Tintin Petit Poussin, Benjamin Rabier
Tintin était un tout petit poussin qui n'avait qu'un défaut. Il était curieux.
Trouvant une petite boîte dans un coin du jardin, il se demanda, tout de suite, à quoi cet objet pouvait bien servir.
La boîte était fermée par un couvercle, et sur la boîte elle-même se trouvait un minuscule bouton en cuivre.
« Pourquoi ce bouton, se dit le poussin, en donnant un grand coup de bec dessus ? »
Ce dernier faillit mourir de peur, mais sa curiosité ne fut pas entamée.
La preuve en est que le voici se posant les mêmes questions devant une autre boîte en métal, munie, elle aussi, d'un petit bouton à ressort.
« Elle est bien trop petite pour contenir un diable, dit Tintin, en la poussant d'un coup de bec. Et cette fois, je ne toucherai pas au bouton.
Mais la boîte se retourna plusieurs fois et rencontra un caillou qui, heurtant le bouton, fit inévitablement fonctionner le ressort.
La boîte s'ouvrit et un jet de flammes jaillit au dehors.
Voilà comment il se fit que, ce jour-là, Tintin eut la face roussie par un allumeur automatique.
Dans le coin d'un hangar, avait été relégué un vieux tabouret capitonné.
Tintin aperçut un fil qui zigzaguait sur le cuir du tabouret.
« Qu'y entient ? » se dit Tintin. « Que vient faire ce fil à cet endroit ? »
Et pour le savoir, il tira dessus.
Ce fil, qui fermait péniblement une déchirure, se cassa.
Le cuir se sépare à largement et la déchirure se transforma en un vaste trou.
Par ce trou sorti subitement un ressort d'acier qui vint frapper Tintin en pleine poitrine
et l'envoy à faire un plongeon dans un pot de peinture posé au sol à proximité.
Le voici maintenant, sautillant sur un pot en verre, dont l'ouverture est fermée d'une feuille de papier bien tendu.
« Que peut bien contenir ce pot ? » se dit Tintin, tout intrigué.
Et à grand coup de bec dans le papier, notre poussin cherche à reconnaître le contenu.
Sous le choc, le papier éclate, se crève sous le poids du poussin
et le pauvre oiseau lait disparaît dans une demi-livre de confiture de grozail.
Tintin se retira comme il put de sa fâcheuse position et gagne à Tatton la cour de la ferme.
Fort heureusement pour lui, Tintin rencontre Amédaur et Mystigrie,
qui lui firet une rapide toilette en le débarrbouillant avec des lisses.
Près de la porte d'une cave, le fermier avait déposé une douzaine de bûches,
retenues assemblées par une simple corde munie d'un eau-coulant.
Tintin ne put résister à l'envie de tirer sur la corde avec son bec.
Le neuf se défie et les bûches libérées se mirent à rouler
et à se répandre en écrasant à moitié le pauvre Tintin.
Celui-ci se releva péniblement et se remit tout de même sur ses pattes.
Cette fois, la curiosité de Tintin avait été bien punie.
Un œil au beurre noir, le bec de travers et une aile des mises.
C'était le 14 juillet dernier.
« Ho ho ! » dit Tintin, à quoi sert donc ce petit rouleau en carton bleu, terminé par une mèche ?
Et le poussin ramassa le petit pétard oublié ce jour-là dans un coin par un enfant de la ferme.
Tenant l'engin dans son bec, Tintin ne vit pas que la mèche du pétard effleurait en passant
la flamme d'une bougie posée à terre à l'entrée de la cave par le fermier.
Au contact de la flamme, la mèche s'alluma.
« C'est singulier ! » s'écrit tout à coup Tintin.
« La mèche brûle ! Il faut l'éteindre, évivement ! »
Ce dix ans, Tintin se dirigea vers la rivière proche pour y tremper la mèche en question.
Le pauvre volatile n'eut pas fait dit pas qu'une formidable détonation se produisit.
Dans un nuage de fumée tôt de blanche, renversée, brûlée, à moitié asphyxiée, Tintin attendit une heure pour reprendre ses sens.
« Tu as encore fait des tiennes, petit curieux ! » lui dit la vieille poule tigrète en la percevant.
Si c'est là ta façon de tirer un feu d'artifice, Tintin est, en ce moment, intéressé par la présence d'un fil de fer,
enroulé autour du bouchon d'une grosse bouteille. Le poussin curieux tire sur le fil de fer le secou jusqu'au moment où le bouchon,
libéré et poussé par les gaz du champagne qu'il comprimait, sauta. Tintin fut frappé en plein estomac par le bouchon.
Il roula à terre, la respiration coupée, les oreilles bourdonnantes et la cervelle déranger.
Mais Tintin pouvait être surnommé l'incorrigible.
Avisant l'horifice d'un tuyau de descente des eaux, il ne pu résister au désir de pénétrer dans l'ouverture, qui se présentait à lui toute béante.
Il n'avait pas fait un pas dans le tuyau qu'une masse d'eau formidable en sorties.
Cette eau provenait d'une mensarde installée au troisième étage d'une habitation. Tintin a pris une douche magistrale, dont il se souviendra longtemps.
Notre petit poussin vient de s'emparer d'un objet singulier qu'il a trouvé sur le sol dans la cour de la ferme.
C'est une branche fourchue, dont les extrémités retiennent deux rubans de caoutchouc, réunis par un morceau de cuir.
« Ça m'a tout l'air d'une balançoire, » dit Tintin, en introduisant le manche de la petite fourche dans le trou d'un mur.
« Fois donc la jolie balançoire que je viens de trouver, » dit le poussin à son ami Alfred, le canton.
« Je crois plutôt, » répondit Alfred, « que ta balançoire n'est qu'un vulgaire lance-pierre.
Sur un banc, la fermière avait posé une petite cuvette remplie de caramel, c'est-à-dire de sucre fondu.
Cette brave femme espérait qu'un si, le liquide épais refroidirait assez vite.
Tintin, perché sur le bord de la cuvette, ne puait résister à l'envie de faire une promenade sur la surface du caramel.
Hélas, le caramel n'était pas encore durci, et le poussin disparu dans la pâte sucrée.
Le caramel se solidifia tout à coup, et Tintin se trouve à prisonner dans une véritable carapace, sans pouvoir faire un mouvement.
À ce moment précis, un gamin le prenant pour un petit oiseau en sucre, comme on en voit chez les confiseurs, s'en empara et le mordit à pleine dent.
Tintin, la chair rudement meurtrie, se tordit dans un suprême effort et toute l'armure sucrée éclata, libérant le pauvre poussin que l'enfant surpris avait laissé prendre la clé des champs.
Un gros ballon réclame, et bien gonflé, qu'un enfant avait attaché à la branche d'un arbuste fut détaché par Tintin, qui, retenant la ficelle dans son bec, fut lentement emporté dans les airs.
Le poussin avait eu bien tort de s'embarquer un jour d'orage. Il ne resta de ce malheureux Tintin, trop curieux qu'une centaine de fragments informes et noirâtre, qui s'éparpillèrent sur le sol du chemin.
...
T'as vu ? Il nous dit même plus bonjour.
Ah, mais ça, c'est depuis que monsieur a un petit placement.
Bonjour, mesdames !
Hum.