Coucou, c'est Mathieu. Pour vous permettre de continuer à écouter les petites histoires gratuitement,
j'ai décidé de faire appel à des sponsors. En écoutant leurs messages publicitaires,
vous nous permettez de continuer à imaginer des tas d'histoires pour vous. Merci de votre soutien.
Avant d'écouter votre histoire, je dois vous parler d'un endroit mémorable.
Imaginez. Une maison cachée au cœur d'une forêt de pain ou les branches murmurent des secrets au vent.
La plage semble s'étendre jusqu'au bout du monde, et des sentiers mystérieux serpentent entre forêt et océan
promettant mille aventures à pied ou à vélo. Cet endroit rêvé, c'est Seigneus,
et j'ai pu y s'y joindre en réservant sur AirBnb. J'y ai passé d'incroyables vacances avec ma compagne,
mes enfants et leurs meilleurs amis. Chacun avait son petit royaume, sa chambre. Notre cuisine était
comme une grande table de banquets où tout le monde se retrouvait. Et, cerise sur le gâteau, on avait un jardin
parfait pour papoter jusqu'au bout de la nuit. C'était un endroit idéal pour déconnecter et
construire de super souvenirs pendant les grandes vacances. D'ailleurs, si on a fait un aussi bon choix,
c'est grâce aux coutures voyageurs sur AirBnb qui nous ont permis de piocher parmi les logements que
d'autres voyageurs avaient adorés. Et maintenant, place à votre petite histoire.
Les petites histoires de telle vie.
Monsieur Hiccol. Bougainville est un petit village de montagne. Bien qu'il compte une majorité
de vieilles personnes passant leur journée à jouer au boule, au domino et au dame, la bourgade
abrite une école. Autrefois, fière et pleine de vie, elle n'accueille aujourd'hui plus qu'une
seule classe où tous les niveaux se mélangent. Un joli bazar habilement dirigé par la vénérable
Josiane Frolin. Malgré son dos voûté, son visage chiffonné de ride et ses lunettes à triple foyer
qui lui donne un air de hibou perdu, la vieille maîtresse déborde d'énergie. Ces cours sont
de vrais spectacles que les enfants ne rattraient pour rien au monde. Sauf quand ils ont une envie
pressante comme un haïs. Pour ne manquer aucune miette de la leçon sur la première guerre mondiale,
sa période préférée, la fillette se tortille pour se retenir. En vain. Alors, pour éviter une
catastrophe technique, elle se ruit aux toilettes. Mais lorsqu'elle ouvre la porte, la poignée lui reste
dans les mains. « C'est si triste de finir ainsi. Enfin, j'aurais eu une vie bien remplie. »
La stupeur fait s'envoler l'envie pipi d'Anaïs. Il y a quelqu'un dans les toilettes. Un vieux
du village se serait perdu. Il ne manque pas de toupets. En plus, ces toilettes-là sont réservées
aux filles. Sentant son envie pipi revenir au triple galot, Anaïs prend son courage à
deux mains et toque, en françant fort les sourcils. « Monsieur, faut sortir. C'est pas vos toilettes.
J'ai très, très envie de faire pipi. » Pas de réponse. Perplexe, Anaïs colle son oreille
à la porte. Elle n'entend rien. Sentant qu'elle ne peut plus se retenir, elle s'empresse de remettre
en place la poignée, ouvre la porte et pousse un ouf de soulagement. Elles sont libres. Est-ce
possible d'avoir des hallucinations quand on a une grosse envie ? La question occupe Anaïs,
jusqu'à ce qu'elle revienne en classe et se replonge dans la formidable leçon d'histoire.
