiment de quoi on parle ?
Pour cela, avant d'écouter Claudine, j'aurais voulu t'en parler.
Je te conseille d'écouter cet épisode avec un adulte de confiance et de lui parler du
thème de cet épisode avant si jamais tu l'écoutais seul.
C'est un sujet important et sensible et il me semble essentiel que les adultes qui
t'entourent sachent que tu en as entendu parler et dans quelle condition.
Tout d'abord, à l'école, tu découvriras que faire un enfant cela s'appelle la reproduction.
Quand tu étais plus petite, on t'a peut-être parlé de la graine de maman et de celle de
papa qui se rencontre.
Ces graines s'appellent l'ovule pour la femme et le spermatoseuïde pour l'homme.
Et elles se rencontrent dans l'utérus de la femme.
Pour arriver à l'utérus, il faut passer par les organes génitaux de la femme.
Ce sont les parties intimes.
Pour que l'ovule et le spermatoseuïde se rencontrent, fusionne et soit compatible.
C'est toute une histoire.
Il faut que la combinaison entre les deux fonctionne pour que tout commence.
On appelle cela la fécondation.
Lorsque l'ovule est fécondée par le spermatoseuïde, il s'installe dans l'utérus, dans
le sens où nous venons de parler.
C'est le début de la grossesse.
Faire un enfant, c'est un choix très important, peut-être même le plus important de toute
une vie.
Ça se décide, se planifie et s'ascent ici.
Seulement parfois, ça arrive sans que l'on l'a décidée.
La personne concernée peut ne pas se sentir prête à devenir parent.
Il est tout à fait normal et souhaitable de se poser très très sérieusement la question
avant.
On peut tout à fait décider que ce n'est pas le moment.
Dans ce cas, on peut choisir de recourir à l'avortement pour interrompre la grossesse.
Après un avortement, la grossesse s'arrête.
Comment ça se passe ?
Il faut prendre rendez-vous avec un médecin ou se rendre au planning familial qui est
orientant de les personnes concernées.
Ensuite, il y a deux options.
La première option, on prend un médicament.
La deuxième, on se rend à l'hôpital pour une intervention chirurgicale.
Et qu'est-ce que ça fait ?
Bien l'avortement consiste à retirer les tissus embryonnaires de l'intérieur de l'utérus.
Il est important de comprendre que chacun a le droit de décider de ce qui se passe
avec son propre corps.
Et certaines personnes peuvent ne pas se sentir prêtes à devenir parents à ce moment-là.
Voilà, ces informations t'aideront à mieux appréhender la suite de l'histoire de Claudine
et les luttes de nombreuses femmes à travers l'histoire que tu vas écouter.
Dans cet épisode, tu entendras parler du MLF, c'est l'abréviation du mouvement de libération
des femmes créé juste après les événements de mai 68 en 1970.
Claudine a désormais 18 ans et comme elle le dit si bien, elle est prête à changer le monde.
Allez, on l'écoute.
Nouvelle sérroïne.
Donc j'ai 18 ans en mai 68 et je crois que je vais changer le monde en mai 68.
Même si je ne sais pas très bien.
Parce que ça veut dire ?
Parce que ça veut dire.
Ou comment le faire ?
Et comment faire ?
Je suis quand même un peu naïve, en la manière...
Enfin, je suis encore très jeune.
Mais je suis pleine d'enthousiasme.
On va changer le monde.
En fait, on va changer le monde.
Mais 68, c'est que des garçons qui ont le droit à la parole.
Ce sont que des hommes.
Même Sartre a eu très peu le droit à la parole à la Sorbonne.
Jean-Paul Sartre, le philosophe, compagnon de Simone de Beauvoir.
Et Simone de Beauvoir n'a eu le droit qu'à une seule chose, se taire.
Donc c'est ça, mais 68 aussi.
C'est à la fois la libération de la parole, l'amour, peace and love, le paix et l'amour.
Mais enfin, c'est quand même les hommes qui ont la parole.
Il faut bien dire des choses.
Et donc après mai 68, toujours pleine d'idéales,
je suis dans les mouvements étudiants post-68.
Je crois toujours que je vais changer le monde.
Bon, alors je paraname aux États-Unis comme étudiante, puis je reviens.
Et là, je suis vraiment de nouveau.
Il faut changer le monde.
Et je me retrouve dans un groupe étudiant de post-68, très intolerant, très macho.
Je m'occupe des tracts la nuit.
