La toile sur écoute !
Ce premier épisode a été réalisé grâce à Shaffer.
Vous savez, cette marque de stylo plume qu'on avait dans les années 90
avec ses petites cartouches d'encre dans leur boîte de 6.
Tu aurais pas une petite cartouche, top-lay ?
Ah non, désolé, j'ai que des grandes.
Je sais pas vous, mais moi j'ai toujours rêvé d'avoir une copine qui s'appelait Claudia dans ma classe,
à qui je pouvais faire la blague.
Et Claudia, Shaffer, hein, pas Waterman !
Salut les arnaqueurs, c'est Penelope !
Eh oui, Penelope, c'est mon vrai prénom, génial !
Dans ce premier épisode de l'arnaque, je vais vous raconter une histoire qui m'est arrivée
et qui a structurellement changé le cours de ma vie.
Sans vous spoiler, je peux vous dire qu'à la fin je me suis bien ramassée,
mais pas comme on s'imagine, j'ai été ma propre arnaque,
juste parce que j'avais peur.
En vrai, je suis comme tout le monde, hein.
34 ans, parisienne, célibataire, et j'ai fait des études.
Alors comme 80% des étudiants, en sortant du bac,
je n'avais pas du tout ce que je voulais faire,
et vous savez, on vous demande de réfléchir à ce que vous avez envie de faire,
plus tard dans la vie.
Moi, je n'avais aucune idée.
Du coup, j'y ai réfléchi, et en fait, ça n'a pas du tout réussi,
puisque je me suis retrouvé à faire du droit.
Du droit.
Pendant 4 ans.
Ouais, j'ai vomi du droit pendant 4 ans.
Tous les matins, il y avait des articles du Code civil qui flottaient partout dans mon évie.
Un soir, je suis avec une copine et on va prendre un verre dans un bar à Paris.
Et là, on rencontre un gars qui nous dit qu'il est directeur des ateliers de sèvres.
Alors les ateliers de sèvres, c'est une école qui prépare la Saint-Martine-Zobozar,
enfin, c'est une école d'art, quoi.
Et moi, je lui dis à ce type que j'adorerais faire une école d'art,
mais que j'ai vraiment aucun talent,
ni pour dessiner, pour peindre, pour colorier,
que je ne suis vraiment pas du tout doué entre un beau manuel,
mais que j'ai plein d'idées, de l'imagination,
je suis créatif, dynamique, enfin, j'essaye de me vendre.
Et là, il me dit, mais c'est génial,
mais alors, c'est beaucoup trop tard pour t'inscrire.
Ah.
Donc là, j'ai fait ce qu'on appelle une pénélopade.
Une pénélopade, c'est le fait d'obtenir ce qu'on veut,
à priori impossible à avoir, mais par l'usure.
Alors avant de se lancer dans une pénélopade,
il faut savoir que les conséquences sont drastiques.
Soit vous réussissez, et vous êtes la reine du monde,
soit vous échouez, et clairement,
le mec en face de vous ne vous aura plus jamais vouloir.
Donc concrètement, il n'y a pas de technique particulière pour la pénélopade.
Vous le saulez, vous insister, vous faites votre mignonne,
puis vous continuez.
Vous le saulez, vous insister, et c'est ce que j'ai fait.
Au bout de 30 minutes, je t'avends de partir,
il me lâche sa carte nonchalamment, comme ça, sur le bar,
et il me dit bon, t'as l'air tellement motivé que je vais t'ouvrir un créneau.
Et là, il me donne une date pendant 15 jours.
Je lui dis, mais c'est génial, trop bien, c'est quoi le thème, faut que je prépare quoi ?
Il n'y a pas de thème, c'est carte blanche, je prépare ce que tu veux.
Donc là pendant 15 jours, je me prends la tête, je bosse comme une tarée,
puis je prends une feuille-canson, et je décris toute une histoire autour du paradis.
Qu'est-ce que serait le paradis pour moi ?
Le paradis, pour moi, ce serait un espace où les gens se baladent tout nu,
comme ça, ça efface les inégalités, je colle à droite à gauche les morceaux de coton pour faire les nuages,
je fais des sortes de sculptures en fil de fer pour délimiter les frontières du paradis,
je fous même des mégots usagers que je ramasse par terre, que j'aggrave pour que ça représente l'enfer,
franchement, objectivement, mon truc ne ressemble à rien, c'est Dine, un artiste contemporain.
Mais bon, le mec m'a dit qu'on s'en foutait de la réelle et que ce qui comptait, c'était les idées.
Donc je suis assez confiante.
Et puis, deux jours avant l'entretien, je vois une copine,
et je raconte ma rencontre avec ce type d'ateliers de sèvres.
Et là, elle me dit, ohlala, mais c'est mon rêve, t'as trop de chance,
j'ai voulu m'inscrire mais c'était trop tard, du coup j'ai fait le pied de gruure en bas d'ateliers de sèvres
pour attendre le directeur, mais il n'est jamais venu, j'ai trouvé son Facebook, il m'a pas répondu
et puis j'ai déjà réfléchi à ce que je lui présenterai, je voudrais faire un rond en tercuitre
qui représenterait le région du monde et... ohlala.
Et là, en fait, pendant qu'elle me fait sa tirade, je me compare à elle
et je me sens pas du tout légitime à aller à son rendez-vous.
Et surtout, en fait, je me dis que j'ai l'opportunité de ne pas me ramasser,
de ne pas m'afficher avec cette feuille de cançons et ses mégots usagers collés dessus
et que j'ai l'opportunité de ne pas savoir si j'ai du talent ou pas.
Du coup, je lui dis, tu sais quoi Juliette, je te donne ma date.
Tu te points au rendez-vous à ma place, oh mais non mais tu rigoles ou quoi ?
Je te la file, je suis sûr qu'il dirait rien,
de toute façon, il ne souvient même plus de ma tête
et puis quand il y a, tu déroutes ton truc et il pourra pas te dégager.
Elle y est allée, elle a été prise
et moi, j'ai vomi du droit pendant quatre ans.
Et ouais, c'est ça de ne pas faire, c'est ça d'avoir peur,
on passe à connaître plein de choses, parce qu'en fait, l'arnaque, c'est soi-même.
Franchement, on n'en sait rien,
mais si ça se trouve, il aurait trouvé chambé mon paradis.
Et si vous voulez savoir ce que je suis devenu après mes quatre endroits,
écoutez l'épisode numéro 2.
La toile sur écoute.