Pomme d'Apie, un compte de Charles Philippe de Chenevière Pointel.
Il y avait une fois, au château de l'Ange-Nardière, je pars de l'ancien temps, quand les comptes
et les barons étaient de grands seigneurs. Il y avait une fois, un compte et une conteste
très riche, très puissante. Toute la contrée leur appartenait, à eux et à Saint-Gauburge,
de puissants sir jusqu'à préau, et pour hériter de tout cela rien qu'un enfant.
Encore avaient-tu lu bien de la peine à la voir. C'était pourtant des seigneurs tout
à fait dignes de la grâce du bon Dieu, car les grosses tours du château étaient déjà
bâti et on a point souvenir qu'ils y aient jamais mis un chat en prison.
La veille du jour où le garçon vint au monde, le vieux seigneur s'en alla, sous
prétexte de chasser, vers le bois du sablon. Il n'a jamais eu bonne réputation, le bois
du sablon. Et quand on songe que sur la grosse énorme pierre qui est la couchée dans le
taillis, on égorgeait des pauvres hommes il y a deux ou trois millons. Il faut en vérité
bien aimer la chasse pour se promener le soir dans la sapinière. Toujours est-il que
le vieux compte s'en alla à travers les herbes, les buissons et la bruyère, droits
à la pierre, sans s'égarer d'une semelle, car ils connaissaient les sentiers du bois,
comme nous connaissons les rues de Bellem. Il tape à trois coups avec la crosse de son
fusil. Une voix de sous la pierre lui répondit.
Qui est là ?
C'est moi, dit-il. C'est moi, le seigneur de l'engenardière.
Attendez, lui répondit-on, que je mette ma coiffe et que je prenne mon loquet. Et presque
aussitôt, la grosse pierre qui, vous l'avez vu, est posée sur deux pointes de rochers,
se souleva comme une trappe qu'on ouvre. Et il en sortit une fée. C'était la fée
du sablon. Tant on parlait beaucoup à droite et à gauche, mais qu'on ne connaissait
guerre, parce qu'on ne se soucie pas à la sachant capricieuse de la déranger dans
sa maison. Il n'y avait plus qu'elle de fée depuis bien longtemps dans tout le pays,
et elle faisait l'ennuyé et la mijorer. Ma voisine, lui dit sans façon le vieux
seigneur, « Les gens de ma famille ont toujours vécu en bonne intelligence avec vous, et
il doit menettre demain un garçon. Vous seriez bien aimables de venir le douer,
comme on dit. Lui faire un petit don. » « Deux, si vous voulez, lui dit la fée,
qui n'était pas fâché qu'on lui demanda quelque chose depuis si longtemps qu'on
s'était adressés à elle. En effet, le lendemain, elle prit sa baguette et arriva à l'engenardière,
juste comme l'enfant venait de sortir du chou. Le seigneur avait prévu tous les valets et
toutes les servantes. La fée fut bien reçue par tout le monde. On ne lui fit point de grimace,
ni sur sa devantière de toile, ni sur sa coiffe de travers, ni sur sa brêche d'an. La mère lui
adressa de son lit un beau compliment. Si bel et bien, qu'ayant pris l'enfant des mains de la nourrice,
elle le toucha de sa baguette et lui dit, « Je te fais don des deux plus précieux biens de la terre,
la beauté et la guêté. » Et puis, sans plus de cérémonie, elle le rendit à la nourrice et
s'en retourna, comme elle s'en était venue dans son trou du sablon. 15 ans, 16 ans, 17 ans se passèrent.
On n'entendait plus parler de la fée. Tous les ans, à la Noël, le vieux seigneur s'en allait à la
lui disait-on, « Et tu contends ? est-il beau ? est-il bien fait ? est-il guêt ? »
« Il est plus beau et plus guêt et plus leste » répondait le seigneur, que le plus bel oiseau des bois.
Et le fait est qu'il était si beau et s'est joué si fraîche et si vermillonnée qu'on l'avait dans tout le pays
surnommé pomme d'appi. Un jour pourtant, l'envie prit à la fée de venir voir de ses yeux le beau
petit comte de l'enjeu nardière. Comme on était à l'heure du dîner, le vieux seigneur la fit
à soir à table à côté de pomme d'appi. Mais elle prenait tant de plaisir à regarder ce blambèque
qu'elle n'en but ni ne mangea. Et tout ce que pomme d'appi lui disait, lui paraissait si plaisant
qu'elle s'en tenait les coutes. Quand la nuit fut venue, elle reprit sa baguette et en toucha,
comme par badinage, l'épaule de son favori, puis se retira accompagnée par le vieux seigneur.