Je vais les diffuser à l'aube à 7 h du matin à l'entrée des aigines.
Vous voyez, je fais tout ça pendant que les garçons dorment.
Et réfléchissent à la révolution.
Les garçons étudiants révolutionnaires, entre guillemets, dorment pendant que nous, les filles,
nous allons distribuer les tracts et tout.
Mais surtout dans les réunions, on n'avait pas le droit de parler.
Tais-toi, tu ne peux pas comprendre.
Tu ne peux pas comprendre.
C'était politique.
Donc c'était trop sérieux pour les filles.
Donc on ne pouvait pas parler.
Alors on ne pouvait tellement pas parler,
alors que j'avais quand même moins de l'expérience sur trois continents.
À une époque, on ne voyagait pas.
Donc j'avais une expérience par rapport à tous ces garçons
qui n'avaient aucune, qui n'étaient pas sortis de France.
J'avais une expérience internationale.
J'aurais donc pu parler un peu politique, mais non.
Le résultat, c'est que quelques jeunes femmes ont monté le mouvement de libération des femmes
à l'été 1970 et que par le fait que j'avais aidé des ouvrières,
j'avais créé un groupe de femmes et des ouvrières.
Enfin vous savez, n'oubliez pas, je ne suis pas encore très clair dans ma tête sur ce que je veux faire.
Mais en tout cas, je veux parler avec des ouvrières.
Et que du coup, quand Simone de Beauvoir rejoint tout de suite le mouvement de libération des femmes en 1970,
Jean-Paul Sartre lui dit, mais enfin, il y a la petite Claudine qui est très active
avec les ouvrières dans les mouvements étudiants.
Castor, il faut absolument que vous l'ayez dans votre groupe.
Stop, maître Capileau des lettres.
Qui est Jean-Paul Sartre ?
Alors Jean-Paul Sartre était un écrivain, un philosophe très célèbre,
qui aimait réfléchir et écrire sur la façon dont les gens vivent et pensent.
Il croyait que chaque personne avait la liberté de choisir comment vivre sa vie.
Il avait une idée très spéciale appelée l'existentialisme.
L'exist... quoi ?
Oui, c'est un grand mot qui peut te paraître on peut,
mais cela signifie que Sartre pensait que l'existence précède l'essence.
Pour Sartre, nous existons d'abord et c'est en faisant des choix et en agissant
que nous déterminons qui nous sommes.
Pour lui, c'est à nous de les créer par nos actions et nos choix.
Sartre pensait aussi que même si cela peut être un peu effrayant de réaliser à quel point nous sommes liés,
c'est aussi quelque chose de très très précieux.
Il croyait que nous devrions être courageux et prendre nos responsabilités
en faisant de notre mieux pour être de bonne personne et rendre le monde meilleur.
Jean-Paul Sartre avait rencontré Simone de Beauvoir quand ils étaient étudiants
et sont devenus rapidement inséparables.
Ils avaient décidé de ne pas se marier ni de vivre ensemble.
Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre partageaient beaucoup d'idées et discutait souvent de philosophie,
de littérature et de la société.
Ils s'encouragaient de se critiquer mutuellement dans leur travail,
ce qui les aidait à grandir en tant qu'intellectuel et écrivain.
Et c'est grâce à Jean-Paul Sartre que notre nouvelle héroïne a rencontré Simone de Beauvoir,
qui avant de changer le monde a changé sa destinée.
C'est lui qui a parlé de moi Simone de Beauvoir.
Et donc très vite en octobre 70, le MLF est créé septembre 70, Simone de Beauvoir le rejoint tout de suite
et du coup crée un petit groupe qui va se réunir chez elle tous les dimanches après-midi.
Pendant des années, une copine me dit « tu sais Simone de Beauvoir veut te voir dimanche prochain,
or c'était mon idole, j'avais 20 ans, c'était vraiment l'année de mes 20 ans.
Et donc j'ai répondu à ma copine mais Simone de Beauvoir était avec nous, féministe.
Elle me dit « oui Claudine, elle la rejoint et tout. »
Et je lui dis à son âge, si vieille.
Oui, elle avait 62 ans, j'en avais 20.
Donc elle me paraissait très âgée.
Il faut dire les choses.
Quand j'arrive chez elle, je m'attends à regarder mon idole, je macier sur un divan à côté de Giselle Alimi
et je m'attends à regarder mon idole comme une groupie, regarderait son chanteur préféré.
