Le Schilling d'Argent, de Hans Christian Andersen

Durée: 14m55s

Date de sortie: 08/01/2024

Il y avait une fois un schilling. Lorsqu'il sortit de la Monnaie, il était d'une blancheur éblouissante ; il sauta, tinta : « Hourrah ! dit-il, me voilà parti pour le vaste monde ! » Et il devait, en effet, parcourir bien des pays...
 
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Le Chilling d'argent
D'après Hans Christian Andersen, Interprétation Chloéorie
Il y avait une fois un Chilling. Lorsqu'il sortit de la monnaie, il était d'une blancheur
éblouissante. Il sauta, teinta.
« Hooray ! » dit-il. « Me voilà parti pour le vaste monde. »
Et il devait, en effet, parcourir bien des pays. Il passa dans les mains de diverses
personnes. L'enfant le tenait ferme avec ses menottes chaudes. L'avard le serrait
convulsivement dans ses mains froides. Les vieux le tournaient, le retournaient. Dieu
sait combien de fois avant de le lâcher. Les jeunes gens le faisaient rouler avec insouciance.
Notre Chilling était d'argent de bonne aloie, presque sans alliage. Il y avait déjà un
an qu'il trottait par le monde sans avoir quitté encore le pays où on l'avait monnaillé.
Un jour en fin, il partit en voyage pour l'étranger. Son professeur l'emportait par Mégarde.
Il avait résolu de ne prendre dans sa bourse que de la monnaie du pays où il se rendait.
Aussi fut-il surpris de retrouver au moment du départ ce Chilling égaré.
« Ma foi, gardons-le ! » se dit-il. « Là-bas, il me rappellera le pays. »
Il laissa donc retomber au fond de la bourse le Chilling qui bondit et raisonna joyeusement.
Le voilà donc parmi une quantité de camarades étrangers qui ne faisaient qu'aller et venir.
Il en arrivait toujours de nouveau avec des effigies nouvelles et il ne restait guerre en place.
Notre Chilling, au contraire, ne bougeait pas. On tenait donc à lui. C'était une honorable distinction.
Plusieurs semaines s'étaient écoulées, le Chilling avait fait déjà bien du chemin à travers le monde,
mais il ne savait pas du tout où il se trouvait.
Les pièces de monnaies qui survenaient lui disaient les unes qu'elles étaient françaises, les autres qu'elles étaient italiennes.
Tels qui entraient lui a pris qu'on arrivait en telle ville, mais tels autres qui arrivaient dans tel autre ville.
C'était insuffisant pour se faire une idée du beau voyage qu'ils faisaient.
Au fond du sac, on ne voit rien et c'était le cas de notre Chilling.
Il s'avisa un jour que la bourse n'était pas fermée.
Il glissa vers l'ouverture pour tâcher d'apercevoir quelque chose.
Mal lui prit d'être trop curieux, il tomba dans la poche du pantalon.
Quand le soir son maître se déshabilla, il en retira sa bourse, mais il essa le Chilling.
Le pantalon fut mis dans l'antichambre avec les autres habits pour être brossés par le garçon d'hôtel.
Le Chilling s'échappa de la poche et roule à par terre.
Personne ne l'entendit, personne ne le vit.
Le lendemain, les habits furent rapportés dans la chambre, le voyageur les revêtit, quitta la ville, laissant là le Chilling perdu.
Quelqu'un le trouva et le mit dans son goussé, pensant bien s'en servir.
« Enfin, » dit le Chilling, « je vais donc circuler de nouveau et voir d'autres hommes et d'autres mercs et d'autres usages que ceux de mon pays.
Lorsqu'il fut sur le point de passer en de nouvelles mains, il l'entendit ses mots.
Qu'est-ce que c'est que cette pièce ? Non, je ne connais pas cette monnaie, c'est probablement une pièce fausse. Je n'en veux pas, elle ne vaut rien.