Mais soudain, Mme Frolin annonce que « C'est l'heure de la récréation. Suites d'elles sont dans
15 minutes ». Les enfants sortent mollement. Mais lorsque l'un de parles de reprendre leur
compétition d'élastique entamé la veille, tout le monde s'excite. Anaïs retourne en classe,
chercher le carnet des scores, un cahier, où sont consignés les résultats de tous les
tournois que les enfants imaginent depuis le début de l'année. Mais dans le couloir,
elle surprend Mme Frolin qui marmonne. « Allons, ressaisis-toi, Josiane. Tes élèves ont besoin
de toi. Tout d'aventure à une fin, à toi de la rendre mémorable. »
La porte de la salle de classe est ouverte. Anaïs hésite. Peut-être devrait-elle laisser
sa maîtresse tranquille. En même temps, les enfants ont vraiment besoin du carnet. Alors,
un peu gêné, elle entre. Derrière son bureau, Mme Frolin semble tout râtatiner. Mais dès qu'elle
voit Anaïs, elle se redresse autant que le lui permet son dos voûté. Elle sourit.
« Que puis-je pour toi, Anaïs ? Je voulais pas vous déranger, madame. On a oublié de prendre
le carnet des scores pour la compétition de saut à l'élastique. Oh, mais tu ne me déranges pas.
Tiens, prends-le. J'ai hâte de vous remettre toutes les médailles de vos championnats,
tu sais. Ça va être un grand moment. Ça, oui. » Anaïs voit bien que Mme Frolin n'est pas dans
son assiette. Mais elle n'a pas le temps de se poser de questions. La récréation ne veut pas durer
mille ans et la compétition ne peut pas commencer sans le cahier. Bon, sans surprise, Anaïs termine
bonne dernière. Elle s'emmêle toujours les pieds. La classe reprend avec une Mme Frolin pleine
d'entrains. Anaïs n'avait pas à s'en faire. Sa maîtresse a sans doute eu un coup de fatigue.
Après tout, assurer un tel spectacle tous les jours de la semaine, ça doit être fatigant,
surtout pour une si vieille personne. Arrive la pause de midi. Tout le monde rentre chez lui
déjeuner. Anaïs revient la première. Elle voit M. Boulou, le maire du village, sortir de l'école
en bougonnant. Mme Frolin surgit à sa suite. « Mais enfin, Maurice, il doit bien y avoir une solution.
Cette école, c'est l'âme du village. » « Comme si j'y pouvais quelque chose, Josiane. L'école
fermera quand tu partiras à l'artrette. À point c'est tout. » Le cœur d'Anaïs se sert,
et un petit cri d'effroi s'échappe de sa bouche. La maîtresse et le maire s'arrêtent,
la fixent et se trouvent bien bêtes. Le malaise est instantanément balayé par une tornade d'enfants.
Le midi est le moment de leur traditionnel parti de caches-caches. Anaïs est la grande championne.
Personne n'arrive jamais à lui mettre la main dessus. Alors aujourd'hui, il y a une règle spéciale.
Elle sera la seule à se cacher. Et si personne ne la trouve, elle sera déclarée grande vainqueur de l'année.
L'enjeu éclipse la triste nouvelle. Anaïs a une minute pour se cacher. C'est largement assez.
Car cette cachette-là, elle y pense depuis longtemps. Et c'est la manche idéale pour l'essayer.
Un vieux tonneau en bois, oublié derrière l'école, couvert de mousse et moucheté de champignon
peu ragoûtant. Un paradis pour insectes grouillants. Personne ne pensera qu'elle s'y a glissé,
d'autant plus qu'elle prend soin de ne laisser aucune trace.
Anaïs les entend se ruer aux quatre coins de la cour de récréation.
Elle en est sûre. Dans moins de dix minutes, ils abandonneront.
Tout ce qu'elle a à faire, c'est attendre. Sauf qu'elle a sous-estimé l'inconfort de
sa position et les insectes qui commencent à la châtrouiller. Mais son envie de gagner est plus forte.
Elle tient bon. Jusqu'à ce qu'elle entend des bruits de pas à proximité du tonneau. Anaïs retient
son souffle. Elle ne peut pas bouger d'un pouce. Malheureusement, une bestiole ne tardent pas à
lui châtrouiller le nez et lui donner envie d'éternuer. Paniqué, Anaïs se pince le nez, ferme la bouche
et les yeux avant de lâcher un éternument parfaitement silencieux. Elle tend l'oreille.