Et ça ne se passe pas du tout comme ça.
Parce que justement, elle a été habituée enfant à ce qu'on lui parle comme à une adulte.
Donc elle me regarde et elle me dit « Claudine, qu'est-ce que vous proposez dans la question de l'aventement ? »
Elle était d'une intelligence figurante.
Elle parlait à toute allure.
Mais à toute allure, il fallait répondre à toute allure.
C'est-à-dire, il fallait être aussi rapide qu'elle.
Mais en même temps, ce qui était formidable, elle était une star internationale à l'époque, une star internationale.
Dans son ouvrage « Le deuxième sexe » publié en 1949,
Simone de Beauvoir aborde la question des avortements clandestins.
Il faut bien rappeler qu'à l'époque, il n'y a pas de contraception sérieuse.
C'est-à-dire qu'il y a des méthodes contraceptives, mais en réalité, la moitié du temps, les femmes tombent enceintes.
Donc les femmes ont un enfant après l'autre, très souvent, très jeune.
Qu'elles n'ont pas les moyens de nourrir, non plus, il ne faut pas les oublier, non pas les moyens.
On se retrouve avec des situations de pauvreté, de misère, terri.
Et plus les femmes sont pauvres dans la pauvreté, il y a beaucoup de femmes pauvres, ne l'oublions pas.
La Deuxième Guerre mondiale, on l'oublie un peu, mais ça a quand même beaucoup détruit la France.
Il a fallu du temps pour tout reconstruire.
Les femmes ont des avortements dans des conditions clandestines,
puisque il y avait une femme qui avait été guillotinée pendant la Deuxième Guerre mondiale,
sous pétain, pour avoir pratiqué des avortements.
La dernière femme guillotinée en France, c'est celle qui a été guillotinée en 1943 pour avoir pratiqué des avortements.
Donc c'est pour dire que c'était officiellement un crime qu'on n'osait pas en parler,
et que donc c'était le mot le plus tabou de la langue française.
En 1949, Simone de Beauvoir ose en parler, elle écrit dessus dans le Deuxième Sexe,
mais après, tous les journalistes s'arrangent pour qu'on en parle plus.
Ce qui fait que quand nous arrivons en 1970, que nous quittons les mouvements étudiants machos,
parce qu'il faut quand même le dire, les mouvements étudiants post-68 s'effondrent,
parce que nous, nous quittons tous les mouvements étudiants, que ces messieurs ne font rien, en réalité que de bavarder,
et que donc nous nous allons faire le succès de mai 68.
Le grand succès de mai 68, c'est le mouvement de libération des femmes.
C'est-à-dire en 1968, on disait qu'on allait changer le monde sans savoir très bien comment,
mais en 1970, on veut changer le monde tout de suite pour les femmes et pour nos droits.
Et la première cause de blessure, d'handicapes à vie de souffrance, c'est les avortements clandestins.
Simone de Beauvoir l'écrit, il y a à peu près en ce moment-là environ,
entre 600 et 800 000 avortements clandestins en France.
Alors pour faire changer la loi, pour que nous puissions changer la loi, on imagine l'idée d'un manifeste.
C'est-à-dire qu'en réalité, on le doit à une journaliste du nouvel observateur, Nicole Mouchnik,
qui est allée avec Hanselinsky, Hanselinsky, c'est une très grande amie, qui est une des fondatrices du MLF,
qui est d'une génération plus âgée que moi, qui a une génération, si vous voulez,
mais c'est vraiment un pilier du MLF.
Et donc Hanselinsky et Nicole Mouchnik vont aller voir Simone de Beauvoir à peu près une semaine avant que je ne la rencontre,
pour lui parler de cette idée de rédiger un manifeste,
déclarant que nous avons eu des avortements clandestins, que donc nous étions passibles de trois ans de prison,
pour obliger la société française à en parler, puisque c'était le sujet le plus debout.
Et donc Simone de Beauvoir va trouver l'idée excellente,
ce qui explique qu'une semaine après, quand j'arrive chez Simone de Beauvoir avec Gisèle Alimi,
on commence à parler de la stratégie de comment on va faire.
Ça va prendre des mois.
Je crois qu'il faut quand même se rendre compte qu'on n'a pas fait ça sur un coin de table, en disant c'est formidable.