C'est en ce moment que commencent en réalité les aventures du Chilling.
Et voici, comme il racontait plus tard à ses camarades, les traverses qu'il avait essuyées.
Elle est fausse, elle ne voit rien.
« Ah, c'est maux ! » disait le Chilling, « je vibrais d'indignation.
Ne savais-je pas bien que j'étais de bon argent, que je sonnais bien et que mon empreinte était loyale et authentique.
« Ces gens se trompent, » pensais-je, « ou plutôt, ce n'est pas de moi qu'ils parlent.
Mais non, c'était bien de moi-même qu'il s'agissait, c'était bien moi qu'ils accusaient d'être une pièce fausse.
« Je la passerai ce soir à la faveur de l'obscurité, ce dit l'homme qui m'avait ramassé, et c'est ce qu'il fit en effet.
Le soir, on m'accepta sans m'audir.
Mais le lendemain, on recommença à manger au yé de plus belle.
« Mauvaise pièce, disait-on, tachons de nous en débarrasser.
Je tremblais entre les doigts des gens qui cherchaient à me glisser furtivement à Autry.
Malheureux que je suis, à quoi me sert-il d'être si pur de tout alliage et d'avoir été si nettement frappé.
On n'est donc pas estimé dans le monde à sa juste valeur, mais d'après l'opinion qu'on se forme de vous.
Ce doit être bien affreux d'avoir la conscience chargée de faute,
puisque même innocents ont souffre à ce point d'avoir seulement l'air coupable.
Chaque fois qu'on me produisait à la lumière pour me mettre en circulation, je frémissais de crainte.
Je m'attendais à être examiné, scruté, pesé, jeté sur la table, dédénier et enjoyé comme l'œuvre du mensonge et de la fraude.
J'arrivais ainsi entre les mains d'une pauvre vieille femme.
Elle m'avait reçu pour sa l'air d'une rude journée de travail.
Impossible de tirer parti de moi, personne ne voulait me recevoir.
C'était une perte sérieuse pour la pauvre vieille.
T'as vu, il nous dit même plus bonjour.
Ah, mais ça, c'est depuis que monsieur a un petit placement.
Bonjour, mesdames.
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Me voilà donc réduite, se dit-elle, à tromper quelqu'un en lui faisant accepter cette pièce fausse.
On sait bien contre mon gré, mais je ne possède rien et je ne puis me permettre le luxe de conserver un mauvais chilling.
Oh ma foi, je vais le donner au boulanger qui est si riche.
Cela lui fera moins de torques à n'importe qui.
C'est mal néanmoins ce que je fais.
Faut-il que j'ai encore le malheur de peser sur la conscience de cette brave femme, me dit Jean-Soupéran.
Ah, qui aurait supposé en me voyant si brillant dans mon jeune temps qu'un jour je descendrai si bas ?
La vieille femme entra chez l'opulent boulanger, celui-ci connaissait trop bien les pièces ayant cours pour se laisser prendre,
et il me jeta à la figure de la pauvre vieille qui s'en a la honteuse et s'en pint.
C'était pour moi le comble de l'humiliation.
J'étais désolé et navré, comme peut-être un chilling méprisé dont personne ne veut.
La bonne femme me reprit pourtant, et de retour chez elle, elle me regarda de son regard bienveillant.
Non, dit-elle, je ne veux plus chercher à attraper personne.
Je vais te trouer pour que chacun voit bien que tu es une pièce fausse.
Mais l'idée m'en vient tout un coup.
Qui sait, ne serais-tu pas une de ces pièces de monnaie qui portent bonheur ?
Oh, j'en ai comme un pressentiment.
Oui, oui, c'est cela, je vais te percer au milieu et passer un ruban par le trou.
Je t'attacherai au coup de la petite fille de la voisine et tu lui portes bonheur.
Elle me transperça comme elle l'avait dit, et ça ne fait pas pour moi une sensation agréable.