Plus personne ne farfouille. Sûr de gagner, Anaïs se détend et attend paciellement.
Sauf qu'après quelques secondes, la cour lui semble trop silencieuse.
Ces camarades auraient-ils déjà abandonné ? Avec la plus grande précaution,
elle soulève le couvercle. Personne à l'horizon, mais surtout pas le moindre bruit.
Un frisson d'angoisse la parcours. Un bruit de trompette fatigué retentie. Anaïs bondit.
Le tonneau tangue tombe et la recrache en même temps qu'une joyeuse bande de cloporte gluant.
Elle n'ose pas bouger. Son cœur bat si fort que toute la montagne doit l'entendre.
Des pleurs étouffées lui parviennent de l'autre côté du bâtiment.
D'un bon, Anaïs se redresse, s'y précipite et se fige. Ces amis ne sont pas là.
Assez sur le banc, près de la porte d'entrée, un vieil homme en chapeau haut de forme et costume bleu.
Feuillette avec tristesse, le plus gros album photo qu'Anaïs n'est jamais vu.
Qui êtes-vous, monsieur ? Où sont les autres ?
Le vieil homme lève la tête, sa grise mine s'illumine.
Anaïs, c'est bien toi. T'as venu me réchauffer l'âme.
La dernière personne à m'avoir rendu visite, c'était ton père, lorsqu'il était en CM2.
Mais vous êtes le monsieur des toilettes ? Et c'est quoi cette histoire avec papa ?
Il ne m'a jamais parlé de vous.
Il m'a sans doute oublié. Les humains oublient toujours avec le temps, alors que moi, je me souviens de tout.
Ton papa adorait grimper sur cet arbre-là. C'était un grand champion de marailles,
mais le pire joueur de football. Il n'a jamais marqué de but.
Je me souviens aussi du jour où ils se sont embrassés avec ta maman sur ce banc.
Comment vous pouvez savoir tout ça ?
Grâce à mon album, il renferme tous mes souvenirs. Je l'ai ressorti pour me rappeler
les bons moments vécus avec les enfants. Viens t'asseoir, je vais te montrer.
Anaïs s'approche timidement.
Tout a commencé il y a 250 ans. Anaïs ouvre des yeux tourons. 250 ans ?
Ce vieux monsieur a de la compote à la place du cibouleau, c'est impossible.
Au début, j'étais à peine plus grand que ta salle de classe.
Anaïs a envie de lui dire d'arrêter ses salades, mais il rayonne tellement qu'il
semble y croire. Et puis les premières pages de l'album l'intrigue.
En noir et blanc, les bords légèrement jaunis par le temps,
elles montrent toutes les étapes de la construction d'une petite maison.
C'est grâce aux maires que je suis né. Ils croyaient dur comme fer à l'importance de l'éducation,
même pour un minuscule village comme Bougainville.
Et tu sais quoi ? Ça a attiré plein de monde, le village a grandi et moi avec.
En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, j'étais devenu une grande et belle bâtisse,
pleine de vie. Anaïs en est sûr, il se moque d'elle.
Mais cette certitude vole en éclat lorsque le vieil homme s'arrête sur une collection
de photos en couleur de deux enfants qu'elle reconnaît aussitôt.
C'est papa et maman ?
Oui ! Et tu vois, comme je te le disais, ici, c'est la photo de leur premier misé.
J'ai su, à ce moment, qu'il ne se quitterait plus.
Mais ça ne se peut pas, qui a pris ces photos ?
Personne, ce sont mes souvenirs Anaïs. Regarde.
Nouvelles volets de pages qui s'arrêtent sur un feuillet recouvert d'instantanés
de tous les exploits et les bêtises qu'a pu faire Anaïs.
Mais cette photo, c'est quand je me suis cachée dans le tonneau tout à l'heure ?
Et oui, un souvenir mémorable. Tu as trouvé la meilleure cachette de toute mon histoire.
Alors, vous êtes un genre de monsieur école comme le père Noël ou la petite souris ?
