
L’ogre et le musicien | Saison 1 - Épisode 4
Durée: 6m48s
Date de sortie: 10/02/2021
Au Musée de la musique, on peut admirer l’octobasse. Comment a-t-on eu l’idée folle de construire un instrument pareil, dont seul un géant pourrait jouer ?
par François Vincent
Conte-moi la musique.
Un podcast de la phyla harmonie de Paris pour les trois huit ans.
Il y avait un garçon qui jouait du violon.
On l'appelait le violonneux.
Ce jour-là, il revenait d'une fête.
Il avait bien fait danser les gens, il avait bien mangé,
il était content.
Il traversait la forêt en sifflotant.
Quand tout à coup sur le chemin, il voit surgir un oeuvre.
Un oeuvre freux, sale, purant.
Le violonneux, à moitié mort de peur, lui dit, je vous en supplie.
Laissez-moi tranquille.
Si vous voulez, je vous donne mon violon.
Il a beaucoup de valeur, vous savez.
Mais l'oeuvre auricane, ton quoi ?
Ton bout de bois, là ?
J'ai pas besoin de ça, moi.
C'est toi que je veux.
Et sur ces mots, il attrape le garçon et l'emmène dans sa grotte.
Là, il le jette sur un tas de bois
et puis il pousse un énorme rocher pour fermer l'entrée de la grotte.
Le garçon est désespéré.
Il n'a qu'une envie, s'est pleuré.
Mais par instinct, il prend son violon
et fait glisser l'archer sur les cordes.
Une mélodie triste comme un long sanglot
se répand dans la grotte.
L'oeuvre n'avait jamais entendu de violon.
Le voilà pris de frisson.
Et puis l'arme coule sur sa joue.
Et une autre, et une autre.
Et bientôt, une rivière de l'arme s'échappe des yeux de l'oeuvre.
Et il pleure tant et si bien qu'à la fin,
il s'endort comme un bébé.
Quand le violonneux entend le monstre ronfler,
il embrasse son violon.
Oh merci, mon ami, tu m'as sauvé la vie.
La nuit passe, le jour se lève.
L'oeuvre se réveille.
Il regarde le garçon avec de gros yeux gourmands.
J'ai faim !
Aussitôt, le musicien prend son violon
et se dépêche de jouer une mélodie triste comme un long sanglot.
Seulement cette fois, l'oeuvre ne verse aucune larme.
Tu peux bien frotter ton bout de bois tant que tu veux.
Hier, j'étais fatigué, j'ai pleuré.
Mais aujourd'hui, je suis en pleine forme.
Je vais retenir mes larmes et te manger.
Alors, le musicien se dit que c'est le moment de changer de style.
C'est l'heure de la danse.
Il donne des petits coups d'archers rapides et bien rythmés sur les cordes.
Une musique joyeuse, excitante, sans vol de son violon.
L'oeuvre ne peut pas résister.
Il bondit sur ses pieds et se met à danser.
Il tourne autour du feu en balançant des fesses, en tapant dans les mains.
C'est bon !
C'est tellement bon qu'il danse toute la journée.
Et quand la nuit tombe, il est épuisé.
Alors, le violonneux lui joue une berceuse,
très lente, très douce, très calme.
Et l'oeuvre se laisse délicieusement bercer par les sons du violon.
De nouveau, il s'endort comme un bébé.
La nuit passe, le jour se lève.
L'oeuvre ouvre les yeux, regarde son prisonnier et lui dit,
« Toi, je ne te mangerai pas.
Toi, tu vas rester avec moi.
Toi, tu vas jouer de ton bout de bois pour me faire danser le jour et dormir la nuit.
Le violonneux n'a pas vraiment le choix.
Il joue pour l'ogr' tout le lundi.
Il joue pour l'ogr' tout le mardi, le mercredi, le jeudi, le vendredi.
Mais quand vient le samedi, il se révolte.
« J'en ai marre.
Je veux rentrer chez moi.
Je veux voir ma famille, je veux voir mes amis.
»
Tellement l'ogr' ricanne de toutes ces dents jaunes et noires.
« Pas question, mon petit.
Maintenant que tu m'as fait découvrir la musique,
j'en veux tous les jours.
Écoute, ogr', si tu aimes tellement la musique,
tu n'as qu'à en jouer toi-même.
Et en disant ça, le garçon met son violon dans la main de l'ogr'.
Seulement dès que cette main énorme se referme sur l'instrument,
on entend le bruit du bois qui craque.
Le garçon s'écrit, « Arrête, tu vas le casser ! »
L'ogr' lui rend l'instrument.
« Tu vois, je ne pourrais jamais faire de musique, moi, je suis trop gros.
Mais non, lui répond le garçon, tu n'es pas trop gros.
C'est le violon qui est trop petit pour toi.
Mais j'ai une idée.
Et il demande à l'ogr' d'aller chercher du bois dans la forêt.
Ensuite, il lui donne des instructions.
Il faut que tu coupes une planche comme ceci,
une autre planche comme celle-là.
Celle-là, il faut la tailler.
Là, il faut percer, coller, polir, raboter, vernir.
Et au bout de longues heures de travail,
les deux apprentis luthiers peuvent admirer
le résultat de leurs efforts.
Un instrument à la taille de l'ogr'
comme une gigantesque contrebasse.
Alors le violonneur lui demande,
« Et maintenant, je peux rentrer chez moi ? »
Cette fois, l'ogr' dit oui.
Le garçon s'en va.
Mais avant de partir, il promet à l'ogr'
de revenir pour son anniversaire
et tous les deux donneront un merveilleux concert.
On raconte que c'est en entendant cette légende
que Jean-Baptiste Vuillom a eu l'idée
de construire un instrument
qui joue des notes aussi graves
que la voix d'un ogr'.
Cet instrument, on peut le voir au Musée de la musique.
Il s'appelle l'Octobas.
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Des histoires fabuleuses, drôles et poétiques, imaginées à partir des instruments du Musée de la musique.Illustrations © Frédérick Mansot
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Le musicien à l’instrument invisible | Saison 1 - Épisode 5