Toutefois, de ceux dont l'intention est bonne, on supporte bien des choses.
Elle passa le ruban par le trou.
Me voilà transformée en une sorte de médaillon, et on me suspend au coup de la petite qui toute joyeuse me sourit et me baise.
Je passais la nuit sur le sein innocent de l'enfant.
Le matin venu, sa mère me prie entre les doigts et me regarda bien.
Elle avait son idée sur moi, je le devinais aussitôt.
Elle prie des ciseaux et coupe le ruban.
Oh, tu es un chilling qui porte bonheur, dit-elle.
C'est ce que nous verrons.
Elle me plongea dans du vinaigre.
Oh, God, le bain pénible que je subis, j'en devins vers d'âtre.
Elle m'est ensuite d'une mastic dans le trou, et sur le crépuscule,
elle lâche le recevœur de la loterie afin d'y prendre un billet.
Je m'attendais à un nouvel affront.
On allait me rejeter avec dédain et cela devant une quantité de pièces fiers de l'oricle.
J'échappais à cet affront.
Il y avait beaucoup de monde chez le recevœur, il ne savait qui entendre.
Il me lança parmi les autres pièces et, comme je rendis un bon son d'argent, tout fut dit.
J'ignore si le billet de la voisine sortit au premier tirage,
mais ce que je sais bien, c'est que le lendemain, je fût reconnu de nouveau pour une mauvaise pièce
et mise à part pour être passée en freud.
Mais misérable peregrination recommencèrent.
Je roulais, de main en main, de maison en maison, insulté, mal vu de tout le monde.
Personne n'avait confiance en moi et je finis par douter de ma propre valeur.
Dieu, quel affreux temps ce fut là.
Arrivent un voyageur étranger.
On s'empresse naturellement de lui passer la mauvaise pièce, qu'il prend sans la regarder.
Mais, quand il veut me donner à son tour, chacun se récrie.
Elle est fausse, elle ne vend rien.
Voilà les affligentes paroles que je fût condamnées pour la sontième fois à entendre.
Me l'apportant donner pour bonne, dit l'étranger en me considérant avec attention.
Un sourire s'épanouit tout à coup sur ses lèvres.
C'était extraordinaire.
Tout autre était l'impression que je produisais habituellement sur ceux qui me regardaient.
Tiens, c'est Criotile, c'est une pièce de mon pays.
Un brave et honnête chilling.
On l'a trouée, on l'a traité comme une pièce fausse.
Je vais le garder et le remporterai chez nous.
Je fût, à ces mots, pénétré de la joie la plus vive.
Depuis longtemps, je n'étais plus accoutumé à recevoir des marques d'estime.
On m'appelait un brave et honnête chilling.
Et bientôt, je retournerai dans mon pays, où tout le monde me ferait fête, comme autrefois.
Je crois que, dans mon transport, j'aurais lancé des étincelles si ma substance l'avait permis.
Je fût enveloppé dans du beau papier de soie, afin d'une plus être confondue avec les autres monnaies.
Et lorsque mon possesseur rencontrait des compatriotes, il me montrait à eux.
Tous disaient du bien de moi et l'on pourrait tant des mêmes que mon histoire était intéressante.
Enfin, j'arrivais dans ma patrie.
Toutes mes peines furent finies et j'aurais pris un nouveau plaisir à l'existence.
Je n'éprouvais plus de contrariété, je ne subissais plus d'affaires.
J'avais l'apparence d'une pièce fausse à cause du trou dont j'étais percée, mais cela n'y faisait rien.
On s'assurait tout de suite que j'étais de bonne à loi et l'on me recevait partout avec plaisir.
Ceci prouve qu'avec la patience et le temps,
on finit toujours par être appréciés à sa véritable valeur.
C'est vraiment ma conviction.
Dis le Schilling en terminant son récit.
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Ce que j'entends le plus souvent de la part des recruteurs, c'est...
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