Le père et la vieille n'avaient pas fait 100 pas au clair de l'une qu'elle lui dit.
« Écoutez, mon voisin, il faut avouer que mes dons ont prospéré. Voilà certainement le plus beau
juvent saut qu'on n'ait jamais vu. Et ma foi, je ne me soucie pas d'avoir si bien travaillé pour que
les autres en profitent. Il y a des centaines et des centaines d'années que je suis la vieille fille.
Je m'ennuie dans mon palais du sablon. J'ai beau le balayer et l'épousser. Pour qui,
je vous le demande ? Personne avec qui jaser et danser. Ni frère, ni sœur, ni cousin, ni cousine.
J'entends faire ni plus ni moins que meilleur et m'élusine mes grand-mères. Mon parti est pris de ce
soir. Je veux un mari. Et pour mari, je veux pomme d'api. Il est juste gay comme il me le faut pour me
regaillardir. Et le trouvant tout à fait à point d'âge, de beauté et de guetté, je dois vous prévenir
que je l'ai touchée tout à l'heure de ma baguette. Et ne changera plus à partir de ce jour.
« Voisine, lui répondit le vieux compte. Si une personne moins considérable qu'une
aussi grande fée me parlait de la sorte, je lui dirais qu'elle a perdu toute raison et toute sagesse.
Nous ne sommes pas, s'engésit bien, de la première jeunesse, qu'elle apparence qu'un gode l'urot de 17
ans puisse faire bon ménage avec une femme de 379 ans. Laissez faire, patience. Ce fut là toute la
réponse de la fée. Et elle prit congé du bonhomme. » A daté de cette entrevue,
elle ne manqua plus un seul jour à paraitre au château. Mais quel changement ! Plus de
coiffes de travers, plus de mentes couleur de bruyère, plus de brèches dents, coquettes,
coquettes, coquettes ! Tous les matins, une robe neuve, des dents neuves, une perruque neuve,
des sourcils peints à neufs et trois couches de carme infrès sur ses jours rasés à neufs.
Des corsages bien rembourrés, des toques de velours cramoisies avec des grandes plumes,
des pâques de diamants, des pendants d'oreilles, des croix, des colliers, des pucles de ceinture,
des boucles de souliers, tout, tout en diamants. Quant aux perruques, elle en avait tant,
tant, tant, des brunes, des blondes, des rouges, des jaunes, des noirs, des châthaines, des carottes,
que Pomme d'Apie finit par lui laisser le nom de fait-perruque. Et encore, dans les blondes,
elle en avait de trois espèces, en chiendant pour tous les jours, en fine filasse pour les dimanches,
en soi-écrue pour les jours de fête. De temps en temps, elle regardait tendrement Pomme d'Apie et
lui disait, « Suis-je à votre goût aujourd'hui, mon mignon ? Et ne seriez-vous pas bien aise
d'avoir une petite femme tournée de ma sorte ? » À quoi le malin répondait, « Je crois,
chers fait-perruque, que vous seriez mieux en brune. » Et elle s'en allait, douce comme un chien
qu'on renvoie à la niche, mettre sa perruque couleur de corbeau. Cela dura ainsi bien des mois et des
années, car la fée ne se décourageait point, et je ne suis pas bien sûr qu'elle ne prie pas
à la plaisir à essayer de s'aboter sous toutes les formes. Et même, il ne m'est pas prouvé qu'elle
ne s'en fit pas à croire sur ses cheveux et sur ses épaules couvertes de farine et sur ses verrues
épilées qu'elle prenait, j'imagine, pour des grains de beauté. Chacune se croit belle en ce monde,
chacune à sa petite vanité, et les faits, étant plus puissantes, se croient aussi plus belles
que les autres, ce qui n'est pas toujours vrai. Témoins la fait carabosse.
