les comptes du renard blanc, règlements au point.
Goupil avait un ennemi. Pour mieux dire, il avait partout des ennemis,
mais il en avait un pire que les autres, car à l'inimité se mêlait une jalousie intense.
Cet ennemi, c'était Groniard, le chien de garde du domaine de Trènefeuille.
Que Goupil et Groniard se trouvent en présence et c'est la bataille.
« Lande-nous et de trop ici ! » dit le chien. « Il faut que l'hande-nous disparaisse.
« Soit, permettez-moi, mon bon Groniard, de vous faire une proposition », répondit Goupil d'une
voix mielleuse. « Nous allons nous battre, loyalement, au point, à la moderne, et celui qui sera
knock-out, quittera le pays. « « C'est entendu », dit Groniard. « Allez chercher vos gants de boxe,
moi je vais chercher les miens ». Groniard, les gants aux pattes, attendit de pied ferme son adversaire.
Il attendit un certain temps. À vrai dire, Goupil demeurait assez loin,
mais il avait aussi occupé son temps à se procurer des gants de boxe d'une espèce toute particulière.
Rengonterant en effet sur son chemin d'œil risson, il leur tinte à peu près ce langage.
« Mes amis, vous vous savez que vous n'avez rien à craindre de moi et que toujours je vous ai
laissé vivre en paix sans jamais même vous inquiéter une seconde ? « « Oui », répondit les hérissons.
« Aujourd'hui, vous avez l'occasion de me prouver votre gratitude en me rendant un léger service.
« Parlez, Goupil, et si nous pouvons ? » « Je dois, dans un quart d'heure, me battre au point avec
Groniard. Et comme je n'ai pas de gants de boxe, vous allez m'en tenir lieu en vous roulant en boule autour de mes points.
« « Entendu », s'écrièrent les hérissons, et comme il était convenu, il se roulait en boule.
Ainsi ganté, le renard courut à la rencontre de son adversaire.
Et la bataille commença. Je vous laisse à penser ce qu'elle fut. À chaque swing du renard, le museau de Groniard était percé de 150 d'art bien affilé.
Deux minutes après, le chien, là de combattre, demandait grâce en savouant knock out. Sa face, sa poitrine et ses épaules étaient percées de mille trous, et on entendit, à un kilomètre, à la ronde, ses aboiements douloureux.
Clopin clopin, il gagna sa niche et tomba lourdement sur le sol.
Toute la basse cour vint le visiter. Le visage des curieux décelait des sentiments de satisfaction sournoise et d'ironie cachée, tant il est vrai que les faibles voient toujours d'un œil satisfait la souffrance d'efforts.
Et c'est ainsi que Goupil le rusait, se débarrassa de son ennemi Groniard, le terrible.