On a vraiment réfléchi, on a réfléchi à la stratégie,
mais il nous est apparu très vite, évident, que la première obligation,
le premier combat, c'était d'obliger la société française à reconnaître
qu'il y avait ce problème de salut public, d'hygiène, de santé publique.
On a travaillé ce qui est extraordinaire, je le trouve encore extraordinaire aujourd'hui,
parce que je n'ai plus 20 ans, donc je mesure.
C'est que beaucoup de femmes cinéastes actrices de cinémas ont signé ce manifeste.
Nous avons eu Nadine Trintignant et Agnès Varda qui nous ont beaucoup soutenu,
et Delfine Sérig, et l'actrice d'Elephine Sérig, qu'on voyait tous les dimanches après midi chez Simone de Beauvoir.
Pour elle, à l'époque, il y a un machisme en bien très puissant dans le monde du cinéma,
et d'ailleurs on voit qu'il est encore actif compte tenu de ce qui se passe dans le monde du cinéma encore aujourd'hui,
avec les actrices, bon, et bien on s'est dit, mais elles ne retrouveront plus jamais de travail.
Elles risquent de briser leur carrière d'actrice, alors déjà les actrices,
quand elles arrivent à 40 ans, c'est déjà beaucoup plus dur d'obtenir des rôles,
donc on pourrait avoir vraiment un problème.
Et bien elles ont voulu signer, et je trouve ça magnifique.
De même, moi je suis la plus jeune cinéataire, je ne vais 21 ans, je venais juste être majeure,
parce que n'oublions pas que la majorité n'était pas 18 ans à l'époque, elle était à 21 ans.
Je n'ai jamais eu d'avortement, j'ai signé un manifeste comme 20% d'entre nous,
avant signer ce manifeste, alors que nous n'avons jamais eu d'avortement.
Il y a 80% de femmes qui ont eu des avortements, parce que ça c'est une question de génération.
J'ai la chance extraordinaire d'être la première génération de la pilule.
C'est vraiment, mais ça s'est joué à deux ans près, j'ai eu la chance de pas avoir eu à recourir à un avortement clandestin,
mais je l'ai signé comme une évidence, et il faut vous dire que mes copines,
puisque j'étais très jeune, elles avaient dix, vingt ans de plus que moi.
La majorité des femmes était à partir de 30, 35 ans, 40 ans.
Elles avaient des emplois et elles avaient tout eu trois, quatre, cinq avortements dans des conditions épouvantables.
Ce n'était pas un avortement clandestin pour des femmes à l'époque, c'était plusieurs,
et dans des conditions effroyables avec souvent des séquelles.
Quand nous l'avons publié, si vous voulez, nous l'avons publié le 5 avril 1971.
Le 4 avril 1971, c'est-à-dire la veille, personne ne parle d'avortement en France.
C'est un sujet tabou qu'on ne parle même pas dans les familles.
Le 5 avril 1971, tous les médias, toutes les radios sont obligés d'en parler, et donc parlent de ce manifeste.
Il se passe deux choses.
D'abord, sur le plan de certaines familles, cela va être dramatique.
C'est-à-dire qu'il y a des familles entières qui sont brisées.
Des parents qui n'adressent plus leurs paroles à leurs enfants, à leurs filles,
des parents qui ont 70 ans et leurs filles de 40 ans,
d'une à l'autre, après quatre ans avortées, ne leur adressent plus la parole.
Des jeunes femmes de ma génération, un peu plus âgées, 25, 30 ans,
elles, leurs parents non plus, ne veulent plus leur parler,
ou bien leurs oncles, leurs tantes, leurs cousins, ne veulent plus jamais entendre parler d'elles.
Enfin, il y a les patrons d'entreprise.
Il y a des femmes qui vont perdre leur emploi.
Donc, cela a été vraiment dramatique, sans ce propre, du terme.
Cela a été un drame pour beaucoup de femmes, pour beaucoup de signataires, ce qu'on oublie aujourd'hui.
Mais en même temps, il s'est passé cette chose extraordinaire.
Des grands-mères ont emmené leurs petites-chilles dans leur chambre et ont fermé la porte.
Et elles ont raconté à leurs petites-chilles tous les avortements qu'elles avaient eus clandestins,
toutes les souffrances dont elles avaient subies.
En disant à leurs petites-chilles, j'en ai eu trois, j'en ai eu quatre,
parce qu'on ne pouvait plus avoir de bouches à nourrir, on n'avait plus les moyens.
Mais je ne peux pas leur raconter.