Mais le pauvre pomme d'Api, lui qui était si beau, il n'en était pas plus heureux avec
toute sa beauté, et c'est de lui qu'on aurait pu dire, « La guetté ne fait pas le bonheur ». Plus
il voyait les coqueteries de la fée perruque, moins il se sentait de penchant pour elle. En revanche,
la fée perruque lui faisait cruellement payer ses mépris. Il avait toujours,
ces 17 ans, le pauvre garçon, la prime fleur de la jeunesse, le malheureux.
Et il avait dit 17 ans depuis déjà 50 ans. Et il n'aurait pas demandé mieux que d'époser
toutes les jeunes filles de son âge qu'il voyait dans le pays. Mais son père, le vieux
seigneur, à mesure qu'il veillissait et se décrépissait, appréciaient davantage le bonheur
qu'avait son fils d'avoir, aujourd'hui, 17 ans. Et il lui avait dit en mourant, « Je ne veux pas,
mon cher garçon, te forcer à épouser la fée perruque si le cœur ne t'en dit rien,
quoique ce soit un bon parti. Et tu t'apercevras plus tard quand tu auras de l'expérience,
qu'il ne faut pas s'arrêter à si peu, et qu'il y a des femmes bien agréables qui n'en ont pas moins
des faux cheveux. Mais ce que j'exige, c'est que tu ne te maries jamais sans son consentement. »
T'as vu ? Il nous dit même plus bonjour. Ah, mais ça, c'est depuis que monsieur un petit placement.
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perte en capital. En sorte que le pauvre Pomme Dapit courait risque de rester 1000 en garçon.
Car la fée, vous le pensez bien, ce serait plutôt pendu que de donner jamais ce consentement là,
pour qu'il en épouse à une autre qu'elle et qui n'aurait pas eu de perruque. D'ailleurs,
celle que Pomme Dapit trouvait le plus à Sango et qui le charmait, soit par leur belle taille,
soit par leur tin frais, soit par la grâce et la finesse de leur trait, il avait la douleur de
les voir et presque à vue d'œil, par les faits seuls du temps qui marchaient, se flétrir et se
faner et se rider et grisonner. Et tout d'un coup, elles n'étaient plus du mémage que lui.
Elles ne se souciaient plus ni de courir, ni de monter à cheval, ni de jouer au petit jeu,
ni de rire, ni de danser et leurs idées n'étaient plus les mêmes. Ils ne s'entendaient plus.
Avouez qu'il fallait un grand fond de gritter à Pomme Dapit pour résister à cela.
Ils faisaient là comme nous tous, quand nous avons 15 ans, ils enviaient les gens de la trentaine.
Ils en voulaient à la fée de leur retenir frais et imberbes dans cet âge inférieur.
« Quand donc vieillerais-je ? » s'écria-t-il.
Et si la fée était venue lui dire que ce fameux âge mur n'était que la jeunesse
dépouillée de fleurs et d'ardeurs, il l'aurait ou il a bien reçu.
« Joli Pomme Dapit, vous n'êtes pas heureux et je comprends bien que vous n'aimiez pas
Fébéruc. » Cependant, de temps en temps, elle l'attirait dans son palais. La première
fois qu'il était descendu sous la pierre du sablon, il avait été ébloui. Les lustres
des galeries étaient en sucre candi et les colonnes en sucre de pommes de rouen. Les
tables, les armoires, les commodes des chambres étaient en marquetterie de diamants d'alansons.
Mais un certain jour, en passant auprès d'un cabinet qu'il avait toujours vu fermer et
dont la porte se trouvait par malheur entre ouvertes, il aperçut, vous devinez quoi ?
« 150 péruques alignées comme les femmes de barbes bleues et sur les consoles, tout
autour, deux à trois mille pots de pommades, de parfums, d'eau de senteurs, d'ongants,
de poudres, le tout exalant une odeur à renverser un péruquier. »
Pomme Dapit ne dit mot sur le moment, effi semblant de n'avoir rien vu. Mais le lendemain,
quand il repassa avec la fée devant la porte du cabinet.
« Qui est-il donc là ? lui demanda-t-il.
« Vous ne m'avez jamais montré cette chambre.
« Rien, rien, rien ! » répondit la fée Péruque en rougissant.
« C'est un cabinet. C'est un cabinet où je fais un cabinet où je dépose.
Un cabinet où je mets mes balais et mes plumes hauts.
« Hum hum ! » dit le malin en mettant l'œil et le nez à la serrure.
