Tu savais toi que quand ça du tête est petit, faisais aussi des bêtises ?
Rien que moi une bêtise, une petite.
Une énorme, ouh !
Non, ordre ma voix.
Ça, c'est une grosse bêtise.
Oups !
C'est ta sprave !
C'est pas moi !
Bonjour, je m'appelle Louis-Napoléon,
je suis conservateur du musée des arts décoratifs de Strasbourg,
et quand j'étais petit, j'ai fait une grosse bêtise.
Je devais avoir 5 ou 6 ans,
et j'avais décidé de jouer aux aventures d'Hercules Poirot.
Je m'appelle Hercules Poirot.
Non, c'est pas ça.
Hercules Poirot, c'est un personnage de la romancière britannique Agatha Christie,
une dame qui écrivait des romans policiers dans les années 1920,
et si j'étais trop petit pour avoir lu ses livres,
j'en avais vu certains à la télévision.
Monsieur Poirot.
Mergi.
Hercules Poirot, il est belge dans l'histoire,
et il a un look incroyable.
Il a des grandes moustaches recourbées,
il a toujours un chapeau de paille sur la tête,
il a toujours des costumes en l'imblant très élégant,
il a une allure un peu ridicule,
et c'est fait exprès parce qu'Aggatha Christie veut insister
sur le fait qu'on s'en méfie pas
et qu'il va toujours réussir à coincer le coupable.
Poirot voudrait poser ses propres questions.
Oui, nous l'avons déjà fait.
Ça m'avait beaucoup plu, d'abord parce qu'il y avait des enquêtes,
et qu'on se demandait toujours comment ce détective allait réussir
à coincer les coupables.
Je voudrais poser mes propres questions, moi-même,
aspecteur Hardcastle.
Et puis, surtout, j'avais aimé l'univers dans lequel ça se passe
parce que c'était toujours des atmosphères luxueuses,
il y avait des trains de luxe comme l'Orient Express
qui ressemblait à un vrai palace,
il y avait des croisières sur le Nil,
il y avait des voitures anglaises avec des belles dames,
des messieurs en redingotes.
Et donc moi j'avais décidé, dans ma chambre,
de reconstituer un paquebot de luxe de ces années-là.
Loupe, des roues, plateau en argent, ok, c'est pas mal.
Et puis j'avais remarqué que dans les aventures d'Hercule Poirot,
très souvent, il y avait une sonnette pour appeler les domestiques.
Adorance, la sonnette, je n'ai pas de sonnette.
Et dans l'appartement parisien où nous vivions,
qui datait lui-même des années 1920,
je savais qu'il y avait dans la salle à manger un vieux système
qui marchait toujours.
Alors, bien sûr, il n'y avait pas de domestique dans la maison,
mais dans mon aventure, dans les années 20,
il était évident qu'il fallait faire intervenir le valet,
le serviteur, comme dans les films.
Et c'était une bonne façon aussi de l'interroger
pour essayer de coinser le coupable.
Permettez, j'appelle votre domestique.
Je calque question à l'épouser.
On allait donc le faire intervenir avec la sonnette.
C'était sous la table, une pédale en bois et en cuivre
qui était branchée dans une prise du parquet.
Et quand la maîtresse de maison appuie dessus
avec la pointe du pied, ça sonnait dans la cuisine.
Autrefois, ça avait été inventé
pour prévenir qu'il fallait changer les plats,
passer au dessert, etc.
Et voilà, madame et servie.
Et nous, on s'en servait pas tous les jours,
mais je savais que ça fonctionnait encore.
Je savais aussi que les enfants n'avaient pas trop le droit de jouer avec.
C'est pour ça que j'ai attendu d'être sûre qu'il n'y ait personne dans la salle à manger.
Bon, lui, t'es gentil, ce soir tu débarrasses la table,
tu mets tout dans la cuisine, je ferai la vaisselle demain.
J'ai un coucher.
