Le Bisaïeul, de Hans Christian Andersen

Durée: 11m40s

Date de sortie: 18/03/2024

Le conte n'est pas de moi. Je le tiens d'un de mes amis, à qui je donne la parole : Notre bisaïeul était la bonté même ; il aimait à faire plaisir, il contait de jolies histoires ; il avait l'esprit droit, la tête solide. A vrai dire il n'était que mon grand-père ; mais lorsque le petit garçon de mon frère Frédéric vint au monde, il avança au grade de bisaïeul, et nous ne l'appelions plus qu'ainsi. Il nous chérissait tous et nous tenait en considération ; mais notre époque, il ne l'estimait guère...

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en capital. Le bizayel. D'après Hans Christian Andersen,
Interprétation, Chloéori. Le compte n'est pas de moi. Je le tiens d'un de mes amis à
qui je donne la parole. Notre bizayel était la bonne et même. Il aimait à faire plaisir,
il comptait de jolis histoires, il avait l'esprit droit, la tête solide. À vrai dire,
il n'était que mon grand-père. Mais lorsque le petit garçon de mon frère Frédéric
vint au monde, il avança au grade de bizayel et nous ne l'appelions plus qu'ici. Il nous
chérissait tous et nous tenait en considération. Mais notre époque, il ne l'estimait gaire.
« Le vieux temps, disait-il, c'était le bon temps. Tout marchait alors avec une sage lenteur.
Sans précipitation. Aujourd'hui, c'est une course universelle, une galopade échevelée. C'est le
monde renversé. Quand le bizayel parlait sur ce thème, il s'animait à en devenir tout rouge. Puis il
se calmait peu à peu et disait en souriant « Enfin, peut-être me trompais-je ? Peut-être,
est-ce ma faute si je ne me trouve pas à mon aise dans ce temps actuel, avec mes habités du siècle
dernier ? » Laisse-on agir la providence. Cependant, il revenait toujours sur ce sujet. Et comme il
décrivait bien tout ce que l'ancien temps avait de pittoresques et de séduisants, les grands carrosses
dorés et aglaces où tronaient les princes, les seigneurs, les châtelaines revêtues de
splendides attours, les corporations, chacune en costumes différents, traversant les rues en joyeux
cortège, bannières et musiques en tête. Chacun gardant son rang et ne jalouseant pas les autres.
Et les fêtes de Noël, comme elles étaient plus animées, plus brillantes qu'aujourd'hui,
et le guet carnaval. Le vieux temps avait aussi ses villes incotées. La loi était dure, il y avait
la potence, la roue. Mais ses horreurs avaient du caractère, provoqué l'émotion. Et quant aux
abus, on savait alors les abolir généreusement. C'est au milieu de ces discussions que j'appris
que ce fut la noblesse danoise qui la première affranchit spontanément les serres, et qu'un
prince danois supprima dès le siècle dernier la traite des Noirs. « Mais, disait-il, le
siècle d'avant était encore bien plus empreint de grandeur. Les hoffées, les beaux caractères,
y abondaient. C'était des époques rues des sauvages, interrompés alors mon frère Frédéric. Dieu
merci, nous ne vivons plus dans un temps pareil. Il disait cela au biseyeul en face,
et ce n'était pas trop gentil. Cependant il faut dire qu'il n'était plus un enfant. C'était
notre aîné. Il était sorti de l'université après les examens les plus brillants. Ensuite,
notre père, qui avait une grande maison de commerce, l'avait pris dans ses bureaux et il était très
content de son aile et de son intelligence. Le biseyeul avait tout l'air d'avoir un
faible pour lui. C'était avec lui surtout qu'il aimait accoser. Mais quand il en arrivait à
ce sujet du bon vieux temps, cela finissait presque toujours par de vives discussions. Aucun
homme de ne céder, et cependant, quoique je ne fus qu'un gamin, je remarquais bien qu'il ne pouvait pas se passer l'un de l'autre.
Que de fois le biseyeul écoutait l'oreille tendue, les yeux tout pleins de feu, ce que Frédéric racontait
sur les découvertes merveilleuses de notre époque, sur des forces de la nature jusqu'à
l'or inconnu, employés aux inventions les plus étonnantes ?
« Oui, disait-il alors. »
Les hommes deviennent plus savants, plus industriux, mais non meilleurs. Quels époux
ventables enjeun de destruction ils inventent pour s'en trotuer.
« Les guerres n'en sont que plus vite finies, » répondait Frédéric. « On n'attend plus
sept ou même trente ans avant le retour de la paix. Du reste, des guerres, il en faut
toujours. S'il n'y en avait pas eu depuis le commencement du monde, la terre serait
aujourd'hui tellement peuplée que les hommes se dévoreraient les uns les autres. »
Un jour, Frédéric nous a pris ce qui venait de se passer dans une petite ville des environs.
À l'hôtel de ville se trouvait une grande et anticorloge. Elle s'arrêtait parfois,
puis y retardait pour ensuite avancer, mais enfin telle qu'elle, elle servait à régler
toutes les montres de la ville.
Voilà qu'on se mit à construire un chemin de fer qui passa par cet endroit. Comme il
faut que l'heure des trains soit indiquée de façon exacte, on plaça à la gare une
horloge électrique qui ne variait jamais. Et depuis lors, tout le monde réglait sa
montre d'après la gare. L'horloge de la maison de ville pouvait varier à son aise,
personne n'y faisait attention, ou plutôt on s'en moquait.