« Comme ils sentent bon vos balais, chers fées.
Ils sentent la pommade ? Ils sentent la pommade. »
Et toutes les fois qu'ils repassaient devant ce cabinet.
« Ça sent la pommade ? » disait-il en se passant le nez.
« Ça sent la pommade. »
La malheureuse fée tombait dans le désespoir, car elle émet toujours Pomme Dapit.
Et elle voyait bien que tout ce qu'elle avait fait jusque-là pour lui plaire avait tourné contre elle.
Et pourtant, quelle séduction n'avait-elle pas essayé ?
Elle l'avait douée d'éternel jeunesse.
Elle avait étalé sous ses yeux tout ce que les maudistes, les couturières, les parfumeurs,
les joailliers ont jamais imaginé pour réparer une femme des fraîchis.
Tout ce que les architectes, les hébénistes, les d'horreurs, les tapissiers, les orphèvres
ont jamais bâti et décoré pour faire d'un palais enchanté la plus brillante,
la plus rillante, la plus moelleuse des habitations.
Elle avait voulu le charmer par la pas de la puissance en le faisant plus d'une fois
monter sur le plus haut côté de la côte, là où fut, dans l'ancien temps, la fameuse tour du sablon.
Et lui découvrant le pays immense qui s'étend jusqu'à six lieux de là, elle lui disait,
« Vois-tu, Pomme Dapy, la ferme des Hauts Royaux et le clocher de Saint-Gauburge et le bourg de Saint-Cyr,
et là-bas, là-bas le donjon blanc du grand château de nos gens ? »
Tout cela, avec bélem, se rassoumit à l'enginardière si tu veux devenir le mari de la fée du sablon,
qui t'obéira comme une servante.
Pomme Dapy branlait la tête. Il n'ait mes points, rien n'y faisait.
Fépéruc se desséchait. Elle lui donnait son pouvoir et sa baguette pour un grain de mille.
La pauvre fée s'en allait le long des chemins, tout taillerie par sa douleur.
Elle n'avait que son Pomme Dapy en tête. Elle ne voyait plus rien de bon à faire en ce bas monde.
Elle se disait, « Si j'en avais fait la moitié autant pour les pauvres gens qui souffrent dans ses fermes,
ils m'auraient aimé tendrement et je jouirais de leur bonheur. »
Comme elle en était là de ses pensées, elle rencontra dans le chemin creux qui monte à l'enginardière
un vieux mendiant aveugle qui tirait de sa beusasse un morceau de peint d'orge pour le partager avec son chien.
Elle touche chat de sa baguette la miche taut noire, qui se changea en délicieux bourdin.
Et dès que l'homme en eut goûter, il se mit à dire,
« Oh, les bons bourgeois de Belhème qui font du bien sans s'envanter,
le bon Dieu le rendra, ils seront aimés de tout le monde. »
Fépéruc fut ému de ses paroles. Elle continuea son chemin jusqu'à sincir la rozière
et alla dans l'église toucher de sa baguette le tronc des pauvres, où tous les liars furent changés en gros sous.
Le bruit s'en répandit dans tout le pays et jusqu'au château de l'enginardière.
Et l'on se demanda qui avait fait ce beau tour-là.
Le jeune seigneur qui avait mis ses gardes en campagne et de divers côtés,
il revint à lui dire ceci et cela, et qu'un jour on avait vu une bonne femme,
qu'on pensait bien être la fée du sablon, éteindra elle toute seule l'incendie d'une crange,
et la même bonne vieille guérirait ailleurs la clavelet d'un troupeau.
Et même qu'une nuit, comme un carrier et sa femme étaient malades tous deux,
elle les avait veillées et fournies de linge et de bonne drogue.
Pommes d'Apie devint songeur en écoutant ses récits
et ont le viraudé des jours entiers autour de la pierre du sablon.
Mais la fée ne se montrait plus à lui ni au sablon, ni à la genardière.
Un soir que, sur son cheval, il revenait du bourg,
il aperçut une vieille femme qui portait un bissac rempli des croutes sèches
dont les riches de bel-aimes font au mot nos mendiens.
Le bissac était si lourd qu'elle en était toute pliée en deux,
et elle ne pouvait pas retirer ses sabots de labo des ornières.
Elle était si flétrie et si cassée,
et sa menthe de laine grise si rapetassée et si dépeunaillée,
que Pommes d'Apie ne l'a reconnu point.