Si on veut. Mais je ne suis pas n'importe quel monsieur école. Je suis l'école de Bougainville.
C'est grâce à tous les enfants qui sont passés entre mes murs que j'ai la chance d'exister.
Alors, c'est pour ça que vous êtes triste ? Parce que l'école va fermer.
Eh oui, madame Frolin part à la retraite à la fin de l'année.
Il n'y a personne pour la remplacer. En plus, une école toute neuva a été construite dans le village voisin.
Mais le bâtiment, il sera toujours là.
Monsieur Boulou, il n'a pas de projet pour moi. Je coûte trop cher à rénover ou même à détruire.
Alors, on va m'abandonner et m'oublier.
Je ne suis pas d'accord. C'est pas juste.
Cette nouvelle école, c'est une bonne chose pour vous. Il y aura plein d'autres enfants,
des maîtresses et des maîtres extra.
Je m'en fiche de l'école. Je veux pas que vous disparaissiez.
Mais je suis tout décrépille.
Un coup de peinture et hamp. Vous serez comme neuf.
Je défichure partout.
Ça se rebouche, ça.
Je ne suis pas sûr que ça vaille le coup.
Vous rigolez ou quoi ? Papa et maman m'ont toujours dit qu'on avait de la chance de vous avoir.
Tous les gens du village ont des souvenirs avec vous. Je suis sûre qu'on va trouver une solution.
Merci Yannais. J'espère que tu vas y arriver.
Quand on veut, on peut. Voilà ce que dit maman.
Mais bon, il faudrait que je puisse retourner auprès de mes copains. Vous savez comment je peux faire ?
Rien de plus simple. Il suffit d'un claquement de doigt.
Monsieur Ecole disparaît.
Les bruits du village et de la cour d'école en plus de nouveau l'espace.
Mais Yannais est toute seule assise sur le banc.
Elle se demande si l'esprit ne lui a pas joué un tour.
La fenêtre de la classe s'ouvre en grinçant.
Peux-tu m'expliquer ce que tu fais encore dehors alors que tout le monde est à sa place ?
Euh... non. Enfin si, madame. J'arrive.
Yannais se rentre en classe, se plante devant le tableau et explique tout.
Le départ à la retraite de madame Frellin s'arrancontre avec monsieur Ecole et sa fermeture prochaine.
Madame Frellin reste sans voix.
Les autres élèves schouinent, reniflent avant de protester.
Yannais doit leur exposer son plan.
On ne doit pas abandonner monsieur Ecole parce qu'il est vieux et moche.
Si on se retrousse les manches, il aura une seconde vie. On lui doit bien ça, non ?
Les enfants et madame Frellin répondent un oui franc et massif.
Alors ce soir, on va tous être gentils, même si on nous sert des brocolis.
Et puis on parlera à nos parents de cette histoire.
Et demain, avant d'aller à l'école, on ira dire à monsieur Boulou pourquoi Bougainville ne doit pas abandonner monsieur Ecole. D'accord ?
Une vague d'enthousiasme submerge la classe.
Madame Frellin était mis au larme et pour la première fois de sa carrière,
elle a bien du mal à donner sa leçon du jour.
Le lendemain, en voyant tout le village pressé devant sa maison, le pauvre maire est tout déboussolé.
Mais lorsqu'il écoute à Naïs et voit que tout le monde la soutient,
un large sourire ponctué d'une petite larme éclaire son visage.
En voilà une drôle de chouette idée de renommer cette école tous ensemble.
Ça promet d'être un sacré projet.
Tout le village met la main à la pâte.
Si bien qu'au bout de plusieurs mois de sœurs et de rires, doralbole et d'entraide, la bâtisse retrouve sa splendeur d'autrefois.
Pour qu'elle reste un lieu plein de vie, de partage et de créativité, les villageois décident d'en faire une résidence d'artiste.
Quelques années plus tard, une certaine à Naïs en prend la direction.
L'ancien école est devenu l'endroit préféré des créateurs du monde entier pour le plus grand bonheur de M. École.