Et des grands-mères, certaines grands-mères, qui avouaient à leurs petites-chilles
que même les maris ne le savaient pas.
C'était ça, l'histoire des femmes.
C'est-à-dire que ça a commencé à semer une petite graine à libérer,
mais il a fallu que nous fassions beaucoup d'actions pendant quatre ans ensuite
pour qu'en fin, on arrive en 1974,
où les deux candidats à la présidence de la République déclarent qu'ils changeront la loi,
ils la rendront plus humaine sur l'avortement.
Ce sera donc Valérie Jusquard-Estein qui sera élu en 1974, 1974,
et qui va demander à Simone Veil de défendre la nouvelle loi
devant l'Assemblée composée de 90 % d'hommes.
C'est ça qu'elle va faire.
Mais c'est parce que nous avons fait le manifeste.
Progressivement, nous avons vu la société française et l'opinion publique évoluer.
Et c'est comme ça qu'on est arrivés à 1974.
Maintenant, je voudrais juste dire une chose pour tout le monde,
pour les mamans et pour leurs enfants.
Je voudrais dire ce que m'a dit Simone de Beauvoir en 1974.
En 1974, forte de ce succès,
avec l'élection de Valérie Jusquard-Estein, qui tout de suite,
parce qu'il faut le dire,
il a été un politique qui a respecté sa parole,
son engagement tout de suite.
C'est vraiment une des premières choses dont il s'est occupé,
sur cette question, sur la loi, sur l'IVG.
Nous avons organisé une grande fête à la cartoucherie de Vincennes,
grâce à Arjan Mouskine,
enfin, je veux dire, la grande dame du théâtre,
qui est si diataire aussi du manifeste,
et qui a toujours été formidable avec nous.
Les femmes françaises lui doivent beaucoup aussi.
Et donc, nous avons fait des pièces de théâtre, des amusements,
et nous avons eu un monde absolument incroyable.
Tout le monde voulait voir un quart de sampler de MLF en réalité,
et ça a été une fête formidable dans le bois de Vincennes,
qui a duré la journée, Simone de Beauvoir est venu.
Enfin, c'était vraiment très sympathique.
Et le lendemain, j'allais voir Simone de Beauvoir,
parce que j'avais commencé aussi à écrire un peu sur elle.
Donc, je vais la voir, j'ai rendez-vous avec elle,
en tête à tête, toutes les deux.
Ça nous arrivait souvent à ce moment-là.
On se connaissait depuis quatre ans.
Et j'arrive plein d'enthousiasme,
et je bondis sur le fauteuil, sur le crapaud.
Je lui dis, Simone, Simone,
vous avez vu le monde qu'on a eu hier,
vous avez vu, jusqu'à, on va changer la loi sur l'IVG.
Simone, nous avons gagné.
Et là, j'ai, face à moi,
la reine d'Angleterre qui n'est pas contente,
qui se réfleut, je vais dire par là que Simone de Beauvoir,
son côté aristocrate,
dans un temps ressortait, elle se figait,
un peu la reine Elizabeth, vous voyez, quand elle se figait.
Et donc Simone de Beauvoir se fige, blémit,
et elle me dit, d'un air très froid,
mais pas méchant du tout,
adorable, c'était simplement qu'elle réfléchissait.
Elle me dit, oui, Claudine,
nous avons gagné temporairement,
mais nous n'avons pas gagné.
Alors moi, 24 ans, plein d'enthousiasme,
je lui dis, mais comment, Simone,
nous n'avons pas gagné ?
Non, Claudine, il suffira d'une crise politique,
économique ou religieuse
pour que nos droits soient remises en question.
Et alors, elle m'a regardé à ce moment-là,
son visage s'est adouci,
son regard s'est adouci,
elle m'a regardé comme une grand-mère,
elle aurait regardé sa petite fille,
nous avions 42 ans de différence d'âge,
ne l'oublions pas, elle me dit, Claudine,
votre vie durant, vous devrez demeurer vigilant.
Donc c'est ça aussi que je veux dire au maman
et à leurs enfants.
Votre vie durant, vous devrez demeurer vigilant
et vigilant pour les droits humains,
pour nos droits, pour la justice et pour la liberté.
Nouvelle héroïne.
Après des années de combat
aux côtés de Simone de Beauvoir
au sein du MLF,
pour la liberté des femmes
et la lutte contre le sexisme,
Claudine a emprunté le chemin
dont elle avait toujours évépetite,
qui l'a mené au coeur de la diplomatie française,
au prestigieux qu'elle dorsait.