« Vous êtes donc bien fatiguée, ma bonne vieille, lui dit-il.
Voulez-vous que j'attache votre bissac sur la croupe de mon cheval ?
Non, monsieur Pommes d'Apie, répondit la vieille d'une voix toute tremblante.
Vous voilà arrivée chez vous, et moi,
il faut que je porte ma charge à un bon bout de chemin encore.
C'est le pain des pauvres de l'ABI.
Eh bien, la vieille, reprit Pommes d'Apie,
montée en croupe avec votre bissac.
Elle ne voulait point, mais Pommes d'Apie saute à bas de son cheval,
et il sa la vieille bon gré malgré.
A peine s'était-elle mis en sel qu'il se retourna vers elle.
Et, quoique ses ritues devenues très profondes,
il l'a reconnu.
Et le cœur du jeune homme se prie à battre bien fort.
Il se rappela combien il avait été ture pour la pauvre vieille.
Et, posant sa main sur la main dont elle se retenait à la sel,
il lui dit de sa voix la plus douce.
Bonne fée, me pardonnez-vous.
Tout fait qu'on soit, le cœur parfois vous éclate.
Pommes d'Apie, regardant sous la coiffe de la vieille,
vit qu'il entombait des larmes.
Me pardonnez-vous, bonne fée, reprit-il.
Vous m'avez laissé trop jeune, c'est un peu votre faute.
À cette heure, je suis jaloux du bien que vous faites.
J'y voudrais être pour quelque chose.
Venez à l'enjeunardière et vous y serez la maîtresse.
Vous vouliez être la servante, c'est moi qui serai votre serviteur.
Nous vivrons là en faisant le bien aux pauvres gens.
La vieille fée ne répondait pas.
Au bout d'un moment, elle lui dit d'une voix craintive.
Vous m'avez bien des fois reproché, Pommes d'Apie,
votre jeunesse et mes vieux-ans.
À cette jeunesse-là, renonceriez-vous de bon cœur
pour épouser une gentille petite femme de votre âge qui, comme vous, aimerait la charité ?
Vous me le demandez, répondit Pommes d'Apie en soutant de sa salle.
Eh bien, laissez-moi là, à la porte de l'Abeille et attendez huit jours.
Au bout de huit jours, on va annoncer à Pommes d'Apie
qu'une toute jeune de Moiselle, la plus jolie qu'on peut voir
et qui disait sa pelée de mademoiselle du sablon, demandait à lui parler.
Il ne fit qu'un bond de sa chambre jardin,
où elle se promenait dans le parterre des fleurs.
Elle était si belle et si radieuse, si gracieuse, si jeunette
que Pommes d'Apie n'osait s'approcher d'elle.
C'est moi, lui dit-t-elle, un souriant.
Est-ce que je suis l'aide à vous faire peur ?
Est-ce que je vous semble aussi désagréable qu'autrefois ?
Et ne voulez-vous donc plus de moi pour votre femme ?
Ah, madame, s'écria Pommes d'Apie.
Je suis indigne de tant de beauté et de tant d'amour.
La beauté, n'en parlons plus, reprit-elle avec une petite mot.
Ma beauté est comme la vôtre. Elle ne durera plus qu'une quinzaine d'années.
Mais notre amour, si vous vous plaisez dans le bien,
il en dure rassant, et même par-delà.
J'ai vendu ma baguette et ma part de fée hérie
à une mienne-cousine qui demeure fort loin d'ici.
Et c'est pour cela que je vous ai demandé huit jours,
puisqu'il n'y a plus de fées dans le perche ni dans le mène
et qu'il m'a fallu aller jusqu'au fin fond de la Bretagne.
Ma baguette et mon pouvoir de fée pour des jours fraîches de quinze ans.
Et je fais un bon marché ? C'est votre affaire.
Cent ans, cent mille ans, je vous adorerai ma chère petite femme,
lui répondit Pommes d'Apie.
Pourvu que vous ne mettiez plus ni perruque ni pommade.
Mais vous mettez moins que je n'avais pas attendu votre nouvelle jeunesse
pour m'éprendre de ce que j'estimais en vous supérieur à l'éclat et à la puissance.
La bonté est le plus grand des charmes.
Bonjour mesdames.