« Et grave, tout cela ! » dit le bisayol d'un air très sérieux.
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Cela me fait penser à une bonne vieille horloge, comme on en fabrique à Bornolmy,
qui était chez mes parents. Elle était enfermée dans un meuble en bois de chêne,
et marchait à l'aide de Pouah. Elle non plus n'allait pas toujours bien exactement,
mais on ne s'en préoccupait pas. Nous regardions le cadran et nous avions foi en lui. Nous
n'apercevions que lui, et l'on ne voyait rien des rousses et des poids. C'est de même que marchait
le gouvernement et la machine de l'État. On avait pleine confiance en elle, et on ne regardait
que le cadran. Aujourd'hui, c'est devenu une horloge de veille. Le premier venu observe les
mouvements des roues et y trouve à redire. On entend le frottement des engrenages, et on se demande
si les ressorts ne sont pas usés et ne vont pas se bariser. On n'a plus la foi. C'est là,
la grande faiblesse du temps présent. Et le bisailleul continua ainsi pendant longtemps,
jusqu'à ce qu'il arriva à se fâcher complètement, bien que Frédéric finit par ne plus le contredire.
Cette fois, il se quittera en se boudant presque. Mais il n'en fut pas de même lorsque Frédéric
s'embarqua pour l'Amérique, où il devait aller veiller à de grands intérêts de notre maison.
La séparation fut douloureuse. Son allée si loin, au-delà de l'océan, bravait flose et tempête.
« Tranquille-istoi ! » dit Frédéric au bisailleul qui retenait ses larmes. « Tous les quinze jours,
vous recevrez une lettre de moi, et je te réserve une surprise. Tu auras de mes nouvelles par le
télégraphe. On vient de terminer la pause du câble transatlantique. En effet, lorsqu'il s'embarqua
en Angleterre, une dépêche vint nous apprendre que son voyage se passait bien. Et au moment où il
mit le pied sur le nouveau continent, un message de lui nous parvint, traversant les mers plus
rapidement que la foudre. « Oh, je n'en dis ce qu'on ne viendrait pas, » dit le bisailleul.
« Cette invention renverse un peu mes idées. C'est une vraie bénédiction pour l'humanité,
et c'est au Danemark qu'on a précisément découvert la force qui agit ainsi. Je l'ai
connu, Christian Orsted, qui a trouvé le principe de l'électromagnétisme. Il avait des yeux aussi
doux, aussi profonds que ceux d'un enfant. Il était bien digne de l'honneur que lui fit la
nature, en lui laissant deviner un de ses plus intimes secrets. Dix mois se passèrent lorsque
Frédéric nous manda qu'il s'était fiancé là-bas avec une charmante jeune fille. Dans la lettre se
trouvait une photographie, comme nous l'examinons avec empracement. Le bisailleul prit sa loupe et
la regarda longtemps. « Quel malheur ! » s'écria le bisailleul, « qu'on n'est pas depuis longtemps
connu cet art de reproduire les traits par le soleil. Nous pourrions voir face à face les grands hommes
de l'histoire. Oh ! voyez donc quel charmant visage, comme cette jeune fille est gracieuse. Je
la reconnaitrais dès qu'elle passera à notre seuil. Le mariage de Frédéric eut lieu en Amérique.
Les jeunes époux revinrent en Europe et atteignirent heureusement l'Angleterre d'où ils s'embarquèrent
pour Copenhague. Ils étaient déjà en face des blanches d'une du Dutland lorsque s'éleva un
nouragan. Le navire, secoué, baloté, tout fracassé, fut jeté à la côte. La nuit approchée, le vent
faisait toujours rage, impossible de mettre à la mer les chaloupes et on prévoyait que le matin,
le bâtiment serait en pièce. Voilà qu'au milieu des ténèbres reluite une fusée. Elle amène un
solide cordage. Les matelots s'en saisissent. Une communication s'établit entre les naufragés
et la terre ferme. Le sauvetage commence et malgré les vagues et la tempête, en quelques heures,
tout le monde est arrivé heureusement à terre. À Copenhague, nous dormions tous bien tranquillement
ne songeant ni au danger ni au chagrin. Lorsque le matin la famille se réunit, joyeuse d'avance
de voir arriver le jeune couple, le journal nous apprend par une dépêche que la veille,
un navire anglais a fait naufrage sur les côtes de Dutland. L'angoisse saisit tous les
coeurs. Mon père court au renseignement. Il revient bientôt, encore plus vite,
nous apprendre que, d'après une seconde dépêche, tout le monde est sauvé et que les
êtres chéris que nous attendons ne tarderont pas à être au milieu de nous. Tous nous éclatament
en pleurs, mais c'était de douce larmes. Moi aussi je pleurais, et le bisailleuil aussi.
Il joignait les mains et j'en suis sûr, il bénit notre âge moderne. Et le même jour encore,
il envoya 200 écus à la souscription pour le monument d'Orsted. Le soir, lorsqu'arriva Frédéric
avec sa belle jeune femme, le bisailleuil lui dit ce qu'il avait fait. Et il s'embrasse
à air de nouveau. Il y a de braves coeurs dans tous les temps.
T'as vu ? Il nous dit même plus bonjour. Ah, mais ça, c'est depuis que monsieur un petit placement.
Bonjour mesdames. Avec mon petit placement de 300 à 300 000 euros, vous pourrez toujours dire que vous
avez un petit placement. Mon petit placement vous accompagne pour faire fructifier votre épargne
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