Son engagement indéfectible
et sa passion pour les droits des femmes
l'ont distinguée au point d'être choisi personnellement
par Daniel Mitterrand,
l'épouse de l'ancien président français
pour accueillir Nelson Mandela
lors de sa visite historique en France
après sa libération,
tant célébrée en Afrique du Sud.
Son parcours au ministère des Affaires étrangères
a été jalonné de responsabilité
émission passionnante.
En parallèle, Claudine a su immortaliser
l'héritage de Simone de Beauvoir
ainsi que celui de Marie Curie et de ses filles
dont Irène Joliot-Marie,
prix Nobel de Chiney et Ève Pianiste,
à travers ses écrits,
enrichissant ainsi la littérature féministe et scientifique.
Sa voix continue de résonner au sein
de nombreuses associations
où elle insuffle avec ferveur
son engagement pour l'égalité des sexes.
Rengager une telle femme qui a marché
aux côtés de figures emblématiques
telles que Simone de Beauvoir,
Giselle Alimi et Simone Veil
fut un moment d'une profonde émotion.
Ces femmes qui se sont battues
pour nos droits et nos libertés
incarnent l'esprit de résilience et de courage.
Alors chère nouvelle héroïne,
l'histoire de Claudine est un flambeau
que je te transmets à travers ce podcast.
Aujourd'hui, 50 ans après
l'adoption de la loi sur l'IVG
portée par Simone Veil,
l'inscription du droit à l'avortement
dans la Constitution
représente une victoire historique et collective.
C'est un appel au monde entier
à protéger toutes les femmes
et leur garantir la liberté de choix.
La France est ainsi le seul pays du monde
à l'avoir inscrit dans sa Constitution,
quand l'avortement est encore strictement interdit
dans 24 pays du monde.
Cette évolution souligne un chemin parcouru
depuis les époques
où nos aïeuls étaient privés de droits élémentaires,
comme celui d'ouvrir un compte bancaire
de voter jusqu'à l'accès
à la contraception pour nos grand-mères.
Il est essentiel de se souvenir de ces luttes,
de les partager avec les garçons
et les filles de ta génération
pour continuer à avancer
vers une égalité inconditionnelle.
Ta voix, chère nouvelle héroïne,
est précieuse pour la justice et la liberté.
Alors je te glisse le message de Claudine
qu'elle a partagé à mon micro
et qui s'adresse à toute ta génération.
N'ayez pas peur.
Si vous avez envie de faire un an d'études scientifiques,
allez-y.
Si les garçons vous écartent,
ne vous laissez pas écarter.
Réadissez.
Vous êtes un être humain,
vous avez le droit au respect.
Ne négligez pas l'intelligence artificielle
parce que l'intelligence artificielle,
les études d'intelligence artificielle
vont conditionner votre siècle.
Et votre siècle, c'est le 21e siècle.
Vous ne voulez pas être mis en arrière
et vous retrouver derrière exclu.
N'hésitez pas à faire des formations,
à apprendre,
et n'hésitez pas non plus
à vous amuser,
à plaisanter,
à faire la fête.
On ne vit qu'une fois
et je vais vous dire ma phrase,
le féminisme, c'est dévorer la vie.
Alors allez-y, dévorer la vie,
je vous souhaite beaucoup de bonheur,
je vous souhaite de réaliser vos rêves
et mieux encore de dépasser vos rêves.
Vous pouvez y arriver.
Douvelles héroïnes.
Voilà, c'est à présent l'heure du générique.
Je remercie infiniment Claudine Montaille
pour sa générosité lors de notre échange
et son accueil dans les bureaux de l'UNESCO.
Et bien sûr, la talentueuse Alice Cref
du studio Les belles fréquences
pour le montage, le mixage
et la réalisation sonore de cette mini-série.
Juste avant d'écouter une autre histoire,
j'ai quelques messages à te dire.
Si c'est la première fois que tu écoutes ce podcast,
merci, merci d'être venu jusque là.
Je t'invite à t'abonner
pour ne pas rater les prochaines histoires.
Pour soutenir le podcast,
parlez-en autour de toi et à ton école
et serrez sur le micro.
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ou grands frères et grand-sœurs
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Ça me fera très très plaisir
et comme ça je pourrais te dédicasser
une prochaine histoire.
Je compte sur toi.