Puis je me suis glissée sous la nappe,
je me suis assis sous la table
et j'ai fourré la pédale dans mes vêtements
pour la ramener dans ma chambre.
Et la grosse déception.
Mais ça m'énerve, ce truc !
Une fois dans ma chambre, je me suis aperçu
que la prise de cette pédale ne rentrait pas du tout
dans la prise électrique qu'il y avait dans ma chambre.
Vous pouvez y avoir, comment je peux arranger ça ?
Alors ce que je savais pas à mon âge, c'est que c'était fait exprès.
Une pédale de sonnette, c'est un courant très faible,
c'est 6 ou 12 volts, c'est à peu près
ce qu'on produit quand on pédale sur sa bicyclette
pour éclairer le phare.
Alors que la prise que j'avais dans ma chambre,
c'est ce qu'on appelle le secteur, c'est du courant qui est puissant.
On peut faire tourner une machine à laver ou une télévision.
Et il ne faut surtout pas y toucher.
Et il me suffit de rassurer, c'est la bombe,
c'est toute petite prise de la pédale au courant normal.
Et il faut évidemment, jamais mélanger des systèmes
qui n'ont rien à voir.
Euh, il faut rien voir.
Moi je savais pas ça, ce que je voulais, c'était faire sonner ma sonnette.
Alors j'ai réfléchi à un système
et j'ai trouvé sur l'aspirateur de la maison,
un petit adaptateur, qui était encore un peu trop petit.
Alors je l'ai un peu découpé avec des ciseaux de cuisine
et puis, ça s'est adapté, j'ai pu mettre ma pédale
dans ma prise de courant.
Oui !
Formidable, je pouvais commencer les aventures d'Hercule Poirot.
Permettez j'appelle vos sous-domestiques,
j'ai quelques questions à lui poser.
J'ai appuyé sur la pédale
et tout l'immeuble a été plongé dans le noir.
Remarquez, ça a quand même un peu marché.
Parce que au lieu de faire intervenir un domestique imaginaire dans mon aventure,
ça a tout de suite fait arriver ma maman.
Oh mon Dieu ! Mais qu'est-ce qui s'est passé ?
Je crois pas qu'elle m'est tellement grondée.
D'abord parce que j'étais le plus petit de ces dix enfants
et elle me grondait pas très souvent.
Mais regarde moi, mais tu as raboté les fils électriques ?
Découper les prismes ?
On l'a pas, on ne joue pas avec le courant.
Mais tu te rends compte du danger que ça ?
Et aussi je pense qu'elle a quand même trouvé mon système ingénieux.
Il y avait de l'idée, comment dire.
Sacré petit Louis.
Sacré petit Louis.
Et puis mon papa a fini par rétablir l'électricité,
alors ça tombait bien parce que c'était son métier
de concevoir des systèmes électriques.
Lui m'a peut-être un peu grondé.
Sacré petit Louis, c'est tout ce que tu trouves à dire
quand ton fils joue avec l'électricité de la maison ?
Non mais je rêve !
Et surtout pour terminer mon aventure,
on m'a prêté une petite sonnette en argent.
Beaucoup plus luxueuse que ma vieille pédale en bois
pour que je puisse appeler mon domestique.
Et alors là j'avais ce bel objet, j'étais ravi.
C'est un petit cadeau, mais ça reste entre nous.
Alors aujourd'hui, presque 40 ans après,
je suis conservateur d'un musée d'artéco,
c'est-à-dire que je prends soin de tous ces beaux objets
si élégants, si luxueux, qui m'avaient fasciné
quand les aventures télévissées terculent foireaux.
Et grâce à ma maman, je sais aujourd'hui
qu'il ne faut pas renoncer à être créatif.
Vous ne croyez pas ?
C'est vraiment petit Louis,
mais à condition qu'on aime de s'enseigner
sur les risques qu'on prend,
il s'agit pas de faire exploser la maison.
On ne touche pas à l'électricité.
Jamais, ce n'est pas un jour.
Allez, raconte-moi un con de bêtises.
...